Les marais de Santoña et la directive Natura 2000

Le parc naturel des marais de Santoña, Victoria et Joyel est un espace naturel protégé constitué de l’estuaire formé par le fleuve Asón et des marais de Victoria et Joyel. Situé sur la côte orientale de la Cantabrie, il s’étend sur 6 678 hectares et constitue l’une des zones protégées les plus importantes du nord de l’Espagne.

Les marais de Santoña sont également une zone Natura 2000, un site RAMSAR depuis 1994, une réserve naturelle depuis 1992 et un parc naturel depuis 2006. Environ deux tiers de la surface sont occupés par trois sites d’intérêt communautaire, deux se rapportant aux eaux estuariennes et aux eaux peu profondes des marées et un habitat forestier.

Un complexe de zones humides majeur pour l’Europe

Ce complexe de zones humides est le plus vaste du nord de l’Espagne. Les marais, les zones humides et les dunes sont les principaux écosystèmes et occupent plus de 50% de la zone protégée.

Le parc naturel des marais de Santoña, Victoria et Joyel englobe les communes d’Ampuero, Argoños, Arnuero, Bárcena de Cicero, Colindres, Escalante, Laredo, Limpias, Noja, Santoña et Voto. Il est constitué de l’estuaire formé par le fleuve Asón et des marais de Victoria et Joyel.

La ville touristique de Santoña apparaît à son estuaire. Elle est entourée par des merveilleux paysages de marais formé par l’embouchure de la rivière Asón. Un paysage de boues et de marécages dans lesquels se réfugient des milliers d’oiseaux.

Aigrettes, grèbes, plongeons, canards et des oiseaux marins fréquentent les différents écosystèmes. Ce site de zones humides est le plus vaste du nord de l’Espagne en termes d’oiseaux marins, avec 130 espèces différentes référencées, en faisant ainsi le site parfait d’observation des oiseaux.

Marais de Santoña et estuaire de l’Asón

Le rôle de la directive « oiseaux »

La directive impose aux États membres de protéger les milieux naturels, habitats pour une liste d’espèces d’oiseaux menacés. Le 2 août 1993, en effet, la SEO remportait une victoire aujourd’hui qualifiée d’historique : la Cour de justice des Communautés européennes condamnait l’Espagne pour atteintes multiples à la directive « oiseaux », ce premier texte majeur de préservation de l’environnement.

Or, les marais de Santoña constituent la plus vaste zone humide du nord du pays. Des milliers d’oiseaux quittent les contrées septentrionales de l’Europe pour y hiverner. D’autres milliers y font une halte lors de leur long périple migratoire vers l’Afrique.

« On compte jusqu’à 20 000 oiseaux et 65 espèces différentes d’oiseaux aquatiques et migrateurs au même moment en hiver », précise Felipe Gonzalez. Notamment la célèbre spatule blanche dont il ne reste que 7 000 individus en Europe.

Plus du tiers de la population de hérons à long bec aplati choisit la route qui passe par Santoña. Là, les migrateurs reprennent des forces pour traverser d’une seule traite la péninsule ibérique, leur prochaine escale se trouvant dans l’extrême sud dans le parc national de Doñana en Andalousie.

ÉlémentDonnée
Superficie du parc naturel6 678 hectares
Oiseaux observés en hiverJusqu’à 20 000
Espèces d’oiseaux aquatiques et migrateurs en hiver65
Espèces d’oiseaux marins référencées130
Statut RAMSARDepuis 1994
Statut de réserve naturelleDepuis 1992
Statut de parc naturelDepuis 2006

Les menaces liées à l’urbanisation

Avec son programme de construction des marais de Santoña, l’Espagne supprimait le gîte et le couvert et compromettait la survie des oiseaux menacés. Et rayait de la carte les derniers paysages de marais bordés de montagnes, également refuges de biodiversité pour les amphibiens et les reptiles.

