Jean 2, 1-12 : les noces de Cana et le signe de l’eau changée en vin

Les noces de Cana racontent le premier signe accompli par Jésus : au cours d’un mariage à Cana de Galilée, il transforme en vin l’eau contenue dans six jarres de pierre destinées aux purifications rituelles des Juifs. Par ce signe, Jésus manifeste sa gloire et ses disciples commencent à croire en lui.

Le récit met également en lumière la présence de Marie, la confiance des serviteurs et l’abondance du don de Dieu. La joie de la noce risquait de disparaître, mais Jésus vient remplir ce qui manque et donne le meilleur vin jusqu’alors.

Le récit des noces de Cana selon Jean 2, 1-12

Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin.

La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »

Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, c’est-à-dire environ cent litres. Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord.

Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau.

Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »

Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils demeurèrent là-bas quelques jours.

Une noce placée sous le signe de la joie

Commencer par une noce, c’est déjà mettre l’annonce de la Bonne Nouvelle sous le registre de la joie et de la fête. Ce mariage inaugural n’est pas anodin.

Dans le langage symbolique, que l’on trouve souvent dans l’évangile johannique, il évoque les noces attendues entre Dieu et son peuple, ce temps messianique de réjouissances, célébrant sa venue et son Alliance.

Le prophète Isaïe en parlait en ces termes : Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés.

Les noces de Cana sont une fête. Les fêtes dans la Bible sont très importantes. Le jour du shabbat est un jour de fête pour le Seigneur.

Les noces ont lieu le troisième jour, mais si on compte les jours depuis le début de l’évangile de Jean, on arrive au septième jour, un jour de fête pour faire une pause, célébrer le Seigneur et être libéré de l’esclavage, de la servitude du quotidien.

Du temps libre, du temps de liberté. Oui louer le Seigneur est une fête.

La signification du troisième jour

La mention du troisième jour renvoie à une double signification. Dans la bible, c’est le jour d’une révélation.

Dans la foi chrétienne - qui n’est pas sans rapport avec le sens vétérotestamentaire - ce troisième jour évoque celui de la Résurrection du Christ.

L’évangéliste place ainsi cette scène à un moment déterminant, qui vient clôturer une semaine. Cette dernière avait commencé à Béthanie avec le témoignage de Jean, qui le lendemain désignait Jésus comme l‘Agneau de Dieu.

Au lendemain encore, Jésus appela ses trois premiers disciples, ainsi que Philippe et Nathanaël le jour suivant. Le troisième jour à Cana vient donc compléter, ou plus précisément accomplir une semaine.

Ces sept jours nous renvoient à la Création de toute vie par la Parole du Seigneur. Il en sera se même à Cana, où Jésus vient remplir de sa Parole un vin nouveau pour une fête nuptiale.

Au septième jour, Dieu inscrivait la Création dans le temps shabbat. En ce septième jour, l’Agneau de Dieu inaugure le temps eschatologique et messianique.

Et pour en ajouter à cette symbolique du temps, en Gn 1,14, le troisième jour est celui de la création des luminaires célestes destinées à être des signes pour marquer les fêtes.

Le manque de vin et le rôle de Marie

Des invités dont Jésus, sa mère et ses disciples. Des serviteurs. Un maître du repas. Des jarres contenant au total près de six cents litres d’eau.

L’évangile ne décrit pas une noce intime et sobre. On donne plutôt dans l’opulence. Cependant, en dépit de ce faste propre à toute noce et notamment à celle-ci, un manque surgit.

Bien plus qu’un manque, il s’agit d’un fiasco qui sonne, ou pourrait sonner, la fin de la noce. Une fin d’autant plus dramatique que celle-ci célèbre l’Alliance salutaire entre Dieu et son peuple.

Ils n’ont pas de vin. Le fait que l’évangéliste souligne par deux fois ce manque, ajoute encore à la dramatique. Le symbole même des réjouissances divines fait défaut.

Tout pourrait s’arrêter ici. C’est la mère de Jésus qui se tourne vers son fils. Elle désigne Celui sans qui la noce demeure impossible.

Marie intercède auprès du Fils, en lui faisant remarquer que les convives ont terminés le vin et, de cette manière, se fait porteuse d’une supplication commune de la part des hommes vis-à-vis de Jésus.

