La communion spirituelle est l’union de l’âme à Jésus-Eucharistie, réalisée non par la réception du sacrement, mais par le désir de cette réception. Saint Josémaria apprit dans son enfance une ancienne formule, qu’il répandit par la suite dans le monde entier : « Je voudrais, Seigneur, te recevoir avec la pureté, l’humilité et la dévotion avec lesquelles ta très Sainte Mère te reçut, avec l’esprit et la ferveur des saints. »
Cette pratique permet de s’unir au Christ lorsque l’on ne peut pas communier sacramentellement, sans relativiser l’Eucharistie ni remplacer la messe. Elle consiste à faire un acte de foi et de désir de la communion eucharistique en demandant à Dieu de verser en nous les grâces que nous aurions aimé recevoir en communiant sacramentellement mais que nous ne pouvons pas recevoir hic et nunc.
Qu’est-ce que la communion spirituelle ?
La communion spirituelle désigne l’union de l’âme à Jésus-Eucharistie, réalisée non par la réception du sacrement, mais par le désir de cette réception. « Elle consiste dans un ardent désir de se nourrir du Pain céleste, avec une foi vive qui agit par la charité et qui nous rend participants des fruits et des grâces du Sacrement » (Concile de Trente, Session XIII, ch. 8).
C’est un désir explicite du sacrement, inspiré par la charité. La communion spirituelle requiert l’état de grâce et nous verrons les conséquences de cette condition pour les effets de la communion spirituelle. Cette communion non sacramentelle porte les fruits du sacrement car si le Seigneur a lié sa grâce aux sacrements, le Seigneur n’est pas lié par ses sacrements : Il peut et, de facto, Il donne sa grâce aussi en dehors de la réception des sacrements.
Dans son Introduction à la vie dévote, saint François de Sales invite Philothée, fidèle laïque qui vit dans le monde, à recourir à cette pratique : « quand vous ne pourrez pas avoir ce bien de communier réellement à la sainte messe, communiez au moins de cœur et d’esprit, vous unissant par un ardent désir à cette chair vivifiante du Sauveur ».
La communion spirituelle et la communion sacramentelle
La communion spirituelle ne se confond pas avec la communion sacramentelle. Dans la communion sacramentelle, le fidèle reçoit réellement le Corps du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés. Dans la communion spirituelle, il ne reçoit pas matériellement le sacrement, mais il s’unit au Christ par la foi, la charité et le désir de le recevoir.
Rappelons aussi que l’on n’est jamais obligé de communier sacramentellement à la messe, et tout particulièrement lorsque l’on ne se trouve pas dans les dispositions requises. La communion spirituelle peut donc s’ajouter à la communion sacramentelle quotidienne et pas seulement se substituer à elle.
La communion spirituelle requiert l’état de grâce. Quant aux dispositions qu’implique cette foi vive, cette charité, dont parle le concile de Trente, ce sont celles qui sont indiquées ci-dessous et dont les formules remplissent les livres de piété sous la rubrique : « actes avant et après la communion ».
Les deux principes de la communion spirituelle
La foi en la présence réelle du Christ
On ne peut bien comprendre le désir de l’Eucharistie, si on n’accepte pas le principe de la valeur sanctifiante de l’Eucharistie : c’est parce que l’on croit à la présence réelle et vivifiante du Christ dans l’Eucharistie, qu’on désire recevoir le sacrement.
C’est parce que l’on croit au caractère spécial de ce sacrement, qui est d’augmenter la vie de la grâce, d’intensifier la charité, de fortifier l’unité qui nous lie au Corps Mystique, que l’on désire cette union au Christ. C’est parce que l’Eucharistie, selon la promesse de Notre-Seigneur, est le pain de l’âme, un aliment de vie, une nourriture spirituelle, que l’on veut effectivement s’en nourrir.
« La présence de Jésus vivant dans la sainte Hostie est la garantie, la racine et la consommation de sa présence dans le monde » (Saint Josémaria, Quand le Christ passe §102). L’Eucharistie est un sommet accessible, d’abord par les ailes de la foi amoureuse, et ensuite par la communion au Corps du Christ.
