L’affiche du 1er mai 1900 s’inscrit dans l’histoire de la revendication des « trois 8 » : huit heures de travail, huit heures de repos et huit heures de loisirs. Le triangle rouge porté par les manifestants symbolise la division de la journée en trois parties égales.
Le 1er mai est le seul événement syndical et social universel. C’est un moment historique marqué par les luttes, les revendications, le progrès social et la paix. La fraternité, la solidarité internationale et la fête caractérisent ce jour unique.
La revendication des trois 8
L’histoire du Premier Mai est intimement liée à l’histoire de la lutte des travailleurs pour la réduction des heures de travail par jour. La limitation à huit heures par jour est l’aboutissement de ce combat.
Le principe des TROIS-HUIT est la répartition des vingt-quatre heures de la Journée en trois : huit heures de travail, huit heures de loisirs, huit heures de sommeil.
Le véritable père de la formule sociale des trois huit est Denis Veiras, né à Ales entre 1635 et 1638, un protestant. Dans son ouvrage intitulé l’Histoire des Sevarambes, la journée est divisée en trois parties égales : la première destinée au travail, la deuxième au plaisir, la troisième au repos selon Maurice Domanget.
En aout 1817, l’industriel socialiste anglais, Robert Owen, avait fixé à huit heures la journée de travail dans son catéchisme à l’usage des travailleurs. En 1825, les fileurs de coton de Nottingham frayèrent la voie aux grèves pour obtenir les huit heures.
Le 25 novembre 1833, les délégués des trade-unions réunis à Manchester décident de travailler que huit heures et d’exiger au moins pour ces huit heures, le salaire entier de la journée.
En France où l’on travaillait entre 12 et 17 heures, il semble que les résolutions des trade-unions anglais ont influencé les initiatives françaises. Les charpentiers de Pecq et les menuisiers de Caen obtinrent par la grève la réduction des heures de travail en 1832.
En 1840, le mouvement des cent mille ouvriers français avait comme principaux objectifs la lutte pour la réduction du temps de travail à dix heures. En 1844, les cent mille ouvriers français reprirent la grève pour une plus grande réduction des heures de travail.
Pourquoi le 1er mai a-t-il été choisi ?
Le 1er mai, jour férié, jour de la fête des travailleurs, est surtout, une journée revendicative. En effet, les syndicats américains décident, à partir du 1er mai 1884, de mener des actions afin d’obtenir en deux ans la journée de huit heures pour les travailleurs.
Cette date n’est pas choisie au hasard, le 1er mai étant le premier jour de l’année comptable pour de nombreuses entreprises. En choisissant cette date, le monde ouvrier entendait mettre, d’emblée, la pression sur le patronat.
La date du 1er mai est choisie car c’est la date du "moving day" : c'était le commencement de l'année de travail où les ouvriers louaient leurs services.
Au cours du IVe congrès de l’American Federation of Labor, en 1884, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis se donnent deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Il est décidé qu’à partir du 1er Mai (date du renouvellement des baux) de l’année 1886, soit les patrons accepteront la journée de 8 heures, soit les ouvriers feront grève…
Chicago, 1er mai 1886 : le déclenchement du mouvement international
Le samedi 1er mai 1886 à Chicago, un mouvement revendicatif pour la journée de 8 heures est lancé par les syndicats américains. Une grève, suivie par 400 000 salariés, paralyse de nombreuses usines.
Un grand nombre de travailleurs obtiennent immédiatement satisfaction de leur employeur (près de 200 000 travailleurs). Mais d'autres, moins chanceux, au nombre d'environ 340 000, doivent faire grève pour forcer leur employeur à céder.
Les manifestants en grève réclament la journée de huit heures de travail. Les patrons s'y opposent et le mouvement s'éternise jusqu'au 4 mai 1886.
Le 3 mai, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester à Chicago. Une marche de protestation a lieu le lendemain et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers.
C'est alors qu'une bombe explose devant les forces de l'ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les rangs de la police.
Le 4 mai, meeting à la place du marché (Haymarket), quinze mille personnes sont présentes dans le calme. Au moment de la dispersion à la fin du meeting, la police s’en mêla et une bombe tomba au milieu d’eux couchant par terre une soixantaine d’entre eux: deux morts sur le coup et six autres plus tard suite à leur blessure.
Ce fut le signal d’une panique folle et d’une bataille plus terrible que celle de la veille. Les survivants aidés par des renforts ouvrirent un feu nourri sur la foule encore présente.
