Oui, Martin Luther était profondément attaché au baptême des enfants et considérait le pédobaptême comme une pratique légitime de l’Église. Toutefois, il ne pensait pas que le salut dépendait mécaniquement du fait d’avoir reçu le baptême : selon lui, le salut de l’âme est un libre don de la grâce de Dieu, reçu par la repentance sincère et la foi authentique en Jésus-Christ.
Luther rompait ainsi avec la conception selon laquelle les enfants morts sans baptême seraient exclus du salut en Christ, au nom de la justification par la foi, tout en restant fermement favorable au baptême des nouveau-nés. Pour lui, le baptême ne tirait pas sa validité de la foi personnelle de celui qui le recevait, mais de la Parole et du commandement de Dieu.
La position de Luther sur le baptême des enfants
Au sein de la grande famille protestante, l’église luthérienne est celle qui a la doctrine la plus romaine du baptême. Luther, comme le Vatican, était convaincu que le baptême était le pardon des péchés et accordait la vie éternelle.
Dans son Catéchisme mineur, il écrit que « le baptême fait pardonner les péchés, rachète la mort et le mal et le salut éternel à tous ceux qui le reçoivent et le croient ». La question serait : comment un enfant peut-il exercer sa foi (puisque les luthériens croient au baptême des enfants)?
Luther répondrait en disant que la Parole de Dieu, agissant dans les eaux du baptême, crée la foi en la créature baptisée. D’où la nécessité du baptême.
Selon l’Église luthérienne, toute personne qui mène une vie chrétienne doit être baptisée. Cela inclut les bébés dont les parents s’attendent à ce qu’ils soient élevés dans le corps de Christ.
| Question | Réponse luthérienne |
|---|---|
| Les nouveau-nés peuvent-ils être baptisés ? | Oui, s’ils sont destinés à être élevés dans l’Église chrétienne. |
| Le baptême est-il nécessaire au salut ? | Non, car le salut est un don de Dieu qui ne dépend pas de ce que fait ou ne fait pas un humain. |
| Le baptême peut-il être répété ? | Non, l’Église luthérienne croit que le baptême ne se répète jamais. |
| Un enfant mort sans baptême est-il exclu du salut ? | Non, l’entrée d’un bébé au ciel ne dépend pas du fait que ses parents aient eu le temps de le baptiser avant sa mort. |
Le baptême comme promesse de Dieu
En termes simples, le baptême est considéré par l’Église luthérienne comme un saint sacrement qui accueille la personne qui est baptisée dans la famille de Dieu. C’est la promesse de Dieu à ses disciples, pas la promesse du disciple à Dieu.
Selon l’Église luthérienne, le baptême est l’incorporation d’un individu dans le corps crucifié et ressuscité de Jésus. C’est un symbole de l’amour de Dieu pour tous et procure un sentiment de réconfort et d’assurance que chacun est sauvé du péché au nom de Jésus-Christ.
Le baptême est l’un des deux sacrements qui sont reconnus et pratiqués dans le protestantisme, l’autre étant la communion. Le baptême signifie l’union des chrétiens à la mort et à la résurrection du Christ.
Il atteste le pardon. Il intègre le baptisé dans l’Église. Il annonce l’Esprit et il est pratiqué au nom de Jésus-Christ.
Le sacrement, pour les Réformateurs, est un signe de la grâce de Dieu et une aide que Dieu propose pour soutenir la foi des croyants. Il est symbole d’une alliance entre Dieu et les hommes.
D’autre part, le baptême est le signe visible d’une grâce invisible. La grâce signifiée par le baptême, c’est la naissance du baptisé à une vie nouvelle et son entrée dans la Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes.
La foi ne crée pas le baptême, elle le reçoit
La façon dont le Réformateur allemand et son collègue Mélanchthon répondent aux anabaptistes est intéressante. De manière singulière, ils ne concèdent pas à ceux-ci que les enfants ne puissent croire.
Peter Leithart, que nous avons traduit à ce sujet, explique en effet qu’il ne faut pas intellectualiser la foi et que nous parlons aux nourrissons non pas parce qu’ils comprennent, mais afin qu’ils comprennent.
