Après la Fête du Citron de Menton, les agrumes utilisés pour les chars et les décors des jardins Biovès sont détachés, triés, puis orientés vers plusieurs filières. Les plus beaux fruits sont revendus à prix modique, tandis que les agrumes abîmés ou impropres à la vente peuvent être transformés en compost.
Chaque année, entre 120 et 150 tonnes d’agrumes sont nécessaires pour la manifestation. La production locale de Citron de Menton étant insuffisante pour réaliser ces compositions, les fruits décoratifs proviennent principalement d’Espagne, mais aussi du Portugal et d’Égypte. Après plusieurs semaines d’exposition au soleil, à la pluie, au froid et aux manipulations, une partie des fruits est toutefois trop dégradée pour être consommée.
Le tri des agrumes commence dès la fin des festivités
Quand le fruit roi de la fête tire sa révérence, dans les Jardins Biovès, les agrumes ayant servi à confectionner les chars et les structures géantes sont détachés, puis triés pour ne garder que les plus beaux avant d'être vendus.
Les équipes de Caroline Gervais, elles, sont à pied d’œuvre depuis que le rideau est tombé sur le dernier corso car le travail n'est pas fini : "Tout sera terminé et donc remis en état à la fin mars pour le jardin. À partir de là, on retracera les motifs des futures plantations qui, mi-avril, participeront au refleurissement du site," conclut-elle.
Les serres municipales situées dans la vallée du Careï, où se trouve également la direction des parcs et jardins, servent de lieu de stockage durant les festivités.
| Destination après la fête | Sort des agrumes |
|---|---|
| Vente | Les fruits les plus beaux sont triés et vendus à prix modique. |
| Remplacement pendant la fête | Les fruits abîmés sont retirés et remplacés par des agrumes sains. |
| Compostage | Une partie des fruits non vendables est récupérée et transformée en compost. |
| Déchetterie | Une grande partie des fruits trop dégradés finit dans les bacs verts. |
Pourquoi une partie des citrons est-elle revendue ?
A Menton, sur la Côte d'Azur, les Mentonnais et les vacanciers sont venus tôt au marché et ont fait la queue pour acheter les fruits et les fleurs ayant servi aux chars durant la Fête du Citron. Dès la fin des festivités, les 140 tonnes d'agrumes sont triées et vendues. Si les fleurs sont achetées à 4 euros, les fruits, eux, ont été à un prix plus attractif.
En attendant, il y a une vente des agrumes, et des fleurs, qui a déjà commencé. Dans la limite des stocks disponibles il faut se rendre, pour en acheter, à l’entrée sud des Jardins Biovès mercredi 4 mars de 9h à 12h et de 13h30 à 16h30 (1,50€ les 3kgs d’oranges ou de citrons 6€ la caisse de fleurs).
La revente concerne les fruits qui ont conservé un aspect suffisamment satisfaisant après leur utilisation décorative. Elle permet de limiter les pertes, même si les agrumes ont été exposés aux conditions météorologiques et aux manipulations du public.
Des fruits très sollicités pendant plusieurs semaines
Les fruits exposés subissent, après avoir été bien manutentionnés entre les mains des petites mains de la fête, le soleil, la pluie, le froid plus ou moins intense et la palpation des touristes ou des habitants lors des corsos. Tout cela près d'un mois, le temps nécessaire à la mise en place de structures. Forcément moisissures et pourriture atteignent certains fruits.
"Chaque char est habillé de près de 3,5 tonnes de fruits. Lorsqu'ils sont abîmés au fil des 15 jours de festivités, ils sont changés et remplacés. Quasiment tous les matins on enlève ce qui est abîmé et qui se trouve a porté de mains. Le soir, quand il n'y a pas de corso, on change à la nacelle c’est-à-dire en hauteur."
Plus de 3 tonnes d'agrumes pour chacune des structures et pour chaque char, et 1000 000 élastiques pour assembler et lier les fruits.
