Depuis quand existe le carnaval de Dunkerque ?

Le carnaval de Dunkerque puise ses racines dans une tradition du XVIIe siècle, liée aux départs des marins dunkerquois pour la pêche à la morue en Islande. Les premières fêtes de départ, appelées « foyes », sont mentionnées dès 1676 selon certains écrits : elles constituent l’ancêtre de la tradition carnavalesque actuelle.

Ces festivités se déroulaient avant l’embarquement des équipages dans les estaminets et les auberges. Les marins y dépensaient une partie de leur avance sur salaire, partageaient un dernier moment avec leurs proches, se costumaient et faisaient la fête avant de partir pour plusieurs mois en mer.

Une origine liée aux marins et à la pêche en Islande

Les origines du carnaval remontent au XVIIe siècle lors des départs pour la pêche en Islande, plus précisément en 1676 selon certains écrits qui mentionnent la première fête. Dunkerque était alors une petite ville de pêcheurs, la pêche représentant la majorité de l’économie locale.

Les marins-pêcheurs dunkerquois venaient pêcher la morue en Islande, qui abondait dans les eaux froides de l'hémisphère nord, particulièrement au sud de l’île. Ces campagnes de pêche duraient plusieurs mois et nul n’était tout à fait sûr d’en revenir.

Au XIXe siècle, environ 200 goélettes et près 5 000 marins français venaient pêcher la morue. Les préparatifs de la pêche débutaient au mois de janvier ou février avec l’installation des voiles stockées dans les maisons des armateurs, la réparation des gréements, et l'embarcation de l'avitaillement nécessaire.

À partir du XVIe siècle, les marins naviguaient en goélettes qui mesuraient de 20 à 25 mètres, puis au XIXe siècle, le dundee a remplacé la goélette car il était beaucoup plus simple à diriger. Le dundee est un voilier à deux mâts conçu spécialement pour la pêche au hareng, la vitesse de ce voilier est bien supérieur à celle de la goélette et son poid inférieur.

Sur les quais l’agitation montait de jour en jour, les armateurs et le capitaine sélectionnaient les marins et moussaillons, âgés de 13 à 28 ans, sur le port. Ces expéditions très longues et dangereuses ammenaient donc les marins à quitter leurs proches durant ces 6 mois, ces derniers n’ayant peu ou pas de nouvelles.

La plupart des marins savaient qu’il y avait un risque important de ne jamais revenir, en partie à cause des naufrages des bateaux très fréquent. Alors, avant de partir, on dépensait une partie de l’avance sur salaire pour prendre du bon temps.

Marins pêcheurs au port de Dunkerque

Les « foyes », ancêtres du carnaval

Quelques semaines avant le départ, les hommes de l’équipage percevaient une avance sur salaire avec laquelle ils faisaient une fête la veille de l’embarquement. Dans les auberges, nous retrouvions des centaines de marins qui partagaient entre amis une dernière soirée, en se défoulant avant la grande aventure.

Ces soirées étaient appelées les “foyes”. Ces festivités, appelées «FOYE» se déroulaient dans les estaminets ; elles ont pu, parfois, coïncider avec les jours gras qui précèdent la période de Carême.

Les marins célébraient leur départ par des banquets mémorables, costumés et entourés de leurs proches, créant ainsi l’ancêtre de la tradition carnavalesque actuelle. Traditionnellement, l'homme empruntait les habits de sa femme pour se costumer.

La légende raconte que leurs valises étant déjà préparées pour ce long périple, certains prenaient les vêtements de leurs femmes pour se couvrir lors de cette beuverie. Cela expliquerait l’origine de cette tradition du carnaval durant laquelle des hommes se travestissent.

Les traditions de carnaval et de fête des pêcheurs se sont sans doute entrelacées pour devenir la «Visscherbende» (bande des pêcheurs). Le carnaval de Dunkerque était né !

