Cérémonie d’abolition de la peine de mort : enjeux, histoire et mobilisation internationale

La cérémonie d’abolition de la peine de mort s’inscrit dans un combat pour la dignité humaine, la justice et la reconnaissance de la valeur irréductible de chaque vie. En France, l’abolition totale de la peine capitale a été adoptée en 1981 sous l’impulsion de Robert Badinter, puis inscrite dans la Constitution en 2007.

À l’échelle internationale, les cérémonies et congrès abolitionnistes réunissent responsables politiques, magistrat·es, avocat·es, diplomates, organisations de la société civile, universitaires, artistes, jeunes militant·es et témoins direct·es de la peine de mort. Ces rencontres rappellent que l’abolition progresse, mais qu’elle demeure un combat actuel dans les pays où les exécutions et les condamnations capitales subsistent.

La peine de mort et le sens de l’abolition

La peine de mort ou peine capitale consiste à exécuter une personne qui a été reconnue coupable d'une faute qualifiée de crime. La sentence est généralement prononcée à l'issue d'un procès.

On a longtemps pensé que la peine de mort était indispensable pour la sécurité de la société. Depuis des siècles, la peine de mort accompagne l'histoire des Hommes. Elle a été présentée comme une nécessité, comme une justice, parfois comme une protection, mais nous savons qu'il n'en est rien.

La peine de mort, c'est d'abord un silence, celui que décrit Hugo et beaucoup d'autres, celui qui suit le prononcé de la sentence, chape de plomb froide qui s'abat sur l'individu et assassine déjà une part de son humanité. La peine de mort, c'est ensuite une attente. Cette attente du condamné qui vit ses derniers jours, parfois nombreux, le corps et l'esprit enchaînés à une seule et même pensée, terrible, insoutenable, incommensurable : la mort.

La deuxième chose fondamentale à mes yeux, c'est qu'au fond l'abolition, c'est la reconnaissance de la dignité humaine, c'est le fait que quoi que l'un ou l'une d'entre nous ait pu faire, nous n'avons pas le pouvoir de lui nier cette appartenance à notre humanité.

Nous pouvons le punir, nous devons le punir. Nous devons contribuer à la restauration des droits de la victime, de ses ayants droit, de sa famille. Nous devons le punir pour lui faire comprendre, porter réparation au nom de la société, mais nous n'avons pas le droit de lui enlever cette appartenance à l'humanité.

La peine de mort n'est pas efficace, contrairement à ce qu'on nous dit, la peine de mort est une négation de l'humanité et du principe de dignité humaine qui est en chacun de nous.

La cérémonie d’ouverture du 9e Congrès mondial contre la peine de mort

Réuni·es pendant trois jours à Paris, plus de 1 300 acteur·ices venu·es d’une centaine de pays à travers le monde ont réaffirmé que, malgré la recrudescence des exécutions dans certains États, la dynamique mondiale reste celle de l'abolition.

Organisé par Ensemble contre la peine de mort (ECPM), sous le parrainage de la France, pays hôte du Congrès, de l’Union européenne et de la Suisse, l’événement a réuni responsables politiques de haut niveau, magistrat·es, avocat·es, diplomates, expert·es internationaux, organisations de la société civile, universitaires, artistes et témoins direct·es de la peine de mort.

Pendant trois jours, les participant·es ont échangé sur les grands enjeux contemporains : résurgence des exécutions, narcotrafic, discriminations, justice, impact socio-économique, rôle du pouvoir judiciaire, tout en donnant une place centrale aux témoignages, à la culture et à la jeunesse.

« Malgré les crises et les tentatives de retour en arrière, ce Congrès montre une réalité incontestable : l’abolition progresse. Les acteurs de la justice, les gouvernements, les institutions internationales, la société civile et les jeunes sont toujours plus nombreux à faire de la peine de mort un sujet du passé. »

Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur général d’ECPM

Cérémonie d’ouverture congrès abolition peine mort

Une mobilisation internationale ouverte à la jeunesse

Cinquante jeunes ambassadeur·rices venus de 30 pays ont participé aux travaux du Congrès aux côtés de nombreux collégien·nes, lycéen·nes et étudiant·es français·es, illustrant la volonté de transmettre les valeurs abolitionnistes aux nouvelles générations.