Les fruits sont donc régulièrement inspectés. Ceux qui sont trop abîmés sont retirés pendant la fête, tandis que ceux qui restent en bon état peuvent être séparés des armatures à la fin de la manifestation et proposés à la vente.

Les agrumes impropres à la vente sont compostés
Claire Serano est maître composteur, un de ces nouveaux métiers d’avenir dont l’objectif est de rendre à la terre, en proximité. Elle a initié avec l’association Terres en Compost un partenariat avec la ville de Menton : "On est une structure de l’économie sociale et solidaire et notre objectif c’est de favoriser le compostage de proximité. On s’est donc mis en partenariat avec l’office du tourisme de la ville de Menton pour récupérer et pour composter une partie des agrumes".
L’association a un terrain de quatre hectares situé à Menton sur lesquels plus de cinq tonnes de citrons et d’oranges ont déjà été répandues.
Dans une phase de décomposition, on s’appuie sur le vivant, les bactéries, les micro-organismes, la macrofaune qui vont décomposer le chimique afin de rendre à la terre ce qui lui a été prélevé.
Les citronniers ont poussé dans le sol et fabriqué des fruits qu’on va rendre à la terre dans une sorte de redistribution. Les études scientifiques montrent qu’en s’appuyant sur la faune et la microfaune tout se dégrade. Il n’y a plus rien derrière parce que tout a été dilué.
Une valorisation de proximité
La notion de proximité joue un rôle très important dans cette revalorisation des agrumes. "On a surtout récupéré ce qui venait des chars pour le moment parce qu’à chaque fin de corso, on enlève les fruits abîmés et on en remet des sains. Comme la ville est en phase de démontage, on va voir combien, ils peuvent encore nous en amener. Notre grosse contrainte reste la qualité c’est-à-dire une exigence de limitation du sable, du polystyrène et tout ce qui sert, d’une manière générale, dans la décoration."
Le broyat d'arbres est indispensable au cycle du compostage car il sert à équilibrer la matière.
Un thermomètre avec une sonde pour que la température soit prise à cœur et puisse démontrer l'activité bactérienne du tas.
Claire Serano est maitre composteur. Elle a déjà récupéré plus de 5 tonnes d'agrumes depuis la fin de la fête des citons.
Cela fait 10 jours que Claire Serano est sur le pont comme elle dit. Elle ne fait que ça, intensément, explique-t-elle en déplorant que les gens ne se rendent absolument pas compte de cette somme de travail après la fête.

Pourquoi tous les agrumes ne peuvent-ils pas être réutilisés ?
La ville de Menton le démontre chaque année après les festivités carnavalesques. en partie. En toute petite seulement car la plupart des beaux fruits dores qui ont fait le ravissement des visiteurs finiront à la déchetterie dans les bacs verts.
Les fruits exposés sont soumis à des contraintes qui les rendent progressivement impropres à la consommation. Les moisissures et la pourriture touchent certains agrumes, tandis que les autres peuvent contenir du sable, du polystyrène ou des éléments utilisés pour la décoration.
La qualité des fruits récupérés constitue donc une contrainte essentielle pour le compostage. Les agrumes doivent être séparés des matériaux décoratifs avant d’être répandus sur le terrain de l’association.
D’où viennent les citrons des chars ?
Le citron de Menton est un produit rare dans sa qualité et dispose d’une indication géographique protégée (IGP). La totalité de la production mentonnaise serait très insuffisante pour réaliser les compositions d’agrumes qui font la renommée de la fête.
Chaque année ce sont quelque 120 à 140 tonnes d'agrumes qui arrivent d'Espagne qui vont servir de matière première à ce carnaval pas comme les autres. Cette année c'est très exactement 124,8 tonnes qui ont été commandes, essentiellement des régions de Murcia et de Valence. Pour le reste, il a fallu compter sur des agrumes en provenance du Portugal et de Egypte.
