Poème sur le carnaval de Venise

Février à Venise, le temps du carnaval je suis émerveillé. Quand les ponts en archers propulsent l'eau qui dort, le bruit des eaux de plomb devient silence d'or.

Je vois de mes yeux vois le dieu soleil et rois. Immortels et sans rides, me font des révérences. Ils sourient dépités aux âmes en errance, et visitent muets la ville qui se noie.

Venise, une ville métamorphosée par le carnaval

Venise pour le bal s'habille. De paillettes tout étoilé, Scintille, fourmille et babille Le carnaval bariolé.

Au carnaval de Venise, c'est un peu comme ici, on se déguise et tout paraît plus beau. Venise danse au milieu des flots, surveillée de très haut par son sage lion et ses nombreux pigeons.

Lagunes, marais, Palais de dentelle. Pigeons qui s'envolent, Lions qui surveillent La place Saint Marc toujours aussi belle, Venise qui brille, m'émeut et m'émerveille.

Venise ! toi qui as une si belle lagune. Venise ! toi qui est envahie par les pigeons, Tu les acceptes sans aucune rancune.

Les masques et les personnages du carnaval

Arlequin, nègre par son masque, Serpent par ses mille couleurs, Rosse d’une note fantasque Cassandre son souffre-douleurs.

Battant de l'aile avec sa manche Comme un pingouin sur un écueil, Le blanc Pierrot, par une blanche, Passe la tête et cligne l'oeil.

Le Docteur bolonais rabâche Avec la basse aux sons traînés ; Polichinelle, qui se fâche, Se trouve une croche pour nez.

Heurtant Trivelin qui se mouche Avec un trille extravagant, À Colombine Scaramouche Rend son éventail ou son gant.

Sur une cadence se glisse Un domino ne laissant voir Qu'un malin regard en coulisse Aux paupières de satin noir.

Ah ! fine barbe de dentelle, Que fait voler un souffle pur, Cet arpège m'a dit : « C'est elle ! » Malgré tes réseaux, j'en suis sûr, Et j'ai reconnu, rose et fraîche, Sous l'affreux profil de carton, Sa lèvre au fin duvet de pêche, Et la mouche de son menton.

Le carnaval devient ainsi un défilé de figures masquées, où l'apparence dissimule autant qu'elle révèle. La fin du poème permet de dépasser la simple énumération en ajoutant un élément inattendu : le fait que le poète reconnaisse la femme aimée derrière son costume.

La lagune, les canaux et les gondoles

Venise, notre rêve. Espoir de vivre en toi Naviguer sur tes flots Imaginer d'être sur tes eaux Submergé par tes pigeons Et tu seras toujours gravée dans notre cœur.

Voyage vers la ville des amours Encore belle dans ses atours Nichant en son cœur des joyaux Intriguant le long des canaux Si majestueux mais si fragile Et à jamais tu resteras une île.

Venise dans la brise, Danse au milieu des flots, Surveillée de très haut Par son sage lion Et ses nombreux pigeons. Pas un bateau ne bouge, On peut trouver sa couche, Sur une lagune endormie Pleine de poésie.

Vivre sur tes eaux, rien de plus beau, sur ces canaux. En Italie, à Venise, Ni le bruit, ni l'ennuie n'existent Ici, tout est possible.

Venise, vaisseau amiral de la flotte marchande, Venise, sérénissime maîtresse, Venise vibre sous les rames des gondoliers. La plus simple gondole est belle, Comme un fruit d'or porté par les ondes. Ses phosphorescences ruissellent, Sur le clapotis des vagues.

Venise ! toi qui prêtes ton grand Canal où Peuvent voguer les gondoles des jeunes mariés.

Les monuments et les symboles de Venise

Venise, avec ses magnifiques monuments, Venise, avec son campanile, sa basilique, Ses églises et tous ses palais. Venise est la plus belle ville d'Italie.

Il est une ville Que l'on appelle Venise Avec son campanile Et toutes ses églises Entendez sonner les cloches Elles annoncent que l'heure est proche Du grand lever de rideau De la ville sur l'eau.

La brume épaisse s'adoucit Et l'on voit là, ici, Les traits de la ville enchantée Peu à peu se découper. Les gondoliers sur le grand canal se pressent L'art Byzantin fièrement se dresse.

Oh Venise Maintenant que je te découvre, Je ne veux plus rêver. Chaque jour qui se fait, Je te vois défiler sous mes yeux émerveillés. Ton lion ailé, tes musées, tes statues de toute beauté, Ton eau du Grand Canal et son reflet !

Venise ! toi si riche de monuments, tes plafonds Dorés comme dans le Palais des Doges, tes symboles Si bien sculptés sur les deux colonnes de la place Saint Marc, et ton Campanile si bien reconstruit Et sa majestueuse hauteur qui domine la ville.

Heureux celui qui a découvert Cette ville pleine de mystère.

La nuit vénitienne et la ville enchantée

Venise, île solitaire Perdue au fond de sa lagune. Sa beauté même, un insouciant fait taire Lorsque sous le voile de la lune, Dont la pâleur se reflète dans l'eau claire, Cette dame charmeuse s'embrume.

Et c'est en une de ces douces nuits, Qui se prête à tous les désirs Que les amants réunis Se laissent attirer dans le doux nid. En ces instants même Dieu ne peut les bénir.

