Drag queens, trash et musique électro : de Divine à la scène techno contemporaine

Le lien entre drag, esthétique trash et musique électro repose sur une même volonté de détourner les normes, de provoquer le rire ou le malaise et de transformer la scène en espace de liberté. Des performances burlesques de Divine aux cabarets club kids, en passant par la pop électronique de RuPaul, la culture drag associe spectacle visuel, humour décalé, excès et affirmation identitaire.

La musique et le drag faisant désormais partie intégrante des pratiques festives, ils ont toute leur place lors de soirées mêlant cabaret, techno, électro house et projections vidéo. Les chansons de drag queens ne constituent toutefois pas un ensemble homogène : certaines relèvent de la pop, d’autres de la hi-NRG, de la country, de la disco ou de l’électro, tandis que les performances trash privilégient souvent l’attitude, le lipsync, la parodie et la mise en scène.

Le drag trash, une esthétique de la provocation

Avec un talent énorme, Nicky Doll a réussi à rendre à nouveau le drag tendance avec Drag Race France, permettant de redécouvrir cet art, drôle et burlesque, trash et décalé, sensible et militant.

Icône drag trash des années 70 et 80, la légendaire Divine a enregistré plusieurs chansons. Chaque fois, son extravagance, ses propos classés X et ses happenings trash font sensation.

Divine était une « masse de chair rose vivante et enjouée », ainsi que le dit l’un des intervenants dans le documentaire I am Divine (2013), de Jeffrey Schwarz, qui retrace la vie et la carrière de la plus célèbre drag-queen du cinéma.

De son état civil Harris Glenn Milstead, Divine, née en 1945, avait très vite été attirée par les robes et les coiffures de ses amies et de sa mère - qu’on découvre, sur des photographies, choucroutée avec une quantité de laque telle qu’on pourrait y voir l’origine du trou dans la couche d’ozone.

Un pédiatre avait vite diagnostiqué : « Il est plus femme qu’homme. » Elle participe à des bals de transformistes, imite Elizabeth Taylor (avec des tours de taille en plus) et joue dans les premiers films de son ami d’adolescence, John Waters.

Divine, figure fondatrice du trash musical et cinématographique

Dans le même tailleur rose - modèle XXL -, Divine incarne à l’écran, dans Eat Your Makeup (1965), Jackie O’ au moment de l’assassinat du président Kennedy. Ainsi que le rappelle le cinéaste : « Ça n’a fait rire personne. »

Dans Multiple Maniacs (1970), Divine est violée et dévorée par un homard géant (suggestion de titre français : « Homard m’a tuer »). Puis ce sont des films aux budgets un peu plus généreux, toujours avec John Waters : Pink Flamingos (1972, où Divine mange une crotte de chien), Polyester (1981) et, enfin, le grand succès qu’est Hairspray (1988).

Le transformiste y joue une « vraie » femme et son incarnation est célébrée par la grande critique de cinéma Pauline Kael et une couverture du magazine Interview. Divine joue aussi au théâtre, devient l’amie des célébrités.

Une carrière de chanteuse lui fait enregistrer des albums disco qui rencontrent un grand succès et la conduisent sur de nombreuses scènes de concert dans le monde entier.

Divine, lassée de n’être employée à l’écran qu’en tant que transformiste, déclare vouloir jouer désormais en homme. Hollywood est évidemment frileux.

L’acteur trouve cependant un rôle dans une sitcom populaire. Mais la veille du premier jour de tournage, le 7 mars 1988, Harris Glenn Milstead succombe pendant la nuit, dans sa chambre d’hôtel, à Hollywood, à une crise cardiaque.

Divine drag queen musique disco trash

Les chansons drag entre camp, pop et électro

Sur les réseaux sociaux, la très caustique Bianca Del Rio se moque régulièrement de ces drag-queens qui se prennent pour des chanteuses, sans en avoir vraiment les capacités.

Il est vrai que pour celles qui sont passées par Drag Race, la sortie d’un single s’apparente plus à la création d’un object marketing que d’un projet artistique. Mais il y a de nombreuses exceptions à la règle!

