Dans la croyance pentecôtiste, la maladie peut être affrontée par la prière, l’intervention de l’Esprit Saint et les dons spirituels, notamment le don de guérison. Les pentecôtistes reconnaissent la guérison comme l’œuvre agissante de l’Esprit Saint aujourd’hui. Ils croient également que la guérison occupe une place particulière dans l’introduction du royaume de Dieu, comme le montre le ministère de Jésus et de ses apôtres (p.ex. Luc 10).
Lorsqu’une guérison est nécessaire, ils invoquent régulièrement la présence de l’Esprit Saint. La guérison ne constitue toutefois pas seulement une réponse à un trouble physique : elle s’inscrit dans une compréhension plus large de la bénédiction, de la protection, du salut et du combat spirituel. Le pentecôtisme s’inscrit dans un point de vue largement répandu selon lequel Dieu n’est pas seulement transcendant - il est aussi immanent.
Le pentecôtisme et la place de la guérison
On appelle pentecôtisme le mouvement religieux qui place au premier rang des croyances l’Esprit-Saint représenté par les langues de feu sur la tête des Apôtres le jour de Pentecôte. Le pentecôtisme prend naissance en 1906 aux États-Unis avec l’évangéliste noir William James Seymour.
Le mouvement pentecôtiste représente aujourd’hui la confession à laquelle se rattache le plus grand nombre de protestants dans le monde. On l’évalue à 150 millions de fidèles environ. En France son apparition date des années 1930 ; les « Assemblées de Dieu » et « la Mission évangélique tzigane » en sont les expressions les plus importantes.
C’est en 1906, aux États-Unis avec l’évangéliste noir William James Seymour (1872-1922), que le pentecôtisme prend naissance d’une rencontre entre la spiritualité afro-américaine et certains éléments de la piété méthodiste et catholique. Le mouvement se répand très rapidement dans tout le pays.
En raison de l’importance de la communication orale privilégiant l’action du Saint Esprit, le pentecôtisme séduit rapidement les pays du Tiers Monde. En Afrique, en Corée, en Chine et en Amérique latine, la formation d’églises pentecôtistes, qui savent faire leurs des éléments de leur culture préchrétienne, est particulièrement importante.
Le pentecôtisme séduit alors par son culte chaleureux, par sa musique exubérante et rythmée, par la pratique du témoignage de vie qui permet de se relier à l’histoire de chacun et par les miracles qui ponctuent cultes et rassemblements et semblent montrer que Dieu est encore à l’œuvre aujourd’hui dans ces communautés.
Pour les pentecôtistes, il s’agit de revenir aux sources de l’Église primitive et de revivre l’expérience des temps apostoliques et plus particulièrement du jour de la Pentecôte. L’identité fondamentale du pentecôtisme est donc l’expérience du Saint-Esprit que les fidèles appellent le « baptême de l’esprit » et dont le « parler en langues » ou glossolalie est le signe.
Le don de prophétie et le don de guérison - dont le pentecôtisme a fait un argument d’évangélisation - et tous les dons que l’on trouve dans le livre des Actes des Apôtres ou dans les Épîtres de Paul, sont considérés comme pouvant se manifester aujourd’hui… « à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse, à un autre une parole de connaissance ; à un autre le don des guérisons, à un autre le don d’opérer des miracles, à un autre la prophétie, à un autre le discernement des esprits à un autre la diversité des langues… » (1 Corinthiens 12.7-11).
Les églises pentecôtistes se situent dans la tradition protestante évangélique et se référent aux grands principes de la Réforme : le salut par la grâce, l’autorité de la Bible, le sacerdoce universel et se font les témoins de « l’évangile aux quatre angles » : Jésus sauve, Jésus baptise, Jésus guérit, Jésus revient.
La maladie dans les Églises de guérison
Le paysage religieux des sociétés modernes a fait émerger des spiritualités et des formes nouvelles d’expression religieuse. On a pu observer l’apparition de ce qu’on appelle des Églises de guérison.
Les liens entre les croyances, la maladie et la santé sont anciens et ils perdurent dans les sociétés où la médecine positiviste s’est imposée. Dans certaines sociétés indigènes, les chamans et les medicine-men exorcisent les patients et se rendent aux enfers pour arracher l’âme des malades aux Esprits ou aux démons.