Ce n’est toutefois pas cet aspect de la théologie de Luther que j’aimerais relever, mais plutôt cet extrait du Grand catéchisme où Luther explique que le baptême ne tire pas sa validité de la foi de celui qui le reçoit, mais du commandement de Dieu.
La foi, explique-t-il, ne fait pas le baptême mais le reçoit :
De plus, nous ajoutons que le plus important à nos yeux, ce n’est pas que celui que nous baptisons possède ou non la foi ; car le Baptême ne dépend pas de notre foi, mais de la Parole et du commandement de Dieu.
Cette opinion scandalisera peut-être quelques-uns, mais elle résulte naturellement de ce que nous venons de voir, le Baptême n’étant pas autre chose que de l’eau unie à la Parole de Dieu.
Si donc la Parole est jointe à l’eau, le Baptême est réel, quand même la foi n’y est pas ; car la foi ne fait pas le Baptême, mais elle le reçoit.
Cela ne revient pas à dire que la foi n’est rien : c’est par elle seule que nous recevons les bénéfices scellés dans le baptême.
L’incrédulité, donc, ne détruit pas la validité d’un sacrement mais appelle le jugement. Lorsqu’il s’agit de sacrements qui ont valeur de promesses, c’est donc la façon dont nous répondrons aux promesses qu’ils scellent qui détermine, non pas leur validité, mais le bénéfice que nous en aurons.
La justification par la foi et le baptême
Préoccupé par les questions de la mort et du salut qui caractérisent le christianisme du Moyen Âge tardif, il puise des réponses dans la Bible, particulièrement dans l’épître de Paul aux Romains.
Selon Luther, le salut de l’âme est un libre don de la grâce de Dieu, reçu par la repentance sincère et la foi authentique en Jésus-Christ comme le Messie, sans intercession possible de l’Église.
Il se persuade de la vertu salvifique de la foi et que seule la confiance placée en Jésus qui aime l’humanité malgré le péché originel qui l’entache libère vraiment.
Luther en arrive à se dire que l’homme doit accepter son état de pécheur et qu’il est fatalement imparfait devant Dieu, ce qui n’empêche pas la pénitence.
En revanche, vouloir résoudre le problème du péché par des indulgences susceptibles de se substituer en tout ou en partie à cette pénitence, le plus souvent monnayées, est pour lui une pratique incompatible avec la piété ainsi qu’un danger d’éluder les vrais problèmes.
D’abord, la mise en question des indulgences par Luther a contribué à une nouvelle formulation de la justification par la foi. En découle rapidement une critique des sacrements et une insistance sur la nécessité d’une foi consciente.
Si Luther restait profondément attaché au pédobaptême, certains de ses écrits ont néanmoins contribué à une mise en question du baptême obligatoire de tous.
Sans le vouloir, il participe à la naissance de l’anabaptisme avec des phrases comme celle-ci et comme celle-ci.
« La force du baptême, en effet, n’est pas tant située dans la foi de celui qui le confère que dans la foi de celui qui le reçoit, ou dans l’usage qu’il fait du baptême. »
Ainsi, la pensée anabaptiste partagera avec Luther l’importance fondamentale de la justification par la foi. Cependant, la compréhension différente de la foi consciente dans l’anabaptisme aboutira à une tout autre logique sur le baptême.
Pourquoi Luther a-t-il maintenu le baptême des nouveau-nés ?
Le baptême est considéré comme l’un des deux sacrements que reconnaissent les principales branches du protestantisme, l’autre étant la cène (ou communion).
Le baptême est également signe de l’entrée du chrétien dans l’Église. Dieu l’unit à tous ceux qui, sans distinction de race, de sexe, de position sociale, constituent son peuple sur terre.
Le baptême peut être défini comme « une ordonnance divine » par laquelle Dieu nous accepte dans son Royaume, et nous place au sein de son peuple.
Il est une expression publique de l’Alliance de Dieu et nous appelle à son service dans le monde. Il a une fonction de témoignage et permet d’extérioriser ce que Dieu nous donne et opère en nous.