La bataille pour l’abolition, parce que c’est une bataille pour la dignité humaine, est éminemment contemporaine. Parce qu’aujourd’hui, dans nos sociétés, ce débat revient. Parce qu’aujourd’hui, dans nos sociétés, beaucoup se remettent à penser que la peine de mort serait une réponse, dans une confusion des principes et du langage.

Je le dis aux plus jeunes qui sont nés, c'est une chance, dans des pays où l'abolition était déjà là, qui n'ont pas eu à vivre ces débats et qui pourraient penser au fond que c'est de toute évidence, comme tous les combats pour les droits humains. C’est le fruit de luttes et ces luttes sont toujours à reprendre.

Jeunes ambassadeurs contre peine mort

Le soutien de la France à l’abolition universelle

En marge du Congrès, le Président de la République français, Emmanuel Macron, est venu saluer les participant·es et rappeler que « La bataille pour l’abolition, parce que c’est une bataille pour la dignité humaine, est éminemment contemporaine », réaffirmant ainsi l’engagement de la France en faveur de l’abolition universelle.

En accueillant aujourd'hui le 9e Congrès mondial contre la peine de mort, la France retrouve au fond un rendez-vous qu'elle avait contribué à inaugurer à Strasbourg il y a 25 ans avec le tout premier Congrès. Elle continue d'être aux côtés de celles et ceux qui se battent pour l'abolition.

La France, l'Europe, de nombreux États à travers le monde, dont je veux ici saluer l'engagement et les représentants, ont endossé ce combat, continuent à le faire, il est essentiel.

La France reste à la pointe du combat pour l’abolition universelle et engagée, avec ses partenaires européens, aux côtés des organisations internationales et des organisations de la société civile qui militent au service des valeurs de la communauté abolitionniste.

Pourquoi l’abolition est présentée comme un impératif démocratique

Nous avons appris et compris qu'une démocratie pouvait se montrer inflexible à l'égard du crime sans pour autant renoncer à l'humanité, sans pour autant, au fond, devenir ce qu'elle combat.

Aucun peuple ne transforme ses représentations de la justice en un jour. La peine de mort, je le dis ici avec beaucoup d'humilité devant plusieurs femmes et plusieurs hommes qui ont vécu ces situations. C'est toujours le fruit d'un débat profond, parfois douloureux, traversant nos sociétés, nos consciences, nos convictions les plus intimes.

La peine de mort n'a jamais rendu une société plus sûre. Jamais. Parce qu'elle ne dissuade pas. C'est faux. Ça a été montré, observé, mesuré.

La peine de mort n’a et n'a jamais eu la valeur dissuasive que certains pouvoirs, souvent autoritaires, qui la défendent voudraient lui accorder. Elle peut être une arme, elle n'est jamais un bouclier.

Il y a en quelque sorte une trahison de ce que nous sommes et de ce que sont nos sociétés démocratiques dans la peine de mort, en ce qu'elles viennent d'une part nier la dignité de l'autre, ce qui nous est interdit, mais en ce qu'elles pensent qu'on peut chasser le mal de la société.

Être une démocratie, c'est construire la possibilité de prendre des décisions ensemble, de donner des représentations, de prendre des lois, de prendre des décisions, mais c'est reconnaître la part de tous au sein d'une société démocratique, la part de chacun, et d'accepter qu'on ne chasse pas le mal qui est le nôtre hors de notre société.

On le contraint, on le réduit, on le sanctionne, on le prévient par l'éducation, parfois par le soin, mais on ne peut pas le chasser et le nier, et en aucun cas la peine de mort véritablement ne le supprime.

