Jacques PERRIN est bercé depuis sa plus tendre enfance par le spectacle vivant et la littérature. Mon père, que je voyais peu, était régisseur à la Comédie-Française. « Grâce au parrain de ma sœur [ndlr : Eva SIMONET], Antoine Balpêtré, une « star » du Français, je suis monté sur scène à 14 ans dans une pièce intitulée La Gueule du loup, avec Simone Renant. À 14 ans, Jacques PERRIN quitte l’école, le certificat d’études en poche. « Je suis rentré au Conservatoire très tôt, avec une dispense. Je me souviens que, dans la classe du tragédien Jean YONNEL, tous les apprentis acteurs avaient une voix très grave.
Attiré par le cinéma, il fréquente l’une des premières salles de banlieue consacrée au cinéma d’Art et d’Essai, l’Alcazar d’Asnières, dirigée par Jean LESCURE. Écrivain, poète et scénariste français, Jean LESCURE est un fervent défenseur du mouvement Art et Essai. Dans son discours lors de l’installation de Jacques PERRIN à l’Académie des Beaux-Arts en février 2019, le réalisateur Jean-Jacques ANNAUD raconte : « Intellectuel multicartes, Jean LESCURE est un cinéphile érudit. Il fait découvrir à Jacques les grands classiques du Western, les chefs d’œuvre du cinéma japonais de MISOGUSHI, de KUROSAWA, les incontournables italiens, les bijoux de ROSSELINI, VISCONTI, FELLINI.
Courant 1959, Jacques PERRIN joue au théâtre Édouard VII, « L’année du Bac », une pièce mise en scène par Yves ROBERT. « Avec ZURLINI, j’ai compris le cinéma comme j’avais compris le théâtre avec le TNP. En 1962, il joue aux côtés de Marcello MASTROIANNI dans « Journal intime » (« Cronaca familiare ») toujours face à la caméra de Valerio ZURLINI. Ancien engagé volontaire pour l’Indochine (1952-1954) en qualité de cameraman au Service cinématographique des Armées, Pierre SCHOENDOERFFER est blessé et prisonnier à Diên Biên Phu, puis libéré. Il sera ensuite reporter à travers le monde pour Pathé Journal, Match, Paris-Presse, Time, Life et la télévision.
« Dès la première rencontre avec la jeune star, (Pierre SCHOENDOERFFER) prévient, « il n’y aura aucun confort, pas d’hôtel, pas de maquillage. Si votre visage doit exprimer l’épuisement, il devra être réel. Pas de valise non plus, seulement un paquetage qui contiendra tous vos effets et que vous transporterez vous-même. Votre seul vêtement sera votre uniforme, vos seules chaussures seront des pataugas que vous porterez à longueur de temps. Cela sera éprouvant. Le « poupin » décide de perdre dix kilos avant le tournage. Il s’abstiendra de révéler combien il en a perdu pendant. SCHOENDOERFFER était très en dessous de la réalité.» Des myriades d’insectes bruissent dans l’humus, le peuple des rampants se faufile entre ses pas. Pierre SCHOENDOERFFER voulait que sa fiction soit tournée comme un documentaire. Sa réalisation est un pur chef d’œuvre du genre, un film que beaucoup, dont je suis, considèrent comme un des plus beaux films de guerre de tous les temps.
« Dès cette époque, j’ai compris que l’ailleurs n’existait pas. Quand on est très loin, on chemine un peu plus déboussolé mais on trimbale toujours la même carcasse. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est le voyage que l’on fait auprès des autres ici ou au bout du monde. Jacques PERRIN fonde, dès les années 1960, sa société de production Reggane Films - qui deviendra par la suite Galatée Films. « Tout cela n’aurait peut-être pas vu le jour sans La 317ème Section. C’est son baptême du feu en tant que producteur !»
Le génie des projets naît de la volonté de Perrin d’accompagner et de défendre le talent des autres. « Le producteur, c’est avant tout un avocat chargé de plaider la cause du film. » État de siège avec Yves MONTAND et le tournage dans des environnements marins - une autre preuve de sa propension à mêler ambition artistique et nécessaire réalisme.