Une tradition déjà bien établie au XIXe siècle

Les témoignages anciens montrent que le carnaval de Dunkerque était déjà une fête populaire majeure au milieu du XIXe siècle. En 1848, l’inauguration du chemin de fer fournit l’occasion aux Dunkerquois de se livrer à des fêtes charmantes.

Le 4 septembre, un cortège sillonne la ville. Bien des géants y assistaient : le Reuze dunkerquois, le brave Gayant et sa famille, de Douai, s'y étaient donné rendez-vous en corps et en âme.

Fidèle aux anciennes traditions, on voulut, en raison de la sortie du bon Reuze-papa flamand, exhumer un souvenir qui se rattachât aux fraîches et belles années de sa vie, où le «moedertael» était en haute vénération dans la contrée.

Un tableau représentant une tabagie flamande prit place au cortège. La tabagie portait pour enseigne : « Het pannekoek huys. » Le fabricant de crêpes apparaissait à la porte de sa maison et distribuait sa marchandise à ses chalands qui, manquant d'appétit, les lançaient dans la foule des rues.

Tous les acteurs de ce tableau parlaient le flamand et des milliers de quolibets, débités du ton le plus comique, excitaient sans cesse l'hilarité de certains auditeurs qui les entouraient. Ce tableau était fort dans le goût du petit peuple, qui s'en amusait beaucoup : il se rattachait au carnaval.

Ces choses-là ne s'oublient pas vite chez les Dunkerquois, et les folles scènes du « pannekoke huys » furent redites longtemps dans les veillées de l'hiver, comme un souvenir attachant.

Le carnaval de 1850

En 1850, le carnaval de Dunkerque est toujours un énorme événement pour la cité, et malgré sa grandeur déchue, il n'offre pas moins de trois grands jours, de trois longues soirées et de trois enivrantes nuits de mascarades, de plaisirs désordonnés, de danses et de folies sans nom, que l'on chercherait vainement ailleurs.

L'usage en est invétéré dans les habitudes des Dunkerquois, et aussi longtemps que le sang flamand coulera dans leurs veines, il se maintiendra ferme et fort. À neuf heures du matin, le dimanche de la Quinquagésime, on voit déjà de jeunes mioches travestis circuler dans les rues.

Dès l’issue de la grand’messe, « ayter d’hooghe misse », ainsi qu’on le disait autrefois, on entend les tambours et le fifre de la bande des Pêcheurs, « de Visschers bende », qui font leur première tournée pour faire des recrues.

Les cortèges, les géants et la solidarité

En 1854, le carnaval de Dunkerque a laissé des souvenirs. Le dimanche 26 février, à onze heures du matin, une ambassade vint annoncer, dans les principales rues, l'arrivée du célèbre docteur Salvalavita, duc de Craquefort, marquis de Reuze-Blaguignac.

On l'attendait à la marée par le steamer venant de la Grande-Bretagne. À cette nouvelle, le peuple afflua au port et la foule fut si grande, au Leughenaer, que le gardien craignit un instant la chute de l'antique tour du château de nos seigneurs.

À deux heures, le phénoménal docteur fit son entrée en ville dans une superbe calèche à quatre chevaux, précédé d'un char gigantesque qu'occupait la merveilleuse musique du docteur. Elle exécutait, sous la direction du fameux Hermanini, les airs chéris de la population.

Enfin, le mardi, ils offrirent un bal délicieux, auquel on convia un grand nombre de personnes de tout rang. Le bal fut mirobolant et l'orchestre, dirigé par le maestro Hermanini, ravissait les spectateurs autant que la jeunesse folâtre et frétillante qui se livrait à la danse.

En 1856, le carnaval, favorisé par un temps magnifique, se montrait sous les plus heureux auspices. Les membres de la Société la Fanfare, sous la direction de M. Neerman, se livrèrent à une partie tout à fait carnavalesque ; mais, voulant faire marcher de front les folies et les plaisirs de la journée avec le bonheur d'accomplir une bonne œuvre, ils se firent accompagner de quêteurs travestis.