Pour la première fois la Vierge arrête d’être simplement une mère et se fait porte-parole de l’humanité auprès de Son Fils, en instruisant les présents à suivre Sa parole en s’abandonnant à elle en toute confiance : « Faites ce qu’Il vous dira ».

Elle reprend, à son encontre, les termes même de l’adhésion du peuple lors de l’Alliance de Dieu au Sinaï : Moïse prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : “Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons.”

« Faites tout ce qu’il vous dira »

La mère de Jésus dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Toute sa spiritualité est là dans ce simple conseil qu’elle donne à ceux et celles qui veulent bien lui faire confiance.

Marie ne donne pas aux serviteurs une explication détaillée. Elle leur indique une attitude : écouter Jésus et accomplir ce qu’il dira.

« Faites tout ce qu’il vous dira ! » Toute sa spiritualité est là dans ce simple conseil qu’elle donne à ceux et celles qui veulent bien lui faire confiance.

« Qu’il me soit fait selon ta parole » : c’est bien la même pente du cœur vers la volonté de Dieu, et c’est là, à cette liberté de cœur, qu’elle veut nous conduire.

Dans l’évangile selon saint Jean, Marie est présente à deux endroits, sans qu’elle soit citée par son nom. Elle sera toujours la mère de Jésus ici à Cana comme plus tard au pied de la croix.

En la désignant ainsi, Jean la revêt d’un rôle particulier, celui de symboliser d’Israël qui attend l’Alliance définitive et un renouveau, comme l’évoque le psaume 89 : Mais on appelle Sion : « Ma mère ! » car en elle, tout homme est né.

La mère de Jésus est présente comme un celle qui attend la venue de l’Heure de la révélation. Associée aux disciples, comme à la crucifixion, la présence de la mère de Jésus manifeste le lien qui l’unit, avec ces nouveaux(-nés) disciples, à ces temps nouveaux.

Les serviteurs : une obéissance concrète

Ce miracle de Cana est dans toutes nos mémoires, et nous sommes habitués à admirer comment le Fils de Dieu, à la prière de Marie sa mère, a anticipé le moment où il devait commencer à révéler sa gloire.

Aujourd’hui, pour aborder ce miracle par un autre angle, nous allons nous tenir du côté des serviteurs, qui n’ont rien dit, mais ont tout vu, qui n’ont fait que des actions tout ordinaires, mais ont collaboré d’abord sans le savoir à un grand miracle.

Ils ont eu au début affaire à la seule mère de Jésus, qui leur a dit seulement : « Faites tout ce qu’il vous dira. »

Et que leur a dit Jésus ? -« Remplissez d’eau ces cuves ! » Voilà ces hommes en plein désarroi.

Ils avaient vidé les cuves après les ablutions rituelles des convives, et Jésus leur demande de les remplir de nouveau d’eau propre. Une vingtaine de seaux par cuve, et il y en avait six !

Tout ce travail pour rien, pensent-ils. A quoi bon toute cette eau puisque les convives maintenant sont attablés ?

Il faut vraiment que Marie se soit montrée convaincante : elle était si impressionnante dans sa certitude ! Pour elle ils vont obéir, et sans rechigner, puisqu’ils remplissent les cuves jusqu’au bord.

Et Jésus de leur dire : « Puisez maintenant et portez-en à l’ordonnateur du festin. »

On assiste alors à un curieux manège : ceux qui parlent ne savent rien, et ceux qui savent tout se taisent.

Entre les cuves et le verre du marié, l’eau s’est changée en vin. Or les serviteurs savaient bien qu’ils avaient puisé de l’eau.

On entend l’ordonnateur du festin féliciter le marié, qui n’y comprend rien ; mais pas un mot de Marie, et silence total aussi de la part des serviteurs.

Jésus a opéré le miracle, mais jusqu’au bout il a voulu se servir de l’action des serviteurs, et c’est avec l’eau propre de l’obéissance que Jésus a régalé la noce.

Ensuite, par notre obéissance, nous devenons des ouvriers et ouvrières du miracle. Jésus, qui pourrait assurer seul la joie de toute une noce, veut donner à ces hommes très humbles la joie d’avoir puisé de l’eau.

C’est Jésus qui fait tout, et c’est Jésus qui nous donne de tout faire, dès lors que nous ne nous laissons pas rebuter par les dehors apparemment inutiles de l’obéissance.