Le désir qui supplée l’acte sacramentel
C’est un principe admis par les théologiens qu’en beaucoup de cas le désir supplée l’acte, quand celui-ci ne peut être accompli en lui-même. Par le désir, la communion est en quelque sorte accomplie ; sans doute elle ne l’est pas matériellement mais le désir atteint la réalité sans passer par le signe sacramentel.
Ainsi, celui qui tend vers la vie du Christ dans l’Eucharistie la trouve, car le Christ ne manque pas à ceux qui le cherchent. La tradition chrétienne a bien creusé la piste de l’intériorité dans le rapport avec l’Eucharistie : « un homme peut percevoir l'effet du sacrement s'il le possède par le désir, bien qu'il ne le reçoive pas en réalité » (saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, III, q.80, a. 1, ad 3).
Le magistère de l’Église entérine cette option : ceux qui vont « manger par le désir le pain céleste avec la foi vive qui opère par la charité, en ressentent le fruit et l’utilité » (Concile de Trente, Décret sur l’Eucharistie, session 13, ch. 8).
Pourquoi pratiquer la communion spirituelle ?
Les menaces de maladie ou de mort font naître au fond du cœur le désir de se tourner vers l’Auteur de la vie. Par l’isolement de ce qui est accessoire, Dieu met au premier plan ce qui est essentiel : la mémoire de l’Amour divin sans mesure, c’est-à-dire l’Eucharistie.
L’épidémie semble bloquer les fidèles dans leur piété eucharistique : elle empêche de participer à la célébration eucharistique, elle réduit la proximité avec la Présence sacramentelle et elle prive du Pain du ciel. Le Sauveur, qui veut à tout prix rester auprès de nous, suscite ainsi l’envie de le recevoir : cette faim est spirituelle car elle est accordée par l’Esprit Saint.
Au milieu des incertitudes de santé, d’emploi du temps ou d’avenir, le Christ demeure tout proche. « L'Eucharistie (…) porte à sa perfection la communion avec Dieu le Père, grâce à l'identification au Fils unique par l'action du Saint-Esprit » (N. Cabasilas, La vie en Christ, 4, 10).
Ne nous résignons pas à l’absence de célébration, mais réduisons les distances dans nos cœurs ! La communion spirituelle est un élan amoureux vers la Trinité. Elle nous est dictée par l’Esprit Saint, nous configure au Christ et proclame notre fierté filiale : « Abba, Père ! » (Galates 4, 6).
Les effets spirituels
Les effets produits sont de même nature que dans la communion eucharistique, donc augmentation de la grâce sanctifiante, grâces d’amour, de vie, de pureté, d’unité. Ces effets peuvent être supérieurs à ceux qui sont produits dans la communion sacramentelle, si les dispositions sont très pures.
« Il peut arriver que vous fassiez cette communion spirituelle avec une telle ferveur, que vous méritiez au moins autant de grâces qu’on en obtient par la communion sacramentelle » (vénérable Louis Dupont). Rappelons enfin que la communion spirituelle pour être fructueuse requiert l’état de grâce.
De nombreux saints et docteurs en ont témoigné, la présentant comme un trésor méconnu, comme une prière appropriée à tous les temps. « Vous imprimerez ainsi en vous un amour profond pour notre Seigneur » (sainte Thérèse d’Avila, Chemin de Perfection, ch. 35).
Un dévouement qui s’étendra aux proches, dans l’abnégation et le sourire. « Vous devez recevoir pour l'amour ce que le seul amour vous fait donner » (saint François de Sales, Introduction à la Vie dévote 2, 21).
La communion spirituelle nous unit à la Personne et à la mission du Fils éternel, elle nous tourne vers le Père, vers la sainteté de son Nom, de sa volonté et de son royaume ; elle ouvre l’âme au Pain céleste et aux besoins de nos frères, surtout des faibles ; elle guide vers la victoire et la persévérance finale.
L’Eucharistie, recherchée avec droiture de cœur, configure au Christ et met au service de l’Église. Nous donnerons ce que nous portons. Dans la vie familiale, nous deviendrons du pain nourrissant et aimable pour les autres.
