Félicitations à un nouveau compagnon franc-maçon

Mon très cher Frère, c’est avec le signe de ton grade que je te souhaite la bienvenue et t’exprime notre joie de te recevoir dans cette loge de Compagnons. Ce grade est d’une grande richesse. Je vais essayer ce soir de mettre en avant certains de ses aspects.

Bien-sûr, il ne s’agit là que de la pointe apparente d’un immense iceberg. Le Compagnon doit réaliser ce paradoxe de continuer à vivre dans le monde matériel mais aussi de commencer à entrevoir le tout, l’universel, l’accompli, comme le montre à ce grade l’entrelacement de l’équerre et du compas sur le livre de la Loi sacrée.

Après avoir reçu la lumière, tu es entré dans les voies qui te sont tracées. Désormais il s’agit pour toi d’avancer dans les voies de la sagesse et de la Connaissance. Apprenti sur la colonne du nord, tu étais en gestation au sein de ta loge mère : silence, écoute, méditation nourrissaient ton apprentissage en te permettaient de contenir, de réfréner ta fougue.

Compagnon en pleine lumière, tu entames ton passage de la perpendiculaire au niveau. Te voilà parti pour un long voyage d’instruction, moins en guerre avec toi-même, plus en paix avec tes questionnements. Au cours de cette cérémonie de passage, le Compagnon, durant les quatre premiers voyages, se focalise sur la découverte de savoirs qui, transcendés, permettront d’aller vers la Connaissance.

Un grade de passage, de voyage et de travail

Le grade de compagnon est celui du voyage, de la création et de l’apprentissage du travail bien fait. De la carrière, l’apprenti devenu compagnon, entre sur le chantier et y prend sa part, en pleine responsabilité.

Le Compagnon que je suis doit continuer à polir sa pierre cubique. Il ne se contente plus de la dégrossir avec son maillet et son ciseau. Il possède d’autre outils pour lui permettre d’accomplir un travail plus minutieux, plus précis.

Ce grade de Compagnon se nourrit d’une grande quantité de sens, de symbole et d’outils nouveaux, de spéculations métapsychiques spirituels et morales. La où l’apprenti se demandait s’il pouvait se considéré franc-maçon, le compagnon se montre plus confiant.

Il est maçon connaissant sa tâche même s’il ne sait pas encore travailler indépendamment. Il entame son voyage. Le Compagnon agit et interagit avec le monde.

« Plus que jamais, écoute, regarde, médite, comprend et réalise à ton tour. » A un moment ou à un autre, pour réaliser, il faut bien quitter le cocon rassurant de la théorie et de l’analyse pour se plonger les mains dans la matière, sauter des deux pieds dans le monde.

Le levier est à l’édification, ce que l’art du trait est au dessin : un outil pour mieux exploiter la force. Mais agir, c’est prendre position. C’est donc risquer de se tromper. C’est s’impliquer.

De la colonne du Nord à la pleine lumière

Apprenti sur la colonne du nord, tu étais en gestation au sein de ta loge mère : silence, écoute, méditation nourrissaient ton apprentissage en te permettaient de contenir, de réfréner ta fougue. Le Compagnon est d’abord un apprenti, un homme avec des vertus morales qui a reçu la lumière, qui a intégré des connaissances maçonniques, des symboles, et qui à dépassé une autre étape, celle de l’autonomie dans la prise de parole, dans la recherche de la compréhension du monde.

Le premier degré ma demandé beaucoup de travail, j’ai du abandonner certaines certitudes ; le degré de Compagnon va me faire rayonner dans le monde en admirant les constructions et de nouvelles méthodes de pensées. Cette initiation passe par un itinéraire, un rituel qui exprime sous forme de symboles les clés d’une connaissance à découvrir, la pierre brute que je me dois de polir pour en faire une pierre cubique est ma quête.

La rumination silencieuse des apprentis est finis, ilsont grandi. Sous le couvert du second Sur, tu as demandé la parole et montré que tuméritais tonaugmentation de salaire en utilisant avec esprit, intelligence et sensibilité les outils symboliques qui t’avais été donnés.

