Chandeleur et pape François : histoire, signification religieuse et traditions

La Chandeleur est célébrée chaque 2 février, quarante jours après Noël, et commémore la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem ainsi que la purification de la Vierge Marie. Dans la tradition chrétienne, cette fête rappelle également la rencontre entre Jésus et Siméon, qui reconnaît en lui la lumière du monde.

Le pape François n’a pas institué la Chandeleur : cette fête remonte au IVe siècle et son organisation liturgique a été associée au pape Gélase Ier. La Chandeleur reste toutefois une date importante pour l’Église catholique, notamment parce que le 2 février est aussi la Journée mondiale de la vie consacrée depuis 1997, à l’initiative de Jean-Paul II.

La Chandeleur, une fête de la lumière

La fête de la Chandeleur célèbre la victoire de la lumière sur les ténèbres. Son nom populaire dérive de la traditionnelle bénédiction des bougies qui a lieu à cette occasion, un geste symbolique qui représente le Christ en tant que « lumière pour illuminer les gens ».

Dans les églises, on remplace donc les torches par des chandelles bénites dont la lueur est supposée éloigner le mal et rappelle que le Christ est la lumière du monde. «Lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël» (Lc 2, 32): c’est par ce titre que le vieux Siméon accueille Jésus lors de sa présentation au Temple par Marie et Joseph.

Les bougies bénites sont ensuite conservées dans les maisons des fidèles comme signe de protection et symbole de la lumière divine qui guide le chemin spirituel. Le nom Chandeleur rappelle également des rites anciens liés à la lumière, comme le Lucernaire dans le rite romain, qui prévoyait l’allumage d’une lampe au coucher du soleil, symbole de Christ qui vainc les ténèbres.

La présentation de Jésus au Temple

La Chandeleur, célébrée le 2 février, représente un moment significatif dans le calendrier liturgique chrétien. Cette fête commémore la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem et la purification de la Vierge Marie, quarante jour après l’accouchement.

Cet épisode dans les Évangiles (Luc 2,22) est très important pour le lien qu’il crée entre religion chrétienne et culture juive. Dès son institution au IVe siècle apr. J. C., cette récurrence a représenté un pont significatif entre l’Ancien et le Nouveau Testament, et a souligné la continuité et l’accomplissement des promesses divines.

Selon la loi juive, décrite dans Lévitique 12, la naissance d’un enfant implique des pratiques spécifiques de purification pour la mère. De plus, chaque premier-né mâle doit être consacré à Dieu au Temple à travers un rite spécifique, connu comme Pidyon HaBen, ou rachat du premier-né.

Cette pratique est enracinée dans les Écritures juives, en particulier dans le livre de l’Exode, où Dieu commande : « Consacre-moi tout premier-né, tout premier-né parmi les enfants d’Israël » (Exode 13 :2). Initialement, avant le Concile Vatican II, elle était appelée Purification de la Bienheureuse Vierge Marie et elle était reliée aux rites de purification qu’une femme devait accomplir quarante jours après l’accouchement dans la culture juive.

Mais cette dénomination négligeait un autre aspect central de la célébration : la présentation de Jésus au Temple et la rencontre avec Siméon, qui le reconnut comme la lumière du monde.

Le rôle du pape Gélase Ier

C’est à partir du IVe siècle que la Chandeleur est célébrée comme fête de la Présentation au temple à Jérusalem. Une grande étape est en effet franchie en 472, lorsque le Pape Gélase (49e Pape dans la succession de Pierre) institue ce jour comme jour des processions aux flambeaux et feux de joie, correspondant à la présentation du Christ au temple.

Ce Pape d’origine berbère, né en Afrique du Nord, avait par ailleurs pour habitude d’offrir des galettes aux foules de pèlerins. Des galettes, dont proviennent la fameuse tradition des crêpes, perpétuées jusqu’à ce jour.

À l’époque, ces crêpes étaient d’autant plus appréciées qu’elles étaient perçues comme des symboles de prospérité en raison de leur forme ronde et leur couleur ambrée, semblable à celle du soleil.

Procession de chandelles à la Chandeleur

Pourquoi associer la Chandeleur au pape François ?

