Menu du dîner de la Saint-Valentin de De Rugy : ce que l’on sait

Le menu exact du dîner de la Saint-Valentin organisé le 14 février 2018 à l’Hôtel de Lassay n’a pas été rendu public dans les éléments disponibles. Les informations publiées décrivent toutefois une table décorée pour l’occasion, avec quelques pétales de roses et quatre bougies sur un chandelier, ainsi qu’un repas dont « le niveau des prestations est manifestement excessif par rapport à la pratique courante pour les repas privés », selon l’enquête du secrétaire général de l’Assemblée nationale.

Ce dîner faisait partie des trois repas organisés à l’Hôtel de Lassay que les enquêtes du gouvernement et de l’Assemblée ont considérés comme présentant un « niveau manifestement excessif ». Les articles évoquent plus largement, pour les autres dîners organisés par François de Rugy lorsqu’il présidait l’Assemblée nationale, des homards géants, du champagne et des vins de la cave de l’Assemblée, dont un Château Cheval Blanc 2001 estimé à 550 euros la bouteille, un Château d’Yquem 1999 estimé à 265 euros et un Mouton-Rothschild 2004.

Table de Saint-Valentin décorée pétales roses bougies

Une table décorée pour la Saint-Valentin

Le dîner réunissait François de Rugy et son épouse à l’Hôtel de Lassay, résidence du président de l’Assemblée nationale. Une photo diffusée par Mediapart le montre assis à une table décorée pour la Saint-Valentin.

« Quelques pétales de rose, quatre bougies sur un chandelier, évidemment, cela fait une photo choc », a ajouté François de Rugy, en référence à cette image. « Le service de restauration de l’hôtel de Lassay a eu la délicate attention, sans qu’aucune demande préalable ne leur soit faite, de décorer la table de François de Rugy et son épouse », a justifié l’entourage du ministre au site d’information.

Le communiqué consacré à ce dîner indiquait également qu’il s’agissait d’une « délicate attention » du service de restauration de la résidence, « sans qu’aucune demande préalable ne soit faite, de décorer la table ».

Les éléments connus sur le contenu du repas

Le menu détaillé du dîner de la Saint-Valentin n’apparaît pas dans les informations publiées. Les descriptions disponibles portent surtout sur le cadre, la décoration et le niveau général des prestations servies à l’Hôtel de Lassay.

Sur la table de ces dîners, des homards, des bouteilles de champagne et des grands crus issus des caves de l’Assemblée nationale. Un Mouton-Rothschild 2004 apparaît même sur l’un des clichés que Mediapart s’est procuré.

Dans les articles consacrés à l’ensemble des repas, figurent également des homards géants, du champagne et des vins de la cave de l’Assemblée - du Château Cheval Blanc 2001 estimé à 550 euros la bouteille ou du Château d’Yquem 1999, estimé à 265 euros.

Élément mentionnéInformations disponibles
DécorationQuelques pétales de roses et quatre bougies sur un chandelier
CadreHôtel de Lassay, résidence du président de l’Assemblée nationale
Plats évoqués pour les dînersHomards et homards géants
Boissons évoquéesChampagne et grands crus issus des caves de l’Assemblée nationale
Vins citésChâteau Cheval Blanc 2001, Château d’Yquem 1999 et Mouton-Rothschild 2004
Évaluation officielleUn « niveau manifestement excessif » pour trois repas, dont celui de la Saint-Valentin

Un dîner organisé à l’Hôtel de Lassay

François de Rugy a expliqué qu’il avait dîné ce soir-là à l’Hôtel de Lassay avec son épouse car il se trouvait « entre deux séances ». L’ancien président de l’Assemblée nationale avait affirmé avoir dîné à l’Assemblée ce soir-là car il se trouvait « entre deux séances » parlementaires.

« Pourquoi vous n’avez pas simplement été au restaurant, comme le font les Français ? », lui a demandé la journaliste de BFMTV Apolline de Malherbe, en lui rappelant que de nombreux établissements sont ouverts tard le soir à Paris.

« Non mais… c’est surtout que… bah… parce que comme d’habitude, j’étais entre deux séances hein, l’après-midi, le soir, etc… C’est pour cela qu’il y a des appartements de fonction d’ailleurs », a avancé l’ancien ministre.

Pour légitimer ce fastueux dîner organisé dans son appartement de fonction, l’ancien ministre de l’Ecologie a évoqué un agenda trop serré. Le dîner s’est toutefois tenu dans un salon de l’Hôtel de Lassay situé en dehors de son appartement de fonction.

Les horaires de la séance parlementaire du 14 février 2018

Contrairement à ce qu’il a affirmé pour justifier son dîner de la Saint-Valentin 2018, François de Rugy a quitté le perchoir à 16h10 ce jour-là. Certes François de Rugy a bien présidé la première partie de séance du mercredi 14 février 2018, traditionnellement consacrée ce jour de la semaine aux « Questions d’actualité au gouvernement ».

