Le baptême reçu par Jésus au Jourdain ne change rien pour lui, il change tout pour les hommes : la vocation à devenir fils de Dieu par l’adoption du Père. Le baptême de Jésus est le moment charnière où se manifeste la Trinité pour donner le coup d’envoi de la vie publique de Jésus.
En faisant aujourd’hui mémoire du baptême du Christ, nous sommes invités à faire mémoire de notre propre baptême, à reconnaître cette puissance de l’action de Dieu dans nos vies, à mettre notre espérance dans la parole qu’il a prononcée sur nous : « Tu es mon fils, aujourd’hui je t’appelle et je t’envoie ».
Le baptême du Seigneur, une manifestation de la Trinité
Avec la célébration de la fête du baptême du Christ, la liturgie développe et prolonge le cycle des manifestations de Jésus, commencé par la célébration de la Nativité et poursuivi par la fête de l’Epiphanie que nous avons célébrée dimanche dernier. A travers ces différents épisodes, d’une certaine façon, c’est la même réalité qui est mise en scène, l’irruption de Dieu lui-même dans le monde des hommes.
Dans la nuit de Bethléem, un enfant nouveau-né est donné comme signe aux bergers qui doivent reconnaître en lui le Messie ; à l’Epiphanie, une étoile guide les mages venus des pays païens pour reconnaître le roi des Juifs. Aujourd’hui, lors du baptême du Christ, les cieux s’ouvrent et une voix descend pour dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ».
Le baptême de Jésus nous dit quelque chose de l’identité de Jésus-Christ qui est, comme nous le disons dans le credo, « vrai Dieu et vrai homme ». A l’occasion de Son baptême, la communion du Père et du Fils dans l’Esprit-Saint est manifestée.
« Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : ’Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour.’ »
Bien sûr cette communion des trois personnes divines est de toute éternité mais là, elle est manifestée. C’est d’ailleurs pourquoi le baptême est dans le prolongement de l’épiphanie.
Dans la représentation que nous avons spontanément en tête d’un univers divin qui au-delà des cieux par comparaison avec un univers humain qui est celui de notre terre, quand les cieux s’ouvrent, cela veut dire que la communication entre l’univers de Dieu et l’univers des hommes se rétablit, que quelque chose, quelqu’un, Dieu lui-même, vient partager l’histoire de notre terre, ce qui est proclamé par la voix qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en Lui j’ai mis tout mon amour ».
Cet acte de foi nous invite à reconnaître l’invisible dans la personne visible de Jésus de Nazareth ; il nous invite à reconnaître la réalité, la présence réelle et active de Dieu dans l’existence humaine de Jésus de Nazareth, il ouvre ainsi un regard différent sur notre manière humaine de vivre.

L’humilité du Christ au milieu des pécheurs
Le baptême de Jésus, dont nous faisons aujourd’hui mémoire, se situe dans cette logique de l’humilité : c’est le geste de Celui qui veut se faire en tout l’un de nous et se mettre dans la file avec les pécheurs.
Cette humilité du Christ qui se fait vraiment homme est tellement déroutante qu’il y a eu de nombreuses hérésies qui ont nié sa pleine humanité d’une manière ou d’une autre. Le fait que le Verbe de Dieu ait besoin d’apprendre à parler, le fait que le Fils de Dieu prenne le temps de tous les développements et les apprentissages de la vie humaine, cela est vraiment déroutant.
Certains préféreraient que Jésus soit un enfant hyper-précoce mais la Parole de Dieu ne nous dit rien de cela. Mis à part l’épisode de Jésus perdu et retrouvé au temple à 12 ans, la Parole ne nous dit rien de ces trente années de vie cachée, comme s’il n’y avait rien d’extraordinaire pendant tout ce temps.
Méliton de Sardes dit que les années avant le baptême démontrent que l’humanité du Christ est en tout semblable à la nôtre. Voilà ce que nous dit la Parole de Dieu : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph 2)
Comme le dit l’épître aux Hébreux, Jésus « n’a pas honte de (nous) appeler ses frères » (Hb 2, 11). Il n’agit pas comme les pharisiens qui avaient une vraie générosité mais dont beaucoup ne voulaient pas se mêler aux pécheurs.
