Rites et significations des cérémonies deuil chez les tribus africaines vivant en diaspora

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La majorité des immigrés vieillissant en France aujourd’hui est issue de sociétés où il existe des traditions bien établies à propos de la mort et des rites funéraires qui y sont associés. Ces traditions se sont construites à partir de références aux dogmes et aux préceptes de la religion dominante, l’islam pour l’Afrique du nord et l’Afrique sahélienne ou le christianisme pour la plupart des originaires des pays d’Afrique tropicale. Mais malgré la domination des religions révélées, les vieilles croyances et les anciens rites sont restés présents et forment un background riche et varié dans lequel on peut puiser du sens et trouver des ressources symboliques pour exprimer ses représentations de la mort.

Chez les Maghrébins, islamisés de longue date, les migrations ont été d’abord très majoritairement le fait d’hommes seuls qui, par contrainte autant que par choix, laissaient leur famille au pays. Organisés en communautés de ressortissants des mêmes régions, ils ont très tôt créé des caisses de solidarité qui permettaient le financement du transfert au pays de leurs corps après la mort. L’inhumation se faisait dans le village de naissance à proximité des tombes de leurs parents. Ce choix du pays d’origine comme lieu de la dernière demeure relève moins d’une fidélité aux prescriptions de l’islam que d’une volonté de réaliser post mortem ce qui est l’objectif initial de la plupart des migrations : le retour au pays. En termes proprement religieux, ce choix prend plus son sens dans les traditions antéislamiques que dans la théologie musulmane.

Dans les villages de montagne, la sage-femme traditionnelle procède après la naissance au rite, très répandu dans de nombreuses sociétés paysannes, de l’inhumation du placenta. On peut en déduire que le souhait d’inhumation au village représente un retour vers cette part de soi-même qui y a été enterrée après sa naissance. C’est le cycle de la vie humaine qui est ainsi bouclé, en référence à une conception circulaire du temps, propre aux religions du terroir et très éloignée de la conception linéaire qui prévaut dans les religions révélées.

Les immigrés âgés rencontrés lors de nos enquêtes font souvent une référence à Dieu, dont ils louent la toute-puissance, affirmant ainsi leur foi musulmane mais à qui ils demandent aussi de les faire mourir chez eux, près de leurs ancêtres, fidèles à leurs vieilles traditions. Leur vision de la mort est d’ordre syncrétique et les inscrits dans une double attente : celle de la résurrection et celle de la réinscription dans la continuité de leur lignage, même s’ils n’ont pas eu d’enfants. Certains s’efforcent de ne retourner au pays que quand l’approche de la mort se fait sentir. « C’est toujours triste de rentrer dans un cercueil. Je paye l’assurance à l’Amicale pour le cercueil de toute façon. Mais l’idéal, c’est de fermer les yeux sur sa terre natale. C’est Dieu qui décide. Si tu fais du bien, ce sont les actes qui comptent, pas les belles paroles creuses. L’idéal est de ne pas trop souffrir, une mort propre, tranquille, douce… »

Pour ceux qui ont vécu l’essentiel de leur vie en France et qui y ont vu grandir leurs enfants, se faire enterrer en France prend le sens d’une inclusion définitive dans la société de résidence. C’est la fin de la condition d’immigré, partagée entre ici et là-bas. En ce qui concerne les rituels funéraires, on peut parler d’une forme d’assimilation des coutumes funéraires dominantes dans l’environnement quotidien. Les carrés musulmans dans les cimetières français révèlent l’aboutissement du compromis entre les obligations islamiques en la matière et l’influence des pratiques de la population majoritaire.

Dans les carrés musulmans, les contraintes juridiques se bornent à l’obligation de la mise en cercueil, ce qui contrarie le dogme musulman de l’inhumation du corps nu dans un simple linceul, en contact direct avec la terre. La concession n’étant pas à perpétuité, les familles se doivent aussi de penser à son renouvellement régulier par paiement, alors qu’en Islam la mort doit être totalement gratuite et toutes les concessions doivent être à perpétuité. Pour le reste, ces carrés présentent l’avantage de permettre le maintien d’autres obligations musulmanes. Les tombes y sont orientées vers la qibla, les lieux saints de La Mecque. La création de pompes funèbres musulmanes qui acceptent les contraintes légales en matière funéraire, tout en conservant l’essentiel du rituel islamique, achève de clore le compromis.