Mais, après la suspension à 16h10, c’était au tour de Marc Le Fur, un des vice-présidents de l’Assemblée, de siéger au perchoir jusqu’à la fin de la séance à 19h20, selon le compte-rendu officiel. La suite de la séance avait été présidée par le député LR et vice-président de l’Assemblée nationale Marc Le Fur.

Aucune autre séance dans l’hémicycle n’ayant eu lieu dans la soirée de ce 14 février, les explications de François de Rugy manquent apparemment de cohérence. Les travaux de l’Assemblée en séance ce jour-là avaient été arrêtés à 19h20, selon le compte-rendu de l’Assemblée nationale, confirmé par un tweet d’une collaboratrice parlementaire de l’époque publié à 19h19.

MomentÉvénement
14 février 2018Dîner de la Saint-Valentin à l’Hôtel de Lassay
16h10François de Rugy quitte le perchoir après une interruption de séance
Après 16h10Marc Le Fur préside la suite de la séance
19h20Fin des travaux de l’Assemblée en séance
Hémicycle Assemblée nationale séance parlementaire

Les commissions parlementaires et la question du temps disponible

Absent dans l’hémicycle après 16h10 selon les images des débats parlementaires que nous avons visionnées, le président de l’Assemblée avait peut-être prévu d’assister aux travaux d’une des commissions parlementaires siégeant ce mercredi 14 février, comme l’audition à huis-clos d’Arnaud Montebourg prévue à 17h35.

Pourtant, d’après les agendas disponibles, la dernière séance programmée par une autre commission ce mercredi-là a démarré une audition à 18h45 pour la poursuivre jusqu’à 20h15 environ, d’après l’heure affichée sur l’horloge. La dernière séance du jour terminée à 20h15, de Rugy aurait donc eu tout le temps d’aller dîner en ville avec son épouse.

Il aurait alors pu assister à l’une des commissions parlementaires prévues ce jour-là, mais la dernière s’est terminée à 20h15 environ, selon les images et les agendas qu’a pu étudier le HuffPost. Ce qui aurait largement laissé le temps à François de Rugy de dîner en ville.

La réponse de François de Rugy

Contacté par Le HuffPost, François de Rugy a précisé sa réponse ce mardi : « Je ne parlais pas de cette séance en particulier - cela date d’un an et demi - mais du fait que je dînais souvent à l’appartement de fonction avant, après ou entre deux séances. Sans compter l’incapacité à prévoir à l’avance à l’Assemblée - et donc la nécessité d’être présent ou non - ce que va nécessiter le déroulé des séances (comme vous le savez, il est impossible de réserver un restaurant le soir même un jour de Saint-Valentin) », s’est défendu l’ancien ministre.

Contacté mardi 30 juillet par l’AFP, M. de Rugy a affirmé qu’il ne faisait pas référence à la séance du 14 février 2018 « en particulier » dans sa réponse sur BFMTV. « Je ne parlais pas de cette séance en particulier - cela date d’un an et demi - mais du fait que je dînais souvent à l’appartement de fonction avant, après ou entre deux séances. »

Il a également invoqué l’incertitude liée au déroulement des travaux parlementaires : « Sans compter l’incapacité à prévoir à l’avance à l’Assemblée - et donc la nécessité d’être présent ou non - ce que va nécessiter le déroulé des séances longtemps (comme vous le savez il est impossible de réserver un restaurant le soir même un jour de Saint-Valentin). Pas de polémique inutile donc », a répondu l’ancien ministre dans un message écrit.

Le contexte des dîners de l’Hôtel de Lassay

Le site d’information en ligne Mediapart révèle, mercredi 10 juillet, que François de Rugy a organisé entre octobre 2017 et juin 2018 au moins une dizaine de dîners lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, sans lien apparent avec ses fonctions.

Dans cette enquête, l’ancien président de l’Assemblée nationale est mis en cause pour avoir multiplié les dîners privés fastueux à l’Hôtel de Lassay, résidence du président de l’Assemblée nationale, entre 2017 et 2018. Le journal d’investigation en ligne a comptabilisé une dizaine de dîners qui rassemblaient, à chaque fois, de nombreux invités, entre une dizaine et une trentaine selon les occasions, appartenant au cercle amical et relationnel de son épouse, Séverine Servat de Rugy, journaliste à Gala.

Les dîners étaient présentés par François de Rugy comme des « dîners informels liés à l’exercice de [ses] fonctions avec des personnalités issues de la société civile », destinés à « répondre à l’exigence de représentation liée à [sa] fonction ».

Dans un communiqué, il expliquait que « dans le cadre de ses fonctions de président de l’Assemblée nationale, il a ainsi été amené à être invité ou à recevoir nombre d’entre eux, suivant un certain niveau de prestation, propre à la tradition de l’Assemblée nationale et de son personnel ».

La justification par la représentation

L’ancien président de l’Assemblée nationale et actuel ministre a assuré que la dizaine de dîners organisés en 2017 et 2018 étaient « liés à l’exercice de sa fonction auprès de la société civile ». Il a déclaré qu’il s’agissait de « dîners informels liés à l’exercice de [ses] fonctions avec des personnalités issues de la société civile ».