Cette cérémonie d’initiation scelle un passage de la vie maçonnique. Sous l’œil de notre juge suprême - fut-il, pour toi , étonné ? ému ? ironique ? indulgent ? sarcastique ? - sous l’œil de notre juge suprême, Apptu es devenu compagnon.

Tu as 5 ans,tu avais 3 ans : l’initiation nie les parcours linéaires et fait progresser par bonds. Cinq est le nombre ésotérique du compagnon et s’il est obtenu par la somme 3+2, il constitue un ensemble nouveau qui, somme et pas juxtaposition, organise les conditions de la créativité.

Le 1ier et le 2ème grades, App et Comp, sont intimement liés, l’un constituant la suite de l’autre pour permettre de réaliser le chef d’œuvre et de conquérir la maîtrise.

La pierre cubique et l’édification de soi

La pierre cubique, qui symbolise le grade, par ses facettes toutes taillées, atteste de cette compétence. Elle illustre la stabilisation, la juxtaposition, la superposition. Une telle disposition étant nécessaire pour assurer l’adhésion, la cohésion, l’union dans la construction d’un édifice.

Le Compagnon doit s’astreindre au travail de sa pierre cubique pour la rendre parfaitement polie et lisse et brillante, donc « lumineuse ».Cette pierre personnelle devra ensuite se fondre dans la construction commune, en perdant ainsi ce caractère personnel et indicatif pour se fondre dans l’universel et l’absolu.

Son travail pour l’édification du temple. Il ne sait pas ce qu’est véritablement le temple puisqu’il ne peut pas siéger dans la Chambre du Milieu. Il n’en a donc qu’une vue exotérique ou « extérieure » puisque la loge des Compagnons se tient sur les parvis, c’est à dire à l’extérieur du temple.

Le travail du Compagnon ne consiste donc pas à édifier le temple, ce serait présomptueux à ce niveau du parcours, mais à commencer à mettre en oeuvre ce qu’il a découvert et compris des symboles jusqu’à ce jour dans le plan des hommes.

L’édification du temple se décline à plusieurs niveaux dont le premier passe obligatoirement par la perception personnelle (j’édifie Mon temple = marque ou projection d’un Ego encore omniprésent) mais dans l’absolu, ce travail loin d’être exclusivement personnel doit se confondre dans une oeuvre qui ne peut être que collective.

Le Compagnon n’a pas de rôle à tenir en loge puisque n’étant pas Maître il ne peut assumer aucune fonction d’officier par exemple. Or, seuls, en loge, les Officiers ont un rôle découlant de la fonction à assumer.

N’oublions pas que, comme la loge n’existe que par la réunion des frères pour la durée du travail dans le temps symbolique circonscrit de midi à minuit, le Compagnon ne peut que se tenir à une place de sa Colonne comme les Maîtres non officiers.

L’étoile flamboyante

Avec une certaine émotion ; j’ai contemplé le grand symbole du compagnon. L’étoile flamboyante pentagone parfaite avec en son centre la lettre G. C’est à travers l’étoile flamboyante, expression du minérale, mais aussi de l’humain, forme existante dans des constructions végétales, que je ressens la notion de labeur nécessaire et perpétuel.

Étoile flamboyante et pierre cubique maçonniques

Par sa forme, sa proportion, modèle d’harmonie, d’idéal humain, d’expression d’universelle, l’étoile flamboyante porte en elle cette transcendance qui peut générer en toi le meilleur, le pur, la lumière de l’âme. Elle n’est pas un talisman qui te protège.

C’est désormais à toi de protéger tout ce qu’elle représente. A ce titre, nous te faisons confiance comme frère compagnon. Mais attention : comme le montre la marche du compagnon, modère ton pas de côté !

Ici réside en effet tout le danger de s’égarer dans la matérialité du monde profane qui te fera prendre les savoirs pour la Connaissance, t’empêchant ainsi de retrouver l’axe central. Tu ne disposes pas du compas et le tracé du plan n’est pas encore de ton domaine, même si tu en as l’intuition.