Il ne se démarque pas de nous en faisant bien remarquer qu’Il est du côté du bienfaiteur et non pas du côté du malheureux qui a besoin d’être assisté. Ce que nous dit la Parole de Dieu dans le baptême de Jésus, c’est qu’Il se laisse traiter comme un pécheur, Lui qui est sans péché : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché » (2 Co 5, 21).
La scène de Son baptême au milieu des pécheurs est un prélude à la scène où Jésus est crucifié entre deux bandits. D’ailleurs, plusieurs indices nous montrent que le baptême de Jésus est déjà l’annonce de sa mort en croix.
Notre foi chrétienne est avant tout foi que Dieu s’abaisse, que Dieu s’humilie, qu’en Jésus Dieu se dépouille pour nous rejoindre au plus près et pour nous entraîner avec lui.
Le récit du baptême dans l’Évangile
L’Evangile de Marc est le plus bref des 4 évangiles : il n’a que 16 chapitres ! Dès aujourd’hui, avec le Baptême du Seigneur, il faut nous habituer à des récits sobres et brefs. Saints Luc et Matthieu en disent davantage ; Marc, lui, ne s’est pas « perdu » dans les détails, il est allé à l’essentiel, nous laissant le soin de nous attarder sur chaque verset pour bien en saisir la valeur.
Vraiment, le récit du baptême du Seigneur est très bref. Pour la liturgie, 2 versets d’introduction ont été selectionnés, reprenant quelques paroles de Jean Baptiste ; puis les 3 versets relatifs au baptême proprement dit.
On ne trouve donc aucun détail sur les personnes qui étaient présentes ce jour-là, sur le lieu précis au bord du Jourdain ; aucune parole de Jean ni de Jésus… seulement les paroles du Père !
Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : - « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit : - « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »
Jean-Baptiste oriente les regards vers le Christ
Intéressons-nous aux paroles de Jean-Baptiste : il oppose la figure de Jésus et la sienne, avec cette alternance de propos Lui/Moi.
Lui est plus fort que moi ; moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit saint ; moi, je ne vous ai baptisé quand dans l’eau (ordinaire) du Jourdain.
Par cette opposition, le prophète oriente résolument nos regards vers le Christ. Bien souvent, lorsqu’on insiste sur ce qui nous distingue de quelqu’un, on le fait à notre avantage. A moins que celui avec lequel nous nous comparons ait de plus grandes qualités que nous… auquel cas il vaut mieux éviter la comparaison pour ne pas tomber dans le piège de la jalousie.
Jean-Baptiste n’est pas entré dans cette logique. Le prophète, rempli d’Esprit saint, parle de Jésus en ayant bien conscience de son identité. Jésus est le Sauveur attendu, il est le Fils de Dieu.
Devant lui, le Baptiste ne peut que faire preuve d’humilité. Il se reconnait comme simple serviteur, qui a accompli sa mission. Des gens sont venus vers lui, parce qu’ils voulaient changer de vie, devenir meilleurs.
Il les a aidés, et les a invités à entrer dans l’attente du Messie. Or voilà que désormais, Jésus arrive sur les bords du Jourdain.
Le baptême chrétien : devenir enfant de Dieu
Le baptême reçu par Jésus au Jourdain ne change rien pour lui, il change tout pour nous. La pédagogie divine se plaît à manifester de manière spectaculaire, une fois pour toute, en la personne du Christ, ce que signifie et cause en nous le sacrement du baptême qui, en lui-même, est un signe pauvre.
Le dessein divin, celui que Dieu poursuit avant même et indépendamment de toute considération du péché et de la nécessité de nous sauver, c’est bien celui-là : faire de nous ses enfants adoptifs, nous introduire dans sa vie divine, nous faire participer de la communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit saint.
