Critiques et interprétations d’un Bal masqué de Verdi à Toulon et Paris

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Onze ans plus tard, pour cette deuxième reprise - une première eut lieu en 2009 - les rejets et les atouts se sont inversés. Une distribution en bon équilibre trouve pour le rôle de Riccardo le timbre clair et la projection homogène du ténor sarde Piero Pretti, à la diction nette et aux aigus lumineux, alors que Renato, l’ami trompé que chantait Tézier s’éclipse ici dans l’absence de présence et de voix du jeune baryton Simone Piazzola. La direction d’orchestre en revanche peine à donner à ce Verdi flamboyant les couleurs et le souffle qui en font l’incomparable marque de fabrique. Ce sont donc les femmes qui réussissent à hisser le spectacle à un niveau étoilé.

Même si la mezzo Varduhi Abrahamyan n’atteint pas les sommets dans le rôle d’Ulrica, la sorcière voyante pré-diseuse d’avenirs, elle fait entendre une voix au medium lustré et dévoile un jeu nerveux de comédienne. Les deux sopranos, Sondra Radvanovsky en Amelia, l’amoureuse et Nina Minasyan en Oscar, le page, remportent la palme du bien chanter/bien jouer. La première venue du Canada, avec un patronyme fleurant l’est européen, a tout pour séduire, une présence rayonnante, une élégance d’aristocrate, un timbre généreux au legato solide, des graves de braise, des aigus ensoleillés. Avec elle Amelia atteint une sorte de grâce humaine qui touche au cœur et qui émeut. Petite, mince, voltigeuse comme une gamine ou plutôt un gamin, Nina Minasyan compose un page mutin, espiègle et fine mouche.

Toutes trois pigmentent les noirs et blancs des décors de William Orlandi, aigle aux ailes de neige, vautours charbonneux, statue de marbre laiteux. Deflo illustre au premier degré une rivalité amoureuse et laisse en coulisses le sujet politique - l’assassinat de Gustave III de Suède perpétré au cours d’un bal masqué - qui avait été la source d’inspiration de Verdi, obligeant celui-ci, pour cause de censure, à transposer le fait divers dans une Amérique imaginaire. Sa direction d’acteurs reste inexistante, et, pour faire entendre leurs arias, les chanteurs le plus souvent sont campés en bord de scène face au public.

Un bal masqué de Giuseppe Verdi, livret d’Antonio Somma d’après Eugène Scribe. Orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Bertrand de Billy, chef des chœurs José Luis Basso, mise en scène Gilbert Deflo, décors et costumes William Orlandi, lumières José Hourbeigt, chorégraphie Micha van Hoecke. Avec Piero Pretti, Simone Piazzola, Sondra Radvanovsky (et Anja Harteros les 3, 6, 10 février), Varduhi Abrahamyan, Nina Minasyan, Mikhail, Timoshenko, Marko Mimica, Thomas Dear, Vincent Morell, Hyoung-Min Oh. Si le bal masqué semble le lieu par excellence de la fête, ses déguisements et dominos peuvent aussi favoriser les intrigues.

L’opéra de Verdi s’inspire ainsi d’un fait historique réel : l’assassinat du roi de Suède Gustave III, lors d’un bal costumé en 1792. Le bal masqué fait l’objet d’une captation les 5 et 8 février 2026, produite par l’Opéra national de Paris avec le soutien de la Fondation Orange, mécène des retransmissions audiovisuelles de l'Opéra national de Paris. La première Amelia parisienne de la diva russe est l’évènement de cette reprise du chef-d'œuvre de Verdi à Bastille. L’excellent niveau de l’équipe de solistes et des forces musicales n’en illustre pas moins la bonne tenue des soirées de répertoire de l’Opéra.

