Drag queen futuriste: esthétique, performance et politique à travers Violet Chachki et ses contemporaines

Révélée par l’émission RuPaul’s Drag Race, qu’elle a gagnée en 2015, la drag-queen américaine aux airs de pin-up des années 50 met en scène son corps de rêve sur la scène burlesque et dans les arts du cirque.

Lorsque Violet Chachki apparaît dans les loges feutrées du Crazy Horse, corsetée dans son fourreau noir assorti de longs gants d’opéra, juchée sur des talons aiguilles vertigineux, c’est une gravure de mode qui semble prendre vie sous nos yeux.

Un lieu qui, depuis son ouverture en 1951, a accueilli des danseuses telles que Lova Moor et Rosa Fumetto, mais aussi, plus récemment, des guest stars comme Pamela Anderson, Noémie Lenoir ou encore Arielle Dombasle.

Violet Chachki.

Mais comment passe-t-on de jeune habitué des bars gay obscurs d’Atlanta à drag-queen parmi les plus célèbres au monde, foulant la scène du cabaret mythique de Paris autant que les podiums des grandes maisons de mode européennes ?

Il faut dire que le parcours de Jason Dardo - de son vrai nom - est plutôt atypique.

Très vite, la marque de fabrique de Chachki passe par un style mixant le contemporain et le rétro avec des références ultra précises, de l’illustrateur Art déco Erté à l’icône fétichiste Bettie Page, en passant par Divine, drag-queen irrévérencieuse star des films de John Waters, et les défilés théâtraux de Thierry Mugler et de John Galliano pour Dior.

Mais aussi un amour pour l’univers du burlesque et du BDSM qui la distingue alors de ses homologues locales.

“Contrairement à certaines de mes consœurs, je n’ai jamais souhaité ressembler à une femme, confie-t-elle, mais plutôt à l’illustration d’une femme.

Forte d’une confiance inébranlable, Violet Chachki rejoint le casting de la septième saison de RuPaul’s Drag Race à seulement 22 ans, soit peu de temps après sa majorité.

“Il faut souffrir pour être belle, avait-elle alors déclaré face caméra.

Et la plus belle, c’est moi.”

Si la douleur est bien visible lorsque l’on entrevoit sur son corps les marques laissées par tous ces attributs, l’artiste défend son dévouement à une vision extrême de la beauté.

“J’aime façonner sur moi une silhouette si exagérée qu’elle semble presque irréelle.

Enfiler ces corsets si gainants et mes escarpins qui me perchent si haut altère ma posture, mon attitude.

Cette approche singulière séduit tant Dita Von Teese qu’elle invite Violet Chachki à tourner avec elle en 2017 et à présenter son propre numéro dans son spectacle.

Un immense honneur pour celle qui n’a jamais caché sa fascination pour son aînée : “J’ai beaucoup appris de Dita, de sa manière de produire un show dans sa totalité avec un impeccable sens du détail, à celle de gérer son propre business, toujours avec une grande élégance.

Ses qualités d’interprétation scénique et sa passion pour le vêtement (la trentenaire collectionne des pièces depuis des années) séduisent peu à peu le monde très exclusif de la mode.

En 2018, la maison Prada l’inclut dans l’une de ses campagnes, tandis que Moschino l’invite à défiler à plusieurs reprises, avant de la vêtir d’une sublime robe noire lors de l’incontournable Met Gala l’année suivante : ce soir-là, Violet Chachki devient la première drag-queen, aux côtés de son mentor RuPaul, à fouler le tapis rouge de l’événement historique de la mode.

Depuis, on la croise régulièrement au premier rang des défilés haute couture Schiaparelli, Giambattista Valli ou encore Jean Paul Gaultier.

Une reconnaissance parfois en demi-teinte : “Il n’est pas toujours facile d’être drag-queen dans ce milieu-là, où j’ai mis du temps à être prise au sérieux.

