Le Mariage de Figaro, ou La Folle Journée ou le Mariage de Figaro, est une comédie en cinq actes et en prose écrite par Beaumarchais et représentée à la Comédie-Française en 1784. La pièce appartient principalement au mouvement des Lumières, tout en conservant l’héritage du théâtre classique et de la tradition comique du valet.
À travers les ruses de Figaro, de Suzanne et de la Comtesse contre le Comte Almaviva, Beaumarchais critique les privilèges de la noblesse, les abus de la justice, la domination masculine et la censure. La pièce devient ainsi une satire sociale et politique dont le souffle contestataire annonce, cinq ans avant la Révolution française, l’effondrement de l’Ancien Régime.
Fiche d’identité de l’œuvre
| Élément | Information |
|---|---|
| Auteur | Beaumarchais |
| Titre complet | La Folle Journée ou le Mariage de Figaro |
| Date de représentation | 1784 |
| Genre | Comédie théâtrale |
| Composition | 5 actes en prose |
| Mouvement littéraire | Les Lumières |
| Lieu de l’action | Le château d’Aguas Frescas, près de Séville |
| Durée de l’action | Une seule journée |
| Trilogie | Deuxième volet du Roman de la famille Almaviva |
Le Mariage de Figaro est une pièce de théâtre écrite par Beaumarchais, dont la première s'est tenue à la Comédie-Française en 1784. Elle est le second tome d'une trilogie : elle vient avant La Mère Coupable et après Le Barbier de Séville.
Le Mariage de Figaro est une pièce de théâtre publiée par Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais en 1784. Elle appartient au genre des Lumières.
Beaumarchais, un homme des Lumières
Né Pierre-Augustin Caron (1732 - 1799), Beaumarchais hérite du métier d’horloger de son père et donc de la boutique familiale à Paris, rue Saint Denis. Il va développer un système perfectionné de mécanisme des montres et se faire repérer par le Roi : le voilà nommé horloger de la Cour !
Ce n’est là que le début de son ascension sociale. Il épouse en 1755 une riche veuve qui l’introduit dans la grande société puis il s’achète une charge de secrétaire du roi et accède ainsi à la noblesse : on l’appellera désormais Monsieur de Beaumarchais.
Après deux mariages et deux veuvages, voici Beaumarchais obligé de se battre en justice pour obtenir un héritage de sa seconde femme très fortunée. La justice lui sera défavorable, et surtout le conseiller Goëzman, rapporteur de son affaire, qui restera une de ses cibles privilégiées tout au cours de sa carrière.
Ecarté de la Cour après ce procès défavorable, Beaumarchais doit se faire quelque peu oublier : le voilà alors chargé de missions secrètes à Londres puis en Allemagne. Il rencontrera notamment le fameux et énigmatique Chevalier d’Eon.
Sa disgrâce s’estompe et il revient vite à la vie politique en intervenant en Amérique où a éclaté l’insurrection des colonies anglaises. Il sortira de cet épisode politique avec quelques honneurs et une belle victoire d’un de ses navires, après l’entrée en guerre de la France. Il sera officiellement réhabilité par une décision du nouveau Parlement.
Beaumarchais est un personnage hors du commun. Fils d’un horloger, il s’élève dans la société par son intelligence et ses talents multiples : musicien, inventeur, homme d’affaires, espion, trafiquant d’armes et dramaturge.
Sa vie est aussi rocambolesque que ses pièces : procès, scandales, faillites, exils. Il incarne lui-même le type social qu’il met en scène : un homme du tiers état, brillant et combatif, qui refuse de se soumettre aux privilèges de la naissance.
Une œuvre littéraire variée
Certes, Beaumarchais a avant tout été un homme d’affaires, et il s’est défini lui-même comme « auteur dramatique par amusement ». Mais il laisse une œuvre littéraire importante et variée.
- des mémoires polémiques, et notamment les Mémoires contre Goezman de 1773 à 1774 ;
- des écrits théoriques : L’Essai sur le genre dramatique (1767), La Lettre modérée sur la chute et la critique du Barbier de Séville (1775), la Préface du Mariage de Figaro (1784) ;
- deux articles sur Voltaire et Jésus-Christ (1799) ;
- une correspondance abondante aujourd’hui publiée ;
- six parades écrites entre 1757 et 1763 ;
- trois drames bourgeois : Eugénie (1767), Les Deux amis (1770) et La Mère coupable (1792) ;
- un opéra, Tarare (1787), sur une musique de Salieri ;
- deux comédies : Le Barbier de Séville (1775) et Le Mariage de Figaro (1783).