Distribution de choix pour la quatrième des séries de représentations de la mise en scène de Gilbert Deflo. Très bien entourée, dirigée par une cheffe au geste efficace et sûr, Anna Netrebko embarque le public parisien. Cette production d’Un Bal masqué de Giuseppe Verdi, créée in loco il y a près de vingt ans en 2007 (…), s’avère toujours aussi efficace, signée par les complices de toujours Gilbert Deflo et William Orlandi, et cette fois avec la star russe Anna Netrebko. Le charme opère toujours grâce à une distribution exemplaire et une direction superlative. à la tête de l’orchestre de l’Opéra de Paris Speranza Scappucci qui connaît parfaitement et aime un répertoire qu’elle pratique comme sa langue maternelle, s’en empare à son tour. Son sens du drame, sa fine compréhension créent une véritable osmose avec l’orchestre - lui aussi soucieux de nuances, de subtilité (très belles interventions de flûte, violoncelle, harpe…) de réactivité et d’écoute mutuelle.

… Rompus au bel canto baroque et mozartien, l’ensemble des chanteurs mettent leurs qualités de timbre comme de nuances, de souplesse et de phrasé, au service d’une superbe fusion avec l’orchestre. Sur la scène de Bastille, l’Opéra de Paris présente Un Bal masqué, séduisant dans sa succession de jeux de masques révélant le meilleur de Verdi sous la baguette impérieuse de Speranza Scappucci, dans une mise en scène efficace de Gilbert Deflo. Dans un bal masqué, légèreté et sérieux, insouciance et gravité se côtoient. Le lieu est celui de la fête et du déguisement mais ce qui s’y passe est tragique.

Des vestiaires gratuits sont à votre disposition à l’Opéra Bastille et au Palais Garnier. Retrouvez les univers de l’opéra et du ballet dans les boutiques de l’Opéra national de Paris. L’opéra se donne comme un flash back d’un western à la fois spaghetti et crépusculaire, avec ses conspirateurs en cache-poussière, dont Verdi sort finalement vainqueur. La soprano bulgare Alexandrina Pendatchanska (ou Alex Penda) interprète une Amélia dont les formes multiples d’amour se déclinent avec davantage de vérité d’un acte à l’autre. Habillée comme une veuve noire à l’acte I, la voix un peu en retrait, comme attirée vers le grave de sa tessiture au legato touchant et généreux, elle montre pour l’instant plus de ferveur dans la supplique que dans l’échange amoureux, sauf à la fin du duo avec Riccardo de l’acte II, lorsqu’elle consent à avouer son amour et à perdre de la matière sonore afin de gagner l’aigu.

Elle est plus convaincante encore lorsqu’elle supplie Renato de lui laisser voir son fils une dernière fois, le chant opératique domestiqué se laissant déborder par quelques vrais cris, souffles et pleurs étouffés, comme si ses vraies émotions étaient davantage de mère que d’amante. Elle ne se complait pas dans l’étrangeté grinçante, sinon « colorature », parfois adoptée avec plus ou moins de bonheur par les interprètes de ce rôle. Mais elle parvient à dominer les ensembles, notamment le quintette qui clôt l’acte I avec justesse et précision. Dès l’acte II, elle n’exploite pas non plus l’ambiguïté de son rôle, et expose, avec sa robe blanche à fleurs et ses gracieuses révérences, une identité féminine stylisée.

Le troisième et dernier rôle féminin, celui d’Ulrica, est tenu par la mezzo-contralto d’origine albanaise Enkelejda Shkosa. Ce personnage sombre est, dans cette version, celui d’une vieille chamane indienne, vêtue d’une lourde robe de peau et coiffée d’une plume blanche. Le rôle est peut-être trop « ethnicisé » pour être archétype ou pour s’inscrire dans la filiation évidente des sorcières de Macbeth ou d’Azucena du Trouvère. L’antre de la sorcière tient ici de la réserve indienne. Seule demeure la présence chthonienne d’un fourneau à charbon et d’un lourd chaudron.