Comment faire une communion spirituelle ?
Les actes de la communion spirituelle sont du même ordre que ceux qui précèdent, accompagnent et suivent la communion sacramentelle. Ils peuvent être accomplis pendant la messe lorsque l’on ne peut pas communier, devant le tabernacle, au cours d’une adoration eucharistique, ou à tout autre moment de la journée.
La communion spirituelle est bonne à tous les moments d’une journée active ou confinée. « Reste avec nous » (Luc 24, 29), supplièrent les disciples à Emmaüs. « Daignez demeurer avec moi, Seigneur : je désire ardemment être avec vous. Que tout mon cœur vous soit uni » (Thomas de Kempis, Imitation du Christ, 4, 13).
La démarche traditionnelle comporte plusieurs actes :
- Le repentir. Toute personne pieuse doit d’abord concevoir un sincère repentir de ses péchés et purifier par cette douleur le tabernacle de son cœur, où elle désire recevoir et faire reposer le divin Sauveur.
- La foi. Ensuite elle fera un acte de foi vive sur la présence réelle de Jésus-Christ dans cet auguste mystère.
- L’adoration. Puis elle considérera la grandeur et la majesté de ce Dieu caché sous le voile des saintes espèces.
- La gratitude et le désir. Qu’elle réfléchisse à l’amour immense, à la grande bonté avec lesquels il désire s’unir à nous ; qu’elle jette aussi ses regards sur sa faiblesse et sa propre misère.
- L’humilité. Après ces considérations elle doit faire des actes d’humilité à la vue de sa propre indignité.
- Le désir du Christ. Elle doit aussi faire des actes de désir, à cause de l’amabilité infinie de Dieu.
- L’union spirituelle. Enfin, puisqu’il ne lui est pas donné de s’unir à son bon Sauveur par la réception réelle de l’eucharistie, qu’elle s’en approche en esprit et s’unisse à lui par le doux lien d’un amour paisible et tranquille.
- L’action de grâce. Elle terminera la communion spirituelle en remerciant et en louant le Seigneur.
Quoique Jésus-Christ ne soit pas descendu sacramentellement dans son cœur, il était cependant bien disposé à cette union d’amour et la désirait avec toute l’ardeur de la charité. Elle lui demandera donc les grâces dont elle se reconnait indigne, et s’appliquera sérieusement à produire les actes qu’elle a coutume de faire après la réception de cette nourriture divine.
La formule apprise par saint Josémaria
Saint Josémaria apprit dans son enfance une ancienne formule, qu’il répandit par la suite dans le monde entier : Je voudrais, Seigneur, te recevoir avec la pureté, l’humilité et la dévotion avec lesquelles ta très Sainte Mère te reçut, avec l’esprit et la ferveur des saints.
Dans sa vie sacerdotale, il témoigna d’une heureuse expérience : « tu auras davantage la présence de Dieu et tu lui seras plus uni dans tes actes » (Chemin, n°540). La pureté de cœur et l’humilité sincère font flamber la dévotion, comme celle de Notre Dame, saint Joseph et bien d’autres.
L’Église recommande à ses enfants cette pratique animée « d’une foi vive, un esprit respectueusement humble et confiant dans sa volonté, avec l’amour le plus ardent » (Pie XII, encycl. Mediator Dei, II).
L’origine de la prière de l’Opus Dei
Le fondateur de l’Opus Dei apprit la « communion spirituelle » de la bouche du Père Manuel Laborda : « Je voudrais Seigneur te recevoir avec la pureté, l’humilité et la dévotion avec lesquelles ta très Sainte Mère te reçut, avec l’esprit et la ferveur des saints.
Le Père Manuel Laborda, originaire de Borja, à Saragosse, était professeur à Barbastro. La question de l’origine exacte de cette formule restait ouverte : était-elle enseignée à l’école, ou bien le religieux l’avait-il composée lui-même ?