D’ailleurs, pour reprendre les propres termes d’un père de l’Église :« Ils n’ont pas tout bu ; nous en buvons encore ! » et bien que serviteurs, nous sommes des invités de la noce du Fils de Dieu.

Les six jarres et l’eau des purifications

Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, c’est-à-dire environ cent litres.

Élément du récitIndication donnée par le texte
Nombre de jarresSix
MatièrePierre
UsagePurifications rituelles des Juifs
Contenance de chaque jarreDeux à trois mesures, c’est-à-dire environ cent litres
Quantité totale évoquéePrès de six cents litres

On peut s’interroger sur la présence des jarres de purification à l’occasion d’un mariage. D’autant que les quantités sont impressionnantes : près de six cents litres.

Nous le savons, pour se préparer à une noce, il convient d’être propre. De même, pour rencontrer le Seigneur, il convenait d’être pur, débarrassé de toutes les souillures contractées dans le monde : le mal, la maladie, la mort, le péché… tout ce qui éloigne de ce Dieu de vie, créateur de tout bien.

Le Judaïsme pharisien et essénien de l’époque était à ce propos très scrupuleux. Être pur, c’était retrouver une certaine innocence édénique devant le Seigneur et se rapprocher de la sphère du divin.

La présence de ces jarres évoque cette volonté scrupuleuse de devenir pur parmi les purs, et par ses propres moyens, pour s’approcher au plus près des noces salutaires.

Les jarres, faites de la dureté de la pierre et au nombre de six - symbole d’imperfection- n’ont servi à rien. La purification rigoureuse n’a pas garanti la réussite de la noce.

A moins de se purifier encore et encore … vainement. Le texte laisse planer un certain, et court, suspens à ce sujet lorsque Jésus demande aux serviteurs de remplir les jarres d’eau jusqu’au bord.

Mais il n’y aura pas de purification. La joie des noces suppose du vin et non de l’eau. La joie des noces demande un don de Dieu débordant et non un effort surhumain.

De l’eau au vin : le don gratuit de la grâce

Jésus leur dit : « Remplissez d’eau ces vases. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Puis il leur dit : « Puisez maintenant et portez-en à l’ordonnateur du repas. » Et ils en portèrent.

Quand l’ordonnateur du repas eut goûté l’eau changée en vin, - ne sachant d’où venait ce vin, tandis que les serviteurs, qui avaient puisé l’eau, le savaient bien, - il appela l’époux, et lui dit : « Tout homme sert d’abord le bon vin, puis le moins bon après qu’on s’est enivré ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent. »

Ce vin-là vient sans effort, et sans marchander. Il est donné sans contrepartie.

Il n’y a pas eu de vendange, de foulage, de vinification, de patience et de rigueur. Il n’y a pas eu de vente ou de négociation.

C’est le vin ‘gratuit’ de la Parole comme l’annonçait encore Isaïe : Venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle.

On peut souligner l’absence de gestes ou de formules occultes … Rien que des paroles ordinaires : remplissez … puisez… portez.

Puis Jésus disparaît de la scène. Cette disparition n’est pas sans évoquer le destin de Jésus après sa Passion et sa Résurrection.

Le récit évoque ainsi les signes et la Parole que le Christ a répandus, versés, tel un bon vin, durant sa vie terrestre et la mission des disciples après Pâques.

Le Christ se présente ainsi comme ce “bon vin” pour maintenant, un vin meilleur destiné à faire de nous ses hôtes réjouis. Il est la bonté et la nouveauté de l’époux attendu.

Le vin, symbole de joie

Nous devons enfin considérer le symbolisme lié au vin, qui pour les Juifs était un élément très important, symbole de joie et de sacralité en même temps, éléments qui ne peuvent pas manquer lors d’un mariage.

Non seulement Jésus transforme en vin l’eau destinée à la purification rituelle, et non pas de l’eau commune, et la transforme en un excellent vin, le meilleur.

Dans Jean chapitre 3, Jean Baptiste déclare : « Celui qui a l’épouse est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il l’écoute et la voix de l’époux le comble de joie. Telle est ma joie, elle est parfaite. »

Cette joie est symbolisée par le vin. Le Psaume 104 raconte les merveilles de la création : « Le vin réjouit le cœur des humains en faisant briller les visages plus que l’huile. Le pain réconforte le cœur des humains. »

Mais plus encore, dans le livre des Juges, la vigne répond aux arbres qui veulent la faire régner sur eux : « Renoncerais-je à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller planer sur les arbres ? »

Le vin réjouit Dieu. Alors une première lecture des noces de Cana nous invite à la joie.

