La France accueille pour la cinquième fois les Mondiaux de ski nautique, du 3 au 10 septembre à Choisy-le-Roi. L’ancien champion Patrice Martin, président de la Fédération française, défend sa discipline. En 1949, Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes) accueillait les premiers championnats du monde de ski nautique. Soixante-huit ans plus tard, les meilleurs spécialistes de la discipline se retrouvent pour la 35e édition des Mondiaux… en banlieue parisienne.
Le plan d’eau du parc interdépartemental des sports de Paris Val-de-Marne, situé sur la commune de Choisy-le-Roi, est moins enchanteur que la côte d’Azur, mais témoigne d’une volonté d’ouverture de ce sport en direction des centres urbains. Douze fois champion du monde, dont la première fois à seulement 14 ans en 1979, Patrice Martin, aujourd’hui président de la Fédération française de ski nautique et de wakeboard, défend l’universalité de son sport et rêve de le voir entrer au programme olympique.
Pourquoi organiser les Mondiaux en banlieue parisienne et quel en est l’esprit?
Pourquoi avoir choisi d’organiser ces Mondiaux de ski nautique en banlieue parisienne ? L’idée était que la Fédération organise la compétition sur un plan d’eau proche d’une grande ville, dans un lieu facilement accessible en transports en commun et adaptable au ski nautique. Il y a deux ans, nous nous étions fait la main lors des championnats d’Europe et la Fédération internationale de ski nautique (IWWF) a pensé que nous étions capables d’organiser les Mondiaux à Choisy-le-Roi. Cela rejoint ma vision du développement de notre sport, qui passe par un renforcement de la promotion et de la médiatisation de nos grandes compétitions.
Cent cinquante-quatre athlètes issus d’une trentaine de pays participent à la compétition. Le ski nautique est-il un sport universel ? C’est, en tout cas, un record de participation. Nous avons 84 fédérations affiliées à l’IWWF. Je suis un défenseur de l’universalité du sport. Je pense donc que le virage développé depuis quelques années, qui consiste à se doter de bateaux et de moteurs toujours plus performants, équipés de régulateurs de vitesse dernier cri, n’est pas le bon. Dans les années 1980, on allait dans la direction inverse grâce à des engins qui consommaient moins, faisaient moins de vagues et étaient moins destructeurs pour les berges.
Si l’on continue cette course à l’armement, des pays comme la Malaisie ou l’île Maurice, par exemple, ne pourront pas suivre. Et cela avantage en compétition ceux qui ont les moyens de s’entraîner durant l’année sur ces bateaux ultramodernes. Le ski nautique regroupe trois disciplines : le slalom, le saut et les figures. Pouvez-vous nous les présenter ? En slalom, le skieur doit effectuer une série de virages entre des bouées. Il y a en six au total. Sur le trajet retour, on augmente la vitesse progressivement jusqu’à un maximum de 55 km/h pour les femmes et 58 km/h pour les hommes. Et, pour corser la chose, on diminue au fur et à mesure la longueur de la corde. On part de 18,25 m pour arriver - pour les meilleurs - autour de 10,25 m. Le record du monde est de deux bouées et demie passées avec une corde de 9,75 m. L’épreuve des figures se déroule sur deux parcours de vingt secondes et se rapproche du patinage artistique : le skieur présente des figures qui rapportent un certain nombre de points, en fonction de leur degré de difficulté. Il les choisit dans un panel homologué et ne peut pas les doubler sur un même parcours. Les juges valident ou non chaque mouvement à la majorité. Le saut se réalise sur un tremplin. Il faut aller le plus loin possible, atterrir sur les skis et finir en tenant la corde. Enfin, il existe une épreuve combinée, qui désigne le skieur le plus complet.
Peut-on véritablement parler d’un équilibre des forces en compétition
La France a-t-elle les moyens de gagner le classement par équipes ? Lors des derniers Mondiaux, les Canadiens l’ont emporté devant les Etats-Unis et la France. Les Australiens étaient quatrièmes et les Biélorusses cinquièmes. Notre concurrent en Europe est la Biélorussie, que l’on ne bat pas à chaque fois. Cinq nations sont dans un mouchoir de poche. Ici, nous avons l’avantage du terrain car nous nous sommes entraînés plus longtemps que les autres. On connaît les particularités du plan d’eau, pas aussi protégé que certains autres spécifiquement conçus pour le ski nautique. Mais un champion doit s’adapter et être réactif. Autant on imagine aisément pourquoi les Américains et les Australiens sont parmi les meilleurs mondiaux, autant les performances des Biélorusses interpellent…
C’est une tradition soviétique, notamment, au départ, chez les femmes. L’élite du ski nautique était basée à Minsk. Il y a eu aussi dans les années 1980, et encore un peu dans les années 1990, des échanges avec des entraîneurs français qui se sont rendus sur place. Les Biélorusses étaient bons dans l’épreuve des figures et ils sont devenus complets en développant peu à peu le saut et le slalom. Un autre pays de l’Est arrive sur la scène internationale : l’Ukraine gagne beaucoup de titres dans les catégories de jeunes.