Sa carrière littéraire avait commencé par un genre plutôt sérieux : Eugénie (1767), mélodrame larmoyant, ne lui attire pas le succès. Et sa préface, Essai sur le genre dramatique sérieux, ne laisse rien présager de ses futures incursions dans la comédie étant donné le mépris qu’il témoigne à ce genre.
Mais pourtant, entre deux missions spéciales à l’étranger, il fait jouer Le Barbier de Séville (1775) qui obtient très vite le succès. On dira alors que « le fils de Molière est trouvé ».
Beaumarchais atteint le sommet de sa carrière avec Le Mariage de Figaro (1784) qui a dû triompher de bien des censures, dont celle de Louis XVI lui-même, avant d’être représentée.
Mais elle gagnera en force et en satire au fur et à mesure de ces contre-temps, pour finalement devenir l’emblème du souffle révolutionnaire qui gagne à cette époque la France.
Le Mariage de Figaro dans la trilogie de Figaro
La trilogie de Figaro comprend trois pièces : Le Barbier de Séville (1775), Le Mariage de Figaro (1784) et La Mère coupable (1792).
Le Mariage de Figaro est la deuxième et la plus célèbre : elle reprend les personnages du Barbier quelques années plus tard.
Beaumarchais a déjà assis son talent dans le monde littéraire avec Le Barbier de Séville, mais cela n’a pas été sans heurt car il lui a fallu procéder à plusieurs réécritures avant de connaître ce succès public.
Le Mariage de Figaro est donc très attendu, on y a même vu « le sixième acte du Barbier » !
À ce moment, Beaumarchais s’est attiré à nouveau les faveurs du Roi en œuvrant pour soutenir la guerre d’indépendance en Amérique. Mais Louis XVI déclare dès 1781 du Mariage de Figaro que « cela ne serait jamais joué ».
Ce sera le début d’une âpre bataille pour l’auteur. Le manuscrit est lu dans les salons et applaudi ; le Roi désigne plusieurs censeurs.
Malgré tout, la comédie sera jouée enfin en 1784 à la Comédie Française et connaîtra un succès franc immédiat.
Le Mariage de Figaro est le deuxième opus d’une trilogie intitulée « Le roman de la famille Almaviva ».
C’est la suite du Barbier de Séville joué en 1775 : Figaro aide le comte à épouser Rosine, qui deviendra la comtesse. Il y parvient et Bartholo devient son rival absolu.
L’Autre Tartuffe ou la mère coupable est la suite, jouée en 1792.
Le contexte historique et littéraire
Le siècle des Lumières
La pièce s’inscrit au plus fort du siècle des Lumières et Beaumarchais est bien un homme de son temps.
Le XVIIIe siècle bénéficie du siècle précédent qui est marqué par l’avènement de la raison et le culte de la liberté.
Les philosophes des Lumières ont sapé les fondements intellectuels de l’Ancien Régime.
L’Ancien Régime restait cependant très dépendant de l’Eglise et les censeurs avaient encore un poids certain sur les publications. Aucun livre ne pouvait être publié sans « le privilège du Roi ».
La France pré-révolutionnaire est structurée en trois ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état.
La noblesse détient des privilèges considérables : exemptions fiscales, accès exclusif aux charges militaires et judiciaires, autorité sur les paysans.
Mais ces privilèges sont de plus en plus contestés par une bourgeoisie montante, cultivée, riche, qui revendique l’égalité des droits.
La pièce de Beaumarchais donne à cette contestation une forme théâtrale : un valet, représentant le peuple, qui affronte et bat son maître, représentant la noblesse.
Le théâtre au XVIIIe siècle
Le théâtre est le miroir de la société en mutation : la Comédie Française accueille les genres nobles, l’Opéra les œuvres lyriques et la danse, l’Opéra-Comique les Comédiens-Italiens et le théâtre de la Foire les truculentes « parades » jouées par les forains.
Après un siècle voué au culte de la forme et à la tragédie, le XVIIIe siècle voit exploser les formes les plus variées en littérature et même dans le domaine du théâtre.
Et la forme qui sortira vainqueur de cette variété sera le drame : plus près des aspirations bourgeoises du siècle, le drame mêle sentiments, morale et réalisme de la vie quotidienne.
Au XVIIIe siècle, le théâtre évolue. Le modèle classique de Molière et Racine, fondé sur les alexandrins, les trois unités strictes et la bienséance, est assoupli.
Le drame bourgeois, notamment chez Diderot, mêle comédie et émotion.