Le rôle de Riccardo, tenu par le ténor uruguayen Gaston Rivero, est complexe sur le plan psychologique. Le personnage oscille entre les exigences parfois contradictoires de son personnage public et de son être privé et se doit d’évoluer tout au long de l’intrigue afin de la faire avancer. Dans l’acte I, une certaine lourdeur physique, en partie feinte, aggravée par de lourds vêtements et par un jeu ampoulé, rend peu crédible sa dimension héroïque. Sur la réserve pendant le premier acte, il acquiert progressivement plus de dimension et de relief, notamment lors du duo d’amour avec Amélia dans la seconde scène et peut-être plus encore avec l’arrivée de Renato, son véritable interlocuteur, qui le protège dans le voile de son long manteau. Mais c’est dans l’acte III, habillé d’apparat, à sa place et dans un rôle de maître qui innocente, pardonne et unifie, que son jeu et son chant accèdent aux véritables dimensions du rôle. Renato est le personnage-clé du drame musical : il s’agit d’un homme-double, ami et assassin, dévoué et vengeur, à qui Verdi octroie les pages les plus vocales de la partition. Il est interprété par le baryton uruguayen Dario Solari.

Dès son apparition, à l'Acte I (« Alla vita che t’arride »), il imprime le plateau de sa présence et de sa prestance, impeccablement vêtu d’une sévère tenue de fonctionnaire. Son jeu est d’emblée installé et naturel ; son timbre, soutenu par un souffle serein, est profond et homogène. L’acte II, avec l’accablement, lui donne encore plus de densité corporelle et vocale. Peut-être lui manquerait-il ce léger tremblement intérieur qui préside au doute, avant tout revirement radical. Son grand air est particulièrement applaudi, comme celui, « Eri tu », de l’Acte III.

La distribution masculine se complète de trois rôles secondaires, dans des registres de baryton et de basse. Le rôle de Sylvano est assuré par le baryton français Mikhael Piccone. Tomaso et Samuele, les deux conspirateurs, sont interprétés respectivement par le géorgien Nika Guliashvili et par l’italien Federico Benetti. Ils assurent la transformation ironique du drame en vaudeville. Sa gestique précise et engagée sait obtenir les silences nécessaires à la poussée dramatique implacable de l’œuvre.

Les différentes sections de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon sont solides, notamment celle des cuivres, mais couvrent assez systématiquement les voix dans les tutti des finales. Le Chœur de l’Opéra de Toulon, préparé par Christophe Bernollin, anticipe parfois très légèrement l’orchestre. Souplement intégré à l’action, il reste équilibré en regard de la fosse et des solistes.

Le travail de mise en scène de Nicola Berloffa, de Fabio Cherstich pour les décors, de Marco Giusti pour les lumières et de Valeria Donata Bettella pour les costumes, emprunte aux codes cinématographiques du Western, exploitant en cela la transposition de l’action dans un Boston improbable. Le décor est parfaitement intégré au lieu réel qu’est le théâtre à l’italienne de Toulon, aux couleurs légèrement fanées, comme celles des drapeaux américains qui habillent les scènes présentant le gouverneur en tant que personnage public. La menace, pesante, est rappelée par l’omniprésence d’armes à feu, et par les panneaux colorés rétrécissant la scène.

Analyses visuelles du décor western-boulevardier

Des portiques tendus de tissus rouge servent de cadres mobiles s’ajustant aux personnages selon un ballet géométrique permanent, les présentant frontalement, obliquement, ou côte à côte. Ils accompagnent les changements d’environnement, de la ville aux longues étendues désertiques de l’Ouest américain. Ils contribuent à structurer les encastrements de la scène de bal, tenant davantage d’une scène de foire, avec pantomimes et public indiscipliné. Les costumes marquent les groupes sociaux: édiles, cow-boys, indiens, marins, domestiques hommes et femmes dans leurs livrées respectives.