C’est donc avec beaucoup d’humilité qu’il te faudra voyager. Et s’il t’arrive un jour d’être las, déçu ; s’il t’arrivait de porter des jugements hâtifs, souviens-toi que le second degré est le degré charnière de la maçonnerie et que tes éventuels états d’âme ne seraient dus qu’à ton impatience de ne pas encore tout maîtriser.

Tu étais apprenti parce que les frères te reconnaissaient comme tel. Désormais tu es compagnon parce que tu as vu l’étoile flamboyante. Et c’est bien elle qui te permettra de lutter contre l’arrogance de l’ignorance, de l’ambition exagérée et du fanatisme aveugle.

Trois dangereux maux auxquels il te faudra, coute que coute, résister pour accéder à la maîtrise.

Les cinq voyages du Compagnon

Alors que j’avais effectué trois voyages « trois le nombre de l’Apprenti », j’ai accompli les cinq voyages rituels de mon élévation au grade de compagnon. Ces cinq voyages mont montré la progression initiatique du compagnon que je suis du connais-toi toi-même à la notion de découvrir l’autre : l’extérieur, le monde et l’univers.

VoyageSymboles et outilsOrientation du travail
Premier voyageMaillet et ciseauQualité et emploi des matériaux
Deuxième voyageCompas et règleMaçonnerie pratique et tracé
Troisième voyageRègle, pince ou levierIntelligence et force maîtrisée
Quatrième voyageAcquis des voyages précédentsDécouverte du monde
Cinquième voyageTravail et étoile flamboyanteDiffusion du savoir et rayonnement

Le premier voyage : se connaître et perfectionner son ouvrage

Pour moi le premier voyage me rappelle tout l’enseignement du premier degré « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers des Dieux ». Les outils symbolisent le construction de soi.

Nous devons prendre conscience de nos imperfections, de nos manques, le manuel d’instruction dit que nous ne devons pas « nous mentir à nous même ». Le premier voyage me rappelle tout l’enseignement du premier degré.

Le Compagnon a bouclé son temps d’apprenti, où il a copieusement médité sur la verticale et visité les terres intérieures en long et en large. Il est donc sensé savoir qui il est.

Mon Frère, ce premier voyage vous figure l’année que tout Compagnon doit consacrer à s’instruire de la qualité et de l’emploi des matériaux; à se perfectionner dans la pratique de la coupe et de la taille des pierres qu’il a dû apprendre à dégrossir à l’aide du maillet et du ciseau, pendant son apprentissage.

Le sens de cet emblème est qu’un Apprenti, quelques connaissances qu’il croit avoir acquises, est encore loin de pouvoir finir son ouvrage; que le brut et le superflu des matériaux consacrés à la construction du Temple, qu’il élève au Grand Architecte de l’Univers et dont il est la matière et l’ouvrier, ne sont pas encore enlevés.

Qu’il ne peut se dispenser du travail dur et pénible du maillet et de la conduite attentive et précise du ciseau, qu’il ne doit jamais s’écarter de la ligne qu’un Maître habile lui a tracée.

Le deuxième voyage : apprendre à tracer

Le second voyage le futur compagnon que je suis doit développer son intelligence concrète, ce qui me permettra de développer une volonté inébranlable, de ne pas dévier dans ma démarche et surtout de m’élever sur les hauteurs en m’appuyant sur la terre.

Mon Frère, ce voyage vous apprend que, pendant la seconde année, un Compagnon doit acquérir les éléments de la maçonnerie pratique, c’est-à-dire de tracer des lignes sur des matériaux dégrossis et dressés.

C’est pour cela qu’on vous a muni d’un compas et d’une règle. Ces emblèmes présentent à votre esprit une vérité bien sensible.

Dans le cours de la vie humaine, ainsi que parmi nous, l’ignorance est notre premier apanage des hommes instruits prennent soin de notre enfance, et nous enseignent les premiers éléments des sciences. Les premiers essais de nos mains se ressentent de l’état de faiblesse dans lequel nous naissons.

Bientôt l’éducation nous ouvre le chemin des sciences; c’est à les acquérir que notre jeunesse est particulièrement consacrée jusqu’à ce que des travaux plus réfléchis nous conduisent à la découverte de la vérité.