Le massacre fut épouvantable, mais il était difficile d’en faire le douloureux bilan sous estimé à cinquante. Après cette répression, c’était l’état de siège : couvre-feu, occupation de certains quartiers par la troupe, surveillance étroite des enterrements des victimes de la tuerie à la recherche des militants ayant échappé, perquisition en masse.
Le procès de Haymarket et la mémoire ouvrière
S’ensuivit le procès des prévenus. L’instruction retint comme prévenus Spies, Fielden, Neebe, Fisher, Schwab, Lingg, Engel et Albert Parsons.
Un jury laborieusement constitué parmi 979 personnes a fait une parodie de justice : une caricature de jury, de témoignages, d’instruction, de procès : un jugement de classe. Le procureur requit la peine de mort.
La sentence du 20 aout 1886 condamna les huit à la pendaison. Une mesure de grâce commua la peine de Schwab et Fiedlen en prison perpétuelle et celle de Neebe à 15 ans de prison.
Le 11 novembre 1887, le supplice eut lieu avant midi dans la cour de la prison : leurs pieds entravés par une corde, leurs mains ligotées derrière le dos, une corde nouée autour du cou, leur corps balançant, les yeux hors de l’orbite et la langue pendante.
Mille personnes suivirent aux cimetières les cercueils drapés de rouge. Les larmes coulaient à flot, mais les réactions nationales et internationales furent minimes pour ces précurseurs de Sacco-Vanzetti dont l’affaire bouleversera le monde en 1927.
En 1893, John Altgeld, gouverneur de l’Illinois, appartenant à la bourgeoisie américaine, après une longue enquête, dénonça tous les passe-droits, toutes les infamies du procès et démontra que le verdict avait été rendu par ordre : « Une telle atrocité n’a pas de précédent dans l’histoire ».
Ces évènements marquèrent les mémoires et le premier mai devient un point de fixation des combats pour l’amélioration des conditions de travail.
La décision de la IIe Internationale
Le 20 juin 1889, lors du congrès de la IIe Internationale socialiste réuni à Paris pour le centenaire de la Révolution française, il est décidé de faire du 1er mai un jour de lutte à travers le monde avec pour objectif la journée de huit heures.
En 1889, la IIe Internationale se réunit à Paris à l'occasion du centenaire de la Révolution française et de l’Exposition universelle. Sous l’impulsion de Jules Guesde (*) - qui inventera le terme de"fêtes du Travail' en 1890 - et du Parti ouvrier qu'il dirige, et sur une proposition de Raymond Lavigne, cette Internationale décide, le 20 juillet 1889, de faire de chaque 1er mai une journée de manifestation.
Les congressistes se donnent pour objectif la journée de huit heures (soit 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé), sachant que jusque-là, il était habituel de travailler dix ou douze heures par jour.
Attendu qu'une semblable manifestation a été déjà décidée pour le 1er mai 1890 par l'AFL, dans son congrès de décembre 1888 tenu à Saint Louis, cette date est adoptée pour la manifestation.
La 2ème Internationale reprendra cette date pour soutenir sa revendication des « 3X8 », c’est-à-dire 8 heures de travail, 8 heures de repos et 8 heures de loisirs.
Le triangle rouge et le langage de l’affiche
Le 1er mai 1890, les travailleurs défilent donc avec un triangle rouge à la boutonnière symbolisant leurs revendications : huit heures de travail, huit heures de repos et huit heures de "loisirs".
En France, dès 1890, les manifestants du 1er mai ont pris l’habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle rouge. Celui-ci symbolise la division de la journée en trois parties égales : travail, sommeil, loisirs.
Partout des ouvriers défilent avec un triangle rouge à la boutonnière pour signifier le partage de la journée en trois.
Le triangle est quelques années plus tard, remplacé par la fleur d’églantine. En 1907 à Paris, le muguet, symbole du printemps en Île-de-France, remplace cette dernière. Le brin de muguet est porté à la boutonnière avec un ruban rouge.
| Symbole | Signification | Période |
|---|---|---|
| Triangle rouge | 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs | Dès 1890 |
| Églantine rouge | Souvenir du sang versé à Fourmies et référence à Fabre d’Églantine | Après 1891 |
| Muguet et ruban rouge | Symbole printanier associé au 1er mai | À partir de 1907 |
Fourmies, 1er mai 1891 : un nouveau drame
Cette revendication ne va pas toujours sans heurts : le 1er mai 1891 à Fourmies, dans le Nord de la France, la manifestation tourne au drame : la troupe tire sur la foule, dix personnes sont tuées, dont deux enfants de onze et treize ans.