En recevant le baptême, nous confessons devant la communauté croyante et devant le monde ce que Dieu est pour nous, et nous déclarons notre engagement au service de l’Évangile.
Dans cette perspective, le baptême des enfants ne repose pas sur l’idée que le nourrisson aurait déjà formulé une profession de foi personnelle. Il repose sur l’initiative de Dieu, sur sa promesse et sur l’accueil de l’enfant dans la communauté chrétienne.
Le baptême est la promesse de Dieu à ses disciples, pas la promesse du disciple à Dieu.
Le baptême luthérien ne dépend pas de la compréhension du nourrisson
Les anabaptistes étaient encore plus radicaux que les réformés car ils reniaient le baptême des enfants. Ils ont défendu le baptême des croyants adultes comme le seul mode de baptême légitime du Nouveau Testament.
Puisqu’un nouveau-né n’est pas en mesure de placer sa foi dans le Fils de Dieu, il ne devrait pas être baptisé. Au fait, le nom des « anabaptistes » signifie « rebaptiser » ou « renommer ».
Ils ne croyaient pas que le baptême initial d’un enfant était valable aux yeux de Dieu.
La différence avec Luther porte précisément sur le rapport entre la foi personnelle et la validité du sacrement. Dans la conception luthérienne, l’absence de compréhension consciente du nourrisson ne rend pas le baptême inexistant, puisque le baptême dépend de la Parole et du commandement de Dieu.
La foi ne fait pas le baptême, mais elle le reçoit. Le baptême est réel, quand même la foi n’y est pas.
Le baptême des enfants et la justification par la foi
Longtemps l’Église a affirmé que les enfants morts sans être baptisés seraient exclus du salut en Christ. Luther rompt avec cette conception au nom de la justification par la foi, tout en restant profondément attaché au baptême des enfants.
Les luthériens ne croient pas que le baptême est nécessaire au salut parce qu’ils croient que le salut est un don de Dieu qui ne dépend pas de ce que fait ou ne fait pas un humain.
Selon l’Église luthérienne, le baptême n’est pas nécessaire au salut. L’entrée d’un bébé au ciel ne dépend pas du fait que ses parents aient eu le temps de le baptiser avant sa mort.
On croit que tout le monde est le bienvenu dans le royaume de Dieu, car le salut est le don que Dieu peut faire.
Cette position permet de distinguer deux affirmations que Luther tient ensemble : le baptême des enfants est une pratique fidèle à la promesse de Dieu, mais le salut ne peut pas être réduit à l’accomplissement matériel de ce rite.
Le baptême et la grâce offerte sans mérite
Ce qui définit un sacrement en théologie, c’est d’être un « signe visible de la grâce invisible de Dieu », donc un geste qui dit l’amour de Dieu pour nous.
Or une affirmation fondamentale de l’Évangile est que la grâce de Dieu est offerte à tous, comme son nom l’indique « gratuitement », sans la nécessité du moindre mérite de notre part ou même que nous en ayons conscience.
Dieu nous aime parce qu’il a choisi de nous aimer, et non pas parce que nous aurions su nous rendre aimables.
Le baptême, ainsi, n’engage pas l’enfant, il n’est pas à son initiative, c’est le témoignage de la foi des parents qui veulent donner à leur enfant un signe de l’amour de Dieu.
Et justement, baptiser un tout petit enfant, c’est insister sur le fait que la grâce ne dépend pas de nous, mais qu’elle est reçue comme un cadeau.
Avant même que l’enfant ait pu mériter ou démériter, avant même qu’il ait la foi ou qu’il ne l’ait pas, avant de savoir s’il sera bon ou mauvais, bon pratiquant ou non, nous voulons dire qu’il est aimé par Dieu, que sa vie est précédée par un amour et une grâce qui lui sont offerts.
Ainsi la grâce est première dans la vie chrétienne, et celle-ci ne consiste pas à tenter de gagner l’amour de Dieu, mais d’apprendre à y répondre.