Le troisième voyage : associer intelligence et force

Le troisième voyage va me permettre au contraire du précédent de découvrir les subtilités de l’intelligence, en considérant le silence comme un son d’où le dialogue entre un maître et son disciple qui parcourait le désert Maître, je n’entends rien ! Non, écoute le silence lui répond le Maître.

Pour moi ce voyage permet de rechercher la vérité dans les profondeurs, de montrer que chacun peu arriver à ce résultat, mais en gardant la notion de modestie, apprendre à connaître ce n’est pas pour dominer l’autre, mais pour l’orienter le former.

Le levier est à l’édification, ce que l’art du trait est au dessin : un outil pour mieux exploiter la force. Mais agir, c’est prendre position.

Le quatrième voyage : découvrir le monde

Le quatrième voyage par les acquis des précédents voyages associe ces différentes formes d’intelligence pour découvrir le monde. Découverte des ordres d’architecture de l’évolution de l’Esprit humain, des différentes formes de pensées de leur évolution, et de la notion de travail.

Au cours de cette cérémonie de passage, le Compagnon, durant les quatre premiers voyages, se focalise sur la découverte de savoirs qui, transcendés, permettront d’aller vers la Connaissance. Ainsi, le compagnon pourra se réaliser pleinement en lui mais aussi au travers et avec les autres.

Le cinquième voyage : travailler et rayonner

Le cinquième voyage dont le but est de propager dans le monde en respectant les uns et coutumes, le savoir qui doit conduire à la connaissance. La notion de travail est différente de celle que pourrait croire un apprenti, pour lui le travail est synonyme d’introspection pour le compagnon il s’agit d’un travail exotérique qui doit lui permettre de rayonner vers l’extérieur en appliquant les richesses acquises par les différents travaux de la loge.

Au terme des quatre premiers voyages, avec l’aide du Premier Surveillant, tu es arrivé au pied de l’Orient, les mains libres, ayant acquis les prémices de la vertu, capable d’établir des correspondances pour relier ce qui est épars.

Seul ce travail, glorifié dans ce 5ème voyage, pourra te mettre en symbiose avec l’étoile flamboyante, nouvelle source d’inspiration de tes actes.

Les cinq voyages mont montré la progression initiatique du compagnon que je suis du connais-toi toi-même à la notion de découvrir l’autre : l’extérieur, le monde et l’univers.

Le travail, exigence du Compagnon

Alors mon frère Compagnon, gloire au travail. Même si parfois tu doutes, ne doute jamais de l’Amour qui est vie de l’homme. Oui mon frère, je te redis GLOIRE AU TRAVAIL.

Travaille mon frère sans complaisance ni répit car c’est par le travail sur soi et en soi que l’on progresse sur le chemin de la Lumière. C’est ce travail qui te permettra de dépasser - nous y revoilà - le niveau d’explication de nos rituels.

Car c’est en dépassant les mots que l’on approche les mystères et c’est en les approchant qu’on les expérimente. Parvenir au cœur de ton cube, mon bien cher frère, voilà le souhait que formule la loge à ton égard par l’intermédiaire de l’Orateur qui te souhaite, en amour et fraternité, bonne route.

Les forces qui soutiennent le chemin du Compagnon peuvent être formulées ainsi :

  • Se mettre en mouvement et en éveil.
  • Affronter les difficultés avec courage.
  • Persévérer dans l’effort.
  • Espérer dans la fraternité.
  • Apprendre la patience.

Le bon compagnon, lui, se tait devant la forfaiture. Il se refuse à juger, sauf peut-être dans son regard, parce qu’il souhaite voir édifier « son » œuvre.

Qu’importe par qui, du moment que « son » œuvre est achevée.Humilité ? Vanité ? Orgueil ?

Être maçon n’est jamais un privilège mais toujours une exigence. Toute compromission avec le faire semblant d’être instruit ne sera alors que la mise en évidence soit de tes insuffisances originelles dues à l’ignorance, à l’ambition maladive, et à un certain fanatisme, soit à tes insuffisances de persévérance dans le travail.