Le Père dit du Fils, alors que l’Esprit saint descend : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. » Mais il nous faut entendre, pour nous : « Si tu accueilles ma grâce, qui s’écoule depuis les cieux désormais ouverts, je t’adopte pour que tu deviennes toi aussi mon enfant bien-aimé, fils dans le Fils, en qui je trouve ma joie. »
Au IVe siècle, saint Hilaire de Poitiers l’affirme : « D’après ce qui s’est réalisé pleinement dans le Christ, l’Esprit-Saint, depuis les portes célestes, vole sur nous et, baignés dans l’onction de la gloire céleste, nous devenons fils de Dieu par l’adoption de la voix du Père, car la vérité des faits eux-mêmes a préfiguré dans leur réalité même l’image du mystère ainsi préparé pour nous. »
Notre propre baptême nous insère dans cet échange d’amour réciproque qui existe en Dieu entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Le baptême ne nous révèle pas seulement l’identité de Jésus mais Sa mission.
Quand nous demandons le baptême de l’Église, nous ne faisons pas autre chose que d’appeler sur nous cette parole du Père qui va dire : « Celui-ci, celle-là, qui n’est en rien différent de tous ceux qui l’entourent, dont l’existence ne diffère à première vue en rien de l’existence de tous nos contemporains, devient à la fois signe d’une autre réalité au cœur de cette existence humaine, et acteur d’une présence de Dieu au milieu des hommes. »
L’enfant qui est baptisé, le jeune qui est baptisé, l’adulte qui est baptisé n’est plus simplement une créature de ce monde, il reçoit par l’effet du sacrement qui marque, y compris son corps, par l’eau, par l’onction, il reçoit en lui la marque de Dieu présent, vivant et agissant.
Nous sommes invités ainsi à regarder notre baptême non pas simplement comme une sorte de ticket d’entrée dans l’Église, - avant, on était dehors ; après, on est dedans -, mais comme un changement qui touche toute notre personne, notre esprit, notre cœur, notre liberté, notre volonté, nos capacités d’aimer, de construire, de réaliser quelque chose en ce monde, marqués que nous sommes par l’Esprit qui descend sur nous comme sous la forme d’une colombe sur Jésus, éveillés par la Parole du Père qui nous désigne comme ses enfants.
Avec Jésus nous sortons de l’eau pour une vie nouvelle qui est une vie de créature divine, si on peut parler de « créature divine » : la vie d’un homme, d’une femme habitée par la présence de Dieu, témoin de la présence de Dieu, acteur de la présence de Dieu.
Le baptême dans l’Esprit saint
En s’immergeant dans les eaux du Jourdain, Jésus inaugure un baptême nouveau : le baptême dans l’Esprit saint ; c’est celui que nous avons reçu… ou que certains enfants et adultes se préparent à recevoir à Pâques !
Le baptême dans l’Esprit nouveau nous recréé à l’image de Dieu. C’est l’œuvre de l’Esprit saint : cet esprit qui s’est rendu visible en descendant sur Jésus sous la forme d’une colombe.
Le jour du baptême, l’Esprit descend sur nous et vient habiter en nous, dans nos corps pour faire de nos corps un sanctuaire. L’esprit nous transforme [si nous le voulons !].
Par le baptême, nous devenons semblables à Jésus, capables d’aimer, car Dieu habite dans nos cœurs. Capables de pardonner, parce que Jésus a su nous pardonner toutes nos offenses.
Capables de faire de grandes choses, car l’Esprit de Dieu, nous donne la force. Capables de surmonter les épreuves - comme celle de la pandémie - parce que Jésus est toujours avec nous, il est notre espérance.
Le baptême dans l’Esprit saint nous transforme : Dieu vient habiter en nous, et nous apporte ce qu’il y a de plus précieux au monde : l’amour !
On pourrait dire - en synthèse - que recevoir le baptême, s’est s’immerger dans l’amour de Dieu, un amour qui pardonne et tourne la page de notre vie ancienne, pour nous ouvrir à un avenir nouveau.
Du baptême à la mission
L’être précède la mission. Comme le dit saint Pierre dans la deuxième lecture : « Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui. »
L’Esprit Saint vient « oindre » Jésus, c’est-à-dire - dans le langage biblique - Le consacrer, L’investir des pouvoirs nécessaires à Sa mission.