La mascarade marchait sous les ordres du célèbre acteur italien Pulcinelli. Il donnait en plein vent des représentations extraordinaires de son drame en trois actes, qui avait pour titre son nom même de Pulcinelli.

Le lundi offrit à peu près un spectacle dans le même genre. Cette fois, c'était la Société dramatique, représentant des tableaux animés qui excitèrent les fous rires de la foule, tels que : « les Amours d'un Pioupiou, Jupiter chassant Vulcain du Ciel », etc., composant un cortège que terminait le char de Neptune traîné par des marsouins.

Les offrandes de la veille n'avaient pas épuisé celles que l'on destinait au lundi et MM. les Membres de cette Société parvinrent à réunir au profit des veuves et orphelins des marins péris en 1855, une coquette somme.

Pendant ces deux facétieuses journées qui eurent chacune leur programme imprimé, la musique de la Fanfare et celle de la Société dramatique ne firent entendre que les airs les plus populaires de Dunkerque, parmi lesquels on entremêlait souvent, le second jour, la chanson du sire de Franc-Boisy, qui en acquit une vogue peu commune.

Les traces écrites de 1857 à 1863

En 1857, le carnaval de 1857 a laissé de larges souvenirs du flamand. Un enfant de Dunkerque, anonyme, avait eu la pensée de publier une notice en français sous ce titre : « Le carnaval de Dunkerque, suivi de quelques mots sur les mascarades, le bateau-de Jean Bart, le Reuze, etc., et de chansons flamandes. »

La brochure, tirée à 1100 exemplaires, se vendit au profit « des Salles d'Asile de Dunkerque », chez M. Lecocq, rue Saint-Jean. On trouvait là le chant du Reuze, de Bazinne Anne-Marie, Anne Boulire, Moeder Porret, waermen geernaerts, het pintje, het garnaerts meysje, eenfraeye man, 't carillon vora Duynkèrke, Ik en gy, moeder Porret, Kalley drinken, Druppelljes schenken.

On traduisit ainsi : A nous deux, mère Poireau, buvons le café, versons la goutte. A nous deux, mère Poireau, buvons le café avec des tablettes de sucre.

En 1861, à l'occasion du carnaval, les musiciens et les sapeurs-pompiers, réunis à la Société dramatique, toujours fidèle à sa devise : « Qui donne aux pauvres, prête à Dieu », organisèrent un cortège destiné à parcourir les principales rues, dans le but de quêter en faveur des veuves et des orphelins de marins dernièrement naufragés.

Le 10 février, tous les préparatifs étaient faits. À une heure, le cortège s'ébranla. Un retour de chasse, groupe à cheval, ouvrait la marche : puis venaient entremêlés deux corps de musique et six chars, parmi lesquels se trouvait, comme en 1840 et en 1847, le char de la Charité.

Plusieurs tableaux prêtaient beaucoup à rire : la Noce villageoise, le Mât du pays de Cocagne, la Grande Ménagerie, sous la direction du célèbre dompteur Chideliçocandardiscof, et surtout le combat du Coq de Coppenaxfort, à la taille de 1 m. 61, et de son adversaire de Craywick, de 1 m. 37.

La sortie du cortège de l'Hôtel des Sapeurs-Pompiers de Dunkerque, situé en Basse-Ville, s'était faite, à une heure, et vers cinq heures, à la rentrée à l'hôtel, la collecte, y compris le produit de la vente du programme, offrait un chiffre important, qui fut remis ensuite à sa destination.

Indépendamment du programme de cette fête de bienfaisance, on distribuait dans le public une feuille. Elle comprenait le Reuzelied, Anne Marie et le Carillon van Duynekerke, avec leur traduction en regard.

En 1863, la compagnie des sapeurs-pompiers, la musique communale et la troupe des artistes dramatiques se réunirent en costumes travestis le dimanche gras, 15 février, et composèrent un cortège qui parcourut la ville, en société du colossal Reuze flamand.