Le détournement de chanson fait partie intégrante de la culture drag (écoutez les parodies de Sherry Vine, par exemple), même s’il est moins courant que le lipsync.

Une sélection de titres emblématiques

Artiste ou groupeTitreParticularité
DivineYou think you’re a manLe mariage parfait du camp et de la hi-NRG.
RuPaulSupermodel (You better work)C’est le titre qui a propulsé RuPaul sur le devant de la scène.
RuPaulSissy that walkL’hymne drag par excellence.
DWVBoy is a bottomUne reprise de Girl on Fire, de Alicia Keys.
Frock DestroyersHer MajestyUn single extrait de l’album Frock4Life.
Adore DelanoI adore UUn petit bijou de pop californienne.
Trixie MattelMama don’t make me put the dress againUne chanson dans le registre de la country.
Shea CouleéLet GoUne des petites merveilles de son premier album.
Jinkx MonsoonStrange MagicUne chanson un peu étrange, mais puissante.
PalomaLove, l’artèreUn titre très pop 80’s à la mélodie entêtante.

La hi-NRG et le camp avec Divine

You think you’re a man, c’est le mariage parfait du camp et de la hi-NRG.

La hi-NRG, très présente dans l’histoire de la musique dance, correspond particulièrement à l’exubérance de Divine : rythme appuyé, énergie continue et interprétation théâtrale donnent au morceau une dimension immédiatement festive.

RuPaul et l’hymne drag

Depuis le début de Drag Race, RuPaul a sorti plusieurs albums (dont il assure la promotion en permanence dans l’émission) et plusieurs dizaines de chansons. Celle-ci est sans doute la meilleure.

C’est le titre qui a propulsé RuPaul sur le devant de la scène.

L’hymne drag par excellence.

La parodie comme arme artistique

Cette reprise de Girl on Fire, de Alicia Keys par le trio Willam, Detox et Vicky Vox est un sommet du genre.

Le détournement permet aux artistes drag de déplacer le sens d’un titre connu, d’en amplifier les clichés et de faire du playback, de la chorégraphie ou de l’humour des éléments musicaux à part entière.

Les groupes issus de Drag Race

Dans la première saison de Drag Race UK, Divina de Campo, Baga Chipz et Blu Hydrangea ont formé le groupe Frock Destroyers et cartonné dans leur interprétation de la chanson imposée lors du challenge girl group: Break up bye bye.

Après l’émission, les Frock Destroyers ont sorti un excellent album intitulé Frock4Life. Her Majesty en était l’un des singles.

Adore Delano et la pop californienne

Après son passage dans la légendaire saison 6 de Drag Race, Adore Delano a sorti trois très bons albums.

Cette chanson, extraite du premier, Till death do us party, est l’une de ses meilleures. Un petit bijou de pop californienne.

Trixie Mattel, une autre voie musicale

Contrairement à la plupart des drag-queens, qui sortent des chansons pop ou electro, Trixie Mattel évolue dans le registre de la country.

Cette chanson, extraite de son premier album Two Birds, est tout à fait délicieuse.

Shea Couleé et la pop électronique

C’est peut-être l’une des drags les plus occupées de la franchise Drag Race.

Elle prépare actuellement son premier album, dont sont extraits les petites merveilles Let Go et Your Name.

Jinkx Monsoon, entre étrangeté et puissance

La « Queen of all queens » est l’une des meilleures chanteuses de l’univers Drag Race.

Il lui manquait encore de bonnes chansons pour mettre sa voix en valeur. C’est désormais chose faite.

Strange Magic est à son image, un peu étrange, mais puissante.

Paloma et le retour de la pop 80’s

La première gagnante de Drag Race France a surpris avec ce titre très pop 80’s et sa mélodie entêtante.

Vite la suite!

Dj Fyre! Ft. Max Drag - Old Schoold | Drag Queen Music

Nicky Doll et l’électro pop

La drag queen Nicky Doll sera ce soir l'invitée d’Antoine Baduel dans son émission Happy Hour FG (17H - 20H).