Ils la réintègrent ensuite, car la maladie est attribuée à une perte d’âme. La cure de ces thérapeutes passe donc par un contact avec le surnaturel et peut être considérée comme magico-religieuse.
Chez les protestants, les pasteurs peuvent faire l’imposition des mains aux personnes souffrantes. On connaît encore le pèlerinage de Lourdes, les messes et les prières pour les malades ainsi que les dévotions populaires dans le catholicisme.
Dans les grandes confessions, et dans la plupart des mouvements religieux minoritaires comme ceux que nous venons de citer, la cure du corps n’est pas le point de départ, ni le pilier central de leurs doctrines et de leurs pratiques; elle est à la périphérie par rapport à la quête du salut.
Quelques-uns de ces mouvements ont pris naissance dans la volonté d’apaiser les souffrances pour apporter aux hommes la santé, le bonheur et une longue vie et ils en ont fait une préoccupation essentielle. Ces religions sont en quelque sorte spécialisées, nous les avons appelées « religions de guérison ».
Ajoutons à cette liste les Églises pentecôtistes et certaines Églises indépendantes africaines. Ainsi, ces Églises de guérison apparaissent spécifiques.
Les principales caractéristiques de la guérison pentecôtiste
Les Églises de guérison accordent une place dominante à la santé; elles ont des thérapeutes religieux accrédités par l’institution. La cure des maladies qu’elles proposent est une expérience mystique au sens où elle passe par un rapport direct avec Dieu ou par une réalité surnaturelle; toutefois ce mysticisme ne retranche pas les fidèles du monde.
Au contraire, ces derniers sont censés gagner un mieux-être ou une énergie vitale pour œuvrer dans une société dont ils ne remettent pas fondamentalement en cause les valeurs. Elles donnent un sens extensif à la maladie, car celle-ci inclut les troubles physiques ou psychiques, mais aussi toutes les vicissitudes de l’existence.
La guérison prouve la validité de la croyance; au plan de l’organisation, ces mouvements sont généralement dirigés par des virtuoses religieux, c’est-à-dire par des religiothérapeutes. Elles proposent toujours un système de croyances dans lequel la thérapie spirituelle puise sa légitimité.
Elles ne considèrent pas le miracle comme un fait exceptionnel accordé à quelques-uns et non à d’autres. Les bienfaits peuvent être obtenus pour peu que l’on sache mettre en pratique les lois divines ou les lois du cosmos.
De ce fait, elles « enchantent le monde » (« magnification du monde »). Elles sont peu cérémonielles, la vie religieuse étant centrée sur l’ascèse personnelle et la compréhension d’une autre réalité.
Le traitement spirituel comporte toujours un protocole commun à toute forme de thérapie, un modus operandi décrit plus loin. L’expérience du traitement spirituel de la maladie est une composante de la voie de salut et à ce titre, il ne peut pas être considéré comme un « à côté » de la vie religieuse.
Le déroulement de la prière pour les malades
La thérapie religieuse comporte toujours un protocole commun à toute forme de thérapie : une demande provoquée par une souffrance ou une détresse adressée à un thérapeute accrédité par un groupe, une relation teintée d’espoir (l’attente anxieuse) avec celui-ci, une théorie de la maladie et de son traitement qui ne peut être mise en cause par l’échec éventuel de la thérapie, la mise en place de nouvelles attitudes et de nouvelles conduites sociales.
Il faut y ajouter une dette qui se traduit par une gratitude ou par une conversion. La thérapie religieuse passe par un travail de la maladie, une opération médiatrice. Elle débouche sur une forme de prévention et éventuellement sur une gestion de l’échec.
Dès que l’on est convaincu par une théorie religieuse de la maladie, (même de façon minime), dès qu’on a l’idée que la santé et les troubles entretiennent des rapports avec le domaine spirituel et ne se réduisent ni à des causes biologiques, ni à une cause psychique, on est accessible, même avec l’alibi de la curiosité, à la cure spirituelle des maladies.
Celle-ci oscille entre un pôle exorciste et un pôle adorciste. Le premier qualifie une intercession destinée à débarrasser immédiatement la personne d’une difficulté, le second signifie que la personne souffrante intègre son problème, le fait sien, l’accepte et y remédie en s’engageant dans une spiritualité.
