Le navet est à l’origine de la lanterne d’Halloween, bien avant que la citrouille ne devienne le principal symbole de cette fête. Les anciens Celtes sculptaient sa chair pour créer des lanternes destinées à éloigner les esprits malins, tandis qu’une vieille légende irlandaise racontait l’histoire de Jack, un homme condamné à errer dans l’obscurité avec un charbon ardent placé dans un navet évidé.
La citrouille a remplacé le navet lorsque les traditions celtiques ont traversé l’Atlantique avec les migrants irlandais, écossais et gallois. En Amérique du Nord, les habitants ont découvert que ce fruit local, plus gros, plus lumineux et plus facile à creuser, convenait mieux à la fabrication des lanternes. Le navet reste toutefois le légume véritablement lié aux origines européennes de la fête.
Pourquoi le navet est associé à Halloween
Légume discret et bien souvent ignoré, c'est le navet qui est aux origines d'Halloween, cette fête célébrée depuis 2 500 ans. Les Celtes en sculptaient la chair pour créer des lanternes destinées à éloigner les esprits malins.
Les nuits s’allongent, sans électricité ni téléphone. Sortir tard était risqué, on pouvait s’éclairer avec une bougie. Les celtes n’avaient pas de citrouilles, mais des navets.
À l'origine donc, le symbole d'Halloween était un navet creusé contenant une bougie en son centre, rappelant l'histoire de Jack O'Lantern. La tradition de la lanterne sculptée s’étendait aussi au rutabaga et à la betterave fourragère dans les îles Britanniques.

Samain, la fête celtique à l’origine d’Halloween
Tout a commencé en Irlande et en Ecosse il y a plus de 2000 ans avec la fête religieuse celtique de Samain. Organisée autour du 31 octobre pour fêter la fin de l'année et le début d'une année nouvelle, elle se déroulait pendant 7 jours, sous l'autorité des druides.
Il était une fois un peuple indo-européen, il y a 3000 ans environ, les Celtes, qui fixaient le Nouvel An au moment que nous connaissons sous le nom de Toussaint. Les Celtes fêtaient alors le dieu Samain, qui, ce jour-là, informait les morts de l’année de leur nouvelle « destination » (réincarnation).
Halloween trouve ses origines dans la fête celtique de Samhain, qui célébrait les morts dans la nuit du 31 octobre au premier novembre. C'était aussi pour les Celtes le jour de l'an et le début de l'hiver.
Bien avant les déguisements et les bonbons, il y avait Samain. Chez les anciens Celtes, cette grande fête marquait la fin de l’été et l’entrée dans la saison sombre. Elle était célébrée en Irlande, en Écosse, au Pays de Galles et en Bretagne, entre la fin octobre et le début novembre.
Pour ces peuples profondément liés à la terre, Samain n’était pas une fête des morts, mais un moment de passage. La frontière entre le monde des vivants et celui des esprits devenait plus fine. Les ancêtres étaient honorés, les récoltes terminées, le feu nouveau allumé pour protéger les foyers.
C’était une célébration de la continuité du monde, un moment de silence et de respect, où la communauté se rassemblait autour de la lumière.
La tradition bretonne des lanternes de navet
En Bretagne, la même fête portait un autre nom : Kalan Goañv, les calendes de l’hiver. Ce mot ancien signifie littéralement « début de l’hiver ».
Les Bretons entraient alors dans la période des mois noirs, où la nature se retire pour se régénérer. Les rituels étaient simples mais chargés de sens. On déposait de la nourriture pour les âmes des défunts - le Boued an Anaon.
On allumait des feux sur les hauteurs pour éloigner les mauvais esprits. Et dans certaines paroisses, les enfants creusaient des lanternes dans des navets ou des betteraves pour guider les âmes errantes.
Ces lumières vacillantes, posées le long des chemins ou près des cimetières, annonçaient déjà les citrouilles d’Halloween que l’on connaît aujourd’hui.

La légende irlandaise de Jack O’Lantern
Les enfants arpentaient ensuite les rues pour éloigner les morts en Irlande, tenant à la main leurs navets transformés en « Jack-à-la-lanterne », symbole d'un personnage paresseux, avare, au passé d’ivrogne.
Ce Jack, issu d'un vieux conte irlandais, est probablement le personnage le plus populaire associé à la fête d’Halloween. Il a défié le diable et obtenu de lui de ne jamais aller en enfer, mais il est condamné à errer sans but, dans l’obscurité : ni en enfer, grâce à son pacte, ni au paradis à cause de sa vie dissolue.
Jack O'Lantern est le personnage le plus populaire associé à la fête d'Halloween. Sa légende est née d'un vieux conte irlandais.
Avare et ivrogne, Jack tente d'échapper aux tentations du diable de nombreuses fois pendant sa vie et négocie finalement avec lui pour ne jamais aller en enfer. Mais à sa mort, il est rejeté du paradis pour avoir mené une mauvaise vie.