Des quêteurs accompagnaient le cortège. Ils recueillirent, dans la seule après-midi, au profit des veuves orphelins des marins, une somme importante, dans laquelle est compris le produit de la vente du programme, imprimé sous deux formats, comprenant les chansons du Reuze et le récit des anciennes traditions sur les géants.

Les actes de bienfaisance par des réjouissances publiques sont tout à fait entrés maintenant dans les mœurs des Dunkerquois. Représentations théâtrales, concerts, cortèges, loteries, tout concourt au but de la charité, à Dunkerque aussi bien que dans les localités voisines.

Les évolutions et les périodes d’interruption

De la bande des pêcheurs au carnaval moderne

En 1891, à Dunkerque, le Carnaval a commencé dimanche matin par une sortie de la bande des pêcheurs. Une vingtaine de masques ont parcouru la ville, précédés de fifres et de tambours.

En 1894, le premier jour du carnaval a, comme toujours, été joyeusement fêté en notre ville. Malgré un temps affreux, pluie violente et vent du sud-ouest, la ville a été très animée lundi.

La bande des pêcheurs, composée d'un millier de personnes, a parcouru les rues en dansant, les masques ont pataugé dans la boue avec entrain en chantant de joyeuses chansons de circonstance. La soirée a été des plus gaies.

La folle bande des pêcheurs, « Visschers bende », précédée de ses fifres et de ses tambours, a parcouru les principales rues, dansant et brandissant de vieux parapluies hors de service, aux accents d'une musique enragée. Pendant toute la nuit on a dansé ferme.

En 1898, malgré le vent, l'eau et la grêle, de nombreuses musiques ont toute la journée parcouru la ville en tous sens, jouant les plus endiablés morceaux. La bande des Pêcheurs, précédée de ses fifres et tambours, avait réuni une centaine de masques.

Demain mardi, le grand jour, ils seront des milliers. Dimanche soir, les cercles et les diverses sociétés étaient combles. On parle beaucoup du bal de l'« Abreuvoir » où doivent se réunir les carnavaleux dunkerquois.

Le tournant de 1900

En 1899, la première journée du Carnaval a été contrariée par le mauvais temps. Les vents ont soufflé avec rage et la pluie est tombée par grains.

Aussi, contrairement aux autres années, il y avait peu de masques dans les rues. La bande des pêcheurs, en flamand « Werschebande », ne comptait qu'une quinzaine de masques.

Lundi, si le temps est beau, plus de deux mille suivront les fifres et tambours, qui, comme toujours, sont sous la direction de leur célèbre tambour-major Co-Genièvre.

En 1900, le carnaval des rues est passé à l'état de légende, il est remplacé par le carnaval des nuits. Pendant les jours gras une foule nombreuse se presse dans nos grandes artères, cherchant des yeux les masques qui sont de plus en plus clairsemés.

Les divertissements nocturnes ont remplacé en grande partie les scènes bruyantes et burlesques qui, pendant les trois jours gras, donnaient aux rues une joyeuse animation.

1913, la Première Guerre mondiale et la reprise

En 1913, il fut décidé par le comité des fêtes de la ville de mettre une musique à la tête de la bande des pêcheurs. On peut supposer que par la suite les autres bandes beaucoup plus petites, qui sortaient le mardi, se sont jointes à la bande des pêcheurs pour ne former qu’un seul cortège derrière la même musique.

L’année suivante il n’y eut pas de carnaval, il ne reprit qu’en 1920. À cette époque la pêche à la morue était au déclin. La bande des pêcheurs, car c’est le nom que prit définitivement le cortège de carnavaleux, remplaça la foye.

Le grand retour de ce carnaval a eu lieu en 1946, juste après la seconde guerre mondiale alors que la ville, théâtre des bombardements et point de contrôle stratégique, était encore ravagée.

Durant la guerre, la ville ayant été détruite à 90%, les Dunkerquois ressentaient le besoin de sortir et de se retrouver pour essayer d’ajouter de la gaieté dans la cité de Jean Bart, et de ressouder une communauté forte.