Venise au crépuscule soupire, D'apercevoir le défunt soleil sombrer tristement, Fusionnant avec les flots dans l'horizon tourbillonnant. Venise transpire étouffée Par la brume omniprésente.

De la régulière brise légère Qui épongera ses sueurs. Quand vient la pluie, Fine et piquante, telle des aiguilles, Venise se replie et gémit.

A l'aurore, recroquevillée, froide, Elle cille, elle s'éveille, elle frémit : Le soleil radieux caresse et pénètre Tendrement ses chairs de marbre. Alors, belle, orgueilleuse, Et d'une incomparable majesté, Elle se dresse, rassurée.

Le réveil de Venise au matin du carnaval

Mais au réveil, parée pour le carnaval, Venise l'ensorceleuse se livre à sa folie S'emporte dans une danse infernale Et dans cette transe, la belle s'oublie.

Les cloches annoncent que l'heure est proche Du grand lever de rideau De la ville sur l'eau. La brume épaisse s'adoucit Et l'on voit là, ici, Les traits de la ville enchantée Peu à peu se découper.

La plus simple gondole est belle, Comme un fruit d'or porté par les ondes. Ses phosphorescences ruissellent, Sur le clapotis des vagues.

Pas un bateau ne bouge, On peut trouver sa couche, Sur une lagune endormie Pleine de poésie.

Le regard du voyageur

Que de choses à visiter et dire que tout ça, je l'ai fait ! Jamais, je ne pourrai définir ce séjour de splendeur Que j'ai vécu au cours de cette semaine qui n'a duré, Selon moi, que l'espace d'une journée.

Rien à regretter, mais tout à recommencer. Alors qu'en fait, je suis obligée de rentrer Avec juste des souvenirs pleins la tête en me disant Que l'on serait bien resté encore plusieurs années !

Si l'on me demande d'y changer Quelque chose, je ne touche rien. Je n'ai pas tout vu, mais cela me suffit Pour savoir que cette ville est enchantée. Je n'y passe que de bons moments.

Là-bas, on se déplace en bateau, sur la lagune Qui transporte marchandises et touristes. Moi, je suis touriste et c'est grâce à elle que J'ai pu voir tant de musées, d'églises, De paysages différents.

Venise Etonnante ! Nul plus belle qu'elle Inoubliable Splendide ! Emouvante !

Venise, toi qui vis sur la mer. Venise, toi qui arrives à porter La Campanile. Venise, toi qui danses avec Les gondoles. Venise, toi qui attires le plus De touristes. Venise, toi tu m'épateras Toujours.

Une beauté fragile

Si majestueux mais si fragile Et à jamais tu resteras une île.

Venise ! toi qui accueilles tant de touristes Qui effleurent ton sol. Venise ! un jour tu disparaîtras à jamais au plus profond De l'eau, et on te regrettera.

Cette ville pleine de mystère se révèle à la fois éclatante et vulnérable, portée par ses canaux, ses palais, ses ponts et la mémoire de ceux qui l'ont contemplée.

Le poème de Théophile Gautier

Venise pour le bal s'habille. De paillettes tout étoilé, Scintille, fourmille et babille Le carnaval bariolé.

Arlequin, nègre par son masque, Serpent par ses mille couleurs, Rosse d'une note fantasque Cassandre son souffre-douleurs.

Battant de l'aile avec sa manche, Comme un pingouin sur un écueil, Le blanc Pierrot, par une blanche, Passe la tête et cligne l’œil.

Le Docteur bolonais rabâche Avec la basse aux sons traînés ; Polichinelle, qui se fâche, Se trouve une croche pour nez.

Heurtant Trivelin qui se mouche Avec un trille extravagant, À Colombine Scaramouche Rend son éventail ou son gant.

Sur une cadence se glisse Un domino, ne laissant voir Qu’un malin regard en coulisse Aux paupières de satin noir.

Ah ! fine barbe de dentelle, Que fait voler un souffle pur, Cet arpège m’a dit : « C’est elle ! » Malgré tes réseaux, j’en suis sûr, Et j’ai reconnu, rose et fraîche, Sous l’affreux profil de carton, Sa lèvre au fin duvet de pêche Et la mouche de son menton.

Théophile Gautier, « Carnaval », troisième poème des Variations sur le Carnaval de Venise, dans Émaux et Camées, Lemerre, 1890, Poésies, vol. III (p.15-21).

Ce poème se passe de commentaire : il montre que la poésie, souvent grave et sérieuse, sait aussi se montrer légère. Le choix d’octosyllabes est pour beaucoup dans cette impression de légèreté.

On assiste ici à une sorte de défilé, ce qui explique le caractère énumératif du poème. Théophile Gautier nous présente successivement les différentes figures traditionnelles du Carnaval, qui sont aussi celles de la « Commedia dell’arte » : Pierrot, Colombine, Arlequin, Scaramouche, etc.

La fin du poème permet de dépasser la simple énumération en ajoutant un élément inattendu : le fait que le poète reconnaisse la femme aimée derrière son costume. Le poème n’est ainsi pas seulement une description du Carnaval, cette dimension amoureuse lui ajoute un intérêt supplémentaire.

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