Le pape François n’est pas à l’origine de la Chandeleur et n’en a pas fixé la date. La fête existait plusieurs siècles avant son pontificat et sa forme liturgique est liée à l’histoire de la présentation de Jésus au Temple, aux pratiques chrétiennes de bénédiction des cierges et à l’action du pape Gélase Ier.

Le lien contemporain entre la Chandeleur et la papauté concerne surtout la signification spirituelle de la fête et la vie consacrée. Chaque 2 février depuis 1997, à l’initiative de Jean-Paul II, a lieu la Journée mondiale de la vie consacrée.

Cette journée rappelle que la Présentation de Jésus au Temple possède une importance particulière pour les personnes consacrées. Entre l’Épiphanie et le début du Carême, la Présentation de Jésus au Temple, en respect avec la loi de Moïse, signe donc sa «consécration» au Seigneur.

La signification spirituelle de la Chandeleur

Les lectures du jour nous appellent à la suite du vieillard Siméon à nous laisser éclairer par l’Esprit Saint et à accueillir le Christ dans notre vie. Vivre en chrétien la fête de la Chandeleur, c’est remettre le Christ au centre de nos préoccupations.

Siméon se situe dans la rencontre authentique et confiante avec Dieu qui lui apporte la paix et dont il se sait aimé. La liturgie nous invite à entrer dans cette démarche, à aller à la rencontre du Christ, guidés par l’Esprit Saint, pour qu’au moment de quitter ce monde, nous puissions dire nous aussi: «Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix selon ta parole.» (Lc 2, 22 - 40)

Les racines païennes et préchrétiennes

La Chandeleur ou “fête des chandelles”, du latin festa candelarum, est une ancienne fête païenne et latine. Elle est d’abord liée aux sanglantes lupercales romaines, ces célébrations à visée purificatrice, inspirées de Lupercus, dieu de la fécondité, lui-même descendant de la légende de Remus et Romulus, au regard de l’étymologie latine lupus, le loup.

Cependant, les racines de cette fête chrétienne pourrait également puiser dans des traditions préchrétiennes, comme les Lupercales, célébrés dans la Rome ancienne en février, mois dédié à la purification et à la fécondité. Le nom même du mois dérive du verbe latin februare, « purifier », et se relie au dieu étrusque Februus.

Aux calendes de février on fêtait également Junon Februata, avec des rites qui prévoyaient l’allumage de torches. L’imbolc est une autre célébration similaire, fête celtique qui marquait le passage de l’hiver au printemps, de l’obscurité à la lumière.

À l’origine, il y a la fête aux flambeaux, organisée avant le printemps chez les Celtes et les Romains pour célébrer le retour de la lumière après de longs mois d’hiver. La Chandeleur faisait alors référence à la fertilité de la terre.

Dans toutes ces traditions, le symbolisme de la lumière et de la purification s’entremêle avec celui du christianisme. La fête a subi de nombreuses transformations dans le temps, en intégrant traditions et significations différentes.

La Chandeleur en France

En France, le nom Chandeleur vient du nom chandelle et cette fête a assumé, au cours des siècles, une dimensions culturelle unique dans ce pays, mélangeant traditions religieuses et populaires. Tandis que dans les églises on maintient vif le rituel de la bénédiction des bougies, dans les maisons françaises la fête est devenues synonyme de crêpes.

Au cours des siècles, la Chandeleur a donné vie à de nombreuses traditions populaires, proverbes devenus d’usage commun, et recettes avec lesquelles, chaque année, on honore cette fête si importante, à cheval entre folklore et religion.

Selon la tradition, préparer et faire sauter les crêpes porte chance et prospérité pour l’année à venir. Les paysans avaient ainsi pris pour habitude de cuisiner des crêpes avec la farine excédentaire de l’année passée.

Avec leur forme ronde et leur couleur dorée, les crêpes symbolisaient la lumière, le soleil et donc le retour des beaux jours ! Ces dernières symbolisent le soleil et la lumière, éléments d’espérance et d’abondance pour la récolte future.

