Le Bûcher des vanités, publié initialement en 1987 sous le titre anglais The Bonfire of the Vanities, raconte la chute de Sherman McCoy, un riche trader de Wall Street qui se proclame lui-même « Maître de l’Univers ». À partir d’un accident de voiture dans le Bronx, Tom Wolfe met en scène l’affrontement de deux New York : celui de Park Avenue, riche et blanc, et celui du Bronx, pauvre et noir.
Le roman est à la fois une chronique sociale, une satire féroce et un récit de chute. L’argent, la politique, la presse, la justice, les tensions raciales, l’ambition et la lâcheté s’y entremêlent dans une fresque new-yorkaise de près de 900 pages, portée par un humour grinçant et un style incisif.
Un roman publié en 1987 et devenu un classique new-yorkais
Sorti initialement en 1987, Le bûcher des vanité, The Bonfire of the vanities, vient d’être réédité en livre de poche. Retour sur un roman qui avait fait l’objet de critiques flamboyantes et unanimes à son époque.
Tom Wolfe est né le 2 mars 1930 en Virginie et mort le 14 mai 2018 à Manhattan. Il était journaliste, essayiste et écrivain. Le bûcher des vanités est son premier roman.
Succès phénoménal aux Etats-Unis, voilà un pavé qui n'a pas fini de ricocher !
C'est "the" roman encore jamais écrit sur cette ville et ses épicentres mondialement nerveux : la Bourse et les conflits raciaux. L'argent, la politique, la presse, la justice, le courage et la lâcheté, du grand spectacle en cinémascope.
Cauchemardesque, fascinant, drôle et passionnant, Le Bûcher des vanités s'impose sans doute comme le livre qu'il faut avoir lu sur ce qui est aujourd'hui la "ville moderne" par excellence.
Le sens du titre : les vanités de New York brûlées par le scandale
Le titre fait référence au Bûcher des vanités, qui a eu lieu en 1497 à Florence en Italie, quand la ville était sous le règne du prêtre dominicain Jérôme Savonarole.
Il a ordonné que des objets que l’Église considérait comme immoraux tels que les cosmétiques, les miroirs, les livres et l’art soient brûlés.
Le titre du livre est une référence aux vanités de la société new-yorkaise des années 1980.
Dans le roman, les objets, les signes extérieurs de richesse, les réputations et les ambitions deviennent les manifestations d’une société dominée par l’apparence. La chute de Sherman McCoy ne concerne donc pas seulement un homme : elle met à nu un système social tout entier.
New York dans les années 1980 : luxe, argent et apparences
L’auteur nous emmène dans le New-York des années 80. Et les années 80 à New-York, c’est chouette.
Le NYC des années 80, c’est Manhattan avec ses tours gigantesques et des cabines téléphoniques partout, des brushings de la planète choucroute, des robes improbables aux épaulettes surdimensionnées, des appartements dont on ne compte même plus les mètres carrés décorés par les dames qui portent les robes et les brushings cités ci-dessus.
Le décor est aussi celui des sacs de dollars jetés sur les trottoirs, des limousines de 25 mètres de long pour parcourir 3 pâtés de maisons, des soirées avec plein de gens connus qui écrivent des livres sur l’existentialisme et peignent des croûtes dont on se demande dans quel sens il faut les accrocher.
Ce New York est également celui des enfants qui vont dans écoles privées avec un bel uniforme écussoné et des traders qui donnent le La du marché financier mondial nuit et jour.
Wolfe appuie sur la superficialité des quartiers chics, et sur le côté glauque du Bronx et de tous ceux qui s'en approchent, avec comme objectif, de les faire se rencontrer et de les confronter.
| Face de New York | Caractéristiques |
|---|---|
| Manhattan et Park Avenue | Richesse, tours gigantesques, appartements luxueux, écoles privées, Wall Street |
| Le Bronx | Pauvreté, drogue, quartiers mal famés et tensions raciales |
| Les espaces de pouvoir | Bourse, politique, presse et justice |
Sherman McCoy, « Maître de l’Univers »
Et le New-York des années 80, c’est surtout Sherman McCoy. Parce qu’il possède tout cela, Super Sherman.
Sherman McCoy est si imbu de sa personne qu’il s’est auto proclamé « Maître de l’Univers ».
Il est un tracer richissime chez Pierce and Pierce de Wall Street.