La découverte du vieux catéchisme
Je faisais des recherches en vue de publier un article sur la Sainte Vierge dans Scripta de Maria, revue de l’Institut mariologique de Torreciudad (Espagne), quand j’ai soudain pensé au catéchisme que j’avais appris à la paroisse de mon village, pour me préparer à la Première Communion. Le fameux catéchisme du Père Ramo, comme nous disions.
Je me suis dit que c’était probablement là aussi que le jeune Josémaria avait appris cela à l’école de Barbastro. J’en ai parlé à la bibliothèque de l’Université de Navarre. Ils en avaient un exemplaire qu’ils ont digitalisé pour me l’envoyer.
Il n’est pas très bien conservé, aussi a-t-on des difficultés à bien le lire. Entre temps, au cas où, je fis une démarche à l’établissement des Écoles Pies d’Alcañiz, où l’auteur de ce catéchisme avait été recteur.
Ils m’adressèrent aux Écoles Pies de Saragosse où je trouvai une copie du Grand Catéchisme. Explication de la Doctrine Chrétienne avec la méthode dont se servent les Pères des Écoles Pies. Exposée sous la forme d’un Dialogue entre Maître et Disciple.
| Élément | Information |
|---|---|
| Auteur | Le P. Cayetano de S. Juan Bautista |
| Édition | Pampelune en 1800 |
| Longueur | 357 pages |
| Passage consacré à la formule | Page 308 |
Cet ouvrage est édité à Pampelune en 1800 et il a 357 pages. J’ai pris le temps de le lire et, ô surprise, je suis tombé sur ce texte, à la page 308, où l’auteur encourage à raviver le désir de recevoir le Christ en expliquant aussi comment y arriver :
J’aimerais Seigneur, et Mon Dieu, vous recevoir avec la pureté, l’humilité et l’amour avec lequel votre Très Sainte Mère vous reçut et avec la ferveur et l’esprit des Saints.
Il se peut donc que cette réponse du catéchisme, mille et mille fois enseignée et répétée, soit devenue une prière avec de légères variantes. À moins que ce ne soit le Père Laborda lui-même qui l’ait adoptée en tant que telle.
En tout cas, elle était dans le patrimoine de la piété des Frères des Écoles Pies et ce bon religieux l’a transmise à saint Josémaria. Reste encore à chercher si l’origine de cette formule est à attribuer au Père Cayetano de San Juan Bautista, où à savoir s’il l’a lui aussi empruntée à quelqu’un d’autre.
La reconstruction du catéchisme
Étant donné que la photocopie sur laquelle j’ai travaillé n’était pas de très bonne qualité - les tâches sombres rendaient difficile de scanner le texte- je me suis dit qu’il valait mieux la copier sur l’ordinateur. Ce fut fait.
Le processus a été laborieux et assez long, presque deux ans, pour arriver à la reconstruction de ce vieux catéchisme. J’ai copié, ordonné et fait la maquette de ce petit livre à l’ordinateur, en conservant son aspect presque à l’identique.
La place de la communion spirituelle dans la spiritualité de l’Opus Dei
La communion spirituelle n’est pas une formule isolée dans la vie de saint Josémaria. Elle s’inscrit dans une relation quotidienne avec Jésus-Christ présent dans l’Eucharistie, dans le désir de chercher Dieu au milieu des activités ordinaires et dans la conviction que la grâce transforme concrètement les actes.
Saint Josémaria faisait au moins une communion spirituelle chaque jour, même s’il avait déjà communié sacramentellement en célébrant la Messe. Dans sa vie sacerdotale, il témoigna d’une heureuse expérience : « tu auras davantage la présence de Dieu et tu lui seras plus uni dans tes actes » (Chemin, n°540).
La communion spirituelle peut s’accomplir au cours d’une journée active ou confinée. Elle ne dépend pas uniquement d’un moment consacré à la prière, mais elle oriente l’ensemble de l’existence vers la rencontre du Sauveur.
Le jour et la nuit sont orientés vers la rencontre du Sauveur. Notre indignité est accompagnée par une contrition sincère. L’âme assoupie rebondit par l’appétit eucharistique : cela « fait à l’âme comme un coup de soufflet au feu qui commence à s’éteindre, mais où il y a encore beaucoup de braise : on souffle et le brasier se rallume » (saint Curé d’Ars, Sermons).