La tradition de la première crêpe

La tradition de manger ce dessert gourmand pour la Chandeleur est attribuée à Pape Gélase Ier, qui, pour réconforter les pèlerins en visite à Rome, commanda que l’on prépare des grosses quantités de farine et d’œufs et qu’on les cuisine sous forme de savoureuses crêpes.

Superstitieux, ils avaient même imaginé un jeu afin d’apporter prospérité : faire sauter la première crêpe de la main droite avec une pièce en or dans la main gauche ! Selon la tradition, les agriculteurs devaient faire sauter la première crêpe avec la main droite, tout en serrant une pièce en or dans la gauche.

Si la crêpe ne tombait pas, on croyait que la famille allait connaître la prospérité pour l’année à venir. La pièce était ensuite enroulée dans la crêpe et conservée jusqu’à l’année suivante pour être offerte à une personne pauvre.

Aujourd’hui, dans certaines familles, on conserve aussi la première crêpe en haut d’une armoire. La tradition veut que la première crêpe soit dédiée à la Chandeleur même et doit être conservée ou offerte en signe de bon augure.

Les traditions régionales

Dans certaines villes comme Marseille, la Chandeleur est célébrée avec des processions et des bénédictions, où les fidèles portent des bougies vertes et participent à des rites religieux. Ici, il y a également la tradition d’acheter des navettes, un type de pain typique de la région.

Les crêpes sont préparées dans différentes variantes selon les régions. Dans le Champagne elles s’appellent tantimolles, par exemple, et croupets en Guascogne. Chaque région a ses particularités dans la préparation et dans la présentation des crêpes.

Cette ancienne tradition, qui unit la signification religieuse de la bénédiction des bougies à la joie conviviale de la préparation des crêpes, continue d’être un moment important dans le calendrier festif français.

La recette traditionnelle des crêpes

La préparation des crêpes pour la Chandeleur suit une recette traditionnelle transmise de génération en génération. Pour réaliser des crêpes authentiques, il vous faut : 250g de farine, 4 œufs, 500ml de lait, une pincée de sel, 50g de beurre fondu et une cuillère à soupe de sucre.

IngrédientQuantité
Farine250g
Œufs4
Lait500ml
SelUne pincée
Beurre fondu50g
SucreUne cuillère à soupe

La clé pour obtenir des crêpes parfaites est dans la préparation de la pâte, qui doit reposer au moins une heure, afin de permettre à la farine d’absorber entièrement les liquides. La cuisson nécessite d’une poêle bien chaude et légèrement huilée, où verser une louche de pâte en la faisant tourner rapidement afin de la distribuer de manière uniforme.

Les crêpes peuvent être dégustées en version sucrée, avec sucre, confiture ou chocolat, ou en version salée avec jambon, fromage ou œufs.

La Chandeleur et les signes de la fin de l’hiver

La fête de la Chandeleur s’inscrit dans une période de transition entre l’hiver et le printemps. La lumière, les flambeaux, les bougies et la forme dorée des crêpes évoquent tous le retour progressif des jours plus lumineux.

Aux États-Unis et au Canada, la Chandeleur est concurrencée le 2 février par le jour de la marmotte. On doit se tenir ce jour-là devant le terrier de la marmotte de son choix, et attendre patiemment.

Si l’animal sort de son abri et ne voit pas son ombre à cause du temps nuageux, l’hiver s’achèvera bientôt. Si par contre, le temps est lumineux, l’animal retournera dans sa tanière et l’hiver se poursuivra pendant six semaines supplémentaires.

Dans beaucoup de régions, des traditions sont ainsi liées à des animaux hibernants, en particulier l’ours dans l’Est de la France et dans les Pyrénées, le hérisson en Irlande, la loutre en Lorraine.

1973 : Les traditions de la Chandeleur à Marseille | Archive INA

La Chandeleur associe ainsi la présentation de Jésus au Temple, la lumière des chandelles, les anciennes fêtes de purification et la tradition française des crêpes. Son rapport avec le pape François est contemporain et indirect, tandis que l’origine historique de la fête est principalement liée à la liturgie chrétienne ancienne et au pape Gélase Ier.

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