Le pôle adorciste semble correspondre à ce que Pédinielli appelle « le travail de la maladie » ou ce que Gutton appelle « le travail de la souffrance ». L’homme malade se sent diminué et ne comprend pas pourquoi cela lui arrive.
Les religions de guérison lui permettent d’inscrire sa maladie dans une théorie, « de prendre le corps dans les mailles de la parole et du fantasme », de s’approprier la maladie en élaborant un texte qui dépasse le cadre de sa vie terrestre.
Sa maladie est expliquée par une métaphysique, par un mythe qui convoque le sujet à un rendez-vous avec son histoire. Le patient devient alors le sujet de sa souffrance et il peut s’occuper à guérir, comme le dit Claudine Herzlich.
La guérison comme œuvre de l’Esprit Saint
Les pentecôtistes quant à eux reconnaissent la guérison comme l’œuvre agissante de l’Esprit Saint aujourd’hui. Ils croient également que la guérison occupe une place particulière dans l’introduction du royaume de Dieu, comme le montre le ministère de Jésus et de ses apôtres (p.ex. Luc 10).
Ainsi, lorsqu’une guérison est nécessaire, ils invoquent régulièrement la présence de l’Esprit Saint. L’impact expérimental des témoignages de guérison fait qu’ils se répandent rapidement et largement.
Les récits de guérison racontés et répétés amènent les gens de la communauté immédiate et des communautés voisines à des réunions chrétiennes, augmentant le nombre des personnes confessant la foi chrétienne, souvent par familles et clans.
Nous devons nous rappeler que cet effet d’entraînement explosif se produit dans un contexte social où le service médical est inexistant. Il n’est pas étonnant que la guérison soit devenue une caractéristique distinctive du ministère pentecôtiste.
En France, la vitalité du Réveil né au XIXe siècle soucieux d’insuffler une foi plus vivante et plus missionnaire va se trouver « en phase » avec un mouvement qui s’appuie sur l’expérience que peut vivre chaque fidèle du « baptême de l’esprit » qui lui confère des dons particuliers comme le parler en langues, le don de prophétie et le don de guérison.
La croyance pentecôtiste et la maladie dans les populations tribales
Contextualiser, c’est entrelacer une idée ou un mot avec des éléments d’un contexte culturel et social particulier pour veiller à la pertinence du concept. Par conséquent, identifier une idée ou un concept habituel est essentiel au processus de contextualisation.
Au cours de mon travail missionnaire parmi les populations tribales du nord de l’île Luçon, aux Philippines, j’ai observé comment les pentecôtistes contextualisent le message de l’Évangile parmi ces populations. Il existe des similitudes entre la vision du monde du groupe tribal et celle des pentecôtistes.
Dans cet article, j’arrive à la conclusion que l’ouverture des populations tribales au message pentecôtiste réside pour l’essentiel dans les similitudes entre les deux visions du monde, notamment dans deux domaines spécifiques.
- Le premier est la croyance commune dans le pouvoir surnaturel de guérir les malades.
- Le second est la foi commune dans les bénédictions accordées par les divinités.
Par expérience ou observation, ces personnes sont également convaincus que le Dieu chrétien est plus puissant que leurs esprits. Le résultat net est une croissance exponentielle des Églises pentecôtistes parmi les différents groupes tribaux.
Les Kankana-ey : esprits, maladie et guérison rituelle
Les Kankana-ey croient en la présence de nombreux esprits dans le monde du ciel et dans le monde souterrain. Étant animistes, ils croient que toutes les créatures ont un esprit et que « les esprits rejoignent d’autres esprits après la mort.
Ces esprits interagissent intimement avec les gens, s’associant à leur vie comme s’il s’agissait de créatures vivantes, résidant localement. Ils croient également que ces esprits communiquent avec les humains par le biais de rêves et de signes divers.
Les médiums sont des spécialistes religieux qui reçoivent le message des esprits grâce à des rites et des rituels. Pendant des générations, les Kankana-ey ont cultivé cette structure de croyance comme partie intégrante de leur vie.
La tribu des Kankana-ey croit que ses dieux sont immuables et tout-puissants. Ses membres associent les êtres spirituels au pouvoir, croyant que les esprits peuvent résoudre les défis de la vie.
