La polémique vient d’une modification opérée par Jean-Pierre Jeunet lors de l’adaptation du roman de Sébastien Japrisot : un personnage secondaire, Ange Bassignano, né à Marseille dans le livre, devient Corse dans le film et est présenté comme un soldat veule, lâche et sournois. Cette transformation a été perçue par plusieurs associations corses comme une atteinte à l’image et à la mémoire du peuple corse.
Dans l’une des scènes du film, on peut voir le soldat condamné à mort tenter de se rendre aux Allemands en criant : « Je ne suis pas Français, je suis Corse, moi ». Cinq associations corses ont dénoncé hier l’image de l’île véhiculée par le dernier film de Jean-Pierre Jeunet, Un Long dimanche de fiançailles.
Une modification absente du roman de Sébastien Japrisot
Selon elles, l’insertion dans l’histoire d’un soldat corse « d’une abjecte couardise », absent du roman de Sébastien Japrisot dont est tiré le film, revient à « cracher » sur le peuple corse. Les associations rappellent que dans l’oeuvre originale, le personnage en question, Ange Bassignano, est « né à Marseille, parmi les émigrés italiens de la Belle de Mai ».
Un personnage secondaire du roman originaire de Marseille est devenu Corse pour l’adaptation de Jeunet. Il y est représenté lâche et sournois, ce qui n'a pas plu à une certaine partie de la communauté corse.
Au départ, le soldat en question devait être un Marseillais, mais Jean-Pierre Jeunet a finalement choisi d’en faire un Corse, parce qu’il voulait à tout prix filmer la beauté de l’île. Jean-Pierre Jeunet a justifié son choix par son envie de filmer les paysages corses.
La scène qui a déclenché la controverse
Cette séquence a suscité la polémique sur l’île de Beauté, d’autant plus que le personnage était veule, lâche et sournois. En criant « Je ne suis pas Français, je suis Corse, moi », le soldat cherche à échapper à son sort en se présentant comme différent des autres militaires français.
Par ailleurs, étant donné que beaucoup de Corses se sont portés volontaires pour servir dans l’armée française durant la Première Guerre mondiale, cette phrase portait ainsi préjudice à leur mémoire. Pour beaucoup, cette modification a porté atteinte à la mémoire de ceux qui se sont battus au sein de l’armée française pendant la Première Guerre Mondiale.
La polémique ne portait donc pas uniquement sur le caractère négatif d’un personnage de fiction. Elle concernait aussi le lien établi entre la lâcheté du soldat et son identité corse, ainsi que le contraste avec l’engagement de nombreux Corses dans l’armée française pendant le conflit.
La réponse de Jean-Pierre Jeunet
Jeunet a répondu qu’il ne voulait « surtout pas blesser les Corses », ajoutant : « Je suis conscient que c’est un peu un cliché mais c’est seulement de l’humour. » Le réalisateur a ainsi présenté ce choix comme un ressort comique et non comme une volonté de dénigrer la population corse.
Cette explication n’a toutefois pas empêché la contestation. À la suite de cette affaire, le film a été retiré des salles de cinéma en Corse. Le film s'est vu retirer de certaines salles corses.

Un film historique entre guerre et quête amoureuse
Le samedi 6 janvier 1917, cinq soldats condamnés à mort sont conduits dans une tranchée sur le front de la Somme. Le premier, Bastoche, porte à ses pieds des bottes prises à un allemand.
Jadis, menuisier à la Bastille, il en pinçait pour une jolie rousse qui s’appelait Véronique Passavant. En se défendant contre les rats, il s’était blessé mais était passé en conseil de guerre pour mutilation volontaire.
Six-Soux était soudeur aux chemins de fer de l'État à Bagneux. Antimilitariste parce qu’anticapitaliste, il s’était volontairement brûlé la main au canon d’une mitrailleuse en action.
Benoît Notre Dame, un paysan de la Dordogne, avait tué un capitaine fou qui mutilait les morts. Découragé, il s’était aussi mutilé volontairement.
Ange Bassignano, un Corse roublard et proxénète, était fou de sa gagneuse, Tina Lombardi. Il s’était mutilé, tout comme le jeune Manech, 19 ans, amoureux fou de sa Mathilde, laissée en Bretagne.
Conduits dans les tranchés, les cinq condamnés espèrent encore la grâce du président Poincaré. À la fin de la guerre, en Bretagne, Mathilde a reçu l’avis de décès de Manech.
En 1919, Mathilde a 19 ans. Deux ans plus tôt, son fiancé Manech est parti sur le front de la Somme. Comme des millions d'autres, il est « mort au champ d'honneur ». C'est écrit noir sur blanc sur l'avis officiel.
Pourtant, Mathilde refuse d'admettre cette évidence. Si Manech était mort, elle le saurait. Elle se raccroche à son intuition comme au dernier fil ténu qui la relierait encore à son amant.
Comme elle a lutté contre la polio qui l'a rendue boiteuse, jamais Mathilde ne se décourage. En juin 1920, un homme malade à l'hôpital de Rennes veut la voir.