Le rôle des parents après le baptême
Le baptême n’engage donc en rien l’enfant, ce n’est pas pour lui un vœu, ni même une responsabilité, c’est un cadeau.
Si le baptême devait engager quelqu’un ce serait Dieu lui-même, ou tout au moins les parents, parce que s’ils choisissent de donner ce signe à l’enfant, cela implique que par cohérence ils devront ensuite lui expliquer le sens de ce qu’ils ont fait afin que l’enfant puisse se positionner plus tard par rapport à ce geste.
On a le droit de donner un signe à enfant, mais on a le devoir de lui donner les moyens ensuite de le comprendre et de pouvoir le ratifier pour lui ou de s’en distancer, de pouvoir y répondre ou non plus tard.
C’est le sens de la confirmation, ou de la profession de foi, quand on demande au jeune, ensuite, s’il veut répondre ou non à cette grâce qui a été signifiée par son baptême en acceptant pour son père céleste celui qui l’a accepté d’abord pour être son fils.
Le baptême est lié à la conversion. L’œuvre de Jésus-Christ n’est pas automatique.
Elle nous appelle et attend un changement de comportement de notre part. Le baptême est la marque d’une vie nouvelle, vécue sous le signe de l’amour de Dieu et du prochain.
Le mode de célébration du baptême
Étymologiquement, le terme « baptême » vient du grec « baptizein » et signifie plonger, immerger.
Le baptême dans les débuts du Christianisme ayant gardé cette composante, les croyants ont voulu se faire baptiser le plus tard possible pour effacer le plus grand nombre de péchés d’un coup.
Chez les luthériens, selon l’église, le baptême se fait à la source ou par immersion totale. Certaines églises luthériennes ont un baptistère avec une piscine où les gens sont immergés, mais dans la plupart des cas, la personne baptisée est aspergée d’eau d’une fontaine.
C’est d’ailleurs aussi pourquoi on baptise les enfants non par « immersion », mais par « affusion », c’est-à-dire en versant un peu d’eau sur la tête.
Le baptême d’enfant est à comprendre comme un signe de la grâce et de l’accueil dans l’Église, non comme une reproduction nécessaire du baptême des adultes par immersion.
Les autres conceptions protestantes
Tout dépend en fait de quelle Réforme on se réclame. La Réforme radicale disait : « tout ce qui n’est pas explicitement autorisé par l’Écriture est interdit », mais Calvin et Luther disaient : « tout ce qui n’est pas contraire à l’Écriture est autorisé ».
On peut ainsi très bien baptiser les enfants tant qu’on est bien d’accord sur le sens de ce geste et que ce sens est évangélique.
Le domaine réformé du protestantisme (représenté par Zwingli, Calvin et Bullinger entre autres) n’était pas à l’aise avec cet enseignement sacramentaliste de Rome et de Wittenberg.
Ils croyaient toujours à la nécessité de baptiser les tout-petits ; mais pas pour que les enfants soient pardonnés de leur péché originel et bénis de la vie éternelle.
La perspective réformée voit dans le baptême une passerelle vers la communauté de l’église visible. Ils s’attendaient à ce que les enfants baptisés - lorsqu’ils atteignent l’âge de raison et avec l’aide de leurs parents pieux - placent leur foi en l’Évangile.
Mais ils ne croyaient pas que les eaux du baptême ôtaient les péchés ou qu’ils faisaient la nouvelle naissance.
Les anabaptistes étaient encore plus radicaux que les réformés car ils reniaient le baptême des enfants.
Dans ces communautés, on pratique le baptême par immersion des adultes pour marquer leur conversion.
C’est à partir d’une foi suscitée par la prédication de l’évangile et d’une réponse personnelle à la grâce de Dieu que le baptême doit être administré.
Le baptême des enfants dans le contexte du Nouveau Testament
Dans l’Église primitive, à partir des Actes des Apôtres, on voit apparaître le baptême comme rite chrétien. Or à ce moment, il ne s’agissait pas de baptême d’enfant, mais d’un baptême d’adultes par lequel le candidat recevait un baptême par immersion au nom du Christ pour marquer son entrée dans l’Église.