Une pratique recommandée par l’Église et les saints
Déjà dans l’Antiquité, les Pères de l’Église témoignaient de l’intention de recevoir les sacrements. En temps normal, nous cherchons à fréquenter l’Eucharistie. En temps de « vaches maigres », comme c’était le cas à l’époque des patriarches (Genèse 41, 27), nous pouvons aspirer à la nourriture cachée dans les réservoirs de notre foi qui a soif de Dieu.
Après le concile Vatican II, l’insistance n’a pas faibli : « il est opportun de cultiver dans les cœurs le désir constant du Sacrement de l'Eucharistie. C'est ainsi qu'est née la pratique de la ‘communion spirituelle’, heureusement répandue depuis des siècles dans l’Église et recommandée par de saints maîtres de vie spirituelle » (saint Jean-Paul II, Encycl. Ecclesia de Eucharistia §34 ; Benoît XVI, Exhort. Sacramentum caritatis, §55).
Quand on relit toutes les recommandations qui ont été faites sur ce sujet, non seulement par les Docteurs et les Saints, mais encore ne serait-ce que par le Concile de Trente ou le Pape Pie XII, on est frappé de cette négligence générale pour une pratique de dévotion si fructueuse.
Au XVIIIe siècle, saint Léonard de Port-Maurice, prêtre capucin, disait : « O salutaire communion spirituelle ! Trésor caché et connu de bien peu de chrétiens […] Autant vous êtes précieuse, autant vous êtes peu connue, et surtout peu pratiquée des chrétiens de nos jours ! »
Sainte Thérèse d’Avila incitait ses filles du Carmel à cet exercice de piété puisqu’à son époque les religieuses ne pouvaient pas communier tous les jours, même si elles participaient à la messe quotidiennement. « Lorsque vous ne recevez pas la communion à la Messe que vous entendez, écrit la réformatrice du Carmel, communiez spirituellement, c’est là une méthode très avantageuse […] vous imprimerez ainsi en vous un amour profond pour notre Seigneur » (Chemin de la perfection, chap. 35, 1).
Dans la même ligne, le saint Curé d’Ars donnait cette belle comparaison à ses paroissiens : « la communion spirituelle fait à l’âme comme un coup de soufflet au feu qui commence à s’éteindre, mais où il y a encore beaucoup de braise : on souffle et le brasier se rallume » (Sermon).
Saint Alphonse-Marie de Liguori raconte que le Seigneur « fit voir à sœur Paola Maresca, selon ce qui est rapporté dans sa vie, deux vases précieux, l'un d'or et l'autre d'argent, en lui disant qu'il conservait dans le vase d'or ses communions sacramentelles, et dans le vase d'argent ses communions spirituelles. »
La communion spirituelle dans la vie quotidienne
De nos jours, nombreuses sont les personnes baptisées qui voudraient communier sacramentellement tous les dimanches, et même chaque jour, mais qui, de facto, ne peuvent pas recevoir le Corps du Seigneur en nourriture spirituelle parce qu’elles en sont matériellement empêchées : comme, par exemple, un soldat parti en « opex » dans une région du monde dépourvue d’aumônier militaire, une mère de famille retenue à la maison par les soins de son nourrisson, un père de famille ou une étudiante qui ne peuvent participer à la messe en semaine compte tenu de leur devoir d’état.
Ces personnes sont-elles condamnées à être privées de la grâce de l’eucharistie ? La réponse est « non ». Elles peuvent faire une « communion spirituelle », c’est-à-dire une communion non sacramentelle, une « communion de désir ».
La communion spirituelle est un moyen de demeurer tourné vers le Christ au milieu des obligations familiales, professionnelles et sociales. Souviens-toi toujours qu'à tout moment tu collabores à la formation spirituelle et humaine de ceux qui t'entourent, et de toutes les âmes - la bienheureuse Communion des Saints va en effet jusque là: quand tu travailles et quand tu te reposes; quand on te voit joyeux ou préoccupé; quand, dans ton travail, ou en pleine rue tu pries en enfant de Dieu, et que la paix de ton âme se manifeste au-dehors; quand on remarque que tu as souffert - que tu as pleuré -, et que tu souris.
