Jeanne n’est pas morte sur le bûcher de Rouen. La preuve ? Elle réapparaît cinq ans plus tard et mène une vie publique bien renseignée comme l’attestent de très nombreux documents. Personne ne peut croire que l’on puisse revivre après la mort.
Si Jeanne la Pucelle réapparaît, cinq ans après le bûcher de Rouen, c’est forcément qu’elle n’a pas été suppliciée, le mercredi 30 mai 1431, sur la place du Vieux-Marché. La femme qui périt dans les flammes, ce jour-là, a « le visage embronché », c’est-à-dire caché, nous dit Perceval de Cagny, chroniqueur au service des ducs d’Alençon. Mais on ignore son identité.
Jeanne d’Arc et le contexte de la guerre de Cent Ans
Nous sommes alors en pleine guerre de Cent Ans. Le royaume de France est coupé en deux. Le royaume a alors deux rois. D’un côté, le roi d’Angleterre Henry VI dont les armées, alliées aux Bourguignons, occupent la moitié nord de la France. De l’autre, Charles VII, qui tient avec difficulté les provinces au sud de la Loire.
Déshérité par ses parents, roi non sacré, il n’a pas la légitimité qui lui assurerait le soutien de l’ensemble des Français. C’est dans ce contexte qu’intervient Jeanne d’Arc. L’historienne Colette Beaune parle à son propos d’une « trajectoire météorique ».
A l’âge de 17 ans, cette fille de paysans quitte sa Lorraine natale pour parler à Charles VII installé à Chinon. Elle lui révèle sa mission divine : bouter les Anglais hors du royaume et faire sacrer Charles. Alors au plus mal, le roi accepte de l’intégrer à l’armée de renfort qui doit partir secourir Orléans assiégée.
Les mois qui suivent lui donnent raison. En galvanisant l’armée, Jeanne réussit à contraindre les Anglais à lever le siège d’Orléans puis elle conduit en plein territoire ennemi le roi jusqu’à Reims où il est sacré. Les Anglais perdent pied et battent en retraite.

La capture, le procès et le bûcher de Rouen
Jeanne est capturée le 23 mai 1430 sous les murs de Compiègne par un Bourguignon qui la vend ensuite aux Anglais. La jeune femme est transférée à Rouen. C’est dans la capitale normande qu’elle est définitivement emprisonnée et que son procès doit avoir lieu.
Aux yeux des Anglais, Rouen est plus sûre que Paris. Elle est le point fort de la domination anglaise en France. Le gouvernement y est installé. Le roi d’Angleterre, alors enfant, réside souvent au château ainsi que le régent, le duc de Bedford, et le représentant royal en France, le comte de Warwick.
Les Anglais accusent Jeanne d’être une sorcière et une enchanteresse. A leurs yeux, la Pucelle n’est pas inspirée par Dieu mais par le diable. Or, les tribunaux ecclésiastiques sont les seuls compétents en matière de foi et de religion.
Pour autant, les Anglais ne se désintéressent pas du procès. Ce sont eux qui rassemblent la rançon et qui gardent Jeanne au château de Rouen. Ils comptent bien que l’Église condamne la prisonnière pour sorcellerie afin de décrédibiliser Charles VII qui devrait alors son sacre à un agent du diable.
La présidence du tribunal revient à Pierre Cauchon. Pierre Cauchon est l’évêque de Beauvais. Il peut légitimement revendiquer le jugement de Jeanne car sa capture a eu lieu devant Compiègne, autrement dit dans les limites de son diocèse.
Naturellement, Cauchon se rapproche des Anglais, alliés aux Bourguignons. Dès 1423, il fait partie des conseillers du jeune roi d’Angleterre Henry VI. Au cours du procès de Jeanne d’Arc, les Anglais sont donc confiants : c’est un de leurs partisans les plus convaincus qui préside le tribunal.
Ce sont essentiellement des clercs normands et parisiens. Ils sont plus de 200 à participer au procès mais ils ne siègent jamais tous ensemble. Parmi eux on trouve des abbés, des chanoines, des franciscains, des maîtres de l’université de Paris.
C’est un procès d’Inquisition qui se déroule à Rouen. Son but n’est pas d’établir l’innocence ou la culpabilité de l’accusée. Il s’agit de lui faire avouer ses fautes. Les juges mènent eux-mêmes l’instruction, aucun témoin n’est cité à comparaître et aucun avocat ne défend Jeanne.