Le film « Ωcéans » incarne une étape majeure dans sa carrière de producteur-réalisateur: un documentaire naturaliste à budget de blockbuster. « L’océan ? C’est quoi l’océan ? » devient une question à laquelle il répond par l’innovation technique et artistique. Après moult simulations, il réussit à stabiliser la ligne d’horizon et à filmer sans tanguer. Le choix des caméras et les techniques comme Jonas et Polecam offrent une envergure scientifique au film et permettent de suivre des actions de longue durée sous-marines ou en surface, tout en donnant une autonomie accrue à l’équipe.
Les innovations techniques et la collaboration entre arts et sciences caractérisent chaque production. Les biologistes partagent leurs connaissances avec les équipes du film, et les séquences montrent l’Homme à travers son impact sur l’environnement marin. Parallèlement, Galatée Films organise une exposition dédiée au film Ωcéans, renforçant l’impact grand public et la dimension éducative du projet. Ωcéans remporte le César du meilleur Film documentaire en 2011 et illustre l’engagement écologique de Perrin.
Jacques Perrin demeure une figure centrale du cinéma français sur plusieurs décennies. Né le 13 juillet 1941 à Paris, il devient progressivement producteur et réalisateur, tout en poursuivant une carrière d’acteur dans des films majeurs et des productions populaires. Sa filmographie compte des œuvres emblématiques telles que La 317e Section, Le Crabe-Tambour, L’Honneur d’un capitaine, Les Demoiselles de Rochefort, Les Choristes et Bien d’autres encore. La liste est longue : Le Peuple singe, Microcosmos, Himalaya: l’enfance d’un chef, Le Peuple migrateur, Océans, et bien sûr Les Choristes.
La vie de Perrin est marquée par une double mission: faire exister des films qui racontent le monde avec vérité et défendre des causes écologistes par le cinéma. Il devient président de la commission d’Avance sur recettes entre 1982 et 1983 et pousse des projets engagés comme Z, État de siège et Section spéciale, tout en soutenant des films de grands réalisateurs tels Costa-Gavras et Valerio Zurlini. Son esprit d’entrepreneur et son sens du risque font de lui un pionnier dans la production documentaire et naturaliste, tout en restant un acteur reconnu sur les écrans.
Jacques Perrin s’éteint en laissant une trace indélébile dans l’histoire du 7e art, rappelé par ses mots: « Je n’ai rien à dire, rien à enseigner, pas de message à transmettre. » Laisser une trace, pour lui, c’était limiter les regrets et poursuivre les rencontres. « La vie donne mille raisons de s’exalter, de rencontrer les autres. »
Carrefour de rencontres et jalons clés
- Débuts théâtraux à 14 ans et premiers pas au Conservatoire
- Rôle dans La Fille à la valise de Valerio Zurlini (1960-1962)
- La 317e Section de Pierre Schoendoerffer (1964) et Journal intime (1962)
- Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy et la carrière d’acteur variée
- Premiers pas dans la production avec Z et Section spéciale (Costa-Gavras et collaborations)
- Fondation de Reggane Films puis Galatée Films (1968 et après)
- Succès du documentaire et des œuvres écologistes (Microcosmos, Océans, Le Peuple migrateur, Himalaya)
- Acclamation et influence durable dans le cinéma français
Parmi les images marquantes, les innovations et les choix artistiques, Perrin a su combiner art et science pour donner au public des regards inédits sur le monde vivant et les écosystèmes marins et terrestres. Son destin croisé entre acteur, producteur et réalisateur illustre une approche holistique du cinéma, où chaque film devient une aventure humaine et écologique.
Biographie condensée
- Né le 13 juillet 1941 à Paris, Jacques Perrin (Simonet).
- Enfance et formation théâtrale précoces, premiers pas au Conservatoire.
- Découverte par Valerio Zurlini et premiers grands rôles à Rome et en Italie.
- Retour en France et rencontres décisives avec Demy et Costa-Gavras.
- Construction de Reggane Films, puis Galatée Films; passage à la production et réalisation.
- Intégration de projets documentaires naturalistes et innovations technologiques.
- Présidence et engagement en faveur d’un cinéma écologiquement conscient.