Beaumarchais s’inscrit dans cette évolution : Le Mariage de Figaro est une comédie en prose, d’une complexité dramatique inouïe, qui mêle le rire, la satire politique et des moments de vraie émotion.
Pourquoi rattacher la pièce aux Lumières ?
Le Mariage de Figaro appartient principalement au mouvement des Lumières parce qu’il valorise la raison, la liberté, l’esprit critique et le mérite individuel.
À travers le personnage de Figaro, Beaumarchais défend l’idée qu’un homme ne doit pas être jugé selon sa naissance, mais selon ses capacités, son travail et son intelligence.
Le Comte Almaviva n’est supérieur à Figaro que par le hasard de la naissance - pas par le mérite, l’intelligence ni la vertu.
Figaro le dit dans son monologue : « Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. »
Cette phrase résume la critique des Lumières contre l’aristocratie : la noblesse ne repose sur aucun mérite personnel, seulement sur un accident de naissance.
Cinq ans avant la Révolution, cette idée a une force subversive considérable.
Le Mariage de Figaro est un hymne à la liberté.
À travers le personnage de Figaro, Beaumarchais valorise les itinéraires de vie sinueux et indéterminés qui caractérisent la liberté et le choix.
Le monologue de Figaro à l’acte V critique la censure et défend l’esprit critique et la liberté de blâmer : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ».
Résumé de la pièce
Beaumarchais a lui-même fait un résumé de sa pièce : « La plus badine des intrigues. Un grand seigneur espagnol, amoureux d’une jeune fille qu’il veut séduire, et les efforts que cette fiancée, celui qu’elle doit épouser et la femme du seigneur réunissent pour faire échouer dans son dessein un maître absolu que son rang, sa fortune et sa prodigalité rendent tout puissant pour l’accomplir. Voilà tout, rien de plus. La pièce est sous vos yeux. »
L’histoire se déroule dans le château du comte Almaviva, en Espagne, quelques années après les événements du Barbier de Séville, premier volet de la trilogie Le Roman de la famille Almaviva.
La pièce débute avec l’annonce du mariage de Figaro et Suzanne, respectivement valet de chambre du comte et première camériste de la comtesse.
Le comte Almaviva cherche à exercer son droit de cuissage sur Suzanne.
Cependant, les fiancés s'allient avec la comtesse pour déjouer les machinations du comte, et une série de quiproquos, de déguisements et d’intrigues comiques s’ensuivent.
Résumé acte par acte
Acte I : les préparatifs du mariage et les premières menaces
Figaro, serviteur du Comte Almaviva, a contracté des dettes auprès de Marceline à qui il a promis le mariage s’il ne parvenait à la rembourser.
Mais il est sur le point d’épouser Suzanne, la camériste de la Comtesse.
Le Comte, de son côté, tente de rétablir le droit de cuissage pour profiter de la jolie Suzanne qui n’entend pas se laisser faire.
L’action se déroule le jour des noces de Figaro et Suzanne. Ce qui est en jeu est le maintien du mariage.
Quand s’ouvre la scène d’exposition, tout va bien dans le meilleur des mondes. Le comte a filé aux amoureux une des plus belles chambres du palais.
Figaro et Suzanne découvrent cependant que la chambre se trouve entre les appartements du Comte et de la Comtesse.
Suzanne refuse de s’y installer : le Comte pourrait s’y introduire facilement pour la séduire.
Le Comte Almaviva, qui a des vues sur Suzanne, lui demande un rendez-vous pour faire d’elle sa maîtresse.
Figaro tente de son côté de faire promettre au Comte de renoncer à Suzanne.
Le droit de cuissage est une pratique en théorie abolie par laquelle le seigneur pouvait avoir des relations sexuelles avec la femme d’un vassal pendant la nuit de leurs noces.
Figaro rappelle que le Comte avait aboli ce droit honteux lorsqu’il s’était marié, mais qu’il veut désormais le racheter secrètement.
Parallèlement, Marceline, une ancienne gouvernante, menace de faire annuler le mariage : elle possède une promesse de mariage signée par Figaro en échange d’un prêt d’argent.
Si Figaro ne la rembourse pas, il devra l’épouser à la place de Suzanne.
Le Comte soutient secrètement Marceline, car si Figaro épouse Marceline, Suzanne sera libre et disponible pour lui.
Dans la scène 4, Marceline et Bartholo, anciens amants, se parlent à nouveau.
Ce dernier est très hostile à Figaro depuis Le Barbier de Séville et veut se venger en aidant Marceline à l’épouser.