Les conditions d’emprisonnement de Jeanne
La nuit, ses gardiens l’entravent avec des fers et l’attachent par une chaîne à une grosse pièce de bois. Trois ou quatre d’entre eux vivent à l’intérieur même de la cellule. On imagine la crainte de Jeanne d’avoir tous ces hommes autour d’elle la nuit.
À partir du 21 février 1431, Pierre Cauchon et ses assesseurs interrogent régulièrement Jeanne au château. Dans ses réponses, l’accusée fait souvent preuve de bon sens et d’esprit de répartie. Mais elle ne déjoue pas toujours les pièges que lui tendent les juges et se laisse parfois emporter par sa haine des Anglais et des Bourguignons.
Les accusations portées contre Jeanne
Jeanne se trouve confrontée à des experts en droit et en théologie. Dans ses moindres comportements, actes et paroles, ils savent traquer l’erreur. Elle refuse de reconnaître l’autorité de l’Église qui la juge ? Elle est donc hérétique.
Elle aurait fait couler de la cire fondue sur la tête des enfants afin de leur assurer fortune ? C’est une magicienne. Elle croit prédire l’avenir grâce à ses voix ? Elle est donc devineresse. A Domrémy, elle se rendait avec les autres villageoises autour de l’arbre aux fées ? Elle participe donc à des rites païens.
Les juges recensent les péchés mortels de Jeanne. N’a-t-elle pas combattu un jour de fête religieuse ? N’a-t-elle pas essayé de se suicider en sautant d’une tour, alors qu’en vérité elle cherchait à s’évader ? Surtout, ne s’obstine-t-elle pas à porter des habits d’hommes ?
Jeanne se défend en expliquant que ce sont les voix qui lui imposent. Mais pour Pierre Cauchon, il est inconcevable que les voix, soi-disant d’origine sainte, commandent une pratique vestimentaire clairement condamnée par Dieu dans l’Ancien Testament. Conclusion implacable, les voix sont démoniaques ; Jeanne est instrumentalisée par le Diable.
Le 14 mai 1431, l’université de Paris, qui rassemble les meilleurs théologiens et juristes du royaume et que Pierre Cauchon a pris soin de consulter, rend son verdict. Jeanne est déclarée hérétique, schismatique, apostate, devineresse et menteuse.
Contrairement à une idée largement répandue aujourd’hui, ni les juges, ni l’université de Paris ne retiennent le chef d’accusation de sorcellerie. C’est assez difficile à prouver. De plus, la jeunesse et la virginité de l’accusée ne concordent pas avec le portrait-robot que les juges ont d’une sorcière.
De l’abjuration à la condamnation à mort
Après la phase des interrogatoires, les juges exhortent Jeanne à reconnaître ses erreurs. On lui envoie des prédicateurs ; on lui montre les objets de torture et enfin, on organise une cérémonie publique au cimetière Saint-Ouen de Rouen pendant laquelle la sentence est lue devant l’accusée.
Jeanne reconnaît s’être trompée. Cette abjuration satisfait les juges qui condamnent Jeanne à la prison perpétuelle au lieu de l’envoyer au bûcher. La lecture de la condamnation rend par contre furieux les Anglais.
Tout simplement parce qu’ils veulent la mort. Ils attendent que celle qui les a tant effrayés soit mise définitivement hors d’état de nuire. Jeanne a repris ses habits d’homme et affirme devant Pierre Cauchon que seule la peur d’être brûlée l’a fait abjurer.
Selon les termes de la justice ecclésiastique, elle devient donc relapse. Elle doit être livrée au bras séculier qui appliquera la sentence : la mort.
Le mercredi 30 mai 1431, un chariot emmène la condamnée jusqu’à la place du Vieux-Marché. Devant la foule nombreuse, elle est liée à un poteau. Le bourreau embrase les fagots. Dévorée par les flammes, asphyxiée par la fumée, Jeanne meurt sur le bûcher.

Pourquoi la mort de Jeanne est-elle contestée ?
Cette fin, bien connue, est cependant remise en cause par un journaliste. Ce n’est pas Jeanne qui aurait péri à Rouen. Les auteurs reprennent en fait des thèses anciennes selon lesquelles Jeanne serait en réalité une princesse de sang qui aurait survécu au bûcher grâce à la substitution d’une autre condamnée.
En d’autres termes, une fausse Jeanne aurait brûlé à Rouen tandis que la vraie serait retournée vivre en Lorraine. La thèse n’est pas nouvelle. Elle n’enlève rien à son rôle militaire majeur, reconnu de tous. Mais elle divise depuis les années 60 les passionnés de la pucelle d’Orléans.
