La séquence (en latin sequentia du verbe sequire, suivre) est « ce qui suit l’alléluia » car, avant le Concile Vatican II, elle était placée entre l’Alléluia et l’Évangile. Depuis, les séquences sont chantées après la deuxième lecture pour préserver le lien entre l’Alléluia et l’Évangile. Le texte de la séquence était à l’origine une prose au rythme libre à laquelle on a ajouté peu à peu d’autres textes. Un autre type de séquences au rythme régulier avec des vers égaux et des rimes est apparu au XIe siècle. Au XVIe siècle, le concile de Trente a supprimé toutes les séquences sauf quatre : celle de Pâques, celle de Pentecôte, celle de la fête du Saint-Sacrement et celle de la Messe pour les défunts.
Victimae Paschali Laudes, la séquence de Pâques
La première séquence (et la plus ancienne) est le Victimae Pascali laudes. C’est la séquence de Pâques, obligatoire pour le Jour de Pâques. Elle est attribuée à Wipo, moine bourguignon mort en 1050, chapelain à la cour de l’empereur Conrad II. Les deux premières strophes disent la joie de la victoire du Christ sur la mort. Apparaît alors un dialogue entre Marie-Madeleine et les apôtres. La conclusion redonne la parole aux apôtres avec l’enthousiasme de la première strophe.
Version harmonisée en 1920 par le chanoine Jehan Revert, maître de chapelle de Notre-Dame de Paris. Elle fait alterner le chœur et le grand orgue. Elle est ici interprétée par l’ensemble vocal Jubilate Deo dirigé par Laurent Vauclin. Dans l’année liturgique, la séquence suivante est le Veni Sancte Spiritus, obligatoire pour la Pentecôte.
Le texte de cette séquence a été écrit autour de 1220 par Etienne Langton, archevêque de Cantorbéry qui a le plus contribué à promouvoir le culte de saint Thomas Becket. C’est une grande prière à l’Esprit Saint, pour lui demander de venir en nous, en déployant les dons attendus : elle fait écho à la lecture des Actes des apôtres, qui raconte l’événement de la Pentecôte. La séquence actualise le récit biblique pour que ce qui a été vécu à Jérusalem 50 jours après la résurrection du Christ le soit aussi par nous aujourd’hui. Les attributs de l’Esprit Saint sont évoqués avec de nombreux verbes d’action dans cette séquence divisée en dix courtes strophes de trois vers. Version mise en musique par Markus Wittal pour la communauté de l’Emmanuel. Deux semaines après la Pentecôte, nous sommes invités, pour ce que l’on appelait jadis en France la Fête-Dieu, à chanter la séquence Lauda Sion Salvatorem. Elle a été écrite, à l’occasion de l’institution de cette nouvelle fête en 1264 par le grand théologien saint Thomas d’Aquin. Vingt-quatre strophes évoquent le mystère eucharistique et la présence réelle ; les dernières s’adressent au Christ. Musicalement, les strophes sont regroupées par 2.

Le voici le Pain des anges : version mise en musique par Grégory Notebaert pour les Ancolies 2015 à Lourdes. Les deux premières strophes contemplent Jésus « pain eucharistique », préfiguré dans l’Ancienne Alliance notamment par la manne, le sacrifice d’Isaac, et l’agneau immolé. Elles sont traitées avec une même mélodie à l’unisson. La quatrième séquence n’est entrée dans la liturgie romaine qu’en 1727. Elle date cependant du XIIIe siècle et a été attribuée au poète Jacopone da Todi. Après avoir campé la scène de la croix, où le spectacle de son Fils agonisant transperce l’âme de la mère, le poète se demande si l’on peut rester insensible à une telle douleur. Revenant à Marie, il décrit de nouveau ce qu’elle a sous les yeux. Alors il se met en cause, désire partager ses pleurs, recevoir les stigmates des plaies du crucifié et rester en compassion tout au long de sa vie. Il lui faudra pour cela participer à la souffrance du Christ et s’enivrer de son sang.
Stabat Mater (RV 621) d’Antonio Vivaldi a été composé en 1712 pour ensemble et voix. L’autre poème datant du XIIIe siècle, marqué lui aussi par la spiritualité franciscaine, et souvent attribué au franciscain Thomas de Celano, est le Dies irae. Il faisait partie de la Messe pour les défunts depuis la fin du XIIe siècle. Vatican II l’a relégué dans la Liturgie des Heures. Le texte est divisé en trois parties, suivies d’une coda. Chaque partie comporte trois mélodies répétées deux fois.