Un travail lucratif à Wall Street, un luxueux appartement à Manhattan, une épouse décoratrice, une petite fille adorable et aussi une superbe maîtresse.
Voilà un homme comblé.
Super Sherman, il a bien sûr plus d’un tour dans son sac pour passer du bon temps avec sa Magic Maîtresse.
Notre "héros" est blanc, riche, beau, chanceux et trompe sa femme. Forcément, on le déteste.
À travers son anti-héros, Sherman Mc Coy, authentique yuppie marié et disposant d'une maîtresse, on découvre ce que peut déclencher un mode de vie dont aucune âme ne se plaint.
Sherman McCoy n’est pourtant pas seulement un personnage à condamner. Il n’est pas LE parfait salaud ni la victime de l’intrigue.
La descente aux enfers d'un homme qui inspire à la fois pitié et dégoût.
L’accident qui fait basculer toute une société
Son assurance et sa suffisance volent en éclat lorsque, avec sa maîtresse au volant, sa Mercedes percute et blesse mortellement un jeune homme noir dans le Bronx.
Pourtant, tout cela va s’arrêter brutalement le jour où ce riche New-yorkais renverse accidentellement un jeune noir dans le Bronx.
À partir de cette intrigue très simple, Tom Wolfe brosse un portrait décapant de New York et de l’Amérique.
Et dire que tout commence avec un accident de la route qui échauffe les esprits et qui montre la bassesse de certaines personnes.
Le fait divers devient rapidement un événement politique, judiciaire et médiatique. Un banal accident de voiture aurait pu passer inaperçu en d'autres circonstances.
C'est-à-dire si le maire de New York ne cherchait pas à se mettre la population afro-américaine dans la poche avant les élections, si Kramer n'avait pas cherché à tout pris à se mettre en valeur pour se la prouver, si Fallow n'avait pas eu besoin d'un petit coup d'éclat pour remettre sa carrière sur les rails, après des mois de cuite successives, et si Mc Coy n'avait pas été accompagné de sa maîtresse lors de l'accident.
Pas de bol, Sherman.
Henry Lamb et l’affrontement de deux mondes
Les univers contrastés de McCoy et de sa victime, Henry Lamb, sont dépeints avec une grande subtilité : Park Avenue riche et blanche contre le Bronx pauvre et noir.
Une véritable merveille !!! Deux "sociétés" sont en constante opposition : la population "blanche " et la population "noire ". Il y a d'un côté la richesse et de l'autre la pauvreté dans toute leur démesure.
On découvre le monde de la rue où il faut trouver sa place et survivre et le monde de la finance où il faut toujours être le meilleur pour ne pas sombrer.
"Exposer sa richesse " est un concept qui saute aux yeux dans ce roman. La différence entre ceux qui ont un travail qui rapporte et ceux qui triment est visible à chaque page.
Le véritable héros de cet histoire, le bouc-émissaire, c'est Henry Lamb.
Personnalité éprise d'humanitaire, il se heurte en effet quotidiennement aux mesquineries de ces citadins peu recommandables de NYC sans compter bien entendu cette traditionnelle et triviale équation que l'on réserve à toute outsider: "T'es qui/T'as pas de fric/Casses-toi."
Henry Lamb se trouve un jour au mauvais endroit au mauvais moment, après une affaire à conclure pour obtenir juste un peu plus d'argent.
C'est donc la rencontre de l'Ange et de l'être humain que narre Wolfe.
Une mosaïque de personnages ambitieux
Au début du roman, il n'y a pas encore de héros, mais une mosaïque de personnages.
Quelques points communs entre eux quand même: ce sont des hommes, ils habitent la Grande Pomme, et sont / se sentent / veulent se sentir puissants.
Leurs différences? Ils sont entre très riche et complètement fauché en passant par "gagne honnêtement sa croûte de fonctionnaire", ils peuvent être obsédé / intéressé / vaguement désintéressé par les femmes, et leur trajectoire oscille entre gloire, déchéance et anonymat.
Ils sont Sherman Mc Coy, le "top boy" des obligations de Wall Street, Kramer, substitut du procureur dans le Bronx, et Peter Fallow, journaliste people de la haute société, et pique-assiette.
Leurs routes vont se croiser suite à un banal accident de voiture qui aurait pu passer inaperçu en d'autres circonstances.