Comme nous l’avons entendu pendant l’office des laudes de ce matin : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance, et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » (Is 61, 1-2a)
Ces versets d’Isaïe sont d’abord vrais pour Jésus mais on les lit aussi lors de la messe chrismale lorsqu’on prie pour les évêques, les prêtres et les diacres. Mais ils sont vrais aussi de tous les chrétiens puisqu’ils ont reçu l’onction du baptême, puis - pour certains - celle de la confirmation ou même du sacerdoce.
D’après certains Pères de l’Eglise, « chrétiens » ne signifiait pas tant « partisans du Christ », comme le prétendaient les païens qui leur avaient donné ce nom pour la première fois à Antioche (cf. Ac 11, 26), que « participants à l’onction du Christ » (cf. saint Cyrille de Jér., Cat. myst. III, 1).
La première lecture nous dit bien la manière dont Jésus va remplir la mission qui lui est confiée : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit (…). Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique. Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera paraître le jugement en toute fidélité. »
Le passage par la Croix
La pédagogie divine pour nous révéler le mystère de notre vocation à l’adoption filiale ne se restreint pas à nous indiquer, dès le début de la vie publique de Jésus, l’objectif. De manière cachée, elle nous prépare à en intégrer les modalités qui ont été rendues presque inéluctables par le péché.
Pour nous, l’adoption filiale passe par le rachat des péchés et la participation au sacrifice d’amour du Christ en Croix.
L’humiliation du Fils de Dieu dans ce baptême dont il n’a pas besoin, au Jourdain qui est le fleuve le plus bas du monde, son engloutissement dans l’eau sous le poids de nos péchés qu’il prend sur lui, avant de ressortir dans la gloire pour être manifesté comme Fils bien-aimé du Père et empli d’Esprit saint, c’est l’exposé des modalités concrètes de réalisation du plan de Dieu.
Au IIe siècle, saint Irénée nous livre sur ce point une indication précieuse, lorsqu’il interroge la nécessité d’un baptême d’eau et d’Esprit. L’un ou l’autre séparément n’aurait-il suffi ?
Il opère alors un rapprochement avec l’Évangile de la Samaritaine : l’entrée dans le mystère du salut et de l’adoration véritable est donnée gratuitement par le Christ, mais elle suppose la collaboration de la Samaritaine qui puise l’eau terrestre péniblement acquise en se penchant au puits.
De même à la grâce infiniment gratuite du baptême dans l’Esprit-Saint doit répondre notre effort humain pour vivre à hauteur d’une telle vocation.
C’est ainsi que l’apôtre du Christ, cet « être de nature et d’aventure » selon les mots de Jacques Maritain, déploie sa vie baptismale, en passant par la Croix, pour devenir un saint.
Le baptême, vocation chrétienne et vie nouvelle
Le regard de la foi sur le visage de l’homme, sur le visage de la femme que l’on rencontre, ne peut s’en tenir à ce qui est visible, aux talents, aux attraits, aux défauts, au péché, aux crimes… Il discerne à travers ce qui est visible la présence de ce qui est invisible.
Ainsi quand nous regardons notre vie, nous prenons conscience que nos erreurs, s’il y en a, nos fautes, s’il y en a, ne se mesurent pas seulement par rapport à un code de conduite que nous aurions reçu et auquel nous ne serions pas fidèles.
S’il y a des erreurs, s’il y a des fautes, ce qui est atteint en nous n’est pas notre bonne image ou notre respectabilité, c’est vraiment la vie de Dieu qui nous habite.
Baptisés dans le Christ, nous sommes devenus des créatures nouvelles, nous sommes appelés à mener une vie nouvelle.
Sur les bords du Jourdain, au jour du baptême du Seigneur, les cieux se sont ouverts et la voix du Père s’est fait entendure : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. » Ces paroles douces adressées au Fils sont aussi pour nous.
Il serait bon que nous nous les remémorions plus souvent, non pas pour nous détourner de nos préoccupations ou pour fuir ce monde, mais plutôt parce qu’elles contiennent toute l’énergie dont nous avons besoin pour affronter les combats de notre vie.
Puisque Dieu nous aime, puisqu’il croit en nous, qu’il compte sur nous pour poursuivre son œuvre, alors nous devons nous engager pleinement, comme Jésus l’a fait.