Gageons que cette première saurait être suivie de deux autres belles et généreuses interprétations. Saviez-vous que vous pouvez, vous aussi, publier toutes vos critiques librement et facilement sur Ôlyrix ? Une fanfare martiale, quelques ponctuations énergiques des cordes et puis, minéral et abrupt, un « Eri tu » déchaîné, sculpté d’une ligne expressive à la pureté inouïe, celle-là même qui fait toute la douloureuse mélancolie d’un « O dolcezza » au phrasé altier.

Dans toute sa scène du troisième acte et dans chacune de ses interventions au cours de l’opéra, Ludovic Tézier est l’incarnation même du chant verdien. Exister et convaincre, en face de cette leçon de chant verdien, n’est pas une mince affaire. Matthew Polenzani, qui assure l’intégralité des représentations en Riccardo, relève le défi. Le timbre n’est pas des plus naturellement charmants et la voix montre quelques signes de fatigue, mais la projection est efficace et les aigus impeccables. Riccardo est ici un souverain écrasé par la pratique du pouvoir, moins charismatique que dominé par son trône, par un Renato marmoréen, et par la tentation de l’amour. Ses adieux à la vie restent un très beau moment de la soirée.

Angela Meade fait avec Amelia ses débuts à l’Opéra de Paris. La soprano déploie un volume sonore impressionnant, avec un timbre métallique et des graves parfois poitrinés, signe d’un investissement volumique important. Peut-être sous le coup du stress, « Morrò, ma prima in grazia » la trouve à court de souffle, ce qui ne s’est pas reproduit par ailleurs. Oscar et Ulrica sont servis par deux interprètes magnifiques: Sara Blanch comme page Oscar, et Elizabeth DeShong en Ulrica, mezzo dont l’extension grave est stupéfiante et naturelle.

Parvenus à leur sixième représentation sur onze, Speranza Scappucci et l’orchestre de l’Opéra national de Paris assurent la réussite de la soirée, avec quelques accrocs éventuels liés à la fatigue ou à la routine. Cette directrice affirme une verdienne experte et inspire, offrant des tempi efficaces, un rubato précis et une phrasing qui convainc le public. Dans cette série, l’arrivée du Renato prometteur d’Ariunbaatar Ganbaatar le 20 février est attendue.

Plan des costumes et mouvements sur scène

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À l’Opéra Bastille, Riccardo est incarné par Matthew Polenzani, Amelia par Anna Netrebko et Angela Meade en alternance. Renato est confié tour à tour à Igor Golovatenko, Ludovic Tézier et Andrii Kymach. La mise en scène sobre et élégante de Gilbert Deflo soutient la musique de Verdi et renforce la tension dramatique. Le Bal masqué déploie un souffle considérable et une mise en scène efficace, illustrant le dilemme entre devoir et passion dans le cadre d’un bal meurtrier.

Vous souhaitez une expérience lyrique haut de gamme ? Choisissez notre formule exclusive, disponible même après la fermeture de la billetterie des billets classiques, proposée par Theatre in Paris grâce à son partenariat officiel avec l’association des Amis de l’Opéra de Paris. La salle Bastille, inaugurée en 1989, est une oeuvre architecturale moderne dessinée par l’Uruguayen Carlos Ott, où chaque siège offre une pleine visibilité et des espaces confortables, témoignant d’une approche acoustique et spatiale flexible adaptée aux spectacles modernes. Des conseils pratiques et le service client sont disponibles pour faciliter votre visite et votre écoute.

Un Bal Masqué de Giuseppe Verdi présenté par Alain Duault

Des informations pratiques: vestiaires gratuits, surtitres visibles de tous les emplacements, arrivée recommandée 45 minutes avant, et procédures en cas de retard de représentation. Des détails sur les plans de salle et les services proposés complètent l’expérience pour les spectateurs internationaux attirés par l’Opéra Bastille.

En somme, cette reprise du Bal masqué à Toulon puis à Paris propose une distribution féminine inspirée et un travail musical collectif soigné, où la direction d’orchestre et la scénographie soutiennent une narration verdienne qui reste profondément humaine et politique à la fois.

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