L’histoire de la chute de McCoy est racontée aux côtés de celles de trois autres hommes, tous caractérisés par leur ambition démesurée et leur vanité : un journaliste de tabloïd alcoolique désespéré de ne pas tenir un scoop, un pasteur avide de pouvoir et un procureur désireux d’impressionner une ancienne jurée, Miss Shelly Thomas.
Le journaliste et la fabrication du scandale
Les journalistes sont toujours à l’affût du « coup » qui propulsera leur carrière.
Fallow n'avait pas eu besoin d'un petit coup d'éclat pour remettre sa carrière sur les rails, après des mois de cuite successives.
Les manipulations des médias et de la justice.
Le procureur et l’ambition judiciaire
Kramer est substitut du procureur dans le Bronx.
Le procureur ambitieux et le petit dealer de crack, toutes les couches de la société sont passées au scanner et le moins que l'on puisse dire c'est que ça déménage.
Le procureur désireux d’impressionner une ancienne jurée, Miss Shelly Thomas, appartient à une galerie de personnages où le pouvoir et la réussite comptent davantage que la vérité.
Les personnages secondaires et les rapports de force
Un goldenboy, un procureur, son adjoint, un journaliste, un avocat, une décoratrice d'intérieur, etc.
Du leader noir sans scrupule en passant par le procureur ambitieux et le petit dealer de crack, toutes les couches de la société sont passées au scanner.
Cette galerie de personnages est complète : chacun représente une position sociale, une ambition ou une manière de survivre dans une ville où les rapports de force changent selon les circonstances.
Une société dominée par l’argent et les signes extérieurs de richesse
Un bel appartement bien situé à New-York, un beau costume comme signe extérieur de richesse, une belle maîtresse si possible, c'est tout ce qui compte.
La méchanceté et la cupidité règnent en maître absolu.
La différence entre ceux qui ont un travail qui rapporte et ceux qui triment est visible à chaque page.
Le roman montre le monde de la finance où il faut toujours être le meilleur pour ne pas sombrer.
Les personnages habitent un univers où l’argent détermine la valeur sociale, les relations et même la possibilité de se faire entendre.
Les relations bourreaux/victimes qui s'inversent selon les situations sont fondées sur des idées fausses et façonnent les individus jusque dans leurs propres actes.
Politique, presse et justice : le grand cirque social
On passe alors de l’autre côté du miroir avec le NYC des années 80 moins reluisant et beaucoup moins glamour : les quartiers mal famés, gangrenés par la pauvreté, l’injustice et la drogue, les politiciens affamés de pouvoir, les journalistes toujours à l’affût du « coup » qui propulsera leur carrière.
L’affaire met en mouvement une cynique alliance de circonstance entre les médias, la politique et la justice.
Ce tableau réaliste de la vie new-yorkaise montre un puissant goldenboy broyé par une cynique alliance de circonstance, média, politique, justice.
La peur d'être reconnu coupable de ce jeune financier est admirablement retranscrite.
La justice semble s'acharner, la chute continue.
Les manipulations des médias et de la justice donnent au récit sa dimension de tragi-comédie sociale.
Le roman met en scène les mécanismes par lesquels un fait divers devient un spectacle collectif, chacun cherchant à y trouver un avantage personnel ou politique.
Une chronique sociale plutôt qu’un simple polar
Ce livre n'est pas du tout un polar mais une chronique de personnages de différentes couches sociales qui vont être liés par un fait divers.
Une histoire inspirée d'un fait divers réel, l'oeuvre indispensable, sinon la meilleure, d'un écrivain connu pour sa plume acerbe et flamboyante.
Le roman entremêle les destins croisés de plusieurs personnages magnifiquement décrits.
La trame peut être intéressante, mais la narration opère assez vite le choix du glauque, qui se substitue rapidement au glamour.
Le roman délivre l'histoire d'une chute, d'un basculement social, lors de la découverte d'un drame qui fait prendre connaissance de toutes les zones d'ombres d'un personnage influent.
Le livre est parfois décrit comme un thriller, car l’écriture entretient le suspense et suit la dégradation progressive de la situation.
J'ai lu ce livre comme un thriller, c'est-à-dire à vitesse grand V, et suis parvenue pantelante à la fin de ce pavé en me disant: "Wouaaaaaaah", ce qui ne veut rien dire mais révèle un état émotionnel intense.