Ce fameux jour de l’été 1993, l’Europe tapa donc du poing sur la table. Aucun argument économique ne saurait justifier l’atteinte à un écosystème aussi précieux. L’Espagne a obligation de protéger et réhabiliter cette zone humide d’importance internationale, a en substance conclu la cour de justice.

À Santoña, les engins de chantier furent donc remisés. Et l’Espagne dut s’atteler à des travaux de restauration écologique des milieux naturels saccagés.

De l’autre côté de l’estuaire, le Monte Hano exhibe son flanc balafré. Il y a une vingtaine d’années, le sort de la montagne avait été scellé : sa roche devait alimenter l’intensif programme de construction de l’estuaire. Mais ce chantier d’extraction fut brutalement interrompu.

Du haut de l’ancien fort militaire du Monte Buciero, Joaquin Bonet Maza soupire en regardant le paysage somptueux de l’estuaire, bien qu’irrémédiablement entaché par les erreurs du passé. En face, l’entaille du Monte Hano reste à vif.

Au nord, un improbable rideau de constructions, englobant même une prison, a fermé le canal naturel qui menait à la mer. Au sud, une digue de rochers a échoué dans les marais, vestige d’un mur érigé il y a près de vingt ans en prémices à la construction d’un parc industriel.

Au pied de la montagne, la commune de Santoña déborde sur les marais et souffre des effluves d’une eau croupissante, dont la mobilité a été contrariée par les aménagements. Enfin, une route disgracieuse traverse cette nature entre terre et mer.

« On n’aurait pas dû, mais la pression pour construire était si énorme qu’aucun élu ne pouvait aller contre ce rouleau compresseur », reconnaît Joaquin Bonet Maza. Il est aujourd’hui président de la communauté des onze communes (80 000 habitants) qui bordent l’estuaire et font partie du parc naturel.

« Les habitants vivent avec la zone humide dans le dos », déplore-t-il. Lui a les yeux rivés dessus et guette chaque hectare rendu à la nature.

La restauration écologique des marais

Après les années de dépit et de rivalités État-région, le parc naturel, grâce aux soutiens locaux et aux subsides de l’État, s’est finalement attelé à la reconquête des marais.

Le plan « Santoña 2018 » prévoit de restaurer 1 100 ha de zone humide anéantis dans les 6 900 ha du parc. L’année 2018 n’a pas été choisie au hasard. Cette année-là, l’État récupérera l’ensemble des concessions qu’il avait cédées sur la frange littorale pour du pâturage, des plantations intensives d’eucalyptus, des conserveries d’anchois, etc.

« Plus personne n’entretient les digues, lorsqu’elles s’écroulent, les terres sont rendues à la mer », explique Felipe Gonzalez, chargé du suivi de la reconquête de la nature. Il y a cinq ans, un terrain de football fut le premier à être englouti et les plantations alentour ont été arrachées.

Une ligne à haute tension a été supprimée. Des ponts ont été creusés sous la route de l’estuaire pour garantir la circulation de l’eau.

Des chantiers de volontaires sont organisés tous les ans pour arracher les plantes invasives, nettoyer les lieux et compter les oiseaux. Même certains détenus de la prison d’El Dueso mettent la main à la pâte ; ce qui a valu à l’établissement pénitentiaire de Santoña d’être primé par l’Organisation mondiale de la santé.

200 ha ont ainsi été restaurés - 150 de plus le seront cette année - et 20 millions d’euros dépensés. Au début du mois de mai, le programme de reconquête a franchi une étape décisive : la première construction illégale a été démolie ; 423 logements, maisons ou appartements figurent également sur cette liste noire des constructions illégales.

La remise en état des berges et des habitats

À Escalante, sur la berge ouest, un panneau indique que l’État s’acquitte de sa peine : 41 000 m3 de remblais de matériaux inertes ont été extraits, mais aussi 15 000 m3 de déchets, car il n’y a pas si longtemps encore, les poubelles servaient à combler les rivages.

Le terrain promis à la construction est redevenu marais et un chemin d’observation des oiseaux a été aménagé jusqu’à l’ancien moulin restauré. Des huîtriers pies creusent la vase de leur long bec rouge.