Lorsqu’un membre de la famille tombe malade, la famille demande conseil au prêtre du village. Après examen, le prêtre prescrit une exigence rituelle spécifique : la date, l’heure et le lieu de l’exécution du rituel, le type et le nombre d’animaux à sacrifier, ainsi que des instructions détaillées pour le rituel.
J’ai observé un de ces rituels où plusieurs personnes ont tué un cochon avec un morceau de bambou tranchant. Le prêtre a examiné la forme des organes internes du porc, en particulier le foie.
S’ils n’étaient pas parfaits, et donc inacceptables pour les esprits, la famille devait en tuer un autre. Ensuite, une danse rituelle a été exécutée avec des prières.
Une fois le rituel accompli avec succès, la personne malade était censée guérir.
Les ressemblances entre animisme et pentecôtisme
En Asie, les religions ont joué un rôle essentiel pour apporter des réponses aux divers problèmes de la vie. Sur ce continent, où sont nées la plupart des religions organisées du monde, l’animisme est prévalent.
Il s’ensuit que les religions organisées, y compris le christianisme, se sont appropriées les hypothèses et les perspectives animistes. Il est compréhensible que cette tendance soit plus perceptible dans les croyances et les pratiques des chrétiens tribaux.
Dans leur majorité, les groupes tribaux du Sud sont traditionnellement des adorateurs d’esprits, y compris les esprits des ancêtres. Ces esprits ne sont jamais déconnectés du monde réel, ils interagissent en permanence avec les vivants.
Ils ont également obtenu le pouvoir de guérir les malades, de bénir ou de maudire la famille, ou de conjurer le mauvais sort. Ainsi, lorsqu’un membre de la famille tombe malade, il n’y a qu’une marche à suivre.
Tout d’abord, il faut établir une communication avec l’esprit qui serait responsable de la maladie. Ensuite, il faut offrir un sacrifice approprié pour apaiser et satisfaire l’esprit responsable ou offensé.
Tout au long du processus, le prêtre est le médiateur de la communication avec l’esprit et c’est lui qui émet un diagnostic. Il dirige également le rituel du sacrifice.
La première ressemblance est la prise de conscience de l’existence du monde des esprits et de son association avec le monde des vivants. Les esprits des ancêtres ne sont jamais perçus comme vivant dans un monde distant, ils résident plutôt avec leurs descendants vivants.
Le pentecôtisme s’inscrit dans un point de vue largement répandu selon lequel Dieu n’est pas seulement transcendant - il est aussi immanent. L’Esprit Saint, qui réside en nous, nous aide dans nos détresses.
Il donne aux chrétiens la capacité de produire des fruits spirituels dans leur vie, notamment l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur et la maîtrise de soi (Galates 5.22-23).
Il accorde aux croyants des dons naturels et surnaturels (cf. 1 Corinthiens 12). La Bible révèle que Dieu s’engage intimement avec son peuple par l’intermédiaire de l’Esprit Saint.
La deuxième similitude est la croyance dans le pouvoir des êtres spirituels de guérir et de bénir, qu’il s’agisse des esprits des ancêtres pour les croyants animistes ou de l’Esprit Saint pour les croyants tribaux chrétiens.
Cependant, même si les allégeances religieuses peuvent passer des esprits animistes traditionnels au Dieu chrétien, le monde spirituel « surpeuplé » ne disparaît tout simplement pas. Et cela se traduit souvent par un combat spirituel entre l’Esprit Saint et les mauvais esprits.
La suprématie du Dieu chrétien est souvent confirmée par la manifestation de sa puissance pour guérir, bénir ou éloigner des malheurs. L’expérience pentecôtiste des nouveaux croyants leur donne le pouvoir d’affronter les activités spirituelles au nom du Christ.
Ainsi, ces similitudes religieuses ont contribué à la propagation rapide de la foi chrétienne dans le Sud. Cela constitue une preuve indiscutable de l’autorité et de la suprématie de Dieu sur les autres esprits.
La bénédiction, la santé et la protection
Les Kankana-ey effectuent souvent des rituels pour recevoir des bénédictions. Ils croient que les esprits ont acquis le « pouvoir arbitraire » d’apporter l’abondance ou le désastre à leurs descendants.