Dans cette petite ville du nord de la France, la manifestation rituelle tourne au drame. La troupe équipée des nouveaux fusils Lebel et Chassepot tire à bout portant sur la foule pacifique des ouvriers.
Elle fait dix morts dont 8 de moins de 21 ans. L’une des victimes, l’ouvrière Marie Blondeau, habillée de blanc et les bras couverts de fleurs, devient le symbole de cette journée.
Les militants épinglent sur leur veste une églantine écarlate, fleur traditionnelle du Nord, en souvenir du sang versé et en référence à Fabre d’Églantine…
Avec le drame de Fourmies, le 1er mai s’enracine dans la tradition de lutte des ouvriers européens.
De la revendication à la loi des huit heures
La limitation de la durée de la journée de travail à 8 heures constitue l’une des revendications majeures du monde du travail dès les années 1880. A partir de 1890, la manifestation internationale du 1er Mai s’organise autour de cet objectif.
Le traité de paix signé à Versailles le 28 juin 1919 fixe dans son article 247 « l’adoption de la journée de huit heures ou de la semaine de quarante-huit heures comme but à atteindre partout où elle n’a pas encore été obtenue ».
Le 23 avril 1919, le Sénat français ratifie la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant, à titre exceptionnel, une journée chômée.
La loi est votée le 23 avril, une semaine avant un 1er Mai dont il craint qu’il ne donne le coup d’envoi d’une puissante grève générale. Le texte contient toutefois des restrictions et dérogations propres à susciter l’inquiétude syndicale.
Finalement, après la Première Guerre mondiale, en 1919, la journée de huit heures est mise en place et le 1er mai reste une journée chômée, c’est-à-dire une journée non travaillée et non payée.
L’affiche syndicale des huit heures
Cette affiche éditée pour le premier mai la donne à voir. Elle émane de l’Union des syndicats de la Seine.
En son centre, un énorme huit avec, dans sa boucle supérieure, le label et le sigle CGT et dans l’autre une horloge où des lettres se substituent à chacune des douze heures.
En fond, un paysage industriel exprimant une dynamique à l’œuvre : le ciel est couleur de soleil, les cheminées d’usines fument à plein, une grue charge ou décharge des marchandise et des derricks, signe de modernité, se mêlent aux échafaudages de constructions, selon une diagonale ascendante qui fait mouvement.
De part et d’autre du huit en forme d’horloge, deux groupes de personnages suspendus à une corde tentent d’agir sur le temps a contrario.
A gauche, deux employés, deux ouvriers et deux femmes, identifiables à leur tenue : chapeaux mous et costumes, manches de chemises retroussées, tablier de forgeron, ceinture de terrassier, femmes « en cheveux ».
Ils s’essaient à ramener l’aiguille des minutes vers 8 heures précises. A droite, quatre bourgeois portant un chapeau haut de forme ou melon et une dame en chapeau.
Le graphisme crée une apparente symétrie au prix d’une jambe supplémentaire du côté des salariés. Mais, pour l’heure, les possédants pèsent un peu plus lourd.
Les affiches que le mouvement syndical publie avant guerre sont des placards dépourvus d’illustrations (ou presque). C’est à la une de la presse syndicale qu’on trouve ces dernières. Cette affiche constitue à cet égard un tournant.
Le rôle de Jean Dormoy
Souvenons-nous que Jean Dormoy, qui fut le maire de Montluçon de 1892 à 1898, est à l’origine de la journée du Premier mai, cette fête du Travail célébrée dans le monde entier.
En 1888, lors du 3e congrès de la Fédération nationale des syndicats réuni au Bouscat, il sera l’instigateur d’un projet visant à organiser une manifestation populaire dans le monde entier, projet porté ensuite par Raymond Lavigne lors du congrès ouvrier socialiste international de Paris.
Dans la circulaire envoyée par la fédération à ses syndicats adhérents et qu’il rédigea lui-même, Jean Dormoy voyait dans ce projet une démarche énergique, générale et simultanée des travailleurs.
Depuis cette année 1888, Jean Dormoy est surnommé le « forgeron du 1er mai ».
La manifestation de Montluçon en 1906
En septembre 1904, à Bourges, le congrès de la « Confédération Générale du Travail » décide de faire du 1er mai 1906 le point d’aboutissement d’une grande manifestation en faveur des huit heures de travail quotidien.