Voilà la grande nouvelle que le Christ est venu nous annoncer en ce monde : Dieu nous aime, et il compte sur nous pour vivre à la hauteur de son amour.
La journée mondiale de prière pour les vocations
En ce 4ème dimanche de Pâques, l’Église dans le monde entier invite les chrétiens à prier pour les vocations. Bien sûr ce mot fait tout de suite penser aux vocations de prêtres ou aux vocations religieuses…Mais il y a aussi la vocation de vivre en couple dans la durée de la vie, dans le mariage.
Quel que soit notre état de vie, en couple ou célibataire, vivre notre vocation chrétienne c’est choisir celui qui présidera à notre vie. A notre baptême et notre confirmation qui en est le prolongement, nous avons choisi notre camp : celui du Bon Pasteur.
Et ensuite, il y a ces moments où nous devons nous engager plus concrètement, soit en choisissant un état de vie, une fois pour toutes, soit en prenant une décision importante qui marquera un tournant dans notre histoire - et cela peut arriver plusieurs fois au cours d’une vie.
Prier pour les vocations, c’est prier pour que nous choisissions Dieu quand les événements le demandent.
La vocation dont il s’agit n’est pas la vocation en général, cet appel à le suivre que le Christ Jésus lance à tout homme. Tout homme, en effet, a vocation à suivre Jésus.
Ce n’est pas non plus la vocation au sens flou, quand on dit qu’on a vocation à s’occuper des malades, à enseigner, à faire de la musique voire à se marier. Ce dont il s’agit ici, c’est de la réponse faite à Dieu par certains de lui consacrer leur vie.
Vocation au sens de vocation religieuse ou de vocation sacerdotale. En ces temps où l’on se plaint du manque de vocation, en ces temps où prédomine une lecture sociologique de la situation, ce qui ne peut engendrer que la morosité, il n’est sans doute pas inutile de nous redire quelques convictions.
Dieu appelle à travers le baptême et la communauté
Et avant tout, que la vocation est une réalité divine. Elle échappe au regard humain de l’homme, car il ne peut ni voir ni mesurer l’invisible.
La vocation religieuse, comme la vocation sacerdotale, éclot au plus profond du cœur de celui qui est appelé. Comme pour le jeune Samuel, c’est un appel dans la nuit, un appel très personnel.
C’est un appel intérieur qui échappe au raisonnement, un peu comme le sentiment amoureux. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.
Et celui qui perçoit l’appel de Dieu qui lui suggère avec insistance de lui consacrer sa vie, est bien en peine pour expliquer ce qui lui arrive, cet amour dont il est aimé.
Ce qui est beau, c’est de constater que ça arrive; ce qui est beau et stimulant, c’est de prendre conscience que Dieu continue d’appeler.
Depuis saint Antoine, le père des moines, qui entend l’évangile du jeune homme riche: vends tes biens et suis moi, qui le prend pour lui et qui le fait, jusqu’à nos jours dans le monde entier, en Asie, en Afrique et même chez nous, cet appel intérieur retentit, secrètement mais réellement.
Il touche des cœurs d’hommes et de femmes. Il les pousse à accepter librement de répondre. Il les invite à tout laisser pour suivre Jésus comme jadis Simon et Jacques et Philippe et les autres.
C’est un appel intérieur si fort et impératif, et qui s’accompagne de tant de joie, que celui ou celle qui l’entend est prêt à faire ce qui aux yeux du monde a des allures de folie.
Il faut vraiment être Dieu, il faut vraiment avoir donné soi-même sa vie par amour, pour demander à quelqu’un de n’avoir, par amour, ni famille, ni descendance, ni patrimoine, ni liberté.
L’appel de Dieu, dit le pape François, nous arrive à travers la médiation de la communauté . Dieu nous appelle à faire partie de l’Église et, après un certain temps de maturation en elle, il nous donne une vocation spécifique.
Le parcours vocationnel se fait avec les frères et les sœurs que le Seigneur nous donne : c’est une convocation. Le dynamisme ecclésial de l’appel est un antidote à l’indifférence et à l’individualisme.