L’abolition de la peine de mort en France

À partir de 1700, la peine de mort est remise en question par des intellectuels, philosophes, juristes et hommes politiques. Ils veulent l’interdire totalement.

En 1848, sous la IIème République, la peine de mort pour les crimes politiques est abolie : on ne peut plus condamner à mort pour un crime politique. En 1981, sous la Vème République, la peine de mort est totalement abolie.

Une majorité de nos compatriotes était encore en effet opposée à l'abolition quand, le 18 septembre 1981, l'Assemblée nationale adoptait la loi portant abolition de la peine de mort, initiative alors portée par le garde des Sceaux Robert Badinter, soutenu dès sa campagne par le Président François Mitterrand.

L’abolition de la peine de mort a été portée par Robert Badinter bien avant son arrivée à la Chancellerie. L’exécution en 1972 de son client Roger Bontems, condamné pour prise d’otages et complicité d’assassinats, est un moment décisif dans ce qui devient le combat de sa vie.

« J’ai mené jusqu’à la guillotine un homme qui n’avait jamais tué. Quand je suis sorti de là, je me suis juré que je n’accepterai jamais plus une justice qui tue. »

Robert Badinter dans "Les Repères de l’histoire", diffusée le 7 octobre 2001 sur France 5

En 1977, il défend Patrick Henry, reconnu coupable de l’enlèvement et du meurtre d’un enfant. Robert Badinter a fait de ce procès celui de la peine de mort et met les jurés face à leurs responsabilités : « Moi je vous dis : si vous le coupez en deux, cela ne dissuadera personne. »

Son client échappe à la peine capitale et se voit condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, suscitant l’indignation de l’opinion publique.

Bien qu’impopulaire, l’abolition de la peine de mort est une promesse de campagne du candidat à la présidentielle François Mitterrand. Après son élection en mai 1981, Robert Badinter est nommé garde des Sceaux dans le deuxième gouvernement Mauroy.

Le nombre de condamnations à mort est en hausse, et il y a alors huit condamnés à mort dans les prisons françaises. Pour Robert Badinter, il y a urgence : il faut s’emparer du sujet de l’abolition avant que l’année judiciaire ne reprenne, le 1er octobre.

Le vote de la loi du 9 octobre 1981

Le 17 septembre 1981, il présente son projet de loi portant abolition de la peine de mort devant l’Assemblée nationale.

« Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. »

Robert Badinter à l’Assemblée nationale, le 17 septembre 1981

DateÉvénement
18 septembre 1981L’abolition de la peine de mort est adoptée à l’Assemblée nationale, avec 363 voix pour et 117 contre.
30 septembre 1981Le Sénat vote également en faveur de l’abolition, avec 161 voix pour et 126 contre.
9 octobre 1981La loi portant abolition de la peine de mort est promulguée.
23 février 2007L’abolition de la peine de mort est inscrite dans la Constitution.

Le 18 septembre 1981, l’abolition de la peine de mort est adoptée à l’Assemblée nationale, avec 363 voix pour et 117 contre. Le 30 septembre 1981, le Sénat vote également en faveur de l’abolition, avec 161 voix pour et 126 contre.

« Je regardai l’horloge : il était douze heures et cinquante minutes, ce 30 septembre 1981. Le vœu de Victor Hugo, "l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort", était réalisé. La victoire était complète. »

Robert Badinter, "L’Abolition"

La loi portant abolition de la peine de mort est promulguée le 9 octobre 1981. Ce moment marque un tournant symbolique fort dans l’histoire des droits de l’homme en France.

L’inscription de l’abolition dans la Constitution

Le 19 février 2007, le Parlement, réuni en Congrès à Versailles à l’initiative du président de la République Jacques Chirac, se prononce favorablement à l’inscription de l’abolition de la peine de mort dans la Constitution.

En vertu de l’article 66-1 de la loi constitutionnelle n°2007-239 du 23 février 2007, « nul ne peut être condamné à la peine de mort ».

