Borgia : Les flammes du bûcher

Dans Borgia : Les flammes du bûcher, troisième tome de la saga historique écrite par Alexandro Jodorowsky et dessinée par Milo Manara, la famille Borgia poursuit son ascension dans une Rome dominée par la violence, la luxure, les complots et les luttes de pouvoir. L’intrigue se déroule autour du pape Alexandre VI, de l’invasion de l’Italie par Charles VIII et des intrigues qui opposent les Borgia à leurs ennemis.

À Pâques de l’an 1494, le stupre et la luxure ont atteint leur paroxysme à la cour du Pape Alexandre VI, avec un gigantesque bal masqué qui n’est en fait qu’une excuse pour s’adonner à des orgies sans limites… Plus rien n’arrête Rodrigo Borgia, qui n’hésite pas à faire enlever de force sa nièce Julia Farnese (qui n’a que quatorze ans. ) du couvent de Saint-Sixte pour en faire sa concubine officielle (fait avéré vrai par l’histoire, bien que les dates de leur relation ne soient pas tout à fait les bonnes dans la BD)…

Une intrigue entre scandale pontifical et invasion française

Alors que la peste fait rage dans la ville de Rome, Alexandre VI n’a d’autre préoccupation en tête que la personne de Charles VIII. Le Roi de France, qui vient d’envahir l’Italie à la tête de sa puissante armée, et qui (sous l’influence du Cardinal Giuliano Della Rovere, le futur Jules II) veut le chasser du trône de Pierre…

À force de complots, d’assassinats et d’intrigues, Alexandre VI parvient à pactiser avec le Roi de France, avec qui il négocie pour qu’il n’envahisse pas les Etats de l’Eglise, mais la ville de Naples… Mais Charles VIII n’hésite pas à lui demander 3.000 ducats de rançon pour la belle Julia que son armée a capturée…

On pourrait penser que l’arrivée du Roi de France va changer le caractère du scénario pour le replacer dans un déroulement plus « historique ». Mais, finalement, cela n’entraîne guère d’effets. Il faut dire que Charles VIII semble avoir, lui aussi, une préoccupation marquée pour l’après bataille qu’il fête en bonne compagnie.

Alexandre VI et Charles VIII en Italie

La famille Borgia au centre des scandales

La famille Borgia a défrayé la chronique au XVe siècle, en donnant à l’Italie et au monde chrétien deux papes d’une sulfureuse renommée. Les Borgia furent accusés entre autres d’empoisonnement, de fratricide et d’inceste et sont donc devenus les symboles de la décadence de l’Église à la fin du Moyen Âge.

Ce troisième volet de la saga Borgia poursuit sur la lancée du précédent. Nombre de situations sont prétextes à des scènes de sexe, ce qui ne surprendra pas, bien sûr, ceux qui connaissent Manara. De ce point de vue, on peut dire que la réputation sulfureuse du pape Alexandre VI est fort bien illustrée au fil des pages.

On le voit tantôt entretenir des relations incestueuses avec sa fille Lucrèce, puis choisir sa belle nièce comme maîtresse. Voilà qui donne une idée du contexte général. Et je ne vous parle pas des relations entretenues par Lucrèce et son frère César !

Violence, luxure, manipulation et conspirations au Vatican forment la trame de cette épopée historique, transcendée par l’écriture paroxystique de Jodorowsky et la séduction trouble du trait de Manara.

Complots, violence et faiblesse du scénario

Le reste du livre se partage autour des intrigues imaginées tant par les Borgia que par leurs ennemis. Cela pourrait relever le scénario mais, finalement, elles ne sont pas suffisamment développées pour relancer l’histoire.

Encore une fois, rien à redire sur le scénario de Jodorowsky meurtres, trahisons, assassinats, inceste, empoisonnements et autres conspirations sont toujours aussi présentes et toujours aussi nombreuses…

Certaines scènes sont également très violentes, à l’instar de cette femme décapitée dans les bras de son amant. Décidément, ce livre est à réserver à un public averti.

Pour ma part, j’ai fait l’effort jusque là mais la faiblesse du scénario et l’aspect dérangeant de l’ensemble m’incitent, cette fois, à abandonner la saga.

Le dessin de Milo Manara

Les dessins de Manara sont toujours aussi beaux et ne souffrent d’aucune critique. La finesse de son trait et la beauté, avec laquelle il dessine costumes d’époque et la sensualité de ses nus féminins est absolument saisissante…

Encore une fois, cette BD se révèle être une étonnante découverte des mœurs et de l’histoire de l’époque qui malgré quelques petites approximations historiques (ainsi p. ex. Giulia (et non pas Julia), avait les cheveux blonds et non noirs, et Alexandre VI n’a jamais fait assassiner le mari de celle-ci, qui était d’ailleurs un de ses cousins…) est ici restituée avec une rare force et une rare beauté…

Planche de bande dessinée historique italienne

Une reconstitution historique libre

La série s’appuie sur la réputation sulfureuse des Borgia et sur les accusations qui ont marqué leur mémoire. Elle privilégie cependant une représentation paroxystique des mœurs, des violences et des rapports de pouvoir plutôt qu’une reconstitution strictement fidèle des événements.

Les approximations historiques signalées concernent notamment Giulia Farnese, représentée avec les cheveux noirs alors qu’elle avait les cheveux blonds, ainsi que le rôle attribué à Alexandre VI dans la mort du mari de celle-ci. Alexandre VI n’a jamais fait assassiner le mari de celle-ci, qui était d’ailleurs un de ses cousins…

Éditions de Les flammes du bûcher

ÉditionÉditeurDateFormatEAN
Édition de 2008DrugstoreNovembre 200846 pages - 13.9€978-2-3562-6021-5
Édition de septembre 2011DrugstoreSeptembre 201146 pages - 14€978-2-3562-6021-5

Tome 3 : Les flammes du bûcher

  • Édition : Drugstore
  • Date de publication : 11/2008
  • ISBN : 978-2-35626-021-5
  • Nombre de planches : 46
  • Collection : Adulte

Une bande dessinée destinée à un public averti

Comme les précédents épisodes cette BD est à réserver à un public averti!…

Le troisième tome conserve donc les éléments qui caractérisent la série : une vision extrêmement sombre de la cour pontificale, des personnages dominés par leurs désirs et leurs ambitions, une succession de conspirations et une représentation graphique marquée par l’érotisme et la violence.

Rien à redire donc sur cette magnifique BD, dommage juste que le changement d’éditeur ait entraîné la disparition des très belles couvertures sur fond blanc au profit d’une couverture moins belle, sur un horrible fond bleu, qui en gâche toute la beauté…

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