Il établit cette communion dans laquelle l’indifférence a été vaincue par l’amour, parce qu’il exige que nous sortions de nous-mêmes, en mettant notre existence au service du dessein de Dieu.
Le Bon Pasteur et l’appel à suivre le Christ
« Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. » Mais, écouter la voix du Seigneur, est-ce bien raisonnable ? Que va-t-il me demander ? Que va-t-il vouloir me prendre ?
Que Jésus ne demande rien : aucune exigence, aucun impératif, nul sacrifice. Jésus dit : « À ceux qui écoutent ma voix, je donne la vie éternelle, je donne la vie sans fin. »
Jésus ne demande rien, il donne. C’est bien d’ailleurs ce qu’avait souligné le pape Benoît XVI lors de sa visite en France : « Jésus ne prend rien, il donne tout ».
Si on ne comprend pas cela, impossible de répondre gratuitement, impossible de parler de vocation chrétienne.
Il y a un lien de cœur, une intimité entre le pasteur et les brebis. Ils partagent une écoute, un chemin, une connaissance réciproque.
Intimité et proximité sont des caractéristiques essentielles de la relation du pasteur et des membres du peuple Dieu.
« Je leur donne la vie éternelle ; jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main ». Les brebis participent à ce qui fait vivre le pasteur qui les garde avec lui pour les faire grandir.
Le pasteur porte avec lui les personnes vers qui il est envoyé pour leur permettre d’être de plus en plus authentiquement elles-mêmes, non pour les écraser ou les emprisonner. Au contraire, il se fait leur défenseur pour les rendre libres.
Et c’est bien ce qu’exprime la deuxième lecture. Malgré les persécutions, la grande épreuve, Jésus, l’Agneau de Dieu, « sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie ».
« Mon Père qui me les a données est plus grand que tout ». Le vrai berger ne s’approprie aucun mérite, il reçoit sa mission auprès des brebis comme un cadeau du Père des Cieux, c’est lui qui les a données au Christ Pasteur.
Le Père et moi nous sommes UN », dit Jésus. Ainsi, se continue l’histoire d’un salut qui rejoint non plus seulement le peuple hébreu, mais toutes les nations, même les nations païennes comme l’illustre si bien le récit de la première lecture.
Discerner et accompagner une vocation
Dans un petit livre récent, le P. Jean-Marie Petit-Clerc que nous avons accueilli pour la 1ère conférence de carême fait remarquer qu’accompagner une vocation, ce n’est pas se demander ce que Dieu veut pour la personne ; c’est l’aider à ce qu’elle veut au fond d’elle-même, ce qu’elle veut véritablement.
Il n’existe pas de meilleur médiateur de la volonté de Dieu que l’écoute du vrai désir qu’il a semé en nous, et que personne ne connaît si ce n’est nous-mêmes.
Discerner une vocation, accompagner dans sa mise en œuvre, c’est apprendre à la personne, jeune ou moins jeune, à se libérer du poids de ses fantasmes, de ses erreurs du moment afin de l’aider à se concentrer sur ce qui constitue son désir le plus vrai, celui qui fait avancer en profondeur.
Le pape François en 2014 disait aux jeunes : « la vie n’est pas faite pour tourner, elle est faite pour avancer, et c’est cela votre défi ».
La vocation n’est pas une question de nombre. Il suffit d’une vocation pour manifester la présence miséricordieuse de Dieu et son intervention dans notre histoire.
Car si la vocation est une affaire éminemment personnelle, une affaire entre Dieu et celui ou celle qu’il appelle, elle est de la plus haute importance pour toute la communauté, et même pour toute la société.
Ce qui importe, c’est leur réalité. S’il est vrai que Dieu s’est manifesté en Jésus Notre Seigneur, si Jésus est vraiment ressuscité, si Dieu appelle vraiment des hommes et des femmes à tout laisser pour le suivre, alors il faut bondir de joie devant ces merveilles.
La communauté de ceux qui vivent dans la foi et dans la joie de la résurrection de Jésus, ne doit cesser de s’émerveiller de cette continuelle intervention de Dieu qui la touche de si près.