Réalisme et ambitions olympiques
Vous dites parfois que le fait de ne jamais avoir participé aux Jeux olympiques comme athlète ne constitue pas un regret personnel. En tant que président de fédération, vous vous battez pour que le ski nautique intègre le programme olympique. Est-ce réalisable ? Il faut toujours avoir des objectifs. Ce n’est pas parce que je n’ai jamais participé aux Jeux en tant que sportif que le rêve n’est pas toujours là. Ce serait une très belle réussite que d’y aller en tant que président de fédération. Nous avons été sport de démonstration en 1972 à Munich. Nous avons été sur la short list des sports susceptibles d’intégrer les Jeux en 2016 et en 2020. Sans succès, mais cela prouve que nous figurons parmi les sports auxquels le CIO réfléchit. Pourquoi pas pour les Jeux à Paris en 2024 ?
Quels sont vos atouts ? Il faut se demander ce que l’on peut apporter aux Jeux. Nous pensons que la discipline la plus adaptée au programme olympique est le wakeboard câble. Cette glisse nautique urbaine est plus vendeuse pour le CIO. Mais ça donnerait un coup de projecteur à l’ensemble des disciplines.
- Anthony Hernandez
- Patrice Martin: Parcours et pouvoir d’influence
Passer d'un statut d'athlète à celui de président de fédération n'est jamais facile. Pourtant, Patrice Martin a affronté la vague presqu'aussi facilement que lorsqu'il enchaînait les figures en compétition. « Le petit Prince », présent à Éguzon jusqu'à ce soir, se félicite de l'organisation du championnat d'Europe en France et voit même plus loin.
Il y a plus de 20 ans que la France n'avait pas accueilli de championnat d'Europe. Qu'est ce qui a fait pencher la balance ? « Cela fait plusieurs années qu'Éguzon accueille une manche de Coupe d'Europe, c'était une suite logique. On y pense depuis quelque temps, on discute beaucoup avec Richard (Hernaez), qui est devenu un ami. On savait qu'il fallait absolument deux sites pour pouvoir mettre en place cette compétition. Dans le cahier des charges de l'organisation du championnat d'Europe, il faut proposer au moins deux parcours différents, ce n'était pas possible à Éguzon. C'est pour cela qu'on s'est tourné vers Vichy. »
Bientôt un championnat du monde ? Cette co-organisation est-elle inédite ? « Cela se fait quelquefois, mais c'est assez rare. Il y a un côté original qui ravit les participants On a choisi Vichy pour la proximité, mais aussi parce que ce fut un haut lieu du ski nautique. En 1963, le championnat du monde de ski nautique y avait été organisé, la Rotonde du lac a d'ailleurs été créée pour ça. Comme tous les clubs, Vichy a fonctionné par cycles, avec des périodes fastes et d'autres plus creuses. Il y a eu un nouveau départ dans les années 1980, avec en point d'orgue le championnat du monde de ski de vitesse en 1993, puis c'est à nouveau retombé. Il manquait un nouveau souffle, il y a une nouvelle équipe de dirigeants depuis quatre ans, mais c'était difficile de se lancer. »
Comment se sont passés les premiers jours de compétition ? « Tout s'est parfaitement déroulé, cette organisation permet de lancer une dynamique. Désormais, on peut voir plus loin : pourquoi pas accueillir un nouveau championnat d'Europe, voire même un championnat du monde ? Le ski de vitesse n'est pas forcément la pratique la plus répandue, le ski nautique reste la discipline historique, mais les courses existent depuis les années 1970. La fédération regroupe de nombreuses disciplines : le ski nautique, le wakeboard, mais aussi ce qu'on appelle les disciplines associées, comme le ski de vitesse, le barefoot (pieds nus sans skis) ou le kneeboard (à genoux sur une planche). Il y a aussi toute la partie handiski qu'on essaie de développer. Le but est de faciliter l'accès de notre sport au plus grand nombre. »
Vous disposez d'un palmarès impressionnant. C'est plus facile quand on devient président ensuite ? « Ce n'est pas parce qu'on a été un bon athlète qu'on est forcément un bon président. Nul n'est prophète en son pays, mais je m'appuie quand même sur mon expérience, en essayant de corriger certains obstacles auxquels je me confrontais quand j'étais athlète. Il faut faire comprendre aux licenciés qu'il y a un cadre à ne pas dépasser dans leur pratique. La nouvelle génération a globalement bien intégré les règles. »
Il y a encore quatre ans, vous aviez réalisé un show nautique sur le lac d'Éguzon. Vous skiez toujours ? « Je n'ai plus vraiment le temps de pratiquer et j'ai décidé depuis cette année de ne plus en faire. À chaque fois, j'étais frustré, à mon âge, je ne peux que régresser. Je me consacre à accompagner les dirigeants. Je m'occupe aussi de mes enfants, j'ai notamment une fille qui fait de la danse sur glace à haut niveau. Je cours un peu, mais généralement, c'est pour aller d'un rendez-vous à un autre ! »
Après deux jours de relâche, la compétition reprend ses droits aujourd'hui, à Éguzon, pour la 3emanche des championnats d'Europe de ski de vitesse. A partir de 11 h, les skieurs vont se succéder sur le lac. > 11 h : Eurokids A et B. > 13 h : Juniors et Formule 3 hommes. > 14 h 30 : Formules 1, 2 et 3 femmes et vétérans > 16 h : Formules 1 et 2 hommes.