Entre Los Angeles - où elle réside - et Paris, où elle se rend régulièrement, Violet Chachki prépare actuellement son show au Crazy Horse, où elle avait vu son premier spectacle en 2015 et avait été conquise.

Côté costumes, on peut déjà s’attendre à découvrir la drag-queen dans des escarpins Christian Louboutin sur mesure (évidemment), des créations du jeune duo Coperni et des pièces ornées de cristaux Swarovski, entre autres.

Si l’Américaine évoque la pression liée au fait de se mesurer à un lieu aussi emblématique et de faire face à son public, elle promet toutefois un spectacle “époustouflant” qui atteindra enfin l’exigence à laquelle elle aspire depuis ses débuts.

Célèbre pour sa participation à l'émission américaine et concours RuPaul's Drag Race, Nicky Doll - Karl Sanchez, de son vrai nom - officie dans l'adaptation française du programme diffusé sur France 2 et a aussi participé à la cérémonie d'ouverture des JO de Paris.

Dans son opus pop "Apollo.Artemis", déjà disponible, l'artiste trentenaire rencontrée par l'AFP brandit ses différentes facettes et clame son "adéquation" avec elle-même.

QUESTION: La musique est-elle devenue une nouvelle corde à votre arc?

REPONSE: "On me connaît via mon art visuel, par ma performance scénique, mais pas par ma musique.

Je me suis rendue compte que j'avais vraiment envie de sortir un projet entier, avec un point de vue, une direction artistique."

Q: Pourquoi convoquez-vous deux divinités de la mythologie grecque ?

R: "Apollo (Apollon, ndlr), le dieu de la beauté et du soleil, et Artémis, qui est la déesse de la chasse et de la lune.

Mais ce sont aussi des jumeaux divins, ils font partie de la même cellule.

C'était pour raconter ma dualité de genre, parce que je suis un homme, mais je performe le genre.

J'ai une part de féminité en moi qui est très exacerbée et que j'adore mettre en avant, parce que je pense qu'on l'a tous."

Q: Après trois saisons de "Drag Race France" et une émission inédite "All Stars", quel regard portez-vous sur cette visibilité?

R: "Ça a été un moyen de respecter un art qui était très souvent pris de haut ou sous-estimé. L'art du drag, c'est très complexe, passionnant.

Donc je suis très fière de mon pays et de mes compatriotes, de voir qu'on s'est sentis concernés ensemble."

Q: Vos détracteurs considèrent que cette mise en lumière est trop grande, voire dangereuse...

R: "On prendra toujours trop de place pour les gens qui ne veulent pas du tout montrer qu'il y a des gens libres.

Nous, on est en parfaite adéquation avec nos vies. On est honnêtes de les partager dans leurs difficultés, leur beauté, leurs paillettes, leurs drames.

Ça fait du bien aussi aux gens qui sont des alliés - qui ne sont pas forcément de la communauté - d'emprunter cette philosophie de liberté.

Je pense que c'est ça qui fait peur, parce que les gens libres, ils ne sont pas facilement contrôlables."

Q: S'il existe des +alliés+, selon vos termes, à l'opposé on trouve...

R: "Des cons. Il y a beaucoup de cons en face. On peut appeler ça des adversaires, mais je ne vois pas ça comme un adversaire.

C'est juste des frustrés, qui des fois secrètement veulent coucher avec nous, mais ne s'en",p>

R: "Des cons. Il y a beaucoup de cons en face. On peut appeler ça des adversaires, mais je ne vois pas ça comme un adversaire. C'est juste des frustrés, qui des fois secrètement veulent coucher avec nous, mais ne s'assument pas."

Q: Vous prenez régulièrement la parole pour défendre les droits des personnes LGBT+. Pourquoi est-ce important?

R: "Mon rôle principal va être de divertir, de rassurer des nouvelles communautés, mais l'art du drag est avant tout politique.