Une troisième intrigue apparaît avec Chérubin, un jeune page amoureux de la Comtesse.
Chérubin est amoureux de toutes les femmes à la fois, et en particulier de la Comtesse.
Déjà surpris chez Fanchette par le Comte, il va draguer Suzanne puis lui vole un ruban qui appartient à la Comtesse.
Le Comte, jaloux, s’en sert pour rompre le mariage de Suzanne et Figaro en l’accusant de tromperie.
Acte II : les stratagèmes de Figaro, de Suzanne et de la Comtesse
Suzanne et la Comtesse s’allient pour déjouer les ruses du Comte.
La Comtesse, délaissée par son mari, pleure sur son amour perdu.
Figaro lui propose un stratagème double : envoyer au Comte un billet anonyme l’avertissant que la Comtesse a un amant, pour éveiller sa jalousie et le détourner de Suzanne, et faire paraître Chérubin déguisé en femme à un rendez-vous, pour que le Comte soit pris en flagrant délit de galanterie.
La scène de l’habillage de Chérubin en fille est l’un des moments les plus célèbres de la pièce : troublant, comique et érotique, il joue sur les ambiguïtés du déguisement et du désir.
Chérubin, déguisé en femme, est missionné pour coincer le Comte.
Dans les appartements de la Comtesse, il doit se cacher dans le cabinet de toilette quand le Comte entre.
Chérubin, en jupons, chante une romance à la Comtesse.
Le Comte arrive brusquement. Chérubin se cache dans un cabinet.
Le Comte, soupçonneux, veut ouvrir le cabinet. La Comtesse refuse.
Quand le Comte part chercher un outil pour forcer la porte, Chérubin saute par la fenêtre et Suzanne prend sa place dans le cabinet.
Le Comte revient, ouvre et trouve Suzanne.
La Comtesse ne le sait pas et dit à son mari que c’est Chérubin.
La crise est évitée de justesse, mais les soupçons du Comte restent vifs.
Le Comte découvre finalement que Suzanne se trouve derrière la porte et elle avoue tout : la lettre vient de Figaro.
Pour couronner le tout, Marceline s’en mêle et remet sur le tapis son mariage avec Figaro.
Sans compter Bazile qui se ramène pour demander à épouser Marceline.
Le Comte organise une audience au tribunal pour faire annuler le mariage de Figaro et Suzanne.
Acte III : le procès et la reconnaissance familiale
Le Comte veut se venger de Suzanne qui refuse ses avances en favorisant Marceline dans l’exécution de la dette de Figaro.
Il veut donc l’obliger à épouser celle-ci.
L’acte III est centré sur le procès de Figaro.
Marceline réclame devant le juge Brid’oison que Figaro l’épouse conformément à sa promesse.
Le juge Brid’oison est bègue et incompétent, ce qui permet une satire de la justice.
Le Comte, en tant que seigneur, préside le tribunal et juge en faveur de Marceline, par intérêt personnel.
Figaro se moque complètement du Comte, faisant semblant de ne rien savoir de ses vues sur Suzanne.
La femme de chambre laisse ensuite croire au Comte qu’elle accepte son rendez-vous à la tombée de la nuit.
L’affaire entre Figaro et Marceline est jugée.
Mais c’est alors que Marceline découvre qu’elle est la mère de Figaro.
On découvre une marque sur le bras : Figaro est le fils de Marceline et Bartholo.
Marceline ne peut donc pas épouser Figaro : c’est sa mère.
Bartholo, le médecin du Barbier de Séville, s’avère être le père de Figaro.
La reconnaissance familiale est un moment de farce et d’émotion mêlées.
Suzanne et la Comtesse élaborent un nouveau stratagème : la Comtesse écrira au Comte un billet lui donnant rendez-vous le soir dans le jardin, mais c’est Suzanne déguisée en Comtesse qui viendra, et inversement.
Acte IV : la fête et la préparation du piège
Afin de le remettre dans le chemin de la fidélité, Suzanne et la Comtesse complotent un rendez-vous nocturne pour surprendre le Comte en flagrant délit et l’amener à avouer sa faute.
L’acte IV prépare le dénouement.
La fête du mariage de Figaro et Suzanne se met en place.
La Comtesse dicte à Suzanne un nouveau billet pour donner rendez-vous au Comte, mais Figaro interdit à Suzanne d’y aller.
La Comtesse ira donc à sa place.
Le billet est donné par Suzanne au moment de la cérémonie.
Sauf que Figaro découvre la lettre et est persuadé qu’elle le trompe.