Patrice Martin affirme: « Oui, car en tant que président de la fédération, c’est bien d’être sur tous les championnats de France, même s’il faut jongler avec les autres compétitions. Je mets un point d’honneur à venir voir les organisateurs, les sites, et remercier ceux qui s’engagent, les bénévoles, les travailleurs de l’ombre qui font qu’une discipline arrive à se développer et à intéresser. »

La suite du texte évoque des échanges historiques et des perspectives sur la relève, le développement du sport et son intégration possible dans le paysage olympique, tout en mettant en lumière les valeurs de convivialité et d’accompagnement autour des jeunes talents.
4 disciplines:slalom saut wake board figures
JHM : Le ski nautique et le wakeboard ne seront pas aux Jeux de Paris 2024. P. M. : « Ma déception, elle l’était quand j’étais athlète. J’aurais rêvé de participer aux Jeux. On m’y a fait croire des années et des années… En tant que dirigeant, Paris 2024, cela aurait pu être un vrai coup de flash sur notre discipline. Mais lors de la présentation que l’on a fait à Paris 2024, j’ai dit que le plus important, pour nous, ce n’est pas d’être aux Jeux, c’est d’avoir un programme de développement de notre discipline. Comment j’intègre ma discipline dans la société ? Comment j’intéresse les jeunes à venir dans notre discipline ? Ce n’est pas que du sport, mais une école de la vie. Peut-être que demain, ils se rendront compte que finalement, notre discipline s’intègre pleinement à l’olympisme. Peut-être que demain, le CIO se rendra compte que le ski nautique et le wakeboard naviguent en parallèle avec le CIO et qu’ils se diront “il faut qu’on les embarque avec nous” .
Pour avoir un bon essai, il faut le faire dans de bonnes conditions. C’est une discipline d’été, il ne faut pas l’essayer en novembre ! Que l’on aime l’eau ou pas, ce n’est pas un problème. Il faut juste accepter l’eau et être à l’aise dedans. Le plaisir de la glisse est important. Tout le monde fait de la course à pied, mais glisser sur l’eau, faire des figures, ce n’est pas tout le monde qui le fait. Les jeunes doivent sensibiliser leurs copains en étant fiers de faire quelque chose que tout le monde n’a pas essayé.
12 fois champion du Monde, 34 fois champion d'Europe et 26 records du Monde, Patrice Martin est l'un des français les plus titrés de l'histoire du sport. Pour Jurisportiva, il retrace sa carrière de sportif professionnel, témoigne de ses expériences en tant que Président de la Fédération Française de Ski Nautique et Wakeboard depuis 2009 et Vice-Président du Comité National Olympique Sportif (CNOSF). Enfin, le nantais de naissance livre son analyse sur la crise actuelle que traverse le sport français ainsi que les transformations nécessaires pour pérenniser ce dernier. Entretien. Bonjour Monsieur Martin, pouvez-vous retracer brièvement votre carrière de sportif ?
Je m’appelle Patrice Martin, je suis un ancien athlète de haut-niveau en ski nautique. J’ai été 12 fois champion du monde, 34 fois champion d’Europe, ai gagné 6 fois les Jeux Mondiaux et battu 26 records du monde. J’ai commencé le ski nautique dans les années 70 et j’ai terminé ma carrière dans les années 2000. J’ai commencé très jeune, en effet, j’ai été champion du monde pour la première fois à l’âge de 15 ans. Durant mon enfance, j’ai suivi un cursus scolaire tout à fait normal, il n’y avait pas de sport étude à mon époque. À 20 ans, on m’a proposé un contrat qui me permettait de m’insérer professionnellement tout en continuant la pratique de mon sport. J’ai d’abord travaillé à la Banque de France, j’ai ensuite changé de secteur depuis.