Depuis quand le lancer de harengs existe-t-il ?

Le lancer de harengs fumés est devenu un rite emblématique : il symbolise le partage entre ceux qui reviennent de la mer et ceux restés à terre, une marque de générosité et de convivialité.

Par ailleurs, depuis 1962, le maire a comme tradition de lancer des harengs sur la foule depuis le balcon de l’hôtel de ville. La signification de ce geste est que la pêche en Islande, et donc sa fête, le carnaval, nourrit au sens propre comme figuré la population dunkerquoise.

Puisque le carnaval de Dunkerque est lié à la pêche à Islande, on peut penser que l’on jette des kippers aux carnavaleux depuis la nuit des temps ? Et bien non. C’est en 1962 que cette tradition est née, sur l’idée de Jean Verlynde, vice-président du Syndicat d’Initiative et des commerçants.

À Dunkerque, la bande s’arrête devant l’hôtel de ville. La clique entame un chahut endiablé : puis le maire et ses invités lancent les poissons emballés sur la foule, ce qui donne lieu à des bousculades dantesques.

Le jeu en vaut la chandelle : attraper un kipper constitue une récompense suprême et une fierté indicible, presque supérieures au fait de le déguster. Le jet de harengs de la bande de Dunkerque est le plus spectaculaire et rassemble plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Dans certains quartiers et communes, les jets revêtent une spécificité : par exemple, à Rosendaël et à Saint-Pol-sur-Mer, on lance du poisson séché, à Bergues du fromage. À Malo-les-Bains, autre tradition, on distribue des violettes.

Lancer de harengs depuis hôtel de ville

Les traditions qui ont traversé les siècles

Les bandes

Aujourd'hui, le carnaval réunit des dizaines de milliers de carnavaliers pendant 3 mois. Durant plusieurs jours, différentes “bandes” viendront animer les rues et les salles dunkerquoises.

Les bandes sont des groupes de musiciens, chaque quartier ayant sa bande respective, elles sont dirigées par un tambour-major. Les bandes sont le cœur du carnaval.

Ce sont des cortèges bruyants et colorés, où les carnavaleux défilent en chantant les airs traditionnels dunkerquois, vêtus de costumes distinctifs, souvent rayés ou colorés. Chaque bande suit un parcours précis à travers la ville, mêlant musique, danse et bonne humeur.

Le tambour-major est en quelque sorte le responsable de toute la bande. Il choisit son itinéraire, sélectionne les musiciens qui auront le privilège d’intégrer son groupe et administre le cortège.

Il est reconnaissable grâce à son costume de grenadier Napoléonien, son grand chapeau à plume et sa canne à pommeau. Le plus légendaire d'entre eux est Jean Minne, alias “Cô Pinard II”, célèbre tambour-major de 1959 jusqu’à sa mort en 1988.

Les costumes et le clet’che

Bien évidemment, le code vestimentaire du carnaval est à prendre au sérieux ! Le clet'che, costume en dunkerquois, définit l’identité du carnavalier, il se doit d’être original, coloré et surtout très extravagant.

Les éléments indispensables du déguisement lors du carnaval sont le chapeau, le maquillage, un grand manteau de fourrure coloré et bien sûr un parapluie.

Les parapluies sont généralement personnalisés par les carnavaliers, et même si le beau temps est au rendez-vous, il est essentiel et permet aux Dunkerquois de se repérer dans la foule et d’identifier leurs proches !

Chaque année, les participants créent des costumes uniques qui peuvent être basés sur l’histoire de Dunkerque, les traditions locales, les légendes, et bien plus encore. Certains d’entre eux sont parfois très élaborés et nécessitent plusieurs mois de préparation.

Beaucoup d’hommes viennent déguisés en femme, mais cette tradition n’a rien d’obligatoire. Un concours de déguisement est également organisé pour récompenser les participants les plus impliqués et créatifs.