La joie vient à manquer ; et Marie constate qu’il n’y a plus de joie. Or Jésus vient redonner la joie. Et même, il donne le meilleur vin.

La joie que donne Jésus est plus profonde, plus savoureuse, plus vive que la joie de l’ivresse légère et de la convivialité.

Il a gardé le meilleur pour la fin ; c’est dire que pour nous, le meilleur est encore à venir. Quelle grande espérance !

Trop souvent, nous avons l’impression que tout va de plus en plus mal, qu’aujourd’hui n’a plus la saveur d’hier. Le temps amenuise nos forces et limite nos capacités.

Or ici ce qui vient après est meilleur. L’avenir est encore meilleur que le passé.

Le vin vieux est meilleur, parce qu’il a eu le temps de prendre de la maturité, et surtout parce qu’il est un don de Jésus.

Notre vie parfois s’écoule comme de l’eau, comme une pluie de grisaille insipide, fade, sans saveur. Un jour de pluie comme un jour d’ennui derrière la fenêtre.

Jésus change l’eau en vin. Il crée un nectar, un délice, une boisson sucrée. Il redonne le goût à ce qui nous semblait fade dans notre quotidien.

Et son don est surabondant, des centaines de litres de vin, on pourrait s’y baigner ! Telle est la générosité sans mesure de la grâce de Dieu.

Le sang de la purification

Une deuxième lecture peut s’appuyer sur la nature de ces jarres, destinées à la purification des Juifs. Oui, ce sont des eaux pour les bains rituels, les ablutions, les gestes rituels et religieux pour recevoir le pardon.

La présence de ces jarres d’eau est bonne, mais elle n’empêche pas de manquer de vin.

Il ne suffit pas de respecter scrupuleusement les règles religieuses, d’être fidèle, d’être un bon élève de la foi. Car il risque de manquer l’étincelle, la saveur du sel, les yeux qui pétillent comme des bulles de champagne.

Seul Dieu donne la vie, l’eau vive. Seul Jésus donne son sang pour notre purification.

L’Apocalypse a cette image paradoxale : « Ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies dans le sang de l’agneau. »

C’est le sang du Christ qui nous lave, qui nous purifie une fois pour toutes. Il est plus puissant que toutes les ablutions mille fois répétées.

Non que les gestes rituels soient mauvais, car tout dépend du sens que nous mettons, de notre participation intérieure par la foi qui s’incarne dans ces gestes très humbles et modestes, et un peu dérisoires.

Mais les rites sont devenus secondaires. Grâce au sang du Christ, ils sont devenus facultatifs, nous en sommes libérés.

Être fidèle à Dieu, ce n’est plus d’abord observer toute une série de prescriptions formelles. C’est d’abord aimer, vivre et rayonner de joie, dans la confiance au Christ.

Voici un commandement nouveau : « Faites tout ce qu’il vous dira. »

Si nous voulons être les serviteurs du Christ, nous n’avons pas à faire des choses écrites par avance. Nous avons à rester tout près de lui, à écouter ce qu’il nous inspirera, et à le faire alors, ce qui sera juste et vrai sous son regard, et ce qui nous donnera la plus grande joie, une joie extraordinaire.

Cana et la croix : l’eau, le vin et la gloire

Le troisième jour est aussi le jour de la résurrection, le jour qui offre une issue, une échappée.

A Cana, l’heure de Jésus n’est pas encore venue, et plus tard quand son heure est venue, il est élevé sur la croix.

A Cana, il manifeste sa gloire, et sur la croix, il est glorifié.

« Un des soldats lui transperça le côté avec une lance ; aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. »

L’eau et le vin de Cana annoncent le sang et l’eau qui jaillissent du côté du Christ.

Voilà pourquoi Cana est le premier des signes. Parce que c’est le signe de la mort et de la résurrection du Christ, et donc le premier, le plus grand, le plus essentiel des signes.

Mais ce que ça nous dit de nouveau et d’étonnant sur la mort et la résurrection du Christ, c’est que c’est une joie.