Cela fait que certaines Églises refusent le baptême d’enfants comme étant non biblique. C’est le cas aujourd’hui des Baptistes, et du temps de la Réforme de ceux que l’on appelait « anabaptistes ».
En fait, certains théologiens ne sont pas aussi catégoriques sur le fait que le baptême d’enfants n’ait pas existé dans le Nouveau Testament.
Ils s’appuient en particulier pour dire cela sur les récits de baptêmes collectifs comme en Actes 16 où sont baptisés Lydie et toute sa famille.
Peut-être y avait-il aussi des enfants. Cela est discutable, mais indique déjà un sens possible au baptême d’enfants.
Être baptisé veut dire que l’on fait partie d’une famille chrétienne, qu’on est incorporé à l’Église, même en tant qu’enfant.
Le parallèle avec la circoncision
C’est dans ce sens que Calvin disait que le baptême était comme le pendant de la circoncision chez les Juifs : par elle l’enfant était incorporé au peuple élu, mais le geste avait le défaut de mutiler le corps, et de n’être pas égal pour les deux sexes.
Pour les chrétiens, c’est donc le baptême qui a été choisi pour dire que l’enfant de parents chrétiens était bienvenu dans l’Église et qu’il en faisait partie en tant qu’il était dans une famille chrétienne.
Bien sûr, on lui demandera ensuite s’il voudra confirmer son appartenance ou non à l’Église non plus seulement en tant qu’il est enfant de parents chrétiens, mais par lui-même.
Donc, et c’est le premier sens, par son baptême, l’enfant est accueilli dans l’Église, mais ce baptême ne fait pas de lui un chrétien pour autant, parce qu’être chrétien, c’est un choix personnel qui se marque par la confession de sa foi.
Les anciennes interprétations du baptême des enfants
À l’origine, avant même qu’il soit chrétien, le baptême était un rite juif d’ablution, de purification, comme il l’est encore aujourd’hui dans les synagogues.
Il s’agissait de plonger l’individu dans l’eau pour faire comme s’il en ressortait lavé de son péché et tout propre, purifié.
C’était le sens du baptême donné par Jean Baptiste et qu’a reçu Jésus, baptême qui n’était évidemment pas chrétien puisqu’avant même le ministère du Christ.
On a dit alors que le baptême d’enfant était pour laver le péché originel ! C’est vraiment une conception d’un autre âge !
On peut croire au péché originel sans croire à une sorte de culpabilité héréditaire qui rendrait chaque enfant coupable avant même de vivre d’une faute qu’il n’aurait pas commise.
Alors certains ont voulu dire que le péché originel n’était pas une faute, mais une sorte d’imperfection fondamentale qui est le fait de tout homme.
La chose est déjà plus acceptable, mais on ne voit pas en quoi le fait de baptiser un enfant le ferait échapper à cette imperfection.
Le seul moyen de récupérer cette signification du baptême serait de dire que le bébé est plongé dans une sorte de grand bain de pardon a priori, qu’il est pardonné par avance en quelque sorte.
La nouvelle naissance et le baptême d’un bébé
Ensuite pour les premiers chrétiens, le baptême est devenu signe de nouvelle naissance, il s’agissait aussi, bien sûr d’un baptême par immersion.
C’est le sens encore du baptême des Baptistes : on meurt à sa vie ancienne, au péché, pour naître à une vie nouvelle.
L’idée est belle, mais comment pourrait-elle être adaptée à un bébé ?
Un petit enfant ne naît pas de nouveau par son baptême, il ne renonce à rien, et n’est pas plongé dans la mort de quoi que ce soit.
La seule récupération possible serait de dire qu’il ne suffit pas de naître de chair et de sang pour accomplir son destin d’être humain, il faut aussi accéder à une dimension spirituelle.
Baptiser enfant, cela veut dire, pour les parents, qu’ils ont conscience que leur enfant a cette dimension, et que, comme il est né animalement, il faut aussi qu’il naisse spirituellement.