Cette apparition de « professionnels de la mort », phénomène inédit en milieu musulman, est une réponse à la raréfaction des personnes de la communauté aptes à accomplir les rituels canoniques comme la toilette funéraire ou aux difficultés d’ordre juridique pour ouvrir et renouveler une concession. C’est un service payant, sur le modèle des pompes funèbres du pays de résidence. Mais cette évolution est aussi le résultat d’un processus d’enracinement lié au regroupement familial. Ce sont les enfants qui font pression sur les parents âgés pour que ceux-ci optent pour une inhumation en France plutôt que dans le pays d’origine. Ils peuvent ainsi bénéficier d’une proximité avec leurs disparus. Les mères, venues pour la plupart dans le cadre du regroupement familial, sont les plus sensibles à ce désir des enfants de les voir enterrer à proximité. Au cours de leur vie en France, elles se sont réalisées à travers leurs enfants. La réussite de ceux-ci a été vécue comme la leur propre. Rompre cette proximité par le choix d’une inhumation au pays d’origine leur est difficilement supportable. Il faut noter aussi qu’elles sont en général plus hostiles que les hommes à un retour au pays pour y passer leur vieillesse et y mourir.

Les immigrés font le choix d’être près de ceux qui incarnent l’avenir plutôt que de se rapprocher des ancêtres qui incarnent le passé. Se faire enterrer en France plutôt qu’au pays d’origine, c’est donner la priorité à ceux qui viennent après soi sur ceux qui ont vécu avant soi. Faire ce choix revient à s’enraciner durablement dans le pays d’accueil, à y fonder une nouvelle lignée après avoir renoncé à s’inscrire dans la continuité de la lignée du pays d’origine. Cet aboutissement a plus à voir avec la condition d’immigré qu’avec l’appartenance confessionnelle.

En matière de rituels funéraires, on peut parler d’une forme d’assimilation des coutumes dominantes dans l’environnement quotidien. Les carrés musulmans dans les cimetières français révèlent l’aboutissement du compromis entre les obligations islamiques en la matière et l’influence des pratiques de la population majoritaire. Les tombes y sont bien sûr orientées vers la qibla mais les stèles et pierres tombales portent des inscriptions diverses : nom et dates de naissance et décès mais aussi parfois le portrait en médaillon de la personne décédée, des plaques du souvenir déposées par la famille et les amis, parfois des fleurs. L’appartenance à l’islam est rappelée par des versets du Coran gravés sur la stèle, des signes comme l’étoile et le croissant, une vue de la Kaaba ou une main de Fatima, ce qui est totalement hétérodoxe par rapport à la règle canonique.

Concernant les peuples subsahariens, qu’ils soient islamisés ou christianisés, ils restent fortement influencés par les croyances et pratiques des « religions du terroir » souvent restées sous-jacentes aux religions révélées. Les rites funéraires africains restent une partie intégrante de la vie quotidienne, transmettant des valeurs culturelles et sociales importantes et intégrant des éléments symboliques et spirituels. Les cultures africaines s’efforcent d’apprivoiser la mort afin de l’intégrer au cycle de la vie, même si les interprétations varient selon les régions et les ethnies.

  1. Variations régionales des rites: Ouest, Nord, Centre et Subdivisions culturelles
  2. Symbolisme et croyances associées: couleurs, cercle, offrandes
  3. Rites typiques: veillées, danses, chants, offrandes et combats contre les esprits

Pour illustrer les dynamiques contemporaines, les familles africaines mobilisent aujourd’hui des ressources variées comme les caisses de solidarité, les concessions en carrés musulmans, ou les services funéraires professionnels afin d’organiser des obsèques dignes et conformes à leurs valeurs. La veillée funéraire demeure une pratique centrale dans de nombreuses communautés, même si sa forme peut varier selon l’ethnie et les souhaits du défunt et de la famille. Au-delà des spécificités ethniques, la veillée représente un moment de soutien, de prière et de communion qui renforce le lien entre vivants et ancêtres et rappelle que la mort est aussi une étape de la transmission et de l’espoir.

Rites funéraires africains et carrés musulmans en France

Le décor symbolique des rites intègre des couleurs, des objets personnels, des vêtements et des offrandes destinées à faciliter le passage de l’esprit. Les cérémonies modernes mêlent musique, danse et culte des ancêtres, témoignant d’un esprit communautaire fort et d’un équilibre entre tradition et modernité. Parfois, les obsèques peuvent durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avec un repas communautaire rassemblant des centaines de personnes, et parfois des pratiques coûteuses qui ont conduit à des formes d’assurance obsèques pour alléger les charges financières des familles.

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