L’abolition de la peine de mort est aujourd’hui un pilier des valeurs républicaines françaises et un symbole fort du respect de la dignité humaine. Inscrire la peine de mort dans la Constitution signifie qu’il sera plus difficile de la rétablir.

La mémoire de Robert Badinter dans les cérémonies abolitionnistes

Robert Badinter est une figure majeure de la vie politique et intellectuelle française, engagée contre la peine capitale et en faveur des droits de l’Homme. Né en 1928 et mort en 2024, il a été professeur de droit et avocat au barreau de Paris.

Il est nommé garde des Sceaux lors du premier septennat de François Mitterrand, le 23 juin 1981, et le restera jusqu’au 19 février 1986. Fidèle à ses combats pour une justice humaniste, il a permis, lors de son passage place Vendôme, des avancées sociétales importantes et laissé un riche héritage à la justice française.

« Tout au long de ma vie judiciaire, j’avais rêvé qu’un jour il me serait donné de transformer la justice française, de lui donner, au sein de l’Europe des libertés, une place éminente. »

Robert Badinter, "Les Épines et les Roses"

Un hommage particulier sera rendu à Robert Badinter, dont le combat acharné avait conduit à l’adoption de la loi portant abolition de la peine de mort en France, dont nous célébrons le 45ème anniversaire.

Une cérémonie d’hommage organisée le 9 octobre 2025, date anniversaire de la loi abolissant la peine de mort, marque son entrée au Panthéon.

Robert Badinter avait été à l’origine du mouvement abolitionniste et de l’organisation de ces Congrès mondiaux annuels, dont la première édition s’était tenue à Strasbourg en 2001.

Les autres réformes portées par Robert Badinter

Faire progresser l’État de droit

Parmi les premières actions de Robert Badinter en tant que ministre de la Justice figure la suppression des juridictions d’exception, notamment de la Cour de sûreté de l’État. Ce tribunal d’exception, créé en 1963 à la suite de la guerre d’Algérie, était perçu comme un outil de répression politique.

Robert Badinter fait également abroger deux lois considérées comme portant atteinte aux libertés fondamentales : la loi anticasseurs de 1970, qui rendait possible la condamnation de manifestants pour des actes qu’ils n’avaient pas commis, et la loi « sécurité et liberté » de 1981, qui restreignait les pouvoirs des magistrats et les droits des justiciables.

Autre disposition que l’on doit au garde des Sceaux : la possibilité pour les citoyens de présenter un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme.

« Il fallait mettre la justice française au service des libertés et la rendre à cet égard exemplaire. »

Robert Badinter, "Les Épines et les Roses"

Améliorer les conditions de détention

Les enjeux relatifs à l’univers carcéral sont également centraux pour Robert Badinter, qui souhaite améliorer le quotidien des personnels pénitentiaires et lutter contre des conditions de détention jugées indignes.

Il instaure également le travail d’intérêt général dès 1982 pour lutter contre la surpopulation carcérale.

Défendre les victimes

Pour avoir côtoyé de près la souffrance des victimes au cours de sa carrière d’avocat, Robert Badinter est particulièrement sensible à leur situation. Il œuvre dès son arrivée à la Chancellerie pour améliorer leur prise en charge.

« J’étais toujours indigné par l’indifférence bureaucratique de l’institution judiciaire à la condition douloureuse des victimes : attentes interminables dans les couloirs d’instruction, absence de tout service d’accueil. Elles paraissaient perdues dans ces lieux hostiles. »

Robert Badinter, "Les Épines et les Roses"

Un axe majeur de son action en faveur des victimes concerne leur indemnisation : la loi du 8 juillet 1983 reconnait ainsi la nécessité d’indemniser les victimes de violences sexuelles.

Celle du 5 juillet 1985, dite « loi Badinter », rend obligatoire l’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation par le conducteur ou son assureur.

Faisant suite à la vague d’attentats qui touchent le pays au début des années 1980, la loi du 9 septembre 1986 crée le fonds de garantie des victimes d’attentats terroristes (FGVAT), devenu le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI).