Pour cela, il lance la formule : « Le 1er mai 1906, les travailleurs cesseront d’eux-mêmes de travailler plus de huit heures ».
Le 1er mai 1906, dès huit heures du matin, une foule énorme s’entassait à l’intérieur du théâtre-cirque, sur le quai Rouget de l’Isle et sur la place Fargin-Fayolle.
Un grand nombre d’ouvrières participaient à la manifestation ; parmi elles, celles très nombreuses venues de l’usine des faux-cols. De nombreux manifestants étaient accompagnés de leur famille, et nombre de leurs enfants les accompagnaient dans le cortège.
Des banderoles flottaient au dessus des têtes, portant des formules d’espoir : « Nous voulons la normale ». C’est ainsi que l’on désignait la journée de huit heures.
« Vouloir c’est pouvoir ; nous voulons donc la journée de huit heures ». « Les trois huit ! Travail ! Repos ! Loisirs ! Liberté ! Solidarité ! Justice ! »
A neuf heures, l’immense cortège s’ébranla. Le défilé débuta à partir du théâtre-cirque sur le quai Rouget de Lisle et parcourut les principales artères et quartiers de la ville.
Le défilé a fait le tour complet des « deux villes », avec un arrêt devant les usines pour manifester.
Les journaux Le Petit Parisien et Le Petit Journal indiquèrent le chiffre de 15 000 manifestants. Malgré la présence des ouvriers de toute la région, ce chiffre est sans doute excessif.
Une estimation de 10 000 participants semble plus raisonnable. Pour mémoire, la population de Montluçon était de 34 251 habitants en 1906.
Le 1er mai après la Première Guerre mondiale
Les manifestations rituelles du 1er mai ne se cantonnent plus dès lors à la revendication de la journée de 8 heures. Elles deviennent l’occasion de revendications plus diverses.
Dans l’histoire du 1er Mai, l’année 1936 est certainement une des plus importantes. Plusieurs événements vont la marquer.
Enfin, après un mouvement de grève mémorable, sont signés en juin les accords de Matignon qui légalisent la semaine de quarante heures, les congés payés ainsi que les conventions collectives.
L’année suivante le 1er Mai 1937 aura lieu sans doute la plus grande manifestation jamais organisée en France.
Le muguet et le 1er mai 1900
Le 1er Mai, Journée internationale des travailleurs, est aussi la « fête du muguet ». Chaque année, la tradition veut que l’on offre des petits brins de cette fleur à des proches.
Plusieurs anecdotes historiques font remonter cette tradition à l’époque de Charles IX. Le 1er mai 1560, le roi, accompagné de sa mère Catherine de Médicis, se serait vu offrir un brin de muguet lors d’une visite dans le Dauphiné.
Il aurait tellement apprécié le geste qu’il aurait décidé d’officialiser cette coutume en offrant, chaque printemps, un brin de muguet aux dames de la cour.
Toutefois, offrir du muguet ne deviendra populaire que le 1er mai 1900 lorsque, lors d’une fête organisée par les grands couturiers parisiens, toutes les femmes reçurent un brin de muguet.
Dès lors, les couturières en offrent chaque année à leurs clientes. Christian Dior fit d’ailleurs de la fleur l’emblème de sa griffe.
Ce n’est qu’en 1941, sous le maréchal Pétain, que le muguet est officiellement associé à la « fête du travail et de la concorde sociale » instaurée par le chef du régime de Vichy.
En fait, le muguet et la Fête du travail n’ont en réalité qu’un seul point en commun : le fait d’être célébrés le 1er mai de chaque année.
Le 1er mai devient un jour chômé et payé
C’est en 1941, sous le régime de Vichy que le 1er mai devient officiellement la "fête du Travail et de la Concorde sociale" comme pour signifier l’ordre paternaliste marqué par l’interdiction des grèves et des syndicats.
Les symboles révolutionnaire et progressistes sont gommés et supprimés. L’églantine rouge disparaît définitivement. Place au muguet !
Il faudra attendre 1947 et la IVe République pour que le 1er mai devienne un jour férié, c’est-à-dire un jour non travaillé et payé.
On doit cette initiative au député Daniel Mayer, appuyé par le ministre du Travail, Ambroise Croizat. Le 1er mai est réinstitué jour chômé et payé dans le Code du travail, sans être une fête nationale.
Ce n’est que le 29 avril 1948 qu’est officialisée la dénomination "fête du Travail" pour le 1er mai.
