Fêté le 13 juillet par l’Église catholique, Jacques de Voragine est l’auteur de la fameuse Légende dorée qui raconte la vie de plusieurs centaines de saints et certains événements de la vie de la Vierge et du Christ. Des histoires bien souvent légendaires qui ont néanmoins forgé nombres de traditions chrétiennes. Mais saviez-vous que ce Jacques de Voragine a été proclamé bienheureux ?
Rédigée entre 1250 et 1280, la Légende dorée a connu dès sa parution un grand succès. Lors de sa rédaction, Jacques de Voragine s’est directement inspiré des célèbres textes classiques de la littérature religieuse du Moyen Âge comme les évangiles apocryphes ou les œuvres des Pères de l’Église comme saint Augustin ou encore saint Jérôme. Malgré son aspect légendaire, ce livre a marqué pour toujours la tradition chrétienne et a été une source d’inspiration profonde pour les artistes qui ont pioché sans compter dans ces vies de saints martyrs. Une façon d’exalter la foi des pèlerins à travers des épisodes héroïques et inspirants.
En parallèle de ces vies de saints, les épisodes de la vie de la Vierge et du Christ ont aussi profondément marqué l’iconographie. Énorme succès dès sa création, la Légende dorée sera l’une des œuvres les plus lues, les plus traduites et les plus copiées après la Bible et le psautier jusqu’à l’invention de l’imprimerie. Le plus ancien manuscrit date de 1282 et se trouve conservé à Munich.
Si l’archevêque de Gênes, qui passa plusieurs décennies à rédiger et à améliorer son œuvre, est surtout connu pour être l’auteur de cet ouvrage célèbre, il n’en fut pas moins un religieux dominicain reconnu pour ses qualités de diplomate. En tant qu’archevêque de Gênes, il fut envoyé par le Pape à plusieurs médiations afin de régler le conflit qui opposait la République de Gênes et celle de Venise.
La Légende dorée a également fasciné les chercheurs par ses entrées de l’Index des Noms propres et par les outils de transmission textuelle qu’elle mobilise. L’Index des Noms propres comporte 2323 noms de lieux, de personnes ainsi que de Fêtes de l’édition lyonnaise de 1476. L’entrée principale d’un nom propre est accompagnée du nombre total de ses occurrences, suivie de ses variantes et de leurs fréquences. Autant d’indications qui témoignent d’une expérience de manipulation des textes et de leur transmission à travers les siècles.
Au-delà des noms, l’œuvre est devenue un véritable instrument de prédication et d’iconographie. L’ouvrage a joué un rôle considérable dans la prédication et dans l’iconographie chrétienne du Moyen Âge, et dès 1333 ou environ, la Légende dorée a été traduite en français par Jean de Vignay. Le traducteur, religieux de Saint-Jacques-du-Haut-Pas de Paris, a œuvré à la demande de Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe VI de Valois. Seize manuscrits de cette première traduction survivent, dont beaucoup sont enluminés.
Les ajouts réalisés après la première traduction, les “Fêtes nouvelles”, élargissent l’apport de Voragine en incluant des vies de saints ou des fêtes de l’église, notamment celles de Geneviève, Germain, Sulpice le Pieux et Saint-Louis. Le but de ces ajouts est clair : offrir une traduction française de Vies de saints français et parisien, illustrant parfois directement la dynastie capétienne et la vie urbaine de Paris.
Le succès de la Légende dorée ne se mesure pas uniquement à travers ses copies et traductions mais aussi par sa capacité à s’inscrire dans les pratiques liturgiques et pédagogiques. En ce sens, elle est devenue une encyclopédie de la vie chrétienne où le merveilleux coexiste avec des épisodes historiques et des miracles empruntés aux apocryphes chrétiens. Ainsi, elle a nourri une tradition d’enseignement et de dévotion soutenant la piété populaire et les programmes des écoles monastiques.
Tableaux et images ont aussi tiré profit des récits des saints présentés dans la Légende dorée, renforçant l’imagerie médiévale autour des figures sacrées et des miracles.
Le contexte de composition et le rôle de Voragine dans l’ensemble de la chrétienté médiévale montrent comment un corpus hagiographique peut influencer durablement l’art, la liturgie et la société. XIIIe siècle : le dominicain Jacques de Voragine compose "La Légende dorée", vaste recueil retraçant la vie des saints. XXIe siècle : des continuités narratives et culturelles se perpétuent à travers des réécritures, des hommages et des adaptations narratives qui prolongent l’empreinte de cet ouvrage dans les pratiques religieuses et populaires. Sous les voûtes discrètes de l’abbaye de Saint-Bibin, des figures modernes réinventent l’esprit des saints et leur mission de protection de la foi.