« Les oiseaux sont des indicateurs de la bonne santé des marais, se réjouit Felipe Gonzalez. Dans dix ans ils pourront investir la zone de Cicero. C’est la partie la plus calme de l’estuaire. »

En scrutant l’horizon, le naturaliste esquisse le paysage qui, à terme, resurgira du passé. Il pointe la maison et l’usine aujourd’hui désaffectée qui seront arasées, dessine les cordons de dunes enfouis sous les eucalyptus qui réapparaîtront sur la berge.

Restauration écologique des marais de Santoña

Le suivi des oiseaux et de la biodiversité

À la sortie de l’estuaire de l’Ason, les falaises rocheuses du Monte Buciero se dressent intactes vers le ciel. En équilibre sur le bateau, Felipe Gonzalez, le responsable de SEO Cantabrie pour la province ne quitte pas ses jumelles.

Avec son jeune collègue Ludovico de Vega, il scrute les anfractuosités de la falaise. Le biologiste et naturaliste connaît chaque renfoncement de la roche que le cormoran huppé est susceptible d’investir pour se reproduire.

Au total, tous deux débusquent 16 nids et aperçoivent huit petits. « La période de reproduction ne fait que démarrer, il est encore trop tôt pour savoir si l’année est bonne. » Ils reviendront, comme tous les mois, faire de nouveaux comptages.

Un couple de rapaces milan noir virevolte dans le ciel. « C’est un vrai miracle que cette montagne soit restée sauvage », s’émeut Felipe Gonzalez.

Déjà, les oiseaux font la différence. Ils sont chaque année plus nombreux à investir les lieux.

La qualité de l’eau et les infrastructures

Bientôt, l’eau sera aussi de meilleure qualité grâce à l’entrée en service, à la fin de l’année, de la station d’épuration dernier cri de Saneamlento (250 millions d’euros, financés à 60 % par l’Europe).

La restauration des marais dépend en effet de la circulation de l’eau, de la suppression des obstacles et de la réduction des sources de pollution. Des ponts ont été creusés sous la route de l’estuaire pour garantir la circulation de l’eau.

Les transformations du site doivent également tenir compte des constructions existantes, des digues, des routes, des plantations et des anciennes activités industrielles qui ont modifié les échanges entre la terre, l’estuaire et la mer.

Un espace naturel soumis à la pression touristique

En été, le tourisme génère une forte augmentation de la population et certaines villes peuvent passer de 2 000 à 90 000 personnes. Ce brusque changement a un impact significatif sur l’économie mais également sur l’environnement puisque des milliers de visiteurs vont à la plage ou se promènent dans les champs ou les zones humides.

La protection Natura 2000 concerne donc un territoire où les habitats naturels doivent être préservés tout en tenant compte de la fréquentation humaine. Les marais, les zones humides et les dunes sont les principaux écosystèmes et occupent plus de 50% de la zone protégée.

Le parc naturel compte un Centre D’interprétation proposant des activités, des ateliers et des parcours en rapport avec la nature, situé dans le Port de Santoña, au sein du belvédère des marais.

Repères Natura 2000 du site

Le site est répertorié comme Natura 2000 Special Protection Area (SPA, EU Birds Directive). Son nom espagnol est « Marismas de Santoña Y Noja ».

RepèreInformation
Nom espagnolMarismas de Santoña Y Noja
Type de siteNatura 2000 Special Protection Area (SPA, EU Birds Directive)
Latitude43° 26' 3.2" N (43.434219°)
Longitude3° 29' 10.6" W (-3.486268°)
Zone maritimeBay of Biscay (IHO Sea Area)
Zone administrative maritimeSpanish Exclusive Economic Zone (EEZ)

Le parc naturel est l’une des zones protégées les plus importantes du nord de l’Espagne. Les marais, les zones humides et les dunes constituent des habitats essentiels pour les oiseaux migrateurs, les amphibiens, les reptiles et de nombreuses espèces liées aux milieux estuariens.

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