Cet ancien sergent a beau lui raconter que Manech est mort sur le no man's land d'une tranchée nommée Bingo Crépuscule, en compagnie de quatre autres condamnés à mort pour mutilation volontaire, rien n'y fait, Mathilde va mener l’enquête.
Elle est toujours animée par le rappel constant de ce que son fiancé avait gravé dans l'une des cloches de l'église près de leur maison, MMM pour Manech Aime Mathilde. Avec l'aide d'un enquêteur privé, tente de découvrir ce qui est arrivé à son fiancé.
Finalement, Mathilde découvre que son fiancé est vivant, mais il souffre d'amnésie. En voyant Mathilde, Manech semble l'avoir oubliée.
Comme la première fois où il l'avait vu, à dix ans, il lui demande si sa jambe ne lui fait pas mal. Mathilde ne perd pas espoir.
Elle s'assoit sur sa chaise de jardin et regarde en silence Manech les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres.
Le rôle d’Ange Bassignano dans le récit
Il faudra en effet à Mathilde découvrir l'histoire des quatre autres soldats condamnés et d'un ou deux de leurs proches pour résoudre le puzzle qui lui ramènera son Manech, pur comme s'il avait dix ans, des atrocités de la guerre.
Le personnage d’Ange Bassignano fait partie de cette enquête progressive. Mathilde doit reconstituer, témoignage après témoignage, le destin des condamnés de Bingo Crépuscule et de ceux qui les ont connus.
Le scénario reconstruit pas à pas, témoignage après témoignage, les derniers jours du jeune homme, prenant des chemins de traverse, notamment le destin romanesque de la prostituée corse jouée par Marion Cotillard.
La présence d’Ange et de Tina Lombardi inscrit ainsi une partie du récit dans un univers de prostitution, de ruse et de violence, tout en participant à la structure d’enquête du film.
Un mélodrame au milieu des atrocités de la guerre
L'amour pur et innocent de Manech, celui courageux et obstiné de Mathilde, la beauté des paysages de Dordogne, de Corse ou de Bretagne, la musique de Angelo Badalamenti, la voix off précise de Florence Thomassin font contrepoint aux atrocité de la guerre, ses mitrailles, sa boue, ses carnages.
Ce beau mélodramme ne possède certes pas l'allant de L'heure suprême (Frank Borzage, 1927) mais il trouve sa force dans les détails. Un mot, une ruse, un nom bizarre, mettent en avant un élement du décor.
La statue du Christ démandrée sur son calvaire dans le mouvement de grue qui ouvre le film, le haut d'un phare, un parte-terre de graviers, un assassinat aux éclats d'une glace brisée ou par un pistolet armé avec un cordon de lunette participent à cette invention visuelle.
Cette invention dans les détails va de pair avec le morcellement du récit. La construction fragmentée accompagne la recherche de Mathilde et transforme le film en puzzle narratif.
Malgré quelques afféteries de mise-en-scène propres au réalisateur, le film propose des séquences de tranchées saisissantes, d’une sèche brutalité et on demeure scotché pendant deux heures, dans l’espoir de revoir Mathilde et Manech côte à côte.
La BO romantique et ample d’Angelo Badalamenti apporte beaucoup au film. On n’échappe pas toujours aux longueurs, notamment la séquence avec André Dussollier aux archives, mais dans l’ensemble, « UN LONG DIMANCHE… » est un beau film qui rend justice au magnifique roman de Japrisot.
Le film conserve toutefois quelques ajustements. La Mathilde du livre est clouée sur un fauteuil roulant, alors que celle du film n’utilise l’engin que pour apitoyer ceux qu’elle interroge.
Une vraie réussite, donc, où tout fonctionne même la voix « off » de l’héroïne s’exprimant à la troisième personne.
Une adaptation portée par un casting prestigieux
Adapté du dernier roman de Sébastien Japrisot et réalisé par Jean-Pierre Jeunet trois ans après « LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN », « UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES » a été financé par la Warner Bros, ce qui explique les moyens déployés et l’excellence des effets-spéciaux.
Porté par Audrey Tautou, Gaspard Ulliel, Clovis Cornillac, Marion Cotillard, et Jodie Foster, ce long-métrage fut un grand succès critique et commercial.
Après le phénoménal carton du Fabuleux destin d’Amélie Poulain en 2001, Un long dimanche de fiançailles marque les retrouvailles attendues de Jean-Pierre Jeunet et de sa « fabuleuse » actrice Audrey Tautou.
Le film est également l'occasion pour le réalisateur de réunir à nouveau sa bande d'acteurs fétiches. De Dominique Pinon à Jean-Claude Dreyfus en passant par Rufus, les comédiens, tous des habitués du cinéma de Jeunet depuis Delicatessen, ont accepté de rejoindre l'impressionnant casting de cette fresque historique.
André Dussollier est également de la partie, en chair et en os cette fois, trois ans après avoir été la voix du narrateur du Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Enfin, Jodie Foster, ayant manifesté son envie de travailler avec Jeunet à l'époque d'Amélie Poulain, s'est vu offrir un petit rôle dans Un long dimanche de fiançailles.