Quand, après marché public un grossiste est choisi, c'est à lui de trouver les fruits.
Caroline Gervais est la directrice des parcs et jardins de Menton : "J’essaye de commander au plus juste, mais je n’ai pas le droit d’en manquer et généralement, il m’en reste un peu. J’estime au mieux pour ne pas faire de dépenses inutiles et c’est stressant même si, quand il en reste, ce n’est pas perdu puisque c’est revendu à prix modique. "
Les citrons et oranges utilisés pour la Fête proviennent donc d’Espagne, garantissant ainsi une abondance d’agrumes sans compromettre ce joyau local.
Le Citron de Menton, un fruit protégé et emblématique
Une jolie légende est attachée à l’origine de la ville et de son symbole, le citron : Eve, chassée du paradis terrestre avec Adam, en emporta un fruit d’or. Adam, redoutant la colère divine, lui demanda de jeter ce fruit. Après avoir franchi des montagnes, des vallées et des plaines, ils aperçurent la baie de Garavan. Le golfe, la douceur du climat, la végétation luxuriante. tout rappelait à Eve la douceur de l’Eden. Elle y enterra le citron. En ce lieu naquit un petit paradis, Menton.
Le Citron de Menton a obtenu la reconnaissance de sa spécificité et de son excellence par un indice géographique protégé. Cet agrume est devenu pour Menton et les communes de l’IGP un élément incontournable de son histoire et de son patrimoine.
Le citron de Menton, aussi emblématique soit-il, est une denrée rare et précieuse, protégée par une Indication Géographique Protégée (IGP) depuis 2015. Cultivé en petite quantité, il est réservé à la gastronomie de prestige.
Constitué de cinq variétés différentes, le Citron de Menton IGP est cultivé sur des vergers communaux et des terrains privés. Très parfumé, il est récolté à la main et ne subit aucun traitement chimique ni enrobé d’aucune cire.
Une production locale insuffisante pour les décors
Les agrumes sont cultivés par les agents municipaux au sein du jardin du palais de Carnolès et du verger de la Casetta ; acquise par la municipalité à la fin des années 50, cette terre profite d’une situation géographique exceptionnelle de par la douceur du climat du quartier de Garavan.
Elle est aujourd’hui constituée de quelque deux-cent-cinquante arbres, d’une centaine de variétés d’agrumes dont celles qui forment le label IGP : Citrus limon, Eureka, Adamo, Cerza, Santa Teresa ainsi que de la variété dénommée localement Menton.
Le Citron de Menton IGP est donc distinct des agrumes importés utilisés pour les décors. Les fruits de la fête répondent d’abord à un besoin de volume, alors que le citron local est produit en quantité limitée et valorisé pour ses qualités propres.
Une tradition liée à l’histoire de Menton
Du XVIème siècle à nos jours Menton sort du Moyen-âge en créant une économie moderne basée sur le citron qui va perdurer jusqu’à la fin du XIXe siècle. La « Riviera » dénommée Côte d’Azur par Stéphen Liégeard en 1887, l’essor du chemin de fer et la station climatique lancée par le docteur James Henry Bennett marquent en effet le déclin de « Menton pays des fruits d’or ».
Le tourisme prend alors le pas sur l’agrumiculture, la spéculation foncière faisant vendre les terres agricoles au profit de somptueux hôtels et villas.
Au XVe siècle, l’économie mentonnaise est basée sur la culture des céréales, des vignes et des figuiers. Il faut attendre les premières années du siècle suivant pour que disparaisse peu à peu cette culture de type médiéval au profit de celle des agrumes.
L’aventure commerciale démarre au XVIIe siècle : les princes de Monaco en fixent un cadre juridique et le terroir agricole mentonnais devient alors le centre de l’activité économique de la Principauté.
De l’ingrédient de cuisine au produit de luxe, ce fruit aura permis à la cité de se développer de façon grandiose jusqu’à devenir le centre de l’activité économique et le premier port de la Principauté !