Carnavaleux dunkerquois en clet’che

Les chapelles et les bals

Les “chapelles”, lieux de rassemblement où l'on partage un verre ou un repas, témoignent de l'esprit authentique du carnaval. Une chapelle est un lieu mythique du carnaval qui n'a rien de religieux : ce sont les maisons ou rendez-vous privés dans lesquels les carnavaleux sont invités à se restaurer et passer un petit moment.

Les bals et veillées ponctuent les soirées tout au long de la période carnavalesque. Ces moments d’échange et de danse renforcent le lien entre les participants.

Plus de 40 bals sont organisés, chacun rivalisant de créativité et de démesure dans les costumes, incarnant l'exubérance et la joie du Carnaval de Dunkerque.

Les fêtes se produisent quasiment tous les week-ends, où les carnavaliers défilent dans les rues au rythme des orchestres. Les bals des samedis soir au Kursaal de Dunkerque réunissent près de 10 000 carnavaleux faisant la fête avec DJ et concerts.

Un langage et des codes spécifiques

Le parler dunkerquois est issu en grande partie de mots d’origine flamande ou parfois anglo-saxonne, un peu dévoyés dans leur prononciation. Il était d’usage chez les dockers du port notamment.

C’est un « langage de la rue ». Il est bon de savoir qu’une association dunkerquoise « Les Pénelècres » s’attache à le faire vivre au-delà des chansons du carnaval.

  • Bande : il ne s’agit pas d’un groupe de carnavaleux mais du défilé lui-même. Faire la bande, c’est faire le carnaval.
  • Chapelle : lieu mythique du carnaval qui n’a rien de religieux, ce sont les maisons ou rendez-vous privés dans lesquels les carnavaleux sont invités à se restaurer et passer un petit moment.
  • Clet’che : costume du carnavaleux.
  • Figueman : personnage de la bande pratiquant l’intrigue.
  • Intrigue : certains carnavaleux se travestissent jusqu’à être méconnaissables et taquinent les spectateurs en déguisant leur voix.
  • Masquelour : carnavaleux qui fait la bande.
  • Reuze Papa : dans la tradition du Nord, c’est le géant de la Ville.
  • Rigodon : final de la bande où s’enchaînent les chahuts une heure durant.
  • Zôt’che : c’est un baiser que se font les carnavaleux, le zôt’che de carnaval est un bisou sur la bouche, il est amical et pratique, il a l’avantage de ne pas abîmer le maquillage.

Le carnavaleux s’exprime de manière curieuse. On ne dit pas « bonjour, madame, je suis ravi de vous rencontrer aujourd’hui dans ces circonstances joyeuses…. » mais « Qu’est-ce ça dit ? »

On ne dit pas Madame mais Matante, de même Monsieur devient Mononcle, mais aussi Matante parfois, après tout on ne sait pas toujours qui se cache derrière un déguisement. L’Oncle Cô, par ailleurs, est devenu un nom générique de l’ancêtre pêcheur à Islande.

Un carnaval populaire devenu un événement de trois mois

De nos jours, le Carnaval de Dunkerque s’étend sur près de trois mois, de janvier à mars, transformant les villes en un spectacle de couleurs, de musique et de traditions.

Chaque année, jusqu’à 75 000 carnavaleux et curieux participent à des moments de liesse collective. Les défilés, appelés “bandes”, voient les foules costumées suivre un tambour-major, chantant et dansant dans des chahuts effrénés.

Le carnaval de Dunkerque est l’un des plus grands carnavals de France avec celui de Nice. Il dure 3 mois et réunit chaque année une cinquantaine de milliers de visiteurs sur l’ensemble des festivités.

Un vent de folie et de fête souffle sur le territoire, le Carnaval de Dunkerque entraîne des nuées de « masquelours » et des « forêts de parapluies » dans les rues de la ville.

Les principaux temps forts

Le fameux lancer de harengs depuis l’hôtel de ville de Dunkerque est l’un des grands moments du carnaval. Il se déroule le 1er jour lors des « Trois Joyeuses ».