La parole, le silence et l’écoute

Sous les colonnes du septentrion, j’ai écouté mon surveillant, appris à comprendre les symboles, entendu et mémoriser la parole de mes frères maîtres, qui m’enrichissent. Ma réflexion d’apprenti d’abord était « vivement que je puisse m’exprimer »

A mon tour de donner,d’affirmer, de rendre la monnaie. Force est de constater aujourd’hui que l’apprenti bouillonnant à l’idée de prendre la parole et d’en placer une, et bien cet apprenti devenu compagnon, compagnon muet, non par manque d’idée, mais plutôt par la prise de conscience, que son arrivée à ce grade n’est qu’une étape intermédiaire, comme une moitié d’initiation.

Et face à ses maîtres, il a quelque chose à dire, mais quand la parole est donnée, un maître a la capacité de le formuler mieux que lui, ou plus vite que lui, alors silence. Intérieurement, je sais que quelque soit la forme, la couleur et les parement de mon tablier, il va falloir attendre encore avant de prendre la parole.

En changeant de colonne, l’indispensable est donné au Comp : la parole. La parole pour comprendre et la parole pour réaliser. La parole dans le monde Mait n’est pas l’outil d’expression de soi qu’il est dans le monde profane.

Que d’inanités nous seraient épargnées si tous les Mait s’en souvenaient ! Le questionnement est bien sûr le moyen de comprendre pour soi ce qui vient d’être dit, d’aller à la rencontre de l’autre.

Pourtant, le dialogue, le colloque singulier, n’a pas de statut dans notre temple. Si le Comp écoute, médite, regarde, comprend, réalise, les autres M présents dans le temple aussi.

La parole de chacun devient ainsi partie de la connaissance de tous et le silence obstiné de certains, de certaines est une perte sèche pour tous.

Ecoute, médite, regarde ; comprend, réalise. Le Comp est le plus libre des FM. Il possède tout ce qui fait l’agrément de la Mait et ses devoirs sont légers, ses obligations sont réduites puisqu’il ne peut pas encore participer pleinement à la vie et à la conduite du groupe, de son At.

Les obligations du Comp sont intimes et pourtant, elles impliquent de progresser et de toujours nous revenir. Ecoute, médite, regarde, comprend, réalise.

Une autonomie encore accompagnée

Et cette soudaine autonomie dans la construction de son édifice, de l’édifice crée une peur, une sensation de vide qui peut parfois lui faire croire qu’il n’a pas tout compris.Comme le parachutiste face à son premier vrai saut, le compagnon a peur, mais cette peur est constructive.

Car il est entouré par ses frères qui, même en silence, lui font comprendre, que eux aussi, ils on douté, et sont là, souriant, avec amour.

L’idée de passer à une autre étape avant d’en avoir fait le tour m’intrigue. Mais est-ce bien là le but ? Une tâche pour en commencer une autre ? Encore une erreur de débutant, mais il peut être nécessaire de la faire pour relativiser l’angoisse générée par cette étape dans la vie du maçon.

Et puis les sourires que provoquent cette réflexion chez les expérimentés qui m’entourent me fait au moins comprendre que l’important est dans le cheminement. Mon cheminement initiatique n’est pas encore accompli, loin de là.

Il m’est impossible de mettre le degré de compagnon en perspective, comme pourrait le faire mes frères déjà élevé au degré de Maître. Cela ne m’empêche pas d’analyser mon ressenti en utilisant les acquis glanés jusqu’à présent.

Sensation furtive et profane de celui qui a l’impression de ne pas avoir tout compris ce qui lui arrivait. C’est l’impression que j’ai de mon passage dans le degré de compagnon.

Difficile affirmation que de dire « Je n’ai pas tout compris » et pourtant, je dois bien avouer qu’à ce jour, ce degré d’une grande richesse m’est sinon étranger, pour le moins encore étrange.

Voyager vers l’altérité

Le Compagnon quitte le temple malgré la volonté du V M de me retenir, le fils quitte le père, pour son expérience personnelle c’est une première approche de ce qui arrivera plus tard.