Elle doit tout faire pour que ces mystères soient célébrés, pour que ces appels ne soient pas étouffés et qu’ils puissent s’épanouir.
Les vocations particulières au service de l’Église
Ce dimanche du Bon Pasteur ne tourne pas nos regards vers les pasteurs eux-mêmes, mais vers Celui qui est le Pasteur des pasteurs, Jésus Ressuscité toujours vivant dans nos communautés chrétiennes à travers les signes du Pain et du Vin partagés à chaque dimanche et à travers sa Parole reçue en Église.
Certains dans la communauté reçoivent la mission de rappeler ce mystère en étant des signes, des sacrements, de cette présence du Christ Tête et Pasteur.
Ce sont les prêtres et les évêques qui sont donnés à l’Église pour être eux aussi des pasteurs qui ne font qu’un avec le seul et unique Pasteur : Jésus-Christ, au service de leurs frères et sœurs.
Cette donation peut prendre des formes diverses ; à travers le ministère diaconal ou presbytéral, à travers les différentes formes de consécration religieuses.
Quelle que soit la vocation, il s’agit toujours d’œuvrer de manière diverse à la diffusion d’un message de bonheur, d’œuvrer en quelque sorte pour que l’humanité ait la vie en abondance, un ministère de vie.
Le peuple de Dieu est un peuple disciple - parce qu’il reçoit la foi - et missionnaire - parce qu’il transmet la foi. Et c’est ce qu’opère le baptême en nous : il nous donne la Grâce et transmet la foi.
Dans l’Église, nous sommes tous disciples, et nous le sommes pour toujours, pour toute la vie ; et nous sommes tous missionnaires, chacun à la place que le Seigneur lui a assignée.
Tous : le plus petit est également missionnaire ; et celui qui semble plus grand est disciple.
Conversion, miséricorde et vocation
« Chers frères et sœurs, Comme je voudrais, au cours du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, que tous les baptisés puissent expérimenter la joie d’appartenir à l’Église !
Puissent-ils redécouvrir que la vocation chrétienne, ainsi que les vocations particulières, naissent au sein du peuple de Dieu et sont des dons de la miséricorde divine.
L’Église est la maison de la miséricorde, et constitue le « terreau » où la vocation germe, grandit et porte du fruit. »
Ces mots nous invitent à reconnaître la place de l’Eglise dans nos vies et d’en éprouver de la joie ! Regarder, considérer l’Eglise comme lieu de la miséricorde divine et le « terreau » où la vocation germe.
L’action miséricordieuse du Seigneur pardonne nos péchés et nous ouvre à la vie nouvelle qui se concrétise dans l’appel à sa suite et à la mission.
Toute vocation dans l’Église a son origine dans le regard plein de compassion de Jésus. La conversion et la vocation sont comme les deux faces d’une même médaille et elles se rappellent sans cesse à nous, dans notre vie de disciple missionnaire.
Une Eglise sans mission est une Eglise sans vocation, elle est une Eglise sans vitalité, une Eglise qui est sur un chemin de mort.
Un chrétien qui n’est pas missionnaire, est objectivement indifférent au sort de ses semblables, c’est un chrétien qui ne se convertit pas, c’est un chrétien qui tourne le dos à sa vocation, qui passe à côté de la vraie vie !
La crise des vocations dans les Eglises européennes, et pas seulement en Europe, est un indicateur d’un plus grand problème, d’un problème général, d’une panne de la foi, de l’espérance et de la charité, d’un manque de conversion dans le peuple de Dieu.
En répondant à cet appel, nous nous rapprochons de Dieu et de ses enfants et nous entrons dans cette unité finale, notre horizon de vie, affirmée par ce « Le Père et moi, nous sommes UN ».
Vivre sa vocation dans les épreuves
Les cieux se sont ouverts et la voix du Père s’est fait entendure : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. » Ces paroles douces adressées au Fils sont aussi pour nous.
Il serait bon que nous nous les remémorions plus souvent, non pas pour nous détourner de nos préoccupations ou pour fuir ce monde, mais plutôt parce qu’elles contiennent toute l’énergie dont nous avons besoin pour affronter les combats de notre vie.