Pourquoi donc Jeanne d’Arc n’a-t-elle pas été brûlée ? D’abord parce que personne n’a pu produire un procès-verbal officiel du brûlement. L’historien ne dispose sur Jeanne au bûcher que de témoignages oraux et écrits, de récits contemporains et du consentement quasi universel.
Ensuite ni Anglais ni Français n’auraient osé la faire périr de mort violente, attendu qu’elle était fille adultérine de Louis, duc d’Orléans, et d’Isabeau de Bavière, reine de France, et qu’elle appartenait ainsi au sang royal.
Enfin dernière preuve et qui pourrait dispenser de toutes les autres : la Pucelle a reparu quelques années après la comédie de Rouen, bien vivante et si peu changée que nombre de personnes et sa mère elle-même l’ont reconnue ; plus tard elle est devenue par mariage la dame des Armoises et a donné, croit-on, deux enfants au moins à son mari.
La réapparition de Jeanne en 1436
Jeanne, qui ne s’est jamais appelée Jeanne d’Arc de son vivant mais simplement la Pucelle, fait donc son retour sur la place publique le 20 mai 1436. C’est le pape Calixte III qui la nommera pour la première fois d’Arc en 1456.
Nous le savons d’abord grâce à Pierre de Saint-Dizier, curé de la paroisse de Saint-Eucaire puis doyen de Saint-Thiébaut et Official de Metz. Ce curé érudit tient un journal des événements survenus dans sa ville et dans les pays voisins.
Il écrit que ce 20 mai 1436 « Jehanne la Pucelle », qui avait été en France, arrive à un rendez-vous organisé avec les seigneurs de Metz. « Elle se faisait appeler Claude. Le même jour, ses deux frères vinrent la voir en ce lieu. L’un était chevalier et s’appelait messire Pierre, l’autre Petit Jehan, écuyer et ils croyaient qu’elle avait été brûlée. Mais, sitôt qu’ils la virent, ils la reconnurent pour leur sœur et elle les reconnut de même. »

Jeanne-Claude, puis Jeanne des Armoises
La chronique du doyen de Saint-Thiébaut retrace ensuite le parcours de Jeanne de 1436 à 1449 avec une grande précision. Les plus grands seigneurs viennent à sa rencontre et lui offrent des cadeaux de valeur, notamment un cheval et une épée.
Jeanne va se recueillir à Notre-Dame de Liesse puis elle va à Arlon, où elle est accueillie par la duchesse Élisabeth de Görlitz. Elle va ensuite guerroyer du côté de Cologne, le 2 août 1436, comme en fait foi un laissez-passer.
Elle en repart précipitamment, menacée d’excommunication, et elle se marie enfin avec le chevalier lorrain Robert des Armoises. Robert a assisté au sacre de Reims, le 17 juillet 1429, il ne peut pas avoir été abusé par une aventurière.
Le couple vient ensuite s’établir à Metz « tant qu’il leur plaisit », précise Pierre de Saint-Dizier. Jeanne et Robert nous ont laissé plusieurs documents, dont une copie authentique de l’acte notarié de la vente d’une partie de l’une de leurs propriétés, de Haraucourt.
Le contrat de mariage conservé dans une étude de Fresnes-en-Woëvre, dans la Meuse, aurait disparu durant les bombardements de 14-18. De nombreuses chroniques du 15ème siècle vont ensuite reprendre les informations du doyen de Saint-Thiébaut, en y ajoutant parfois des précisions.
Une usurpatrice ou la véritable Pucelle ?
Cette femme serait-elle une usurpatrice ? Les seigneurs de Metz qui ont bien connu la Pucelle durant son épopée n’ont pas douté, pas plus que les deux frères de Jeanne.
Il est vrai que d’autres imitatrices ont existé, comme Jeanne la Féronne, dite la Pucelle du Mans. Celle-ci fut rapidement démasquée, liée au pilori avant d’être emprisonnée pendant sept ans.
Quant à cette Jeanne-Claude qui arrive à Metz en 1436, elle a les mêmes traits physiques que Jeanne la Pucelle, elle parle également par paraboles, manie parfaitement les armes. En outre, elle a la même mémoire des événements. Enfin, à ceux qui douteraient, elle peut montrer ses deux blessures de guerre.
