Dans les années 1970, le bon point perd du terrain à l’école française, car les distinctions scolaires et les systèmes de comparaison entre élèves sont progressivement remis en cause. En 1969, le ministère de l’Éducation décide de supprimer tout système de comparaison entre les élèves.
Dans ce contexte, les bons points, critiqués par les pédagogues, perdent du terrain. Ils restent toutefois associés à une longue tradition scolaire de récompenses matérielles, de classement des élèves et d’encouragements fondés sur le mérite.
Une récompense scolaire née au XIXe siècle
Si les punitions sont vieilles comme l'école, les récompenses, elles, sont plus récentes. Sous la forme essentiellement de bons points, elles ne sont apparues qu'en 1815, à la fin du Premier Empire et au début de la Restauration.
«C'est une idée portée alors par les libéraux», décrypte Claude Lelièvre, historien de l'éducation. Cette politique d'encouragements s'inscrit dans le cadre de l'école dite «mutuelle».
Cette méthode d'instruction, importée de Grande-Bretagne, est orchestrée par un seul maître par établissement qui, juché sur son pupitre, fait cours devant quelque 150 enfants. Il s'appuie sur des moniteurs, les élèves les plus âgés et les plus instruits qui épaulent leurs camarades plus jeunes.
Le bon point comme monnaie d’échange
«Les bons points servent de monnaie d'échange, indexés sur des biens matériels et peuvent se transformer en ardoises, petits couteaux. » précise le spécialiste. Ils sont aussi parfois utilisés pour «payer» une punition.
Le bon point n’est donc pas seulement un signe de satisfaction du maître. Il peut donner accès à une récompense concrète et s’inscrire dans une véritable échelle d’échanges scolaires.
Les bons points sous la IIIe République
A la fin du XIX e siècle, l'école républicaine de Jules Ferry glorifie les distinctions en tous genres. Les fameux petits coupons sur fond vert rassemblés dans une «boîte à bons points» permettent de récompenser les élèves méritants.
Dix bons points valent une image représentant un animal ou un paysage, dix images généralement un livre ou un petit cadeau. Le système repose ainsi sur une succession de récompenses : le bon point, l’image, puis un objet ou un livre.
Mais le maître n'hésite pas à piocher dans les réserves du gamin dissipé ou cancre d'un jour. Dans certaines écoles, il peut distribuer des «mauvais points» qui, quand ceux-ci deviennent trop nombreux, conduisent à une privation de «récré», une mise au piquet voire au port du bonnet d'âne.
Un système associé aux distinctions et au classement
C'est aussi l'époque de la croix d'honneur ou croix de mérite épinglée chaque semaine sur la blouse du meilleur élément de la classe comme du tableau d'honneur placé dans le hall d'entrée de l'établissement sur lequel figurent celles et ceux ayant obtenu les meilleures notes.
Le bon point appartient donc à un ensemble plus vaste de pratiques destinées à distinguer les élèves. La récompense individuelle peut prendre la forme d’un coupon, d’une image, d’un livre, d’une décoration portée sur la blouse ou d’une inscription au tableau d’honneur.
| Élément | Fonction |
|---|---|
| Bon point | Récompenser un élève méritant |
| Image | Récompense obtenue après dix bons points |
| Livre ou petit cadeau | Récompense généralement obtenue après dix images |
| Mauvais point | Sanctionner un comportement jugé fautif |
| Croix d’honneur ou croix de mérite | Distinguer chaque semaine le meilleur élément de la classe |
| Tableau d’honneur | Présenter les élèves ayant obtenu les meilleures notes |
Pourquoi le bon point recule à partir de 1969
En 1969, ces distinctions sont abandonnées, le ministère de l'Education ayant décidé de supprimer tout système de comparaison entre les élèves. Cette décision modifie le cadre dans lequel les bons points avaient longtemps été utilisés.
Dans ce contexte, les bons points, critiqués par les pédagogues, perdent du terrain. Dans les années 70, ils ne représentent donc plus le modèle officiel et dominant de la récompense scolaire qu’ils avaient pu incarner auparavant.
Les critiques pédagogiques
«Ils ont toujours eu des détracteurs. Certains considèrent que c'est l'institution elle-même qui doit être valorisée, qui est valorisante et qu'on n'a pas besoin d'artifices. Selon eux, la vraie récompense, c'est d'être instruit», retranscrit Claude Lelièvre.
Cette critique oppose deux conceptions de l’école. La première s’appuie sur des récompenses visibles et matérielles, tandis que la seconde considère que l’instruction elle-même doit constituer la principale récompense de l’élève.