La bénédiction englobe tous les aspects de la vie, notamment une récolte abondante ; la protection contre la sécheresse, les glissements de terrain ou la peste ; de nombreux enfants ; une bonne santé ; l’accroissement et la santé des troupeaux ; l’augmentation des richesses ; la réussite des affaires et l’influence sur les villageois.
Les Kankana-ey croient que leurs désirs et leurs richesses découleront des prières et des rituels diligents et appropriés adressés aux esprits. Le prêtre du village joue un rôle clé tout au long du processus, il est le médiateur pour la famille et il exécute les détails méticuleux du rituel.
Ainsi, « le rituel est une voie significative par laquelle les personnes voient satisfaits leurs besoins ressentis. »
Bien que la croyance pentecôtiste de bénédiction ne semble pas très différente de celle des croyances chrétiennes traditionnelles, leurs hypothèses théologiques sont suffisamment dissemblables, comme le prouvent leur spiritualité et leur praxis.
Ils attendent l’intervention de Dieu ici et maintenant, de manière tangible. Premièrement, les pentecôtistes croient en l’immédiateté et en la tangibilité de l’œuvre de Dieu dans son peuple.
Ancrés dans l’œuvre surnaturelle de Dieu pour répondre aux besoins de son peuple, telle qu’elle est rapportée dans la Bible, les pentecôtistes exercent leur herméneutique littérale en l’appliquant à leur vie contemporaine.
Ils fondent leur croyance dans la réponse miraculeuse de Dieu face à un danger inéluctable sur le fait que Dieu a préservé les trois jeunes Hébreux, Shadrak, Méshak et Abed-Nego, de la fournaise, ou que Jésus a calmé la tempête.
Deuxièmement, ils croient en la fiabilité de Dieu. Dieu aime bénir son peuple en tenant ses promesses : « Tu sauras donc que c’est le Seigneur, ton Dieu, qui est Dieu, le Dieu digne de confiance… » (Deutéronome 7.9 ; Psaume 89.9 ; 1 Thessaloniciens 5.23-24).
Troisièmement, d’Oral Roberts à David Yonggi Cho, la bonté de Dieu est un attribut très répandu chez les pentecôtistes. De nombreuses dénominations pentecôtistes croient que la guérison se trouve dans l’expiation du Christ, tout comme le rétablissement de la bénédiction.
Cho prêchait fréquemment que les croyants sont désormais libérés de la pauvreté et de la maladie, symboles de la malédiction humaine, grâce à l’œuvre expiatoire du Christ qui a complètement aboli la malédiction du péché et de la mort.
Ainsi, les pentecôtistes croient que la bénédiction de Dieu est un droit pour les croyants (p.ex. Psaume 100.5).
Quatrièmement, s’appuyant sur la théologie du revêtement de puissance du Saint-Esprit, les pentecôtistes, en particulier les croyants tribaux, « affrontent » fréquemment les mauvais esprits au nom de Jésus.
Cette attitude audacieuse se manifeste dans la prière pour les malades, le fait de chasser des dangers imminents révélés par les rêves ou les présages, le fait d’ordonner à une tempête de ne pas provoquer un glissement de terrain et dans le fait de « lier » tout esprit maléfique pour l’empêcher de nuire aux enfants et aux animaux.
Maladie, conversion et combat spirituel
À partir d'observations effectuées au Brésil, au Mexique et en Colombie, l'auteur étudie les interprétations attribuées à la maladie dans les Églises pentecôtistes, ainsi que le processus de la conversion religieuse visant à inverser le courant pathogène et à restaurer l'harmonie perdue voulue par Dieu.
Puis il concentre son analyse sur le couple nouveau formé par le pasteur et les démons, entrés par effraction dans le corps des malades : le pasteur, par un rituel d'exorcisme, entame un combat physique avec les démons qui sont le plus souvent des entités d'origine africaine, mais avec de plus en plus de saints du catholicisme.
La « première vague », depuis le début du XXe siècle, met l’accent sur le baptême du Saint-Esprit, la glossolalie (ou prière dans une langue inintelligible par les hommes), le biblicisme (ou attachement à l’Écriture) et une structuration confessionnelle séparée.
La « seconde vague » aurait, elle, donné naissance au charismatisme classique, à partir du début des années 1960. Elle se caractérise par un fort accent sur l’épanouissement par l’Esprit, la diversité des dons spirituels (sans se focaliser sur la glossolalie qui perd son statut de signe indispensable), une ouverture œcuménique (dimension trans-confessionnelle), et un biblicisme à géométrie variable.