On n'a pas juste jeté des briques à Stonewall (émeutes aux Etats-Unis en 1969 marquant l'éclosion des luttes LGBT+, ndlr), on n'a pas juste marché pour avoir une pride (Marche des fiertés), en 2025 on doit continuer à le faire.

Parce que si on le fait pas, on risque de le regretter.

Et s'il y a bien une chose que je n'arriverai pas à tolérer, c'est de voir que la France sombre dans l'extrémisme."

Q: Le pays attend justement un nouveau gouvernement. Vous qui êtes engagée, seriez-vous tentée par le ministère de la Culture?

R: "Je me présente déjà de manière active dans mon rôle en tant que citoyen et je préfère rester là-dessus.

La politique, c'est aussi un jeu de pouvoir et j'aurai trop peur de devoir vendre un petit peu mon âme pour arriver à mes fins, donc je préfère largement être un gourou qu'un ministre.

Et puis les tenues, elles sont un peu bof. Drag queen... Elles illuminent la scène comme les plateaux télé et sont devenues de véritables références en matière d'humour, de mode, mais aussi de beauté.

Propulsées par l'émission RuPaul's Drag Race, ces drag queens sont des reines de beauté à part entière.

Voici celles qui nous inspirent.

Longtemps perçues comme des figures marginales, les drag queens se sont imposées au fil des années comme de véritables reines de beauté, redéfinissant les standards esthétiques avec audace et créativité.

Entre perruques vertigineuses, maquillage sculptural et tenues spectaculaires, elles élèvent l’art de la transformation au rang de performance visuelle.

Qu’elles défilent dans les plus grands shows de créateur, chantent ou performent à la télévision, ces artistes transforment la beauté en un véritable spectacle.

On vous donne ici nos 5 drag queens préférées en matière de maquillage et looks beauté.

Finaliste de la saison 8 de RuPaul’s Drag Race, cette reine de beauté visionnaire qui s'inspire du monde de l’anime a marqué les esprits avec ses looks sculpturaux et son maquillage d’une précision irréprochable.

Elle est la fondatrice de KimChi Chic Beauty, une marque de maquillage inclusive et créative qui reflète son univers visuel unique.

Il est possible que vous l'ayez aperçue au Moulin Rouge durant l'une de ses revues, ou sinon dans la saison 7 de RuPaul's Drag Race.

Violet Chachki est une reine de beauté emblématique, connue pour son esthétique raffinée et son style vintage inspiré des années 50.

Son sens aigu de la mode et son corps sculptural font d’elle une véritable muse des grandes maisons de couture.

Toujours impeccablement maquillée et coiffée, elle élève le drag au rang d’art.

1, 2, 3... Kam !

Révélée dans Drag Race France, cette reine de beauté française a marqué les esprits par son élégance, son humour et son aisance sur scène.

Son esthétique soignée, mêlant glamour et touches modernes, en fait une véritable icône du drag hexagonal.

Chaque apparition de Kam est un défilé de mode, maîtrisé jusque dans les moindres détails.

Elle est la seule en France à faire des costumes aussi aboutis et futuristes : Elips est une reine de beauté française qui s’est fait remarquer dans Drag Race France par son originalité et sa maîtrise artistique.

La Barbie qu'on rêve toutes d'avoir un jour dans sa collection de poupées !

Trixie est reconnaissable entre toutes grâce à son style exagérément Barbie et son maquillage signature.

Grande gagnante de RuPaul’s Drag Race: All Stars 3, elle a su imposer une esthétique kitsch et colorée devenue iconique.

En plus de son talent sur scène, elle a fondé sa propre marque, Trixie Cosmetics, qui célèbre l’exubérance et l'expression de soi.

Alice Psycho nous vient de la lointaine San Francisco, où elle a découvert son goût pour la transformation et le psychédélique.

A Paris, elle perfectionne son art grâce à la vibrante nouvelle scène drag et un nouveau souffle artistique.

Du runway à la scène, sa silhouette élancée et esthétique à la Sonia Rykiel, sombre et acérée à la Tim Burton, ne passe jamais inaperçue.