Il est temps pour le compagnon d’aller visiter d’autres loges, d’autres rites et de se rendre compte, de la richesse des différences. L’invitation au voyage ne dispense pas de la fréquentation de notre At et c’est avec celles et ceux qui l’ont reconnu comme sœur, comme frère, dans cet At que le Comp réalisera son travail.

Le passage au niveau, la découverte d’autres identités d’autres authenticités, permet déjà de revisiter le premier degré avec quelques enrichissements notables. Le Compagnon agit et interagit avec le monde.

Le compagnon pourra se réaliser pleinement en lui mais aussi au travers et avec les autres. La découverte de l’autre, ou le voyage, suppose une solide conscience de soi.

Le Compagnon que je suis doit continuer à polir sa pierre cubique. Cette pierre personnelle devra ensuite se fondre dans la construction commune, en perdant ainsi ce caractère personnel et indicatif pour se fondre dans l’universel et l’absolu.

Connaissance, vérité et modestie

L’initiation enseigne à penser, a travailler à l’élaboration de la vérité, de la vertu, du meilleur. Elle n’est jamais révélée, elle se doit d’être découverte : découverte par un construction solide de sa pensée par les matériaux proposés.

Depuis notre initiation, l ‘alchimie est présente, dans le cabinet de réflexion, dans l’initiation avec entre autre la rose que l’on doit donner à l’être le plus cher (qui est-il cet être si ce n’est soi) après ses voyages le compagnon se dirige vers l’étoile à 5 branches avec en son centre le lettre G.

Qui représente l’alchimie, le retour au principe à l’unité en synthétisant l’ensemble de nos connaissance vers l’absolu le UN.

Le Compagnon doit s’astreindre au travail de sa pierre cubique pour la rendre parfaitement polie et lisse et brillante, donc « lumineuse ». Cette recherche demande la régularité d’une recherche ordonnée, qui cherche la vérité avec la parfaite conscience de ne jamais la trouver.

C’est par ce même travail qui a fait l’homme se différencier de la nature, devenir sujet que je me sais cheminer en liberté, de faire, sans pouvoir éviter les erreurs, mais là est le chemin pour approcher l’harmonie et la paix intérieure qui semble régner chez mes ainés.

Pour moi ce voyage permet de rechercher la vérité dans les profondeurs, de montrer que chacun peu arriver à ce résultat, mais en gardant la notion de modestie, apprendre à connaître ce n’est pas pour dominer l’autre, mais pour l’orienter le former.

Les outils du nouveau Compagnon

L’élargissement du pas et le compas pour prendre sa part de vérité, les lumières et l’étoile flamboyante pour guide, les outils avec leur mode d’emploi, les arcanes : c’est au Comp de mettre en œuvre ces ressources, par ailleurs dénuées de sens si elles ne sont pas utilisées.

Le premier voyage me rappelle tout l’enseignement du premier degré. Le second voyage le futur compagnon que je suis doit développer son intelligence concrète. Le troisième voyage va me permettre au contraire du précédent de découvrir les subtilités de l’intelligence.

Le quatrième voyage par les acquis des précédents voyages associe ces différentes formes d’intelligence pour découvrir le monde. Le cinquième voyage dont le but est de propager dans le monde en respectant les uns et coutumes, le savoir qui doit conduire à la connaissance.

Ce bâton et ce sac rempli d’objet qui m’ont été remis, pour moi est une acquisition d’une nouvelle identité. Le bâton accompagne le voyage et le sac évoque les ressources que le Compagnon emporte avec lui pour poursuivre son cheminement.

Le Compagnon dans la loge et dans le monde

Le Compagnon n’a pas de rôle à tenir en loge puisque n’étant pas Maître il ne peut assumer aucune fonction d’officier par exemple. Il ne peut pas encore participer pleinement à la vie et à la conduite du groupe, de son At.

Son travail pour l’édification du temple consiste à commencer à mettre en oeuvre ce qu’il a découvert et compris des symboles jusqu’à ce jour dans le plan des hommes. Cette oeuvre ne peut être que collective.