Une incompréhension entre les acteurs de la ruse manque de la faire à nouveau échouer.
Acte V : les déguisements, les quiproquos et le dénouement
Figaro est averti de ce rendez-vous mais avec imprécision, et il pense réellement que sa future épouse s’apprête à succomber aux avances du Comte.
Il se rend aussi sur le lieu du rendez-vous, ce qui donne lieu à une série de quiproquos puis de reconnaissances.
Figaro est dans le jardin pour épier le rendez-vous entre Suzanne et le Comte.
La Comtesse se déguise en Suzanne, et Suzanne en Comtesse.
La Comtesse attend le Comte dans le pavillon qu’il lui a désigné, là où elle doit le coincer.
Le Comte fait la cour à celle qu’il croit être Suzanne, mais c’est en réalité sa propre femme.
Figaro, qui finit par comprendre la supercherie, joue le jeu et fait semblant de courtiser la Comtesse, qui est en réalité Suzanne.
Le Comte finit par croire que c’est lui-même qui est trompé.
Les quiproquos se multiplient dans l’obscurité.
Figaro lui fait croire que la Comtesse attend Chérubin dans un pavillon.
Mais ce sont tour à tour Fanchette et Marceline qui sortent du pavillon.
Le Comte ne comprend rien avant que la Comtesse sorte du deuxième pavillon.
Finalement, le Comte est démasqué devant toute l’assemblée : il a fait la cour à sa propre épouse en la prenant pour Suzanne.
Tout honteux, le Comte demande pardon à son épouse.
Il implore la Comtesse de lui pardonner et de l’aimer encore.
La Comtesse pardonne, avec une noblesse qui contraste avec la bassesse du Comte.
Suzanne et Figaro peuvent enfin se marier.
Le dénouement se déroule en chansons et danses.
La pièce se clôt sur des vaudevilles, c’est-à-dire des couplets chantés.
Les principaux personnages
| Personnage | Rôle | Fonction dramatique |
|---|---|---|
| Figaro | Valet du Comte, ancien barbier de Séville | Le héros populaire, intelligent, combatif et porte-parole de la critique sociale |
| Suzanne | Femme de chambre de la Comtesse | L’héroïne lucide, qui comprend tout et orchestre le piège final |
| Le Comte Almaviva | Grand seigneur d’Andalousie | L’antagoniste libertin et autoritaire qui abuse de ses privilèges |
| La Comtesse Rosine | Épouse du Comte | La femme délaissée qui retrouve sa dignité et son pouvoir |
| Chérubin | Page adolescent | L’incarnation du désir naissant, troublant et comique |
| Marceline | Ancienne gouvernante, mère de Figaro | D’adversaire à alliée, elle prononce un plaidoyer féministe |
| Bartholo | Médecin, père de Figaro | Le personnage du Barbier de Séville, devenu secondaire |
| Bazile | Maître de musique | L’intrigant opportuniste au service du Comte |
| Brid’oison | Juge | La satire d’une justice bègue et incompétente |
| Antonio | Jardinier, oncle de Suzanne | Le bon sens paysan |
Le Comte Almaviva est Grand d’Espagne et Grand Corregidor de Justice d’Andalousie. L’intrigue se situe dans son palais près de Séville.
Il se croit tout permis, drague la fiancée de Figaro et tente de faire échouer le mariage.
La Comtesse est l’épouse du Comte mais, trop occupé à séduire Suzanne, celui-ci la néglige presque entièrement.
Pour se venger, elle aide Figaro et Suzanne à maintenir leur mariage.
Figaro est le personnage principal. Concierge du château, il n’attend qu’une chose : épouser Suzanne.
Suzanne est la première femme de chambre de la Comtesse et la fiancée de Figaro.
Marceline est la gouvernante du château. Elle est en fait la mère de Figaro.
Chérubin est le premier écuyer du Comte. Comme lui, Chérubin représente un noble libertin.
Le mouvement littéraire : les Lumières
La raison contre les privilèges
La raison, ou plutôt l’entendement, est au cœur de la pièce.
La ruse, et donc la raison, finissent par triompher sur l’ordre établi.
C’est par l’ironie, le langage et l’esprit que Figaro se joue le plus du Comte.
La valeur du travail est mise sur le devant de la scène par rapport à la paresse de l’aristocratie.
Figaro est un valet qui cherche à s’émanciper de sa condition dans un système monarchique vieillissant.
À travers lui, Beaumarchais montre que le peuple porte des revendications sociales et va être amené à devenir une force politique.
La critique de la noblesse
Beaumarchais fait une peinture critique de la noblesse à travers le personnage du Comte Almaviva.