On la surnomme la diva dansante de Paris.

Calypso Overkill est assurement la reine des performances haute tension.

Elle est la mère de House of Stunt, maison spécialisée dans les performances gag-worthy, lipsync tueurs et mouvements de danse à forte énergie.

Créature haute en couleur par la sophistication de son make-up (l’un des plus beaux du métier), Cookie Kunty s’inspire de toutes les cultures pour sublimer son personnage.

Elle se produit partout en France, et anime chaque semaine la « Jeudi Barrée » au Yono, à Paris.

JFK, pour les intimes, est une reine de la comédie qui séduit par ses talents de chanteuse et d’actrice.

Keiona Mitchell est une drag-queen parisienne qui a fait ses premières apparitions dans les Vogue Balls d’abord à Paris, puis partout en Europe.

Forte de ces expériences, elle est aujourd’hui une pure meneuse sur scène, entre lipsync, chant live ou danse, autant de passions où Keiona Mitchell excelle et émerveille.

Belle. Violente. Vulgaire… La Kahena est une créature moitié femme moitié déesse-guerrière.

En arabe, son nom signifie sorcière, prêtresse, prophétesse ou encore devineresse.

Elle hantera vos nuits et vos rêves.

Ses inspirations sont la beauté de la nature (animaux, plantes, éléments, etc.) et l’histoire, au travers des reines que ce monde a connu (fictives ou non).

Originaire d’Espagne, Mariska Stardust est une créature qui intègre ses racines ibériques à l’éternel chic parisien et au glam’rock des 70’s, ses deux sources d’inspiration.

Ses modèles ? Des grandes figures de la musique, du cinéma et de l’art, comme Chavela Vargas, Sarah Montiel, David Bowie, Frida Kahlo ou Jane Russel.

Dans la forêt des mythes et des saveurs, est née une créature hybride dont la férocité excite toutes les papilles.

Nomai défend son royaume avec ses pouvoirs et l’amour de la terre.

Un métissage africain et une adoption occidentale font briller cette éclipse de lumière qui est dans la célébration de la vie.

Sa présence, sa voix, sa silhouette ont une aura hallucinante.

Nomai is you.

Sativa est une créature mystique, une ensorceleuse qui n’a pas fini de jeter son dernier sort.

Tantôt sorcière, nymphe ou alien façon comics à la X-Men, elle allie humour et glamour, horreur et burlesque avec une déconcertante harmonie.

Poule de luxe comme on n’en fait plus, le style de Vicky s’inspire des mouvements artistiques de l’Art déco, des Années folles et de l’Après-guerre.

Gracieuse, cambrée et souple, mais aussi froide et distante, elle n’a pas son pareil pour vous émoustiller entre effeuillages ultra-glamour et gracieuses contorsions sur un cerceau suspendu dans les airs.

Muse parisienne par excellence, Sublyme est l’incarnation du cabaret à la française.

Meneuse de revue ou égérie couture, indémodable ou avant-gardiste son style reste toujours élégant et glamour.

Elle puise son inspiration dans l’âge d’or du Music-Hall et des revues des grandes maisons parisiennes, également des divas pop d’hier et d’aujourd’hui.

Spectaculaires, ses performances éblouissent les nuits parisiennes, comme celles de « La Madame Klaude », les premiers vendredis de chaque mois.

Ah Brasil… Copacabana… Rio… Freya Kor a ça dans le sang !

Son nom signifie « couleurs » en portugais.

Cette amazone qui cultive une image et urbaine et chaleureuse ne rêve que d’une seule chose : inscrire un sourire permanent sur votre visage.

Ouverte sur le monde, fascinée par la pop culture, elle déploie une énergie très haute tension.

Oui, Freya Kor est une boule de feu qui ne demande qu’à exploser sur scène.

drag queen tableaux inspirants (image)

Guess Who Does Drag? (Post-Interview) | Lineup | Cut

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