Il retourne voir le diable mais celui-ci lui refuse également l'accès aux portes de l'enfer. Condamné alors à errer éternellement entre les deux mondes, dans les ténèbres noires et glacées, il demande une braise comme dernière faveur au diable.
Celui-ci accepte et Jack creuse un navet pour y abriter sa braise et s'en servir de lanterne.
Il réussit néanmoins à convaincre le Diable de lui donner un morceau de charbon ardent afin d’éclairer son chemin dans le noir. Il place alors le charbon dans un navet creusé en guise de lanterne, et doit marcher sans but jusqu’au jour du jugement dernier.
D'où le surnom de « Jack of the Lantern » (« Jack à la lanterne » en anglais), ou « Jack-o’-Lantern », et il réapparaît chaque année, le jour de sa mort, à Halloween.
Depuis ce jour nommé Jack O'Lantern (Jack à la lanterne), il réapparaît chaque année à Halloween, jour de sa mort.
Le sens de la lanterne dans la légende
La lanterne de Jack est à la fois un moyen de s’éclairer et le signe de sa condamnation. Le personnage ne peut rejoindre ni le paradis ni l’enfer et reste prisonnier d’un chemin sans fin entre les deux mondes.
La lumière enfermée dans le navet rappelle ainsi les feux et les bougies associés aux anciennes célébrations de la saison sombre. Elle symbolise également l’errance des âmes et la volonté de tenir les esprits malins à distance.
Comment la citrouille a remplacé le navet
Malgré la force de ce conte, la citrouille est donc venue un jour voler la vedette au navet de l'histoire. Lors de l’arrivée des Irlandais, Écossais et Gallois en Amérique du Nord, il a fallu s’adapter aux légumes locaux.
C'est ainsi que la citrouille l'a peu à peu remplacé. La citrouille, souvent bien plus grosse que les navets, a été découverte en même temps que « les Amériques ».
Au cours du 19e siècle, les immigrants européens aux États-Unis ont emporté cette tradition dans leurs bagages, découvrant rapidement que la citrouille, un fruit originaire du continent américain, était bien plus facile à sculpter.
La citrouille s’impose rapidement comme le légume le mieux adapté pour représenter la fameuse lanterne. Large et facile à creuser, sa couleur orange participe aussi à son succès.
La citrouille est passée dans le folklore des migrants au 19ème siècle, devenu All Hallows Eve (le soir de tous les saints). C’était beaucoup moins commercial que la version entrée en France vers 1990.
| Élément | Tradition ancienne | Tradition moderne |
|---|---|---|
| Légume | Navet, rutabaga ou betterave fourragère | Citrouille |
| Région | Irlande, Écosse, Pays de Galles et Bretagne | Amérique du Nord puis Europe |
| Éclairage | Bougie ou charbon ardent | Bougie placée dans une citrouille sculptée |
| Fonction | Éloigner les esprits malins et guider les âmes errantes | Décoration emblématique d’Halloween |
« Bien avant que la citrouille ne devienne la principale décoration d'Halloween, les gens dans les îles britanniques sculptaient des visages effrayants dans des navets et les plaçaient devant leurs portes pour épouvanter les esprits maléfiques », a expliqué English Heritage dans un communiqué.
« Cette pratique vient d'un conte dans lequel un homme appelé Jack est condamné, pour avoir essayé de tromper le diable, à errer sur terre avec seulement un charbon ardent à l'intérieur d'un navet évidé pour éclairer son chemin (Jack-o'-lantern) », poursuit l'office.
« Je ne crois pas que les navets vont remplacer les citrouilles, car ils sont plus difficiles à sculpter, mais j'espère que les gens se souviendront des navets lors de cette fête d'Halloween », a-t-il ajouté.
Le passage de Samain à Halloween
A partir du Ve siècle, le christianisme se mêle progressivement aux fêtes druidiques, et au VIIIe siècle l'Eglise catholique romaine remplace la fête de Samain par la Toussaint (« All Hallows » en anglais), fixée au 1er novembre.
Les deux fêtes se mélangent, et l'on voit apparaître l'expression « All Hallows Eve » déformée en « Halloween » qui signifie en anglais « le soir de tous les saints » ou « la veille de la Toussaint ».
Le nom Halloween est la contraction des termes anglais : « All Hallows’ Eve », la veille de tous les Saints. Une sorte de réveillon de la Toussaint, le 31 octobre.
La fête a ensuite conservé certains éléments des anciennes croyances tout en intégrant des pratiques religieuses et populaires liées à la Toussaint.
De l’Europe à l’Amérique : la métamorphose d’une fête
Au XIXᵉ siècle, des milliers d’Irlandais et d’Écossais quittèrent leurs terres pour l’Amérique. Avec eux, ils emportèrent leurs contes, leurs coutumes… et leur fête de Samain.