Le soutien et l’accompagnement des victimes par des professionnels formés capables d’accueillir, d’écouter et d’informer est l’autre axe de sa politique en faveur des victimes, qui se traduit par la création d’un réseau national d’aide aux victimes.

Filmer les procès pour l’histoire

La loi du 11 juillet 1985 promue par Robert Badinter a permis de faire entrer les caméras dans les prétoires pour enregistrer à des fins historiques et pédagogiques les procès les plus notables, qui « revêtent une dimension événementielle, politique ou sociologique ».

En 1987, un premier procès historique est filmé : celui de Klaus Barbie, ancien SS et chef de la Gestapo lyonnaise durant la Seconde Guerre mondiale.

« Je pensais à tous les procès qui auraient pu être filmés (. ) Quelle mine d’informations pour l’historien ! »

Robert Badinter, "Les Épines et les Roses"

Cette loi a révolutionné les pratiques judiciaires et contribue au travail de mémoire et des historiens. Les archives audiovisuelles de la justice, versées aux Archives nationales, représentent aujourd’hui 6 500 heures de captations couvrant 32 procès : auteurs de crimes contre l’humanité, de génocides, de crimes de guerre, d’actes de terrorisme, mais aussi de scandales sanitaires ou d’accidents industriels majeurs.

Les témoignages au cœur des cérémonies

Le Congrès aura surtout été celui des femmes et des hommes qui portent dans leur chair la réalité de la peine de mort.

Ancien·nes condamné·es à mort, familles de personnes exécutées, victimes d’erreurs judiciaires ou défenseur·es des droits humains ont partagé leurs histoires singulières, venues rappeler un même message : celui de la justice plutôt que de la vengeance, de la dignité humaine et de la valeur irréductible de chaque vie.

Leurs voix, comme celles de dizaines d’autres témoins venu·es des États-Unis, du Japon, d’Iran, du Liban, d’Afrique, d’Asie et d’Europe, ont rappelé que derrière chaque condamnation se trouvent des vies, des familles et des histoires qui dépassent les frontières.

Le témoignage de Hideko Hakamata

Parmi eux, Hideko Hakamata, qui a consacré plus de cinquante ans à faire reconnaître l’innocence de son frère Iwao Hakamata, acquitté en 2024 après avoir passé 46 ans dans le couloir de la mort au Japon.

« Ce n’est pas parce que mon frère Iwao est sauvé que je dois m’arrêter. Je ne me tairai pas. Au contraire, je ne vais cesser de parler. Il y a tant d’autres condamné·es, parfois par erreur, qui souffrent. Il faut que la peine de mort disparaisse du Japon, disparaisse du monde. Beaucoup pensent qu’elle n’existe plus au Japon. Je suis venue à Paris pour dire que ce n’est pas vrai et pour que s’exerce une pression internationale. »

Le témoignage de Philippe Maurice

Le Congrès a également donné la parole à Philippe Maurice, historien et chargé de recherche à l’EHESS et au CNRS, dernier condamné à mort gracié avant l’abolition en France il y a 45 ans.

« Il n’y a aucune bonne raison de tuer un homme. (…) La peine de mort ne fait pas que tuer un criminel, elle détruit aussi ses proches. »

Philippe Maurice est la preuve qu’une seconde chance est possible et que l’abolition est une victoire de la justice sur l’irréversible.

Témoignage survivant couloir mort

Les annonces politiques du Congrès

Au-delà des débats, le Congrès a été marqué par plusieurs annonces importantes confirmant que la marche vers l’abolition se poursuit.

L’engagement du Liban

Le ministre de la Justice du Liban Adel Nassar a annoncé l’engagement de son gouvernement à abolir la peine de mort : « Peut-être est-ce précisément parce que mon pays est en proie à la violence depuis si longtemps que cette détermination prend tout son sens (…) Le système judiciaire libanais ne devra plus décider d’ôter la vie. »

Je veux saluer l'annonce importante faite par le ministre pour le Liban, je les en remercie ô combien. Je pense qu'il n'y a rien d'innocent à prendre pour le Liban une telle décision si courageuse, au moment où dans le voisinage d'autres décisions funestes sont prises qui vont dans le sens contraire.