Personnage séducteur, égoïste, jaloux et tyrannique, le Comte Almaviva permet à Beaumarchais de montrer l’immoralité de l’aristocratie à la veille de la Révolution.
Il s’agit d’une classe sociale décadente et corrompue.
Le Comte incarne le libertin, mais aussi le noble colérique, violent et orgueilleux qui, de manière générale, n’a aucune autorité sans son argent.
Le Comte Almaviva a plutôt une valeur allégorique : il incarne une classe sociale dont le pouvoir repose essentiellement sur la naissance et la fortune.
La Comtesse reste toutefois une incarnation de l’élégance et de la finesse aristocratique.
Le valet contre le maître
Le valet est un personnage qui s’inscrit dans une longue tradition comique qui remonte à la commedia dell’arte italienne puis à Molière et Marivaux.
Les valets malicieux bousculent les hiérarchies en place.
Dans Le Mariage de Figaro, le Comte tutoie Figaro qui en échange le vouvoie.
S’établit ainsi la hiérarchie attendue entre deux personnages de statut social différent.
Le langage est un marqueur social et le « tu » est la marque du valet.
Tout comme les valets de Molière et de Marivaux, Figaro est habile, rusé et plein de gaieté.
Il joue des tours à son maître comme le Scapin de Molière.
Mais le valet de Beaumarchais se démarque de ses prédécesseurs : c’est un meneur qui se montre plus intelligent et habile que son maître.
Il incarne l’esprit des Lumières, avide de liberté, de tolérance et de justice.
Tout d’abord, il ne sert plus son maître.
Le Comte lui-même remarque une évolution chez son valet : « Autrefois tu me disais tout… »
En effet, on ne voit jamais Figaro en situation de rendre service à son maître.
Il n’adopte pas la position attendue d’un valet.
Figaro prend des initiatives et domine par le langage.
Il manie l’ironie à la perfection : « Me feriez-vous un crime de refuser une vieille fille, quand Votre Excellence se permet de nous souffler toutes les jeunes ? »
Figaro a l’intelligence, l’ironie et l’efficacité qui manquent à ses prédécesseurs comme Sganarelle chez Molière ou Arlequin chez Marivaux.
Figaro, une figure picaresque
La figure de Figaro est inspirée de celle du héros picaresque.
Le picaro est le personnage principal de romans de style autobiographique écrits au XVIe siècle en Espagne.
De classe sociale très modeste, il parvient par la ruse à s’élever dans la société, au gré d’aventures incroyables le confrontant à tous les vices possibles.
Il incarne l’idéal d’ascension sociale, d’esprit et de liberté.
Le parcours de Figaro lui-même montre la possibilité d’une ascension sociale et donc que les ordres qui structurent l’Ancien Régime ne sont pas figés.
C’est la figure du picaro poussée à son extrême.
Parti de rien, il finit fils de médecin.
Son parcours picaresque dévoile une énergie extraordinaire pour s’extraire de sa condition.
Il sait être véhément et porte des revendications sociales : « Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs, pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes ».
Cette volonté d’émancipation est emblématique des Lumières.
Les grands thèmes de la pièce
La critique des privilèges de naissance
Le thème le plus explosif de la pièce est la contestation des privilèges de naissance.
Le Comte Almaviva n’est supérieur à Figaro que par le hasard de la naissance - pas par le mérite, l’intelligence ni la vertu.
Cette critique remet en cause la hiérarchie sociale de l’Ancien Régime.
Le pouvoir aristocratique est présenté comme un pouvoir hérité, et non comme la récompense d’un mérite personnel.
Dans l’affrontement entre le maître et le valet, le privilège social se trouve confronté à l’intelligence pratique et à l’esprit critique.
Le droit du seigneur et l’abus de pouvoir
Le droit de cuissage est le moteur de l’intrigue.
Le droit de cuissage est une pratique en théorie abolie par laquelle le seigneur pouvait avoir des relations sexuelles avec la femme d’un vassal pendant la nuit de leurs noces.
Que ce droit ait réellement existé ou non est débattu par les historiens, mais Beaumarchais en fait le symbole de l’abus de pouvoir aristocratique.
Le Comte a publiquement aboli ce droit pour séduire Rosine dans Le Barbier de Séville, mais il tente secrètement de le rétablir à son profit.
L’hypocrisie est totale : il prône l’égalité en public et pratique la domination en privé.
Figaro rappelle à plusieurs reprises au Comte que le droit de cuissage, symbole de l’oppression exercée sur les faibles par les plus riches, est « honteux ».