Mais là-bas, les navets étaient rares. Les colons découvrirent alors un fruit local, orange, souple et lumineux : la citrouille. Elle remplaça le navet et donna à la fête un nouveau visage, plus spectaculaire.
Le nom changea aussi : All Hallows’ Eve, la veille de la Toussaint, devint Halloween. De rite païen, la fête devint peu à peu une célébration populaire, un mélange de superstition, de convivialité et de créativité.
Les enfants remplacèrent les druides, les friandises prirent la place des offrandes, mais l’esprit du passage demeura.
Des lanternes aux bonbons
À présent, Halloween est une fête populaire, où on se déguise et où les enfants réclament des bonbons avec l’expression « trick or treat », « des bonbons ou un sort ».
Cela remonte au 14è siècle, quand les personnes les plus pauvres mendiaient à la Toussaint. On leur offrait des petits gâteaux. Les Celtes, eux, faisaient des offrandes aux défunts.
Une coutume américaine de Noël des 18-19e siècles vient ensuite s’y mélanger : des enfants font des farces, en porte à porte, en échange de friandises.
Le marketing d’Halloween au 20è siècle, et l’affluence des bonbons, ont fait le reste.
Les traditions de légumes sculptés en Europe
La pratique de la lanterne ne concernait pas uniquement le navet. Dans les îles Britanniques, le rutabaga et la betterave fourragère pouvaient également être évidés, sculptés et éclairés.
Auparavant, il existait une tradition similaire en Lorraine, la « nuit des betteraves grimaçantes », fêtée également le soir du 31 octobre.
Les enfants sont invités à sculpter des têtes grimaçantes dans des betteraves, dont la récolte symbolise la fin des travaux dans les champs.
Eclairés à l'aide de bougies, les légumes creusés sont ensuite placés sur les rebords de fenêtres ou dans les rues pour effrayer les passants.
Ces pratiques montrent que les lanternes de légumes appartiennent à un ensemble de coutumes européennes liées à la fin des récoltes, au début de l’hiver et à la présence symbolique des morts.

Le retour aux origines du navet
Selon l'office du patrimoine anglais, avant la citrouille découverte en Amérique, les Anglais utilisaient des navets sculptés pour faire peur aux esprits.
L'office du patrimoine anglais English Heritage a appelé lundi les Britanniques à revenir aux racines d'Halloween en remplaçant les citrouilles par des navets, bien qu'ils soient plus difficiles à sculpter.
« Qu'il s'agisse des citrouilles sculptées, des blagues ou des friandises, beaucoup des traditions aujourd'hui associées avec Halloween proviennent du folklore européen et ne sont pas simplement des inventions américaines », a expliqué Michael Carter, historien d'English Heritage, cité dans le communiqué.
Ce soir donc, creuser des visages effrayants dans la chair d'un navet plutôt que dans celle d'une citrouille vous permettra de sortir du lot, des chemins battus, tout en célébrant la véritable origine d'Halloween.
Halloween et Samain en Bretagne
Depuis quelques années, la Bretagne redécouvre la profondeur de sa propre tradition. Ici, Halloween n’est pas perçue comme une importation étrangère, mais comme le retour d’un souvenir ancien.
Dans certains villages, on organise des veillées à la lanterne, des marchés d’automne, ou des randonnées nocturnes. On évoque Kalan Goañv, on raconte les légendes des Anaon, on allume des feux symboliques dans les cours et les jardins.
C’est une manière de redonner du sens à cette fête : honorer les ancêtres, célébrer la nature, accueillir l’hiver.
Halloween n’a pas remplacé Samain : elle en est la fille métissée, portée par les siècles, les migrations et les cultures. La première amuse, la seconde enseigne.
Ensemble, elles nous rappellent que chaque fin contient un recommencement, que la nuit prépare la lumière. En Bretagne, ce message trouve un écho particulier.
Comment célébrer Halloween avec un navet
Si vous souhaitez renouer avec cette tradition, nul besoin de déguisements extravagants. Un simple feu, une lanterne creusée dans un légume du potager, une pensée pour ceux qui nous ont quittés suffisent à recréer la magie de Samain.
- Allumer une bougie à la tombée du jour pour marquer le passage de la lumière vers la nuit.
- Observer le vent : sa direction à minuit annonçait jadis la météo de l’hiver.
- Partager une galette de sarrasin ou un plat de saison en offrande symbolique.
- Accrocher dans un arbre du jardin les vœux pour l’année à venir, comme on le faisait lors des anciennes veillées.
L’essentiel n’est pas dans le décor, mais dans l’intention de se relier à la terre, aux saisons, et à la mémoire.
Un navet demande davantage de patience à sculpter qu’une citrouille, mais il rappelle directement la légende de Jack O’Lantern, les anciennes fêtes celtiques et les lanternes utilisées dans les îles Britanniques.