Victimae paschali laudes immolent Christiani. Agnus redemit oves : Christus innocens Patri reconciliavit peccatores. Mors et vita duello conflixere mirando : dux vitae mortuus, regnat vivus. Dic nobis Maria, quid vidisti in via ? Angelicos teste, sudarium, et vestes. Nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts.
La séquence de Pâques est célèbre, elle fait la joie de l’Église durant toute l’octave, par sa fraîcheur et son enthousiasme. Elle se présente à nous sous la forme d’un poème versifié au rythme métrique, comprenant huit strophes. Ce procédé musical est indépendant, en fait, de la forme du texte qui établit un dialogue entre le chœur, qui introduit la pièce durant les quatre premières strophes, et Marie-Madeleine qui prend la parole à partir de la cinquième strophe, avant que tous concluent ensemble avec la dernière strophe. Pourquoi donner la parole à Marie-Madeleine ?
D’abord parce qu’au Moyen Âge, cette sainte jouit d’une popularité immense : les sanctuaires de Vézelay et de la Sainte-Baume se disputent la gloire et l’honneur de posséder ses précieuses reliques. Mais tout cela, parce que Marie-Madeleine est la grande sainte de Pâques, la grande sainte aussi de l’amour, persévérant et ardent, du Christ. Cet amour persévérant lui a fait ignorer la peur de la nuit, la peur des soldats, la question de la lourde pierre qui obstrue le tombeau et qu’elle ne pourra jamais rouler toute seule. Devant le tombeau vide, après avoir couru pour prévenir Pierre et Jean et être revenue avec eux, elle demeure, incapable de s’en éloigner, alors que les Apôtres s’en retournent au Cénacle, dubitatifs. Elle est la Sainte de la fidélité, la Sainte de la présence, la Sainte de l’espérance, la Sainte de l’amour. Et elle a été récompensée par Jésus qui lui est apparu à elle la toute première, scène sublime qui fait penser à Adam et Ève au jardin du Paradis, ou encore au Cantique des cantiques, comme l’ont souligné les Pères de l’Église ; scène qui a inspiré les plus grands peintres, et notamment Fra Angelico.
Jésus a montré, en apparaissant à des femmes, et à cette femme en particulier, combien Il prenait à cœur la vocation féminine qui est vocation à l’amour, au sein de la communauté des croyants. Et cet amour féminin est apôtre, si bien que Saint Grégoire le Grand n’hésite pas à appeler sainte Marie-Madeleine l’apôtre des Apôtres : c’est elle en effet qui, la première, a proclamé l’immense nouvelle qui fonde toute notre foi Chrétienne, à savoir que Jésus est vivant : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’Il m’a dit ».
La Liturgie du saint Jour de Pâques se devait de mettre en lumière le rôle de Marie-Madeleine, et elle l’a fait de manière somptueuse à travers ce chant qui la place au centre d’une sorte de chorégraphie pascale pleine de grâce : le chœur qui interroge Marie représente le collège apostolique ou l’Église tout entière, et il laisse la Sainte exprimer avec ardeur son amour, son espérance et sa foi, avant de conclure avec elle par une affirmation vibrante et une humble prière : « Nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends pitié de nous ! »
"Victimae paschali Laudes" Jehan Revert Séquence Pâques
La séquence Victimæ Paschali laudes est l’une des cinq séquences médiévales conservées dans le Missale Romanum publié en 1570 après le Concile de Trente. Les quatre autres sont le Veni Sancte Spiritus, le Lauda Sion, le Stabat Mater et le Dies iræ. Son texte a été mis en musique à la Renaissance ou à l’époque baroque par de nombreux compositeurs, et des dérivés choraux luthériens existent également.
Les paroles de la Séquence pascale expriment admirablement le mystère qui s’accomplit dans la Pâque du Christ. Elles font apparaître la force rénovatrice qui se dégage de la résurrection. Avec les armes de l’amour, Dieu a vaincu le péché et la mort. Le Fils éternel, qui s’est dépouillé lui-même pour prendre la condition du serviteur obéissant jusqu’à la mort sur la croix, rappelle le caractère pascal de la liturgie et rappelle la question du sens pour les fidèles d’aujourd’hui.
Ainsi se déploie l’ensemble des séquences associées à Pâques et à la Pentecôte, mêlant témoignages bibliques, piété mariale et expression chorale qui demeure centrale dans de nombreuses liturgies anciennes et modernes.