La condition des femmes
La pièce donne une place remarquable aux personnages féminins.
Suzanne est la plus intelligente de tous les personnages : c’est elle qui voit clair, qui organise le piège et qui déjoue les plans du Comte.
Suzanne refuse de dormir là où le Comte lui a demandé et prend à plusieurs reprises les devants sur Figaro pour rejeter la condition de servitude dans laquelle le couple est cantonné.
La Comtesse, malgré sa mélancolie, retrouve sa dignité et son pouvoir au dénouement.
Suzanne et la Comtesse parviennent, grâce à une forme de solidarité féminine qui transcende les classes sociales, à déjouer la tyrannie que le Comte exerce sur elles.
Marceline prononce un véritable plaidoyer féministe dans la scène 16 de l’acte III.
Elle dénonce la domination masculine, la double morale qui condamne les femmes séduites et excuse les hommes séducteurs, et l’injustice d’une société qui traite les femmes en propriétés.
Elle dénonce l’asservissement des femmes dans la société du XVIIIe siècle : « traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes ! »
Ce discours est d’une modernité saisissante pour 1784.
La justice et ses abus
Le procès de l’acte III est une satire féroce de la justice.
Beaumarchais, qui avait lui-même mené de nombreux procès, connaissait les dysfonctionnements de la justice de l’Ancien Régime et les met en scène avec une précision corrosive.
Le juge Brid’oison est bègue et incompétent.
Il juge « à la forme », selon les procédures, sans se soucier du fond, c’est-à-dire de la vérité.
Le Comte, qui préside le tribunal, juge en fonction de ses intérêts personnels.
Changeante, instable et incompétente, la justice ne rend pas le droit dans le système monarchique dénoncé par Beaumarchais.
Le mariage et l’amour
La pièce oppose deux conceptions du couple.
Le mariage du Comte et de la Comtesse est un mariage aristocratique fondé sur l’intérêt et miné par l’infidélité : le Comte ne respecte pas sa femme.
Le mariage de Figaro et Suzanne est un mariage d’amour entre égaux, fondé sur la confiance mutuelle et l’intelligence partagée.
Beaumarchais suggère que l’amour vrai est plus fort chez les serviteurs que chez les maîtres.
Cette inversion sociale renforce la critique politique.
La tromperie au service de la vérité
Le Mariage de Figaro est une compilation joyeuse de ruses, de tromperies et d’intrigues parfois inextricables où les trompeurs deviennent les trompés et vice versa.
La tromperie a une double fonction.
Tout d’abord, elle fait naître des situations comiques : quiproquos, personnages cachés et répliques à double sens.
Mais la tromperie permet aussi de faire émerger la vérité.
Le Comte, piégé par Suzanne et la Comtesse, demande ainsi pardon à sa femme.
L’identité et le mérite
Figaro est un personnage en quête d’identité.
Enfant trouvé, il ne connaît ni ses parents ni ses origines.
Son monologue de l’acte V retrace le parcours d’un homme qui s’est fait lui-même : barbier, chirurgien, auteur et homme à tout faire.
Il a réussi par son mérite, pas par sa naissance.
La reconnaissance finale, lorsque Marceline est reconnue comme sa mère et Bartholo comme son père, lui donne une identité familiale.
Mais c’est presque accessoire : ce qui définit Figaro, c’est ce qu’il a fait, pas d’où il vient.
Une comédie originale
Le duo maître-valet revisité
Contrairement aux farces habituelles, ce serviteur ne fait pas que ruser dans le dos des riches, il fait porter sa voix pour défendre ses intérêts : à savoir celui d’un mariage paisible avec sa bien-aimée.
Suzanne refuse de dormir là où le Comte lui a demandé.
Figaro rappelle à plusieurs reprises au Comte que le droit de cuissage est honteux.
Le valet ne se contente donc plus d’être un personnage comique destiné à divertir les spectateurs.
Il devient un personnage social et politique qui revendique le droit de décider de sa vie.
Une mécanique dramatique virtuose
Le Mariage de Figaro est l’une des pièces les plus complexes du théâtre français par sa construction.
Cinq actes, plus de soixante scènes, une dizaine de personnages principaux et des intrigues imbriquées les unes dans les autres se déroulent en une seule journée.
Beaumarchais mène de front l’intrigue amoureuse de Figaro et Suzanne, l’intrigue politique du valet contre le maître, l’intrigue judiciaire du procès de Marceline, l’intrigue sentimentale de la Comtesse et Chérubin et l’intrigue de reconnaissance de Figaro.