La communion spirituelle nous ouvre aussi aux autres. Elle ouvre l’âme au Pain céleste et aux besoins de nos frères, surtout des faibles. Un dévouement qui s’étendra aux proches, dans l’abnégation et le sourire.
La communion spirituelle et la communion des saints
Cette expression signifie avant tout la participation commune de tous les membres de l’Église aux réalités saintes (sancta) : la foi, les sacrements, en particulier l’Eucharistie, les charismes et les autres dons spirituels.
À la source de la communion, il y a la charité, qui « ne cherche pas son intérêt » (1 Co 13,5), mais qui pousse les fidèles à « mettre tout en commun » (Ac 4,32), même leurs biens matériels, pour le service des plus pauvres.
Elle désigne également la communion entre les personnes saintes (sancti), à savoir entre ceux qui, par la grâce, sont unis au Christ mort et ressuscité. Les uns sont en pèlerinage sur la terre, d’autres, ayant quitté cette vie, achèvent leur purification, soutenus aussi par nos prières, d’autres enfin jouissent déjà de la gloire de Dieu et intercèdent pour nous.
Tous ensemble, ils forment dans le Christ une unique famille, l’Église, à la louange et à la gloire de la Trinité. « Comment te l’expliquer ? - Tu sais ce que sont les transfusions de sang pour le corps ? Eh bien, c’est à peu près ce qu’est la communion des saints pour l’âme. »
Vivez avec une intensité particulière la communion des saints, et chacun sentira, à l’heure de la lutte intérieure, aussi bien qu’à l’heure du travail professionnel, la joie et la force de ne pas être seul.
L’Eucharistie et l’unité de l’Église
Dans l’Eucharistie, nous resserrons nos liens avec le Sauveur et avec nos frères. L’indifférence envers le Saint Sacrement deviendrait sur le plan spirituel un virus plus dangereux encore que le coronavirus.
Ceux qui manquent de foi sont « privés de faim, car repus d’eux-mêmes », notait saint Augustin à propos de la promesse eucharistique (Sur l’évangile de Jean, discours 26 §1). En revanche, ajoutait-il, « si tu as la foi, non seulement tu te rapprocheras volontiers mais avec ardeur » (ibid. §4).
La communion spirituelle nous unit à la Personne et à la mission du Fils éternel, elle nous tourne vers le Père, vers la sainteté de son Nom, de sa volonté et de son royaume. Elle guide vers la victoire et la persévérance finale.
Il y a un instant, avant le lavabo, nous avons invoque le Saint-Esprit, et nous lui avons demandé de bénir le sacrifice offert à son Saint Nom. La purification une fois achevée, nous nous adressons à la Trinité - suscipe, Sancta Trinitas - pour qu’Elle accueille ce que nous présentons en mémoire de la vie, de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension du Christ, en l’honneur de Marie, toujours Vierge, en l’honneur de tous les saints.
Que le sacrifice serve au salut de tous - Orate, fratres, supplie le prêtre - car mon sacrifice est le vôtre, celui de toute l'Église. Priez, mes frères, même si vous n’êtes qu’un petit nombre; même s’il n’y a qu’un seul chrétien qui soit présent, et même si le célébrant est seul: parce que toute Messe est l’holocauste universel, le rachat de toutes les tribus, de toutes les langues, de tous les peuples et de toutes les nations.
Tous les chrétiens, par la communion des saints, reçoivent les grâces de chaque Messe, qu’elle soit célébrée devant des milliers de personnes ou seulement devant un enfant de choeur distrait. Dans tous les cas, la terre et le ciel s’unissent pour entonner avec les anges du Seigneur: Sanctus, Sanctus, Sanctus.