En testant progressivement tous les aspects de la M, en ce compris l’art de la planche, on se réalise et on réalise le projet maçonnique de diffusion des savoirs et des connaissances qui permet à chacun de mesurer les limites de sa liberté.

Ainsi, le spectateur qu’était l’App devient progressivement acteur de la représentation que nous nous donnons mutuellement.Il est partie intégrante de la théâtralisation de notre soif d’absolu et de savoir.

Que chercherez-vous en prenant la parole ? Qu’allez-vous nous apporter ? Quoi que ce soit, il est certain que cela rejoindra notre question centrale : comment allons-nous augmenter le bonheur de l’humanité ?

C’est alors qu’il nous faut utiliser judicieusement l’arsenal dont nous, FM, disposons, arsenal dont le ciment est l’amour fraternel.

Une identité nouvelle et une responsabilité nouvelle

Ce bâton et ce sac rempli d’objet qui m’ont été remis, pour moi est une acquisition d’une nouvelle identité. Pour moi le Compagnon quitte le temple malgré la volonté du V M de me retenir, le fils quitte le père, pour son expérience personnelle c’est une première approche de ce qui arrivera plus tard.

Tu vas ainsi acquérir ton propre « tour de main », ta propre signature. Tout cela grâce au partage et l’acquis de savoirs qui te montreront le chemin.

Mais à une condition : celle que tu ne perdes jamais la vue de l’étoile flamboyante. Elle n’est pas un talisman qui te protège. C’est désormais à toi de protéger tout ce qu’elle représente.

A ce titre, nous te faisons confiance comme frère compagnon. C’est donc avec beaucoup d’humilité qu’il te faudra voyager.

Les cinq dimensions du Compagnon

C’est quoi un compagnon ? C’est un maçon :

  • Il a accompli une première réflexion et, au terme de son temps d’apprenti, il sait qui il est.
  • Il travaille. Il a ses outils particuliers, son rituel, sa symbolique. Il étudie l’art du trait.
  • Il agit.
  • Il voyage. Il interagit.

Cinq thèmes, oh surprise. Cinq titres auxquels vous avez échappés. Mais pas pour longtemps.

Le monde du compagnon est très différent du monde de l’apprenti. Le processus d’apprenti tourne toujours, en régime, tranquillement, en tâche de fond, et mon attention se porte sur autre chose.

De nouveaux outils, un autre rituel, un autre message. On passe de la verticale au niveau, dit-on. Oui, c’est exactement ça. Et cela mène plus tard à la découverte de l’altérité.

Quel beau monde que voilà. Quel beau grade que celui de compagnon. J’en suis fier, au delà de l’exprimable.

L’enseignement de ce grade est si riche, si profond, si fondamental. Certes, le maçon n’est rien s’il n’est pas apprenti, mais il n’est pas grand chose non plus, s’il n’est pas compagnon.

Je dois bien l’avouer aujourd’hui, je le soupçonne, le maçon n’est accompli que s’il est tout à la fois apprenti, compagnon et maître.

La fraternité comme force du chemin

Comme le parachutiste face à son premier vrai saut, le compagnon a peur, mais cette peur est constructive, car il est entouré par ses frères qui, même en silence, lui font comprendre, que eux aussi, ils on douté, et sont là, souriant, avec amour.

Espérer dans la fraternité. Même si parfois tu doutes, ne doute jamais de l’Amour qui est vie de l’homme.

La parole de chacun devient ainsi partie de la connaissance de tous et le silence obstiné de certains, de certaines est une perte sèche pour tous. L’arsenal dont le ciment est l’amour fraternel soutient le travail du Compagnon.

La fraternité ne dispense ni du travail ni de la patience. Elle permet au Compagnon de poursuivre son chemin avec courage, de reconnaître ses difficultés et de continuer à avancer.

Mon très cher Frère, c’est avec le signe de ton grade que je te souhaite la bienvenue et t’exprime notre joie de te recevoir dans cette loge de Compagnons.

Je terminerai par cette citation d’Antoine de Saint Exupery je cite : Connaître ce n’est point démontrer, ni expliquer, c’est accéder à la vision.

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