Cette complexité dramatique donne à la pièce un rythme effréné qui justifie son sous-titre : « La Folle Journée ».
La prose au service de la vivacité
Contrairement aux comédies de Molière, écrites en vers, Le Mariage de Figaro est écrit en prose.
Ce choix donne aux dialogues une vivacité et un naturel que les alexandrins ne permettent pas.
Les répliques de Figaro sont courtes, percutantes, souvent construites sur des mots d’esprit et des formules frappantes.
Le monologue de l’acte V adopte, en revanche, un rythme tout différent : ample, réflexif et presque lyrique.
Cette variété de tons est l’une des forces de l’écriture de Beaumarchais.
Les différents procédés comiques
L’écriture de Beaumarchais joue sur le registre comique avec une pièce au rythme soutenu où s’enchaînent péripéties, quiproquos et renversements de situation.
Beaumarchais joue de toutes les formes de comique : comique de situation, de caractère et de langage dans une pièce à bon droit sous-titrée « La Folle Journée ».
Les déguisements, les personnages cachés, les déplacements rapides, les apartés et les erreurs d’identification multiplient les effets comiques.
La tromperie produit ainsi des situations où les personnages ne savent pas ce que le public comprend déjà.
Le Comte, qui souhaite contrôler les autres, devient finalement la victime des intrigues qu’il croyait pouvoir diriger.
Le monologue de Figaro et la liberté de blâmer
Figaro, convaincu que Suzanne le trompe avec le Comte, prononce son célèbre monologue de l’acte V, scène 3.
Le monologue de Figaro de l’acte V marque une pause dans la progression de l’intrigue théâtrale.
Cette digression autobiographique introduit aussi une rupture dans l’écriture de la comédie, tant par sa longueur que par son registre.
Le valet est ici à l’épreuve du tourment : persuadé que Suzanne lui est infidèle, il se lamente et s’interroge sur sa propre vie.
Il retrace son parcours d’homme qui s’est fait lui-même et dénonce les privilèges de la noblesse.
Il critique également la censure et défend l’esprit critique ainsi que la liberté de blâmer.
Le monologue devient donc à la fois une scène de crise sentimentale, une autobiographie et un discours politique.
« Parce que vous êtes grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie ! »
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. »
Les formules de Figaro ont la force de maximes et donnent à la comédie une portée philosophique.
Une pièce entre classicisme, comédie et drame bourgeois
Le Mariage de Figaro conserve plusieurs éléments hérités du théâtre classique.
La pièce respecte l’unité de temps puisque toute l’action se déroule en une seule journée.
Le titre complet, La Folle Journée ou le Mariage de Figaro, rappelle l’unité de temps chère au théâtre classique.
La pièce conserve également une construction en cinq actes et une intrigue fondée sur la progression dramatique.
Elle s’éloigne toutefois du classicisme par son écriture en prose, sa multiplication des scènes, son mélange des registres et sa critique directe de la société contemporaine.
La comédie est mêlée au genre du drame bourgeois.
Plutôt que de simples types de personnages, ce sont les classes sociales qui s’affrontent jusqu’à remettre en cause les privilèges de la noblesse.
Le Mariage de Figaro est une comédie pleine de gaieté et de rebondissements, au rythme endiablé, qui fait de Beaumarchais le digne héritier de Molière.
Mais Beaumarchais associe à sa pièce une satire audacieuse de la justice, de la censure et des privilèges de l’Ancien Régime.
En cela, il incarne l’esprit des Lumières.
Figaro, le valet qui triomphe de son maître, devient un type littéraire dont les revendications sociales annoncent pour certains la Révolution française.
La portée politique du dénouement
Le dénouement est une inversion du pouvoir : ce sont le valet, Figaro, et les femmes, Suzanne et la Comtesse, qui manipulent le maître et le contraignent à la honte publique.
Le seigneur est vaincu par ses inférieurs.
Le Comte, qui croyait pouvoir disposer des femmes et imposer sa volonté à ses serviteurs, est finalement pris à son propre piège.
Il doit demander publiquement pardon à la Comtesse.
La victoire de Figaro et Suzanne ne repose pas sur la violence, mais sur l’intelligence, la solidarité, la parole et la maîtrise de la ruse.
Le dénouement transforme donc la comédie matrimoniale en critique de l’ordre social.
La pièce ne renverse pas encore officiellement la société, mais elle montre sur scène un valet et deux femmes capables de vaincre un grand seigneur.
C’est ce message qui donne à l’œuvre sa force révolutionnaire.