Le charismatisme constitue la « troisième vague » (largement assimilable à ce qu’on appelle le « néo-pentecôtisme ») se développe au début des années 1980. Il emprunte à ses deux prédécesseurs, mais se distingue sur trois points : la spiritualisation des lieux et des nations (possédés par des esprits, des démons, des anges. ), l’insistance sur la « guerre spirituelle » (spiritual warfare) de Dieu et ses anges contre les forces des ténèbres, et l'idée que l'Évangile doit être « puissant » (Power Evangelism), donc se manifester obligatoirement par des « signes et prodiges » ce qui a nettement tendance à marginaliser le biblicisme évangélique au profit d'une vision hyper-enchantée du monde.
Rompant avec l’idée d’un religieux de plus en plus déterritorialisé, le mouvement néo-pentecôtiste opère au contraire une sorte de « retour » sur le territoire en focalisant ses actions sur la guerre spirituelle ici-bas.
Cette guerre spirituelle comprend le combat contre les démons territorialisés et autres forteresses du diable, les marches pour Jésus dans la ville et les prières ciblées sur certains lieux : hauts-lieux du paganisme, bars, boîtes de nuit.
Les témoignages de guérison et la plausibilité de la foi
Pour ceux qui demandent une cure spirituelle pour un mal, la guérison spirituelle est plausible. Pour nous, la plausibilité de la guérison religieuse est une connaissance construite : qui comporte une image du monde et une disposition d’esprit laissant une place à l’enchantement du monde.
Elle contient les arguments en faveur de sa vraisemblance et qui n’est pas réfutée par une évaluation empirique. Elle peut ainsi se conserver dans la conscience des acteurs sociaux et continuer à susciter une « attente croyante ».
Elle autorise des conduites dont les buts ne sont pas limités par des impossibilités techniques et/ou théoriques puisque la conduite religiothérapeutique est autorisée d’emblée par la toute-puissance des lois cosmiques et divines qu’elles convoquent.
Ainsi des patients peuvent par exemple, renouveler indéfiniment le recours à la thérapie religieuse d’une maladie incurable, même si aucun cas de rémission n’a été obtenu par cette voie. Le plausible n’est pas réfutable grâce à une évaluation empirique.
La première instance de plausibilité est légitimée par une doctrine qui rend la guérison religieuse plausible à ceux qui y adhèrent. Celle-ci contient ad intra les arguments de la gestion de l’échec religio thérapeutique.
La seconde instance de plausibilité est le corpus de témoignages de guérison. L’Église de la Science chrétienne en a publié de nombreux.
Elle organise des réunions de témoignages. L’Antoinisme en a publié pendant un temps. On en trouve dans les bulletins d’Invitation à la vie.
Les témoignages montrent aux solliciteurs et aux fidèles qu’ils peuvent s’inscrire dans une lignée de personnes guéries par la thérapie spirituelle c’est-à-dire dans une réalité sociale.
Le témoignage fait aussi partie des communications informelles. Cette pratique des récits et des échanges à propos de guérisons peut être interprétée en référence à la théorie de Berger et Luckmann : « l’appareil de conversation » maintient continuellement et simultanément la réalité (conservation de la réalité par la conversation).
Ceux qui relatent une guérison font partie des « autres significatifs » qui « occupent une place centrale dans l’économie de la conservation de la réalité » bien qu’ils n’en soient pas les seuls; la conversation apporte des contours à des éléments appréhendés d’une manière floue et peu claire.
Avec les témoignages, l’expérience personnelle de la guérison prend la forme d’un énoncé transmissible en se conformant parfois à un style d’énonciation propre au groupe de la même façon qu’il existe un style du récit de conversion spécifique à chaque groupe religieux.
Les récits de guérison racontés et répétés amènent les gens de la communauté immédiate et des communautés voisines à des réunions chrétiennes, augmentant le nombre des personnes confessant la foi chrétienne, souvent par familles et clans.
La médecine et la prière pour les malades
Par rapport à la médecine, le malade obtient un plus. Si le médecin peut expliquer l’origine d’un cancer, le cancéreux ne sait pas pourquoi c’est lui, personnellement, qui en est atteint.