Égale à elle-même, Tautou est touchante, Ticky Holgado très bien en « privé » bénévole, Jérôme Kircher ou Elina Löwensohn sortent du rang.
La reconstitution des tranchées
Le plus grand défi du film a été la reconstitution de la ligne de front et des tranchées. Les contraintes techniques étaient importantes.
Les tranchées, étroites, remplies de boue et d'eau devaient résister aux six semaines de tournage en extérieurs sous la pluie.
20 hectares de terrain ont ainsi été travaillés, 200 mètres de tranchées, des trous d'obus, des arbres arrachés ont été creusés et “aménagés”. Chaque centimètre carré de tranchées a été sculpté, peint, travaillé et patiné.

Les lieux de tournage, de la Corse à Paris
La beauté des paysages de Dordogne, de Corse ou de Bretagne occupe une place importante dans l’identité visuelle du film. Le choix de la Corse pour remplacer Marseille répondait notamment au souhait de Jean-Pierre Jeunet de filmer les paysages de l’île.
Les lieux de tournage comprennent la Corse, Paris et le Val-de-Marne. À Paris, les scènes ont notamment été tournées dans le 10e arrondissement, à la Gare du Nord, dans le 18e arrondissement, le 1er arrondissement, le 2e arrondissement, le 8e arrondissement autour du pont Alexandre III et du port des Champs-Élysées, ainsi que dans le 9e arrondissement, place de l’Opéra.
Le tournage est également associé à la place des Abbesses, au port des Tuileries, à la rue Réaumur, à la tour Eiffel et aux studios de Bry-sur-Marne.
| Élément | Information |
|---|---|
| Réalisation | Jean-Pierre JEUNET |
| Production | Warner Bros |
| Tournage en Corse | 3 jours de tournage début août 2003 |
| Sortie en salles | 27 octobre 2004 |
| Budget | 45 millions d’euros |
| Entrées en France | plus de 4,4 millions |
| Récompenses | 5 Césars en 2005 |
Un film américain malgré une équipe largement française
Pour l'anecdote, Un long dimanche de fiançailles n'est pas considéré un film français, même si l'équipe technique et le casting sont français en quasi-totalité.
Bien que la majorité des acteurs soient français et l’ensemble des scènes tournées en France, cette coproduction est jugée américaine le 26 novembre 2004 en raison de la forte participation de la société Warner Bros. aux frais de production.
Un Long dimanche de fiançailles a perdu son statut de film français en 2007. Il s'est vu attribuer la nationalité américaine après trois années de bataille juridique liée au producteur de Jean-Pierre Jeunet, 2003 Productions.
La société est accusée par les associations de producteurs indépendants de ne servir qu'à financer Warner Bros via sa filiale française, qui détient 34% de 2003 Productions.
Le film s'était aussi vu retirer les aides publiques du CNC par le Tribunal Administratif de Paris en 2003 pour les mêmes raisons. Le Conseil d'État a décrété en 2007 que le long-métrage avait définitivement perdu sa nationalité française.
Le Conseil d'État validera le premier jugement en 2007. Le film sur lequel est perçu la TSA comme tout film distribué en France n’a donc pu engranger les droits qui auraient permis à son producteur, s'il avait été français, de recevoir la subvention d'environ 8 millions d’euros du CNC pour financer un film futur.
Avec un coût de 45 millions d’euros, c’est l’un des films « français » les plus coûteux qui aient jamais été produits. Le film participera néanmoins aux César du cinéma dans la catégorie générale.
Un succès critique et populaire malgré la controverse
Sorti au cinéma en 2004, le film culte Un long dimanche de fiançailles, réalisé par Jean-Pierre Jeunet, sera rediffusé dimanche 17 janvier 2021, à partir de 23h05 sur France 2.
Au total, Un long dimanche de fiançailles a réalisé plus de 4,4 millions d'entrées en France lors de son exploitation en salles. De plus, le film a remporté pas moins de 5 Césars en 2005, dont le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Marion Cotillard, et le César du meilleur espoir masculin pour Gaspard Ulliel.
À l'occasion de la diffusion ce soir à 20h55 sur France 3 d'Un Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, AlloCiné revient sur cinq anecdotes à connaître de la fresque romantique portée par un casting prestigieux.
Le film est sorti le 27 octobre 2004 avec Audrey Tautou, Gaspard Ulliel, Dominique Pinon, Marion Cotillard, Clovis Cornillac et Albert Dupontel.
Récompensé du prix Interallié, Un long dimanche de fiançailles n'est pas le premier roman de Sébastien Japrisot à être adapté au cinéma. Compartiment tueurs signé Costa-Gavras et L'Eté meurtrier de Jean Becker avaient été portés à l'écran avec succès.
Scénariste du Passager de la pluie avec Charles Bronson, ou encore d'Effroyables jardins et des Enfants du marais, Sébastien Japrisot est également réalisateur.
Il réalise d'abord deux courts métrages en 1961, L'Idée fixe et La Machine à parler d'amour, avant de mettre en scène son premier long-métrage Les Mal-partis en 1975 puis Juillet en Septembre en 1988.