La prochaine édition au Maroc

Le Maroc a, de son côté, fait part de son souhait d’accueillir le 10e Congrès mondial contre la peine de mort dans trois ans, témoignant du rôle croissant joué par le continent africain dans la dynamique abolitionniste.

« L’invitation du Maroc à accueillir le prochain Congrès contre la peine de mort est un acte fort, le pays est en marche vers l’abolition et peut-être dans 3 ans nous l’espérons fermement, nous tiendrons le Congrès dans un nouveau pays abolitionniste. »

Aminata Niakaté, Présidente d’Ensemble contre la peine de mort

Permettez-moi aussi de saluer la décision des autorités marocaines d'accueillir le prochain Congrès mondial contre la peine de mort, choix important.

Les engagements internationaux

D’autres annonces sont venues renforcer cet élan, notamment : la déclaration conjointe signée par 75 expert·es indépendant·es de l’ONU est un engagement sans précédent sur la nature discriminatoire de la peine de mort et ses impacts socio-économiques.

Le Congrès a notamment été marqué par l’annonce de la ratification par la Sierra Leone du deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies visant à abolir la peine de mort, ainsi que les engagements du Tchad, du Cambodge et de la République centrafricaine à procéder à sa ratification.

Je veux saluer tous les États aussi qui, comme la Malaisie, ont engagé des réformes importantes réduisant le recours à la peine de mort, même si des étapes sont encore à franchir pour aller jusqu'au bout.

La dynamique mondiale de l’abolition

L'abolition de la peine de mort est en effet l'un des rares droits humains en constante progression et l'espérance d'une abolition universelle constitue un horizon accessible.

Nombre d'États abolitionnistes ont rejoint. Les décisions prises par différents pays rappellent qu'aucune fatalité n'attache durablement un peuple à la peine de mort et que l'abolition n'est pas un idéal lointain. Mais un chemin concret sur lequel chaque étape compte.

S’il suffisait de convoquer aussi des arguments historiques et géographiques, on pourrait ici rappeler que dès 1863, le Venezuela faisait le choix historique d’abolir la peine de mort, ouvrant un chemin qui allait progressivement être emprunté sur tous les continents.

Depuis notre dernier rendez-vous à Berlin en 2022, le mouvement de l'histoire a poursuivi sa marche sur d'autres continents. La Zambie et le Zimbabwe ont pris la décision d'abolir la peine capitale.

L'idéal abolitionniste est au cœur des principes et de l'édifice européen, mais il n'est en aucun cas réductible à l'Europe seule.

En aucun cas, l'idée abolitionniste ne pourra être réduite à une conception strictement européenne, ni même occidentale. Il y a des combats qui transcendent les frontières, les époques, les régimes politiques, et l'abolition universelle de la peine de mort en est un.

Le rôle de l’Europe et des institutions internationales

Après avoir retiré de leurs législations respectives la peine capitale, les Européens réunis au sein du Conseil de l'Europe ont décidé collectivement de fonder en 2003 le premier et plus vaste espace politique de l'histoire sans peine de mort, à travers la ratification du 13e protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l'Homme.

Notre Union européenne a également fait de l'abolition une condition à l’intégration par de nouveaux États.

C'est devant cette réalité et adossés aux principes humanistes qui ont fait rayonner leur histoire commune que la France et l'Europe sont pleinement engagées dans la voie de l'abolition universelle.

La cause de l'abolition universelle ne saurait être menée sans la mobilisation indispensable des sociétés civiles, des organisations non gouvernementales, des défenseurs des droits qui sont les forces vives du mouvement abolitionniste.