Les religions de guérison le lui disent, car sa maladie devient une expérience unique qui articule des éléments biographiques à une cosmologie. Le malade s’y voit reconnaître sa « petite différence ».
Le recours à des Églises de guérison est un comportement partagé et rationalisé par un public ou par une communauté de croyants et à ce titre, comme fait social organisé, il n’est pas une conduite incohérente et pathologique.
C’est donc vers les motifs de recourir aux médications spirituelles qu’il faut s’orienter pour en trouver les instances de plausibilité. La troisième instance de plausibilité se trouve dans le rapport au salut.
Dans les Églises de guérison, la thérapie religieuse des maladies n’est pas un « à côté » de la voie religieuse. En recourant à un religiothérapeute, le malade aurait l’occasion de se placer sur une voie du salut.
Enfin, la quatrième et dernière instance de plausibilité se trouve dans la culture religieuse des sociétés occidentales. L’homme des sociétés christianisées connaît les récits de miracle et du don de guérison.
Certes, les religions de guérison ne font pas de miracles au sens catholique (phénomènes extraordinaires par lesquels Dieu rappelle sa présence et sa puissance aux hommes pour réveiller la foi) car le traitement spirituel des religions de guérison rejette l’arbitraire divin.
D’autre part, dans la sous-culture médicale, des récits de guérisons incompréhensibles du point de vue scientifique circulent. Tout ceci corrobore l’idée qu’une guérison atypique (hors du traitement médical) peut se produire et qu’on peut la trouver dans la religion qui a aussi pour vocation de favoriser l’espérance en des faits exceptionnels.
La croissance des communautés pentecôtistes
Ainsi, ces similitudes religieuses ont contribué à la propagation rapide de la foi chrétienne dans le Sud. Cela constitue une preuve indiscutable de l’autorité et de la suprématie de Dieu sur les autres esprits.
Lorsqu’une famille opère ce changement d’allégeance religieuse, d’autres ne tardent pas à suivre, ce qui donne naissance à une communauté de foi.
L’expérience pentecôtiste des Kankana-ey, ou le fait d’avoir été témoin d’une guérison divine, les incite à abandonner leurs croyances religieuses traditionnelles pour adopter le Christ comme nouveau Seigneur et Sauveur.
Leur expérience empirique de la guérison et de la bénédiction de Dieu leur donne le courage de surmonter la pression des pairs dans leurs communautés aux liens très étroits.
Dans les villages de montagne, de nombreuses petites Églises se développent régulièrement, et parfois rapidement, amenant le village entier à la foi chrétienne.
Un grand nombre de jeunes reçoivent ensuite une formation théologique et retournent dans les Églises de leur village ou assument des responsabilités au service de Dieu.
Leur recherche incessante de la bonté de Dieu par la guérison et la bénédiction a contribué de manière significative à la croissance des pentecôtistes dans de nombreuses tribus montagnardes. Et cette histoire se répète dans de nombreux groupes tribaux.
La guérison comme expression d’une vision religieuse du monde
Dans de nombreux endroits, les croyances animistes largement répandues, qui se manifestent souvent par le culte des esprits des ancêtres, ont imprégné ces religions. En tant qu’animistes qui adorent les ancêtres, ils croient au pouvoir des esprits de leurs ancêtres pour guérir, protéger et bénir leurs descendants.
Le pentecôtisme reprend une conception dans laquelle la maladie, la guérison, la protection et la bénédiction peuvent être reliées à l’action d’entités spirituelles. Il remplace toutefois les esprits traditionnels par le Dieu chrétien et par l’action de l’Esprit Saint.
La maladie devient ainsi un lieu de confrontation entre différentes interprétations du monde. Elle peut être comprise comme l’expression d’un désordre, comme l’occasion d’une intervention divine ou comme le point de départ d’une conversion.
La guérison prend alors une dimension à la fois corporelle, sociale et religieuse. Elle peut confirmer la puissance du Dieu chrétien, réorienter les allégeances religieuses et favoriser la formation d’une communauté de foi.
La centralité de la guérison dans le pentecôtisme tient donc à la rencontre entre une doctrine des dons spirituels, une attente d’intervention divine immédiate, l’importance du témoignage et des contextes sociaux dans lesquels l’accès aux soins médicaux est parfois limité.

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