Qu’il est non seulement enfant de la chair, mais aussi enfant de Dieu, et donc que prenant en considération cette dimension spirituelle, ils en prendront soin, ils la nourriront et veilleront à la faire grandir.
Le sens du baptême selon Luther et les Églises luthériennes
Quelle est l’importance du baptême ? Selon le Catéchisme mineur de Luther, le baptême est un signe que « la part en nous avec tous les péchés et désirs mauvais doit se noyer dans la tristesse quotidienne pour le péché et le repentir, et qu’une nouvelle personne rachetée quotidiennement va sortir et se lever. »
Le baptême est l’incorporation d’un individu dans le corps crucifié et ressuscité de Jésus.
Il est un symbole de l’amour de Dieu pour tous et procure un sentiment de réconfort et d’assurance que chacun est sauvé du péché au nom de Jésus-Christ.
Le baptême ne se répète jamais. Cela se fait une fois dans une vie en signe de foi en Dieu, et le sacrement devient la promesse de Dieu à ses disciples.
Selon l’Église luthérienne, le baptême précoce des nourrissons aide à élever les enfants à vivre une vie fidèle et chrétienne.
Les luthériens baptisent les enfants parce qu’ils s’attendent à ce qu’ils soient élevés dans l’Église chrétienne.
Le salut des enfants non baptisés
Si un bébé meurt avant d’être baptisé, ira-t-il au ciel ? Selon l’Église luthérienne, le baptême n’est pas nécessaire au salut.
L’entrée d’un bébé au ciel ne dépend pas du fait que ses parents aient eu le temps de le baptiser avant sa mort.
On croit que tout le monde est le bienvenu dans le royaume de Dieu, car le salut est le don que Dieu peut faire.
Dieu ne tient pas de registres, et tout enfant, baptisé ou non est aimé par lui et au bénéfice de sa grâce.
La seule différence entre un enfant baptisé et un qui ne le serait pas est que dans le premier cas, les parents ont voulu dire solennellement cette grâce dont ils pensent que leur enfant est bénéficiaire, marquer sa vie d’un geste originaire d’amour.
Le texte de l’accueil des petits enfants
Finalement, le baptême comporte plein de sens possibles, mais depuis la Réforme, on dit que le texte réellement fondateur est celui de l’accueil des petits enfants par Jésus.
Contrairement à ce que pensaient les disciples, aucun enfant n’est trop petit pour que Dieu s’intéresse à lui, personne n’est trop modeste pour être au bénéfice de la grâce, ou pour avoir sa place dans l’Église.
La place auprès du Christ n’est pas réservée aux purs, aux saints, aux intelligents, aux théologiens, aux bons pratiquants ou aux bons croyants, mais chacun est accueilli.
Le Christ nous invite à entrer dans une relation de simplicité avec lui, sans jugement, une relation qui est juste faite d’amour, de tendresse, sans question, et sans condition.
Cette relation, Dieu lui-même l’initialise en nous aimant en premier, en faisant le premier pas vers nous, en nous offrant sa présence, sa grâce et son amour.
Des gens lui amenèrent des petits enfants pour qu’il les touche. Mais les disciples leur firent des reproches.
La grâce ne dépend pas du rite
Ce ne sont pas les actes, les rites ou les sacrements qui sauvent, mais l’amour de Dieu par-delà tous les gestes d’Église que l’on peut inventer.
Bien sûr, ce n’est qu’un signe, ce n’est pas le baptême qui provoque la grâce, le baptême dit la grâce qui précède le geste.
Dieu n’a pas besoin de nos sacrements pour nous donner sa grâce, et pas besoin de nos gestes pour nous aimer.
La grâce est universelle, il est bon de le dire et d’essayer ensuite d’apprendre à ses enfants de la discerner.
C’est cela le point de départ de toute vie chrétienne, c’est là-dessus que l’on peut construire sa vie de chrétien, comme une réponse à la grâce, et c’est là-dessus que nous pouvons vivre tout simplement, en sachant qu’un amour nous précède.
Ce n’est qu’à partir de là que l’on peut grandir dans la liberté et dans la joie.