Une réglementation ancienne du commerce des citrons
L’agrumiculture mentonnaise prend peu à peu une telle ampleur qu’en 1626, sous le règne d’Honoré II Grimaldi, la vente des citrons est réglementée et son prix fixé en 1655.
Sept ans plus tard, une loi interdit de faire paître le bétail auprès des citronniers et d’en cueillir les fleurs sous peine de devoir payer un écu d’or.
Avec son climat exceptionnellement doux, Menton possède un terroir qui convient parfaitement au citron. Devant cette évidence, Louis 1er, petit-fils d’Honoré II, va fonder le Magistrat des citrons : un conseil de dix-huit membres (dont Adhémar de Lantagnac et Honoré de Monléon) qui sera chargé de la surveillance de sa cueillette et de son commerce.
En 1683, ce dernier instaure un règlement pour le pâturage des bêtes ainsi qu’une première Police du citron dont la mission est de veiller sur les muletiers et les bateliers. Puis en 1693, Louis 1er fait réaliser les fameux anneaux de fer pour calibrer les fruits.
De la culture agricole à la Fête du Citron
A l’époque où les hivernants venaient oublier l’hiver sous le doux climat de la Côte d’Azur, des hôteliers mentonnais proposent à la municipalité d’organiser un défilé pour animer la ville et divertir leur riche clientèle.
Nous sommes en 1875, et la première parade séduit d’emblée les Mentonnais, les artistes et les habitués des palaces en quête d’amusement pendant les mois les plus frais.
Il faudra attendre 1929 pour que le citron rejoigne le spectacle. Cette année-là, un hôtelier organise une exposition d’agrumes et de fleurs dans les jardins de l’hôtel Riviera.
Le succès est tel que la fête descendra dans la rue l’année suivante : on y verra défiler des chariots plantés d’agrumes évoluer avec de charmantes Mentonnaises. La couleur locale de l’événement s’est finalement imposée d’elle-même.
En 1934, la municipalité lui donnera le nom de Fête du Citron® qu’on lui connait encore aujourd’hui.
Une organisation considérable
Depuis 1934, lors de la deuxième quinzaine de février, Menton accueille un événement à la renommée internationale : la Fête du Citron®. Ce spectacle vivant rassemble tous les ans 200 000 personnes autour d’un thème renouvelé annuellement.
La Fête du Citron® accueille 200 000 visiteurs sur l’ensemble de la manifestation. Ce sont pas moins de 300 professionnels qui sont mobilisés pour son organisation.
Pour répondre au besoin de la fête, 112 tonnes d’agrumes sont acheminées d’Espagne et 1 000 000 d’élastiques sont nécessaires.
Et enfin, 15 tonnes de métal sont forgées pour les armatures des chars.
Pas moins de 150 tonnes d'agrumes sont réquisitionnées et fixées une à une à l'aide de 750 000 élastiques. Un travail de patience et de précision, réalisé par des décorateurs chevronnés et de nombreux bénévoles passionnés.
Au total, c'est près de 20 000 heures de travail pour donner vie aux 10 chars et aux 7 scènes majestueuses exposées dans les Jardins Biovès.
Le compostage peut-il devenir une solution durable ?
Si l'expérimentation de cette grande première est concluante, la Fête du Citron de Menton devrait continuer les prochaines années à valoriser ses déchets d'agrumes de cette façon, peut-être en améliorant la logistique.
Le compostage permet de réintroduire une partie des agrumes dans un cycle naturel. Les fruits ne sont alors plus considérés comme de simples déchets après le démontage des chars, mais comme une matière organique pouvant retourner au sol.
Cette valorisation dépend néanmoins de la collecte, du tri et de l’élimination des éléments étrangers issus de la décoration. Le travail commence donc dès le retrait des fruits sur les structures et se poursuit jusqu’à leur traitement sur le terrain de compostage.