L'église néo-gothique du village de Fleury, datée du XIXe siècle, fut détruite en quasi totalité au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le projet de construction d'un nouveau lieu de culte est confié à l'architecte parisien Georges-Henri Pingusson, nommé architecte en chef de la Reconstruction de la Moselle en 1947. C'est à ce titre qu'il s'investit dans la reconstruction de quatre églises mosellanes, dont celle de Fleury.
Elle présente la particularité d'être conçue en harmonie avec le cadre bâti alentour, essentiellement composé d'une architecture rurale vernaculaire. Cette intention de projet figure dès les premières esquisses, datées de 1956. Associé pour cette reconstruction à l'architecte messin Robert Riniéri, G.-H. Pingusson affine son projet jusqu'en 1961, année de pose de la première pierre.
Lors de cette cérémonie, la communauté religieuse du village se rassemble autour de Monseigneur Schmitt, alors Evêque de Metz, et de l'abbé Bach, curé de la paroisse. Inscrite au titre des Monuments historiques depuis 2006, l'église de la Nativité-de-la-Vierge est la seconde église mosellane conçue par G.-H. Pingusson.
L'église de la Nativité-de-la-Vierge est érigée à l'emplacement du précédent édifice, au coeur du village. Son volume massif tout de moellons vêtus ferme la perspective de la rue Gérard Mansion. Bénéficiant d'une position dominante grâce à la topographie du site, il impose son austère présence au visiteur.
Pour ce projet, G.-H. Pingusson opte pour des dispositifs architecturaux traditionnels et conserve les proportions d'une église de campagne. Couvert de toitures à deux pans de faible pente, l'édifice se développe à partir d'un plan rectangulaire orienté selon un axe Est/Ouest. Le décalage des hauteurs d'égout des toitures rappelle le gabarit caractéristique du bâti d'un village-rue.
Implanté à l'angle nord du volume, le clocher, de base ovoïde et percé d'ouvertures triangulaires, marque l'entrée latérale de l'église. Le nombre restreint d'ouvertures en façades et l'omniprésence de la pierre de Jaumont confèrent au bâtiment un caractère quasi-monolithique tempéré, à l'intérieur, par un traitement subtil et singulier de la lumière naturelle.
La nef, soutenue par des piliers implantés dans la crypte, est détachée des murs gouttereaux ; elle semble ainsi être en lévitation. L'effet est renforcé par l'éclairage indirect en provenance des bas-côtés, situés en contrebas, et par la présence d'un plafond suspendu également décollé des murs. Le cheminement lumineux conduit vers l'autel et le chœur, généreusement éclairés de part et d'autre par de grands bandeaux verticaux en pavés de verre, ménagés dans un étroit volume rapporté contre celui de l'église et constituant son chevet.

Contexte et réception du projet
La reconstruction mosellane s’inscrit dans une démarche de conservation du patrimoine tout en répondant aux exigences pastorales et fonctionnelles du culte moderne. Pingusson privilégie une langue constructive qui dialogue avec le paysage rural, avec le souci de créer un espace cultuel lisible et serein. Le recours à la pierre de Jaumont et à des volumes géométriques simples participe d’un effet monolithique maîtrisé, qui ne sacrifie pas la lumière intérieure ni le sens communautaire de l’espace liturgique.
Georges-Henri Pingusson (1894-1978), architecte : de l'art déco au modernisme
Éléments architecturaux et spatialité
La nef suspendue et les jeux de lumière créent une expérience spirituelle centrée sur l’autel et le chœur, clarifiée par les bandes de verre qui balisent les vides et les pleins. Le plan rectangulaire, l’orientation Est/Ouest et le clocher ovoïde marquent une lecture traditionnelle adaptée à une église de campagne, tout en intégrant des touches contemporaines propres au style de Pingusson.
Inscrite au titre des Monuments historiques depuis 2006, l’église de Fleury est ainsi un exemple marquant de la reconstruction mosellane qui associe mémoire, continuité régionale et modernité formelle. Des sources spécialisées rappellent les contributions de Pingusson et de son collègue Riniéri à la réécriture architecturale de plusieurs édifices sacrés en Lorraine.
| Élément | Description | Observations |
|---|---|---|
| Plan | Rectangulaire, axe Est/Ouest | Rappel du bâti rural |
| Clocher | Base ovoïde, ouvertures triangulaires | Entrée latérale marquée |
| Matériaux | Pierre de Jaumont, moellons | Aspect quasi-monolithique |
| Éclairage | Verre pavé et lumière indirecte | Effet de lévitation de la nef |
Documentation conseillée: BOLLE G., L'église de la Nativité de la Vierge à Fleury… Un espace cultuel pendant la reconstruction en Moselle; quel patrimoine ?, Ecole d'architecture de Strasbourg, 2004; Pingusson, L'Art sacré, novembre 1938; TEXIER Simon, Georges-Henri Pingusson, Le Moniteur architecture, 2006.