Humour grinçant, rythme haletant, style si particulier de Wolfe font de ce livre un classique de la vie New-Yorkaise.
Le style de Tom Wolfe : satire, réalisme et langage populaire
Tom Wolfe décrit de façon incisive le New York des années 80 et donne vie à une ville pleine de tensions raciales et empreinte d'ego.
Prenez tous ces ingrédients, mettez-les dans un sac, secouez bien, ajoutez un talent monstre pour dépeindre ce décor unique teinté de réalisme et de cynisme et vous obtenez un chef d’oeuvre qui traite à merveille de deux mondes radicalement opposés, qui s’entrechoquent et dont personne ne ressortira indemne.
Le style de Wolfe est mordant, flamboyant et souvent caricatural.
Les personnages quelque peu loufoques et caricaturaux sont un pur délice.
Le déclin physique est aussi décrit, pour celui qui, pour séduire, tient absolument à se sculpter un corps de rêve, jalouse chaque muscle des hommes qui passe.
L’écriture peut toutefois déconcerter dans les premières pages, notamment en raison de l’argot et des onomatopées.
J'ai trouvé assez irritante cette manie de retranscrire le "parler populaire" de certains personnages à l'écrit, le fameux "Sheuhmeunnn" pour Sherman, la femme de Kramer qui beugle plus qu'elle ne parle, l'avocat de Mc Coy qui demande une page sur deux "kikillya????".
Certains lecteurs reprochent aussi au roman des passages trop développés et un sentiment de remplissage.
Tout est trop développé et nous donne l'impression de faire du surplace.
D'autres apprécient au contraire cette exhaustivité, qui permet à la ville, aux communautés et aux personnages de prendre corps dans toute leur complexité.
Une lecture longue, entre fascination et réserves
Car il en faut un peu pour dévorer ces 915 pages.
Ce roman se dévore malgré ses 900 pages.
Un pavé mais qui se lit très facilement.
Il m'a permis une meilleure compréhension de l'actualité récente à NY, bien que le cas DSK soit quelque peu différent.
Le roman est une histoire entraînante et une bonne analyse des communautés juive, irlandaise, WASP, noire.
Les personnages sont attachants, même si certains sont trop semblables.
La lecture ne fait cependant pas l’unanimité.
Trop long, rempli de passages qui m'ont fait sursauter de dégoût, pas l'histoire en elle-même, mais la manière dont Wolfe a écrit certains passages, je pense notamment au début, franchement rebutant, car abusant de l'argot et d'onomatopées assez lourdingues.
De bons moments et une bonne histoire, quand même.
Certains lecteurs estiment que trop d’histoires dans l’histoire font que l’on s’ennuie parfois et qu’on a presque envie de sauter des pages pour retrouver enfin le fil du sujet.
Le point positif du roman réside dans cette description réussie de communautés qui ne se connaissent que par des clichés que l'on véhicule.
Le roman est bien mené mais exclusivement divertissant.
Heureusement que l'auteur introduit une certaine dose d'humour et un semblant de suspense car des passages sont franchement ennuyeux.
Une satire durable de la ville moderne
Tom Wolfe devrait devenir aussi la coqueluche du public français, et son Bûcher des vanités la plus sinistre, la plus drôle, la plus juste des présentations de la vie new-yorkaise.
Il s'avale avec un plaisir qui ne se dément pas.
N'auriez-vous les moyens ou le temps de n'en lire qu'un seul, que ce soit ce Bûcher des vanités, cet incendie de mots éclairant la nuit contemporaine.
Le roman choc de Tom Wolfe.
Où il est question de la chute d'un gagneur de Wall Street.
Sur fond de convulsive fresque new-yorkaise.
Vraiment saisissant !
Le New York qui nous est dépeint ici est effarant.
Ce roman mille fois célébré ne vaut que davantage.
Le Bûcher des vanités reste le grand titre de cet auteur.
Un portrait sans concession des États-Unis mais surtout un formidable roman que j'ai lu avec délectation.
Le Bûcher des vanités est une chronique féroce de la richesse, de la pauvreté et des ambitions qui s’affrontent dans le New York des années 1980. À travers la chute de Sherman McCoy, Tom Wolfe transforme un accident en révélateur des tensions raciales, des manipulations politiques et de la puissance des médias.
Le roman est disponible dans une édition de poche publiée par LGF/Le Livre de Poche, dans la collection Le Livre de Poche, au format poche.
