Carnaval de Dunkerque : mémoire des marins-pêcheurs et fête populaire des bandes

portalcenter.cl

Le Carnaval de Dunkerque puise ses racines dans l’histoire des marins pêcheurs dunkerquois partis pour la pêche à la morue en Islande dès le XVIIe siècle. Ces hommes courageux affrontaient de longs mois en mer, laissant derrière eux familles et amis. Au fil du temps, ces rassemblements festifs se sont transformés en un carnaval populaire, rythmé par les chants des équipages, les tambours, et les danses endiablées dans les rues de la ville. Le lancer de harengs fumés est devenu un rite emblématique : il symbolise le partage entre ceux qui reviennent de la mer et ceux restés à terre, une marque de générosité et de convivialité. Durant le Carnaval, la ville entière se métamorphose, avec des rituels précis et un langage codé propre à chaque bande.

Les bandes - Le cœur du carnaval. Ce sont des cortèges bruyants et colorés, où les carnavaleux défilent en chantant les airs traditionnels dunkerquois, vêtus de costumes distinctifs, souvent rayés ou colorés. Le lancer de harengs - l’un des rites les plus célèbres : depuis le balcon de l’hôtel de ville, des harengs fumés sont lancés à la foule, symbolisant le partage et la générosité. Les bals et veillées - tout au long de la période carnavalesque, des bals populaires, veillées et autres fêtes animées ponctuent les soirées. “Un vent de folie et de fête souffle sur le territoire, le Carnaval de Dunkerque entraîne des nuées de masquelours et des forêts de parapluies dans les rues de la ville.”

Le carnaval de Dunkerque est l’un des plus grands carnavals de France avec celui de Nice. Il dure 3 mois et réunit chaque année une cinquantaine de milliers de visiteurs sur l’ensemble des festivités. Les célébrations commencent généralement autour du mardi gras. Cette année, il commencera le 19 février et se terminera mi-mai. Découvrez dans cet article les origines de ce carnaval si original, ses fêtes et ses traditions.

Les origines du carnaval

Les origines du carnaval remontent au XVIIe siècle lors des départs pour la pêche en Islande, plus précisément en 1676 selon certains écrits qui mentionnent la première fête. Dunkerque était alors une petite ville de pêcheurs, la pêche représentant la majorité de l’économie locale. Les marins-pêcheurs dunkerquois venaient pêcher la morue en Islande, qui abondait dans les eaux froides de l'hémisphère nord. Au XIXe siècle, environ 200 goélettes et près 5 000 marins français venaient pêcher la morue. Les préparatifs de la pêche débutaient au mois de janvier ou février avec l’installation des voiles stockées dans les maisons des armateurs, la réparation des gréements, et l'embarcation de l’avitaillement nécessaire. À partir du XVIe siècle, les marins naviguaient en goélettes puis, au XIXe siècle, le dundee a remplacé la goélette car il était beaucoup plus simple à diriger.

Le dundee est un voilier à deux mâts conçu spécialement pour la pêche au hareng, la vitesse de ce voilier est bien supérieure à celle de la goélette et son poids inférieur. Sur les quais, l’agitation montait de jour en jour; les armateurs et le capitaine sélectionnaient les marins et moussaillons, âgés de 13 à 28 ans, sur le port. Ces expéditions très longues et dangereuses amenaient donc les marins à quitter leurs proches durant ces six mois, ces derniers n’ayant peu ou pas de nouvelles. La plupart des marins savaient qu’il y avait un risque important de ne jamais revenir, en partie à cause des naufrages des bateaux très fréquents.

Quelques semaines avant le départ, les hommes de l’équipage percevaient une avance sur salaire avec laquelle ils faisaient une fête la veille de l’embarquement. Dans les auberges, nous retrouvions des centaines de marins qui partagaient entre amis une dernière soirée, en se défoulant avant la grande aventure. Ces soirées étaient appelées les “foyes”. La légende raconte que leurs valises étant déjà préparées pour ce long périple, certains prenaient les vêtements de leurs femmes pour se couvrir lors de cette beuverie. Cela expliquerait l’origine de cette tradition du carnaval durant laquelle des hommes se travestissent. Au cours du XIXe siècle, le carnaval avait presque disparu notamment à cause des nombreux conflits armés entre Français et Allemands. Le grand retour de ce carnaval a eu lieu en 1946, juste après la Seconde Guerre mondiale, alors que la ville était ravagée et en reconstruction.

Les fêtes du carnaval

Aujourd’hui, le carnaval réunit des dizaines de milliers de carnavaleux pendant 3 mois. Durant plusieurs jours, différentes bandes viendront animer les rues et les salles dunkerquoises. Les bandes sont des groupes de musiciens, chaque quartier ayant sa bande respective, elles sont dirigées par un tambour-major. Le tambour-major est en quelque sorte le responsable de toute la bande. Il choisit son itinéraire, sélectionne les musiciens qui auront le privilège d’intégrer son groupe et administre le cortège. Il est reconnaissable grâce à son costume de grenadier Napoléonien, son grand chapeau à plume et sa canne à pommeau. Le plus légendaire d'entre eux est Jean Minne, alias “Cô Pinard II”, célèbre tambour-major de 1959 jusqu’à sa mort en 1988.