En 1440, une certaine Marie La Feronne se présente à l’évêque du Mans. « Une nouvelle Jeanne d’Arc, en quelque sorte, qui est envoyée à la cour du roi Charles VII. Elle aussi est démasquée. Pour la petite histoire, elle va terminer sa vie comme tenancière de bordel ! »
Avec elle, au moins quatre fausses Jeanne d’Arc sont identifiées dans les 15 ans qui suivent sa mort sur le bûcher de Rouen. Le retour de la jeune femme est souvent jugé crédible : « l’idée est de dire que ce n’était pas elle sur le bûcher. Ou alors qu’elle a bien brûlé mais qu’elle n’est pas vraiment morte car c’est une envoyée de Dieu. Or, Dieu a ressuscité son propre fils. Donc après tout pourquoi pas : Jeanne d’Arc peut bien revenir ! »
Les documents d’Orléans attestant son retour
Comme on l’imagine, la réapparition de Jeanne près de Metz fait l’effet d’une bombe à Orléans. Nous le savons grâce à des documents irrécusables : les livres de comptes de la ville qui vont de 1436 à 1440.
Ainsi, la nouvelle est connue le 25 juillet 1436. Un chevaucheur porte une lettre de Jeanne la Pucelle adressée à Guillaume Bélier, bailli de Troyes. Le frère de Jeanne, Petit Jehan, vient aussi à Orléans le 5 août raconter qu’il a vu Jeanne et qu’elle est bien vivante.
On lui offre un repas de fête. Les compagnons de Jeanne et les personnalités du royaume affluent à Orléans. Le 9 août, Fleur de Lys apporte à la ville une lettre de la Pucelle, celle qui a libéré la ville des Anglais.
Fleur de Lys connaît bien Jeanne puisqu’il était son poursuivant d’armes, sorte d’officier de renseignement. Le 2 septembre, Jeanne adresse une lettre au roi de France. Celui-ci ne crie pas au scandale en recevant une lettre de la Pucelle.
Le 18 octobre 1436, cette fois-ci c’est Cœur de Lys, le héraut d’armes de la ville d’Orléans, qui part en mission. Il rentre après 41 jours d’un voyage harassant. Il racontera sa rencontre avec la Pucelle durant plusieurs jours.
La venue de Jeanne à Orléans en 1439
En 1439, Jeanne arrive enfin à Orléans. Dame Jeanne s’appelle désormais Jeanne des Armoises. On lit sur les livres de comptes : « A Jacquet le Prêtre, le 28ᵉ jour de juillet, pour 10 pintes et chopines de vin présentées à dame Jehanne des Armoises pour ce 14 sols. »
Vin, dîners, soupers sont offerts à Jeanne des Armoises par la ville d’Orléans. La Pucelle rencontre évidemment tous ceux qu’elle a connus pendant le siège.
Il faut croire qu’on lui demande comment elle a pu échapper au bûcher, où et comment elle a vécu pendant tout ce temps. Ajoutons que l’évêque d’Orléans, en 1439, s’appelle Regnault de Chartres, celui-là même qui a présidé la commission de Poitiers et qui a procédé au sacre de Charles VII à Reims.
Ni lui ni les Orléanais ne s’offusquent de la survie de Jeanne. Au contraire, la ville va lui offrir 210 livres tournois « pour le bien qu’elle a fait à la ville pendant le siège ».
| Date | Événement |
|---|---|
| 20 mai 1436 | Jeanne la Pucelle arrive à un rendez-vous organisé avec les seigneurs de Metz. |
| 25 juillet 1436 | La nouvelle de son retour est connue à Orléans. |
| 5 août 1436 | Petit Jehan raconte à Orléans qu’il a vu Jeanne et qu’elle est bien vivante. |
| 9 août 1436 | Fleur de Lys apporte à la ville une lettre de la Pucelle. |
| 18 octobre 1436 | Cœur de Lys part en mission et revient après 41 jours. |
| 1439 | Jeanne des Armoises arrive à Orléans et reçoit l’accueil de la ville. |
| 4 mai 1449 | Jeanne des Armoises aurait trépassé à cette date selon l’épitaphe de Jaulny. |
La vie publique de Jeanne des Armoises
Après avoir guerroyé dans les États du Rhin, puis du côté du Mans aux côtés de son compagnon d’armes Gilles de Rais, Jeanne quitte définitivement la scène publique.
Elle s’installe à Metz, près de l’église Sainte-Ségolène, avec son époux, Robert des Armoises, seigneur de Tichémont. Le couple séjourne en été dans le château de Jaulny, aujourd’hui en Meurthe-et-Moselle, où l’on peut admirer le portrait en médaillon de Jeanne et de Robert.