Le sang du Christ ne symbolise pas la souffrance et la passion du Christ, l’expiation par le sacrifice sanglant. Le sang du Christ, c’est du vin, c’est de la joie.

C’est la vie. Le sang c’est l’âme, c’est l’être, c’est la vie même, voilà pourquoi l’Ancien Testament interdit de manger le sang.

Or voilà que Jésus nous donne à boire son sang, comme une vraie boisson. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le relèverai au dernier jour. »

« Celui qui boira de l’eau que, moi, je lui donnerai, celui-là n’aura jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira pour la vie éternelle. »

L’eau vive offerte à la Samaritaine équivaut au sang du Christ.

Les noces de Cana et les noces de l’Agneau

Ainsi, célébrer la Sainte Cène n’est pas une mémoire douloureuse de la mort d’un homme ; c’est une fête joyeuse.

L’ange dit à Jean dans l’Apocalypse : « Heureux ceux qui sont invités au dîner des noces de l’agneau ! »

Les noces ont lieu entre l’Épouse, qui est l’Église, et l’Époux, qui est le Christ, l’agneau immolé qui a versé son sang pour nous.

Car les noces sont une image du Royaume de Dieu, comme le dit Jésus en Matthieu 22 : « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils. […] Il envoya encore d’autres serviteurs, en disant : Dites aux conviés : Voici, j’ai préparé mon festin ; mes bœufs et mes bêtes grasses sont tués, tout est prêt, venez aux noces. […] Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. »

Ces noces dans le ciel viennent. Jésus dit en célébrant la pâque : « Amen, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

S’il boit un vin nouveau au ciel, n’est-ce pas pour les noces ?

Les noces signifient l’union, l’unité, la réconciliation et la réunification avec Dieu. Elles témoignent aussi de l’amour de Dieu pour nous, dans toute son intensité.

« Car Dieu a tant aimé le monde » …

Il est écrit aux Éphésiens : « Maris, aimez votre femme comme le Christ a aimé l’Église : il s’est livré lui-même pour elle, afin de la consacrer en la purifiant par le bain d’eau et la Parole, pour faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et sans défaut. […] Il y a là un grand mystère ; je dis, moi, qu’il se rapporte au Christ et à l’Église. »

Le couple humain est donc une métaphore de l’union du Christ et de l’Église ; il est à l’image de Dieu, c’est un mystère, un sacrement, le signe visible d’une réalité invisible.

Depuis Osée jusqu’au Cantique des Cantiques, la métaphore conjugale parle de la relation de Dieu à son peuple : « Eh bien, moi, je vais la séduire ; je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. […] Je te fiancerai à moi pour toujours. Je te fiancerai à moi par la justice et l’équité, par la fidélité et la compassion. Je te fiancerai à moi par la probité, et ainsi tu connaîtras le SEIGNEUR. »

Dieu est amour et Dieu nous aime, avec toute l’immensité de sens du mot amour, de l’amour véritable, du grand Amour.

C’est pourquoi Dieu dit à Jérusalem par la bouche du prophète Ésaïe, comme une déclaration d’amour : « On t’appellera ‟Mon plaisir est en elle”, et on appellera ta terre ‟L’Épousée” ; car le SEIGNEUR prend plaisir en toi, et ta terre sera épousée. »

Le premier des signes

La présence de Marie au miracle des Noces de Cana a une signification encore plus profonde. Il s’agit en effet du premier des Sept Signes, les sept miracles que dans l’Évangile de Jean racontent le parcours entrepris par Jésus afin de montrer aux disciples Ses pouvoirs et ce à quoi il est destiné, avant d’arriver à la Cène, à la Passion et à la mort.

En lisant les Écritures, il est facile de remarquer que les occasions où Jésus utilise son pouvoir pour guérir, soigner et libérer du démon sont plus nombreuses.

Jean choisit de raconter seulement sept épisodes :

  • les Noces de Cana en Galilée ;
  • la guérison du fils du capitaine ;
  • la guérison du malade de trente-huit ans à Béthesda ;
  • la multiplication des pains ;
  • Jésus qui marche sur l’eau ;
  • la guérison de l’aveugle-né ;
  • la résurrection de Lazare.

Au premier de ces signes la Mère de Jésus est présente et Il semble en prendre ses distances quand elle s’adresse à Lui en cherchant de l’aide et la traiter avec malveillance.

« Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue ». Mais la Vierge ne se laisse pas offusquer par ces paroles et confirme aux serviteurs : « Faites ce qu’Il vous dira ».

Marie sait que Son Fils est spécial, qu’il est destiné à des grandes choses. Et Jésus sait que désormais il est temps pour Lui de se détacher de Sa mère afin d’embrasser le destin que Dieu a en réserve pour Lui.

Le fait que ce jour-là il soit invité avec ses disciples est déjà significatif du fait que Sa mission a commencé. Les disciples sont Sa nouvelle famille, qui l’accompagnera jusqu’à Son destin et au sacrifice final.

Aux Noces de Cana Jésus s’offre pour la première fois au nom de l’Alliance entre Dieu et les hommes qu’Il est venu renouveler.

Une gloire discrète et une foi nouvelle

L’Évangéliste ne nous dit pas comment le miracle a été salué ni comment le rôle de Marie a été reconnu.

Très sobrement il mentionne que ce fut le premier des signes opérés par Jésus, et que les disciples commencèrent à voir sa gloire, c’est-à-dire l’union indicible du Père et du Fils.

Il s’agit bien d’un commencement qui n’est pas seulement chronologique. C’est le commencement d’un temps nouveau, temps de l’alliance nuptiale et eschatologique, que Jésus vient inaugurer.

Pourtant, l’affaire est passée inaperçu. Sans bruit. Le récit ne montre aucune réaction des convives.

La gloire est plus que discrète. Seuls les disciples ont saisi, car eux seuls sont dans la proximité de foi avec le Christ.

Le récit des noces de Cana résume l’évangile qui va se poursuivre où les signes et la manifestation de sa gloire ne seront compris qu’après la passion, par ses plus proches disciples.

Dans l’évangile de Jean, cette gloire et cette heure évoquent la Passion. Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie prie Jésus avant son arrestation.

Le signe de Cana nous renvoie à l’événement de la Croix où Jésus glorifie et révèle tout l’Amour du Père pour le monde.

Sa gloire est dans sa Parole, dans ce don gratuit qu’il nous fait. Sa gloire est dans cette présence nuptiale du Verbe fait chair qui nous offre de participer gracieusement à ses noces messianiques.

Il fait de nous, à la fois ces serviteurs missionnaires, ces invités réjouis et ces disciples comblés par la foi et demeurant auprès de lui.

Le message spirituel des serviteurs

Si simple et si dépouillé, notre récit se montre plein d’enseignements pour nous, humbles tâcherons de l’Évangile.

D’abors nous sommes certains de rester dans la volonté de Dieu quand nous suivons à la lettre les directives de notre Mère Sainte Thérèse de Jésus.

« Faites tout ce qu’il vous dira ! » Toute sa spiritualité est là dans ce simple conseil qu’elle donne à ceux et celles qui veulent bien lui faire confiance.

La seule chose importante est que Jésus, dès qu’il aura parlé, nous trouve prêts à remplir à ras bords toutes les cuves de notre passé, pour qu’il y verse le vin nouveau que lui seul peut apporter.

Le Christ se présente ainsi comme ce “bon vin” pour maintenant, un vin meilleur destiné à faire de nous ses hôtes réjouis.

Ce maintenant, que souligne l’énigmatique maître du repas, est celui de nos vies. Jésus vient changer nos mornes eaux en un vin de noces.

Il vient remplir ce qui manque à nos vies. Ce vin essentiel et débordant se verse encore et toujours pour nous.

Nous le goûtons à sa Parole, nous nous en réjouissons à son Repas, nous le partageons dans sa charité.

Enfin, selon les paroles de la petite Thérèse, qui ont dans son esprit valeur d’explication : quand la Vierge Marie semble ne pas répondre à notre détresse, c’est qu’elle ne veut pas. Point final.

En résumé, voilà un jour de joie, le septième jour, où Dieu change nos tristesses en bonheur.

Faire tout ce qu’il nous dira nous libère et nous donne la joie en abondance comme un fleuve. Il nous redonne goût à la vie, et nous promet le meilleur pour la fin.

En ce jour aussi, le Christ nous purifie par son sang de vie, son sang joyeux. Il nous donne un vêtement blanc.

Il nous invite à ses noces exprimant l’immensité de son amour, il déclare son plaisir en nous, et son désir d’être un avec nous. Amen.

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