Selon lui, ces dîners « visaient à répondre à l’exigence de représentation liée à sa fonction auprès de la société civile, ainsi qu’à nourrir son action de président de l’Assemblée nationale ». Ils rassemblaient le plus souvent une dizaine de personnes, deux fois une vingtaine et plusieurs fois moins de dix, issues du monde économique, médiatique, culturel, scientifique et universitaire.

La fonction, selon le ministre, « conduit régulièrement le président de l’Assemblée nationale à accueillir, rencontrer et échanger avec des responsables politiques, français ou étrangers, locaux ou nationaux, des représentants de la société civile, ainsi que des personnalités du monde économique ou médiatique ».

« Il n’y a pas eu de dîners entre amis », a déclaré François de Rugy. « C’étaient des dîners de travail informels avec des personnes qui ont des relations avec une autorité politique », a-t-il redit.

Les personnes invitées et le rôle de son épouse

Parmi les convives identifiés par Mediapart figurent notamment des membres de sa famille et des amis de sa femme Séverine, journaliste à Gala. De son côté, Séverine de Rugy avait confirmé au site d’information qu’elle opérait elle-même un « filtre relationnel » et que les invités appartenaient pour l’immense majorité à son cercle « amical ».

Interrogé par France Inter, le ministre a déclaré : « J’assume que ma femme ait pu participer, je défendrai ma femme. Nous n’avons rien à nous reprocher (…). [Quant aux invités], ce ne sont pas des amis, certains nous les connaissions, d’autres pas (…), c’est ça le propre d’avoir des relations de travail. »

L’épouse de François de Rugy contribuait quant à elle à « l’organisation de ces dîners, comme elle a participé et participe toujours à de nombreuses rencontres officielles ou informelles ». Il était aussi dit qu’elle « connaissait certaines des personnes conviées à ces dîners, d’autres pas, tout comme François de Rugy ».

Interrogé par le site d’information, l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie, invité par l’intermédiaire de sa femme, une proche de Mme de Rugy, raconte : « J’ai hésité à y aller parce que si le déjeuner est un espace de travail, le dîner est un espace ambigu. (…) J’ai vite compris que cela n’avait pas beaucoup de sens d’être là pour moi. Ce n’est pas un dîner de travail. Et si c’était à refaire, non, je ne le referais pas. »

Le niveau des prestations et les enquêtes

Interrogé sur son repas de la Saint-Valentin 2018, dont « le niveau des prestations est manifestement excessif par rapport à la pratique courant pour les repas privés », selon l’enquête du secrétaire général de l’Assemblée nationale, l’ancien quatrième personnage de l’Etat a expliqué qu’il avait dîné ce soir-là à l’Hôtel de Lassay avec son épouse.

Les enquêtes du gouvernement et de l’Assemblée l’ont dédouané en grande partie pour des travaux dans son logement de fonction et des dîners fastueux, à l’exception de trois repas à l’Hôtel de Lassay d’un « niveau manifestement excessif », dont celui de la Saint-Valentin.

Le site Mediapart et des membres de l’opposition ont toutefois mis en doute l’impartialité de ces enquêtes internes. La polémique autour de ces dîners luxueux a également suscité des critiques au sein du parti présidentiel et des appels à la démission.

Comme pour répondre aux critiques sur ses manières budgétaires, le ministre s’est félicité d’avoir « mis un peu d’ordre dans un certain nombre de gestion de budgets de l’Assemblée », réformant notamment la retraite et l’assurance chômage des députés.

Il a affirmé avoir réduit sous son mandat, de juin 2017 à septembre 2018, de 13 % les frais de réception et de 35 % les frais de déplacement. Selon son entourage, les frais de réception de l’Hôtel de Lassay avaient baissé de plus de 13 % et les frais de déplacement de plus de 34 %.

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Pourquoi le menu exact reste inconnu

Les informations rendues publiques ne donnent pas la composition complète des plats servis le 14 février 2018. Elles permettent seulement d’identifier le cadre du dîner, sa décoration et certains produits associés à l’ensemble des repas organisés à l’Hôtel de Lassay.

Il est donc possible de décrire la table de la Saint-Valentin et le niveau gastronomique évoqué dans les enquêtes, mais il n’est pas possible d’établir une liste certaine des entrées, plats, desserts ou accords servis ce soir-là. Les homards, le champagne et les grands crus sont mentionnés dans le contexte général des dîners de François de Rugy, sans qu’un menu complet de la soirée du 14 février 2018 soit publié.

Le menu de la Saint-Valentin de François de Rugy demeure ainsi partiellement documenté : une table spécialement décorée, un repas servi à l’Hôtel de Lassay, des prestations jugées excessives pour un dîner privé et, dans le contexte plus large des réceptions, des produits luxueux comme le homard, le champagne et plusieurs grands crus.

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