Nicky Doll, surnommée la reine mère, présentera son premier album electro pop « Apollo / Artémis ».

Lylou mixera ensuite en live dans l’Happy Hour DJ à partir de 19H30.

DJ du Plaza Athénée, Maison du Caviar, Madame Rêve, Bonnie, l'Aventure, Lylou est ce soir en live au Défilé Renault sur les Champs Elysées.

Cette séquence illustre le rapprochement entre l’identité drag et les formats de la musique électronique contemporaine : album electro pop, émission musicale, mix en direct et performance scénique participent d’un même univers où l’image et le son sont étroitement liés.

Une soirée drag et techno : le cabaret comme espace festif

Cette soirée est née dans le cadre du FESTIVAL "Les sens de la fête" organisé par les étudiant.e.s du Master 2 Professionnel Métiers de la diffusion du cinéma et de l'audiovisuel du 20 au 24 février 2023.

Une soirée drag et techno viendra ponctuer cette semaine de cinéma portant sur les divers aspects de la fête.

La musique et le drag faisant désormais partie intégrante des pratiques festives, ils ont toute leur place lors de cette soirée !

HoraireTemps fort
19h30-20h30CABARET DRAG
20h30-22h30DJ SET PAR FABIEN HOBZ

Le cabaret drag

Un cabaret drags mené par des représentant.e.S iconiques des scènes toulousaines et montpellieraines :

Daemon Schiele

Pas besoin de tonnes de maquillage pour faire peur, juste une mauvaise odeur et un dos bossu.

Daemon Schiele est un Clubkid clownesque qui se rapproche en réalité d'un mélange de Télétubbies et d'E.T. Du trash, du sale, pas beaucoup d'habits et surtout du grand n'importe quoi.

Le Sébum

Issu.e des glandes sébacées de Christine Boutin, le Sébum en est une exhalaison putride.

Iel oscille entre Paris, Toulouse et désormais Montpellier.

Allons-nous frotter à ses performances obscures et moyennement effrayantes, qui à l’image d’un gros navet de cinéma, conservent un humour relatif.

Aquila Leek

Née en Décembre 2017, Aquila Leek est une drag queen de renommée interlocale.

Longue, fine, blanche et tendre, attendez-vous à retrouver sur scène une véritable star.

Par véritable, nous entendons une vraie étoile, soit une grosse boule pleine de gaz qui veille sur son public et qui pète le feu !

Du blindtest au DJ set

BLINDTEST musical et cinéma

Natif de Montpellier, DJ FABIEN HOBZ a commencé à mixer à l'âge de 18 ans.

Il se démarque grâce à son style électro house techno, des styles qu'il aime mélanger pour créer une ambiance unique pour le plaisir de vos oreilles.

Le programme comprend également un stand photo, un fond de projections vidéos et un stand prévention et réduction des risques tenu par l’association Enipse.

La scène drag comme espace artistique et social

La drag queen Tracy Trash roule sa bosse depuis plus de 15 ans au Cabaret Mado, rue Sainte-Catherine.

Le chroniqueur urbain Hugo Lavoie est allé la rencontrer à 14 h, heure du début de la transformation d’un personnage qui a toujours sa place et sa pertinence dans le paysage montréalais.

Tracy Trash est catégorique, les drag queens ont encore leur raison d’être aujourd’hui.

« Abandonner, ça serait baisser les bras [. ]. C’est important de le faire avec respect et de [connaître l’histoire du métier] et savoir d’où l’on vient », explique-t-elle.

À ses débuts au Cabaret Mado, il y a plus de 15 ans, les drag queens étaient marginales.

Tracy Trash a été attirée par le côté artistique du métier, un aspect qui est beaucoup plus reconnu aujourd’hui qu’il ne l’était à l’époque.

« Après avoir fait l’école de théâtre, je me suis dit que ce n’était pas vrai que j’allais vendre des sandwichs et du café toute ma vie. »

Cabaret drag queen scène techno projections

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