Qu’est-ce qu’être un croyant en temps de crise ? Qu’est-ce que garder la foi et vivre de la foi dans le Christ dans les moments de destruction et de peur ?
Elle n’était pas chef de guerre, elle n’a pas prétendu diriger la cité, elle n’a pas profité des crises pour confisquer le pouvoir. Toujours elle a cru, non pas que tout serait facile, non pas que tout allait revenir comme avant, non pas que les ennemis seraient écrasés, mais qu’il était toujours possible de vivre, de se comporter en vivants, et qu’il valait toujours la peine de s’inquiéter d’autrui, de regarder autour de soi, de prendre soin des autres.
C’est qu’elle n’était pas seulement croyante, elle était chrétienne. Elle se savait devenue par le baptême fille du Père en Jésus-Christ, membre du Corps du Christ Jésus, et elle avait choisi de vivre ainsi, selon cette dignité-là, en tous les moments et tous les actes de sa vie.
Elle ne cherchait pas à préserver quoi que ce soit pour elle ici-bas, elle ne courait pas derrière la mort ou un héroïsme évident. Elle espérait correspondre en tout moment le mieux possible à Jésus son Seigneur.
Le croyant en temps de crise se découvre à ce qu’il ou elle ne perd pas pied, ne se laisse pas absorber par la panique ni tromper par le besoin d’agir à tout prix.
Contre toute apparence, elle est foi, confiance, que Dieu s’est engagé dans notre histoire. Non qu’il la rende facile, non qu’il la débarrasse de ce qu’elle a de douloureux, de violent, de menaçant, de décevant.
Dieu s’engage dans l’histoire en Jésus-Christ et il le prouve, il en rend témoignage, selon les termes de saint Jean, en ce qu’« il rend témoignage à son Fils ».
Dieu s’engage dans l’histoire en ce qu’il ne cesse pas de susciter des hommes et des femmes qui suivent le chemin de Jésus, mettant leur confiance qu’il est un chemin de vie, qu’il est le chemin de la vie.
Une mission pour chaque baptisé
Lorsque nous sommes élus, choisis, par Dieu, c’est pour une mission. Comme aime le répéter le pape François, nous ne sommes pas seulement disciples mais disciples-missionnaires.
En vertu du baptême, nous devenons disciples missionnaires, appelés à apporter l’Évangile dans le monde : « Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation… La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle ».
Que le baptême du Seigneur soit pour nous l’occasion de nous réjouir de ce que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme n’a pas honte de nous appeler ses frères.
Et que ce soit l’occasion aussi de nous rappeler qu’Il nous envoie pour faire part aux autres de cette Bonne nouvelle.
Demandons de manière insistante auprès du Seigneur qui appelle toujours, de donner courage et force à de nombreux jeunes pour qu’ils osent répondre avec confiance, sachant que le serviteur n’est pas plus grand que le maître ; qu’ils osent répondre à l’appel du Seigneur à le suivre de près pour répandre son enseignement de vie.
C’est, il est vrai, un chemin souvent difficile où le Seigneur donne jour après jour la grâce de lui être fidèle et de devenir témoin de son œuvre, témoin des merveilles qu’il accomplit en faveur de ses enfants.
Être appelé suppose certes du courage, mais apporte une joie que personne ne peut reprendre. Le Seigneur ne laisse pas tomber ceux qui le suivent pour le faire connaître et aimer.
Frères et sœurs, priez pour que tous les appelés soient durablement fidèles, qu’ils acceptent de se convertir jour après jour pour être fidèles à leur vocation.
Priez pour que des jeunes aujourd’hui, quelles que soient les difficultés, quelles que soient les meurtrissures que traverse l’Église, osent se donner pour leur bonheur, mais aussi pour le bonheur de l’humanité, car le message du Christ est unique, il n’y a pas d’autre sauveur !
Aujourd’hui, disons donc merci au Seigneur Dieu pour tant d’amour ! Merci pour le don du Fils, Jésus né parmi nous ! Et demandons-lui de nous apprendre encore à suivre l’exemple de Jésus, afin de vivre à la hauteur de notre vocation.