Prières de communion spirituelle
Formule traditionnellement associée à saint Alphonse-Marie de Liguori
Mon Jésus, je crois à votre presence dans le Très Saint Sacrement. Je vous aime plus que toute chose et je desire que vous veniez dans mon âme. Je ne puis maintenant vous recevoir sacramentellement dans mon Coeur : venez-y au moins spirituellement. Je vous embrasse comme si vous étiez déjà venu, et je m'unis à vous tout entier. Ne permettez pas que j'aie jamais le malheur de me séparer de vous. (Saint Alphonse-Marie de Liguori)
Formule reprise par saint Josémaria
Je voudrais Seigneur te recevoir avec la pureté, l’humilité et la dévotion avec lesquelles ta très Sainte Mère te reçut, avec l’esprit et la ferveur des saints.
Prière proposée par le pape François
« Mon Jésus, je crois que tu es réellement présent dans le Très Saint Sacrement de l’autel. Je t’aime par-dessus toute chose et mon âme te désire. Puisqu’à présent je ne peux pas te recevoir de façon sacramentelle, viens au moins spirituellement dans mon cœur. Et comme tu es venu, je t’embrasse et je m’unis entièrement à toi. Ne permets pas que je sois jamais séparé de toi ».
« À Tes pieds, ô mon Jésus, je me prosterne et je T’offre le repentir de mon cœur contrit qui s’abîme dans son néant et dans Ta sainte présence. Je T’adore dans le Saint-Sacrement de Ton amour, désireux de Te recevoir dans la pauvre demeure que T’offre mon cœur. En attente du bonheur de la communion sacramentelle, je veux Te posséder en esprit.
Viens à moi, ô mon Jésus, pour que je vienne à Toi. Que Ton amour enflamme tout mon être, pour la vie et pour la mort. Je crois en Toi, j’espère en Toi, je T’aime. Ainsi soit-il ».
Prière du cardinal Raphaël Merry del Val
À Tes pieds, ô mon Jésus, je me prosterne et je T’offre le repentir de mon cœur contrite qui s’abîme dans son néant en Ta sainte Présence. Je T’adore dans le Sacrement de ton Amour, l’Eucharistie.
Je désire Te recevoir dans la pauvre demeure que T’offre mon cœur ; dans l’attente du bonheur de la Communion sacramentelle, je veux Te posséder en esprit. Viens à moi, ô mon Jésus, pour que je vienne à Toi.
Puisse ton Amour enflammer tout mon être pour la vie et pour la mort. Je crois en Toi, j’espère en Toi, je T’aime. Ainsi soit-il.
Prière de Mgr Matthieu Rougé
Seigneur Jésus, avant de passer de ce monde à ton Père, avant d’aller jusqu’au bout de l’amour, Tu nous as invités à faire mémoire de Ta mort et de Ta résurrection par le mystère du pain et du vin consacrés.
Fais grandir en nous le désir de participer à Ton eucharistie avec nos frères et sœurs rassemblés dans une profonde disponibilité intérieure. En ce jour où nous ne pouvons pas recevoir Ton corps, permets que nous soyons en profonde communion avec Toi et avec Ton Eglise dans la force de l’Esprit.
Permets que nous soyons unis à Ton offrande, portant dans la prière ceux qui souffrent et qui meurent. Permets que nous nous laissions transformer par Ta parole et Ta présence pour vivre en vrais témoins de la foi, de l’espérance et de la charité.
Par Toi, avec Toi et en Toi, dans l’unité du Saint-Esprit, nous rendons grâce au Père de tous les dons qu’Il nous a faits, dans l’espérance de la vie éternelle. Amen !
Prière de Mgr Centène
Seigneur Jésus, je crois fermement que Tu es présent dans le Saint Sacrement de l’Eucharistie. Je T’aime plus que tout et je Te désire de toute mon âme. « Après toi languit ma chair comme une terre assoiffée » (psaume 62).
Je voudrais Te recevoir aujourd’hui avec tout l’amour de la Vierge Marie, avec la joie et la ferveur des saints. Puisque je suis empêché de Te recevoir sacramentellement, viens au moins spirituellement visiter mon âme.