Autre moment grandiose, la bande de Malo-les-Bains au bord de la mer du Nord avec une ambiance complètement folle lors du rigodon place Turenne.

Les bandes sont le cœur du carnaval. Les bals, les veillées, les chapelles, les chants, les costumes, les géants et les jets symboliques de poisson font de cette fête une tradition vivante, issue de la mémoire maritime dunkerquoise.

Le calendrier des Trois Joyeuses en 2026

DateÉvénement
Samedi 14 févrierBal de l’Oncle Cô à Kursaal, bande de la Basse-Ville, bande de Grande-Synthe, bande enfantine de Grand-Fort-Philippe
Dimanche 15 févrierBande de Dunkerque, les fameuses Trois Joyeuses, lancer de harengs depuis l’hôtel de ville, bal des Acharnés à Kursaal
Lundi 16 févrierBande de la Citadelle, Trois Joyeuses
Mardi 17 févrierBande de Rosendaël, bande de Grand-Fort-Philippe, bande de Petit-Fort-Philippe, bande des Huttes, bal des Flibustiers
Samedi 21 févrierBal des Gigolos et Gigolettes à Kursaal, bande de Petite-Synthe, bal des Berguenards à Bergues
Dimanche 22 févrierBande de Malo-les-Bains, rigodon place Turenne, bal de la Violette à Kursaal

Le premier temps fort conseillé enchaîne le bal de l’Oncle Cô, la bande de Dunkerque et le bal des Acharnés, la bande de la Citadelle, puis la bande de Rosendaël.

Le deuxième temps fort conseillé enchaîne le bal des Gigolos et Gigolettes, la bande de Malo-les-Bains, suivie du bal de la Violette.

Une fête maritime devenue un patrimoine culturel

Au fil du temps, ces rassemblements festifs se sont transformés en un carnaval populaire, rythmé par les chants des équipages, les tambours, et les danses endiablées dans les rues de la ville.

La tradition des bandes - cortèges bruyants et colorés où les participants portent des costumes distinctifs et chantent à tue-tête - est née de cette culture maritime et de camaraderie.

Durant le Carnaval, la ville entière se métamorphose, avec des rituels précis et un langage codé propre à chaque bande. Chaque participant devient acteur d’un spectacle où humour, traditions, et irrévérence se mêlent.

Aujourd’hui, le Carnaval de Dunkerque est un des plus grands carnavals de France, reconnu pour sa richesse culturelle et son esprit de fête unique, où le patrimoine maritime reste au cœur des célébrations.

En plus de son impact économique, cet événement est un trésor culturel qui incarne l’identité dunkerquoise, mêlant traditions, folklore et solidarité dans une fête inoubliable.

Une tradition fondée sur la convivialité et la solidarité

Le lancer de harengs symbolise le partage entre ceux qui reviennent de la mer et ceux restés à terre, une marque de générosité et de convivialité. Ce geste est un clin d’œil aux ressources précieuses que la pêche apportait à la communauté.

Les visites aux marins perpétuent la tradition d’accueil et de solidarité qui a donné naissance au carnaval. Le corso fleuri mêle chars décorés de fleurs et participants costumés, célébrant la beauté et la créativité dans la fête.

La finale et la clôture du carnaval donnent lieu à une grande fête populaire, souvent accompagnée d’un feu d’artifice, où tous les carnavaleux se retrouvent pour célébrer la fin de la période festive avant le carême.

Durant les célébrations, il est aussi possible de déguster la gastronomie locale dans des restaurants ou même des stands disposés lors des fêtes. Les spécialités culinaires lors des festivités sont les célèbres moules-frites, présentes à tous les événements du nord de la France.

Les gaufres et beignets, spécialités de Flandres, réchauffent aussi les carnavaliers lors de leurs longues traversées de la ville. On trouve également du pot’je vleesch, de la carbonade flamande, de la soupe à l’oignon et des friteries en extérieur.

Définition, origine et tradition du carnaval. Tome 1: le carnaval de Dunkerque.

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