Ils vont aussi à Pulligny-sur-Madon et à Autrey rendre visite à leurs parents, le seigneur Rodolphe des Armoises. Jeanne a beaucoup d’affection pour le fils, Philippe, qu’elle vient voir souvent depuis Metz et depuis Jaulny, à environ 80 km de là.

Pulligny appartient alors à Jehan et Perrin de Pulligny qui, avec leur frère Gérard IV, érigent vers 1430 une église dans ce village, près de leur château. Jeanne des Armoises aurait participé financièrement à l’achèvement des travaux et exprimé le désir d’y être inhumée aux côtés de son époux.
Tous deux reposent à droite de l’autel si l’on en croit la tradition locale. Jusqu’au début du 20ème siècle, on pouvait encore lire sur une plaque au-dessus de leur tombe : « Ci Gît Haulte et Honorée Dame Jehanne du Lis la Pucelle de France Dame de Tichémont qui fut Fème de Noble Home messire Robert des Hermoises, Chevalier, Seigneur dudit lieu Laquelle Trépassa en l’an Mil CCCC XXXX et VIIII le 4 jour de may. Dieu ait son âme Amen. »
Le portrait de Jaulny et la tombe disparue
L’épitaphe aurait disparu au moment de la canonisation de Jeanne lorsque des émissaires du Vatican, dont Mgr Eugène Tisserant, auraient été chargés d’effacer les traces de la présence de la Pucelle dans cette église.
Les restes de Jeanne auraient été transférés dans un lieu tenu secret. Il faudra attendre le début du 21ᵉ siècle pour qu’un scientifique ukrainien, Sergueï Gorbenko, affirme avoir retrouvé « le crâne et le squelette de Jeanne d’Arc » dans la basilique royale de Cléry-Saint-André, près d’Orléans.
La rumeur au Moyen Âge et les fausses Jeanne
Pendant ses quatre mois de procès pour hérésie, les Anglais font en sorte de ne laisser aucune échappatoire possible. Les cendres de Jeanne d’Arc sont dispersées dans la Seine.
Autant d’éléments qui alimentent la rumeur, un peu de la même manière qu’aujourd’hui, même si les réseaux sociaux accélèrent le rythme. Au Moyen Age, l’information ne se transmet pas de la même manière mais elle circule assez rapidement : par des chansons, par des affiches qui sont placardées et lues publiquement, criées, colportées.
Il y a déjà la formation d’une opinion publique et donc la propagation possible des rumeurs. Avec Jeanne, cette circulation favorise l’apparition de plusieurs femmes affirmant être la Pucelle ou avoir pris sa place.
Les arguments opposés à la théorie de la substitution
L’historienne Colette Beaune a vigoureusement réagi à l’Affaire Jeanne d’Arc. Elle a pointé du doigt les nombreuses erreurs d’interprétation des deux auteurs.
Pour s’en tenir à l’épisode de la mort, la thèse de la substitution apparaît peu crédible. L’exécution de la Pucelle est publique. Rouennais, soldats anglais, membres du clergé assistent à l’exécution.
Aucun témoin de l’événement, parmi une douzaine de témoignages, ne fait part d’un doute quant à l’identité de la condamnée. On a bien des documents qui suggèrent un subterfuge mais ils viennent de personnes absentes de Rouen le 30 mai.
Ces textes révèlent surtout une chose : il est toujours difficile d’accepter que même les héros peuvent mourir. Les précautions prises lors de l’exécution visaient précisément à rendre visible l’identité de la condamnée.
Comment Fut la Mort de Jeanne d'Arc sur le Bûcher à Rouen (1431)
Les théories contemporaines autour de Jeanne d’Arc
Aujourd’hui encore, des théories de type complotiste circulent sur Jeanne d’Arc. Son histoire fascine toujours, et des émissions parlent du mystère de Jeanne d’Arc, de vérités cachées ou de révélations.
Biographies ou romans, l’histoire de Jeanne d’Arc a inspiré plusieurs centaines d’ouvrages. Depuis quelques années, certains passionnés affirment que la bergère de Domrémy n’en était pas une.
Les époux Dehayes sont de ceux qui affirment que la bergère de Domrémy n’en était pas une. Caroline est professeure d’histoire-géographie en lycée. Son mari est titulaire d’un doctorat et d’une agrégation de Lettres et d’un DEA d’histoire.
La thèse n’enlève rien à son rôle militaire majeur, reconnu de tous. Elle continue toutefois de diviser les passionnés de la Pucelle d’Orléans entre ceux qui s’appuient sur les récits de l’exécution et ceux qui voient dans la réapparition de Jeanne des Armoises une preuve de survie.