En ce temps de carême, que ce jeûne eucharistique auquel je suis contraint me fasse communier à Tes souffrances et surtout, au sentiment d’abandon que Tu as éprouvé sur la Croix lorsque Tu t’es écrié : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ».
Que ce jeûne sacramentel me fasse communier aux sentiments de Ta Très Sainte Mère et de Saint Joseph quand ils T’ont perdu au temple de Jérusalem, aux sentiments de Ta Sainte mère quand elle Te reçut, sans vie, au pied de la Croix.
Que ce jeûne eucharistique me fasse communier aux souffrances de Ton Corps mystique, l’Église, partout dans le monde où les persécutions, ou l’absence de prêtres, font obstacle à toute vie sacramentelle.
Que ce jeûne sacramentel me fasse comprendre que l’Eucharistie est un don surabondant de Ton amour et pas un dû en vue de mon confort spirituel.
Que ce jeûne eucharistique soit une réparation pour toutes les fois où je T’ai reçu dans un cœur mal préparé, avec tiédeur, avec indifférence, sans amour et sans action de grâce.
Que ce jeûne sacramentel creuse toujours davantage ma faim de Te recevoir réellement et substantiellement avec Ton corps, Ton sang, Ton âme et Ta divinité lorsque les circonstances me le permettront.
Et d’ici là, Seigneur Jésus, viens nous visiter spirituellement par Ta grâce pour nous fortifier dans nos épreuves. Maranatha, viens Seigneur Jésus.
La communion spirituelle dans les temps d’empêchement
Dans certaines régions de la planète, on a dû supprimer jusqu'à la célébration publique de l'Eucharistie. Nous prions Dieu pour que cette situation passe et qu’Il puisse bientôt toucher à nouveau nos âmes par la communion sacramentelle.
Paradoxalement, la pandémie apportera un surcroît d’énergie si nous puisons au dynamisme rédempteur. La communion spirituelle devient alors une manière de vivre l’épreuve dans la foi, sans perdre le désir du Christ ni l’espérance de retrouver la communion sacramentelle.
Le samedi 21 mars, pendant l’adoration eucharistique, le pape François a invité ceux qui restent confinés chez eux à cette heureuse dévotion : « Mon Jésus, je crois que tu es réellement présent dans le Très Saint Sacrement de l’autel. Je t’aime par-dessus toute chose et mon âme te désire. Puisqu’à présent je ne peux pas te recevoir de façon sacramentelle, viens au moins spirituellement dans mon cœur. Et comme tu es venu, je t’embrasse et je m’unis entièrement à toi. Ne permets pas que je sois jamais séparé de toi ».
La communion spirituelle est une manière d’accueillir la grâce de l’Eucharistie alors qu’on est empêché de prendre part physiquement à la messe. Loin d’être une relativisation du Sacrement, ce mode de communion a nourri les plus grands saints.
La source des « idées claires »
Après toutes ces démarches, j’écrivis au prélat de l’Opus Dei pour lui faire part de ma découverte. Je pensais qu’il aimerait avoir le texte du livre en entier et je le lui ai envoyé.
Le fondateur de l’Opus Dei, lorsque l’Église traversait des périodes de confusion, nous recommandait d’avoir recours à des sources sûres, à ces vieux catéchismes, pleins de doctrine et de piété: « L’Église de Dieu et les prêtres de Dieu, depuis vingt siècles, nous prêchons toujours les mêmes choses […]. En effet, j’aime bien le dire, (la religion), ce ne sont pas les hommes qui ont fait la religion, avec un vote à main levée. Prenez les vieux catéchismes ! Mes filles et mes fils: ce sont des trésors merveilleux! Ne les jetez pas ! Lisez-les ! [. ] et lisez-les calmement pour préserver la foi chez vos enfants ».
Le Catéchisme de l’Église Catholique et son Compendium, expression pérenne de la foi de l’Église, sont aussi désormais de grands instruments pour approfondir la foi et la faire connaître.
Sans l’avoir cherché et sans savoir comment, la Providence, Dieu merci, a guidé mes pas jusqu’à cette heureuse découverte. Je suis sûr que saint Josémaria y est pour quelque chose!

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