Je souhaite ici leur rendre hommage, en particulier à « Ensemble contre la peine de mort », organisateur de ce Congrès, à la « Commission internationale contre la peine de mort » également, à laquelle a longtemps appartenu Robert Badinter, à l'ensemble des organisations de la société civile et à leurs jeunes militants qui sont engagés dans ce combat, aux Nations unies, Monsieur le Haut-Commissaire, et à l'importance, là aussi, de votre soutien.

Les limites et les risques persistants

Toutefois, et j'y reviendrai, les risques demeurent dans beaucoup de pays et quand je vois les débats dans nos pays, je considère que rien n'est acquis.

L'histoire de l'abolition, c'est celle d'une marche en avant, je le rappelais en commençant mon propos, et nous pouvons en effet nous réjouir du nombre croissant d'États abolitionnistes, mais la peine de mort reste cependant encore dans de nombreuses régions du monde une réalité.

Alors que le monde n'a jamais été aussi proche de l'abolition, jamais les exécutions n'ont été aussi nombreuses dans les pays qui ont encore ce principe.

Le nombre d'exécutions a même atteint l'année dernière son niveau le plus haut depuis 1981, avec 2 707 personnes exécutées par les autorités de 17 pays seulement. 25 000 personnes se trouvent, à l'heure où nous sommes réunis, dans l'attente insoutenable de leur exécution.

A ce titre, je ne peux voir qu'avec inquiétude ce que dans le Sahel, en Israël, certains poussent avec des textes de loi proposés, que je l'espère, les cours suprêmes en indépendance et en conscience auront à juger.

Ça n'est jamais acquis, jamais. Ne pensez pas que vous êtes les combattants d'une cause qui vaut pour tel ou tel pays qui n'a pas encore aboli, ou que vous êtes les combattants d'une mémoire qui a déjà vieilli.

La cérémonie de clôture et les distinctions abolitionnistes

Sous le patronage de Yaël Braun-Pivet, Présidente de l’Assemblée nationale, la cérémonie de clôture a rassemblé responsables politiques, parlementaires, représentant·es internationaux, artistes et acteur·ices de la société civile autour d’un même engagement.

Le Grand Prix Robert Badinter a été remis à l’avocat pénaliste de République démocratique du Congo, Maître Lievin Ngondji, saluant un engagement exceptionnel en faveur de l’abolition universelle.

Maître Ngondji a cofondé la Coalition mondiale contre la peine de mort, trois réseaux régionaux abolitionnistes, ainsi que la Culture pour la Paix et la Justice (CPJ), une organisation abolitionniste qui lutte pour les droits humains.

Les Prix de l’abolition ont également récompensé plusieurs personnalités et organisations engagées sur le terrain. La cérémonie a été suivie par un happening artistique collectif, symbole de la mobilisation internationale réunie à Paris.

Remise prix Robert Badinter abolition

Les cérémonies comme espaces de transmission

Les cérémonies d’abolition ne se limitent pas à rappeler une date ou à célébrer une décision juridique. Elles donnent une visibilité aux personnes directement touchées par la peine capitale, rendent hommage aux défenseur·es des droits humains et transmettent aux nouvelles générations les raisons historiques, juridiques et éthiques de l’abolition.

Le Congrès contre la peine de mort, organisée par l'organisation non gouvernementale Ensemble contre la peine de mort (ECPM), sera ponctué de sessions de travail dédiées à des thématiques spécifiques et d’événements ouverts à tous ceux qui souhaitent se mobiliser pour l’abolition universelle de la peine de mort, en particulier les jeunes.

La France, avec ses partenaires de l'Union européenne, présentera à la prochaine Assemblée générale des Nations unies un projet de résolution pour que chaque année, les États n'ayant pas aboli la peine de mort communiquent à l'Organisation des Nations unies, le nombre de condamnations prononcées et le nombre d'exécutions pratiquées.

Le prochain rendez-vous abolitionniste

Le rendez-vous est désormais donné en 2029 pour le 10e Congrès mondial contre la peine de mort.

Congrès mondial contre la peine de mort. Discours de Jean-Noël Barrot (30/06/2026)

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