Les fêtes se produisent quasiment tous les week-ends, où les carnavaleux défilent dans les rues au rythme des orchestres. Bien évidemment, le code vestimentaire du carnaval est à prendre au sérieux: le clet’che définit l’identité du carnavalier, il se doit d’être original, coloré et extravagant. Les éléments indispensables du déguisement lors du carnaval sont le chapeau, le maquillage, un grand manteau de fourrure coloré et bien sûr un parapluie. Les parapluies sont généralement personnalisés et permettent aux Dunkerquois de se repérer dans la foule et d’identifier leurs proches.

Chaque année, les participants créent des costumes uniques basés sur l’histoire de Dunkerque, les traditions locales et les légendes. Beaucoup d’hommes viennent déguisés en femme, mais cette tradition n’est pas obligatoire. Un concours de déguisement est également organisé pour récompenser les participants les plus impliqués et créatifs.

Les autres activités typiques

Durant les célébrations, il est possible de déguster la gastronomie locale dans des restaurants ou des stands disposés lors des fêtes. Les spécialités culinaires sont les moules-frites, présentes à tous les événements du nord de la France, ainsi que le welsh. Les gaufres et beignets réchauffent aussi les carnavaleux lors des traversées de la ville. Depuis 1962, le maire a pour tradition de lancer des harengs sur la foule depuis le balcon de l’hôtel de ville. La signification de ce geste est que la pêche en Islande nourrit au sens propre et figuré la population dunkerquoise.

Le Figueman est très répandu dans la bande: masqué et grimé, il pratique l’Intrigue en taquinant spectateurs et carnavaleux. À la fin de la bande, la musique se place sur un podium autour duquel les carnavaleux entament le rigodon final pendant une heure sur tous les airs de Carnaval. Les carnavaleux sont écrasés les uns contre les autres pendant tout le rigodon; par temps froid, un nuage de vapeur peut s’élever au-dessus d’eux, conférant à l’événement un caractère presque irréel. À la fin du rigodon, ils entonnent l’hymne à Co-Pinard et la Cantate à Jean Bart.

Le carnaval est l’occasion de se défouler et de laisser libre cours à son imagination. C’est pourquoi les carnavaleux rivalisent d’ingéniosité pour la confection de leur clet’che, et de nombreux déguisements inspirés de l’histoire locale. Le tambour-major conduit la musique et décide de l’endroit des chahuts et des arrêts de la bande. Le premier tambour-major reconnu serait Pintje Bier vers 1850; le plus célèbre demeure Cô-Pinard II. Le carnaval possède un grand nombre de chants traditionnels, certains adaptés d’hymnes populaires, d’autres créés pour l’occasion. Certaines chansons évoquent des thèmes profanes et humoristiques, reflétant l’esprit fraternel et impertinent du festival.

carte mapographique des bandes et lieux du carnaval

Règles et codes du défilé

La base de la bande est la ligne: les carnavaleux défilent sur la largeur de la chaussée, en lignes organisées. Les premières lignes visent à retenir la bande, les autres lignes à pousser. Quand les fifres jouent, la bande avance; lorsqu’un chahut éclate, il faut attendre la fin pour sortir. Si quelqu’un tombe, les carnavaleux autour retiennent les lignes pour éviter une chute en chaîne. Le port de chaussures de sécurité est conseillé. On n’entre dans une chapelle que si l’on est invité. Le bal est une grande fête où tous se rencontrent, organisé par les associations. Chaque année, les participants créent des costumes uniques et parfois élaborés, certains se déguisant en femmes avec perruques et maquillages généreux.

Un épisode controversé a marqué décembre 2017 avec l’affaire du Bal des Noirs et l’utilisation du blackface. Le maire a défendu l’événement et a souligné le droit à la caricature, tandis que des associations ont tenté de l’interdire pour trouble à l’ordre public. La justice a finalement statué que l’événement s’inscrit dans le contexte burlesque des festivités et qu’il n’y avait pas d’illégalité manifeste pour l’interdire.

Lancer de harengs au carnaval de Dunkerque | AFP Images

À la bande de Dunkerque, le jet de hareng fumé se poursuit devant l’hôtel de ville, un moment marquant qui déclenche parfois une bousculade. Au sommet du jet, le maire peut lancer un homard en plastique en hommage à des figures locales. Le jet de harengs et le rigodon final constituent des points d’orgue de chaque édition, rappelant l’héritage des pêcheurs et l’esprit communautaire du carnaval.

Les parcours des bandes traditionnelles et les grandes soirées au Kursaal de Malo-les-Bains figurent parmi les temps forts. Des conseils pratiques pour les visiteurs insistent sur les bals du Kursaal et les nombreuses animations tout au long des trois mois, avec des programmations détaillées pour chaque week-end et chaque bande. Le carnaval est une occasion de se défouler et de profiter d’un riche patrimoine musical et folklorique.

Éléments clésDescription
OriginesPêche à la morue en Islande au XVIIe siècle, foye et Visschersbende
Personnages emblématiquesTambour-major, Cô Pinard II, Figueman
RitesLancer de harengs, rigodon, hymne à Co-Pinard, Cantate à Jean Bart
CostumesClet’che, chapeau, parapluie, maquillage, manteau de fourrure
ControversesAffaire Bal des Noirs et débat sur le blackface

tags: #carnaval #de #dunkerque #wiche