La fête de la Bonne Réunion débutait lors de la nouvelle lune d’Épiphi, au cours de la saison Chémou, à la fin de l’année égyptienne. Elle se déroulait principalement au temple d’Edfou et célébrait la réunion annuelle de la déesse Hathor, venue de Dendérah, avec son époux Horus d’Edfou.
La fête avait lieu au moment de la crue du Nil. Le voyage d’Hathor vers Edfou durait cinq jours, son séjour auprès d’Horus environ deux semaines, puis la déesse repartait vers Dendérah par le même chemin.
La date de la fête de la Bonne Réunion
La fête de la Bonne Réunion débutait lors de la nouvelle lune d’Epiphi. Le mois d’Épiphi appartenait à la saison Chémou, la saison des récoltes, qui commençait après la période des semailles et de la germination.
Les Égyptiens divisaient l’année en trois saisons : Akhet, l’inondation du Nil, Péret, la germination, et Chémou, la chaleur et les récoltes. Chaque saison comprenait quatre mois de trente jours, auxquels s’ajoutaient cinq jours supplémentaires à la fin de l’année.
| Élément | Information |
|---|---|
| Nom de la fête | Fête de la Bonne Réunion |
| Début | Nouvelle lune du mois d’Épiphi |
| Saison | Chémou, saison des récoltes |
| Lieu principal | Temple d’Edfou |
| Départ d’Hathor | Dendérah |
| Destination | Edfou |
| Durée du voyage | Cinq jours |
| Durée du séjour | Environ deux semaines |
| Retour | Par le même chemin, vers Dendérah |
Les mois étaient désignés d’après leur numéro d’ordre dans la saison, mais les égyptologues donnent parfois des noms coptes aux mois, ces noms dérivent de noms utilisés au Nouvel Empire qui correspondent à des fêtes religieuses ou des noms de dieux.
Chémou - Pachon ou Pakhons (pA n xnsw, celui de Khonsou) - Payni (pA n int, celui du ouadi) - Epiphi ou Epiph (ip ipi, fête de Ipipi) - Mésori ou Mesore (mswt Ra, naissance de Rê).
Pourquoi la fête était-elle appelée la Bonne Réunion ?
Chaque année, au moment de la crue du Nil, Hathor quittait sa demeure de Dendérah pour rejoindre son époux, l’Horus d’Edfou ou l’Horus de Behebet. La fête célébrait donc les retrouvailles du couple divin après le voyage de la déesse vers le Sud.
On y célèbre la réunion d’Hathor et de son mari Horus d’Edfou. Une fois réunis on célèbre à nouveau le mariage entre les deux divinités.
La réunion d’Hathor et d’Horus exprimait également le renouvellement de la vie, la fécondité, la prospérité agricole et la régénération du monde. Hathor était avant tout une déesse de la fécondité et de la vie, elle assistait à la naissance de chaque être : c’est «la Dame de vie ».

Le départ d’Hathor depuis Dendérah
La statue d’Hathor était embarquée sur la barque processionnelle et devait remonter le Nil jusqu’à Edfou où son mari l’attendait. Le voyage de 160 km durait cinq jours.
À chaque ville traversée, le bateau faisait halte dans les temples importants. L’une de ces étapes se situait à Karnak où Hathor allait visiter le domaine de Mout.
Chacun de ces arrêts donnait lieu à d’importantes réjouissances populaires. Les populations se rassemblaient au bord du fleuve pour assister au passage de la barque et participer aux cérémonies.
Le trajet fluvial reliait ainsi plusieurs grands sanctuaires et permettait d’associer le culte d’Hathor à celui des divinités locales rencontrées sur le parcours.
L’arrivée à Edfou
Après ce long périple, Hathor arrivait à Edfou où Horus, sous la forme de sa statue, l’attendait sur le quai, escorté par une ville en pleine effervescence.
À l’arrivée d’Hathor, les prêtres effectuaient des sacrifices d’animaux afin de remercier la déesse de sa visite. Ces sacrifices accompagnaient les prières et les offrandes destinées à honorer la divinité.
Les sacrifices accomplis, le cortège se mettait en branle. Hathor et Horus en prenaient la tête, suivis des prêtres, des danseurs et des musiciens.
Cette procession était l’une des rares occasions pour le peuple d’apercevoir les statues divines des dieux. Les images sacrées, habituellement conservées dans les parties les plus secrètes des temples, étaient alors transportées dans un cadre cérémoniel visible par la population.

La procession vers le temple
Suivant la voie sacrée, la procession se dirigeait vers le temple où le couple divin allait passer sa première nuit dans le temple du mammisi, un soir de pleine lune.
Cette première nuit est appelée la nuit du « Mariage sacré ». C’est lors de cette nuit qu’Hathor et Horus vont engendrer leur fils Harsomtous, « Horus qui réunit les Deux-Terres ».
Le mammisi était associé à la naissance divine et au renouvellement de la vie. La présence du couple dans cet édifice donnait à la fête une dimension à la fois conjugale, cosmique et dynastique.
Le séjour d’Hathor à Edfou
Hathor séjournait alors pendant environ deux semaines à Edfou, semaines pendant lesquelles elle visitait les domaines du temple en compagnie de son époux.
Les festivités duraient près de quatorze jours après lesquels Hathor retournait à Dendérah au fil du Nil et Horus regagnait son sanctuaire.
Ce séjour constituait le cœur de la fête. La présence d’Hathor auprès d’Horus renouvelait symboliquement l’union du couple divin et garantissait la continuité de la vie, de la fertilité et de l’ordre du monde.
Le retour vers Dendérah
Puis venait le moment du retour, par le même chemin qu’à l’aller. Hathor repartait vers Dendérah tandis qu’Horus regagnait son sanctuaire d’Edfou.
Sur la rive, le peuple hurlait sa joie au passage de la déesse : une nouvelle fois Hathor était revenue du pays du Sud, amenant avec elle la crue, gage de prospérité pour l’année agricole.
La crue du Nil était perçue comme une manifestation de la puissance divine. Elle apportait l’eau et le limon nécessaires aux terres cultivées et conditionnait la prospérité de l’année à venir.
Hathor, déesse de l’amour, de la musique et de la fécondité
Hathor est une déesse majeure du panthéon égyptien. Elle est généralement représentée sous la forme d’une vache, d’une femme à tête de vache ou d’une femme portant une coiffe ornée des cornes de vache encadrant le globe terrestre.
C’est une divinité aux multiples compétences et fonctions : elle est considérée comme la déesse de l’amour, les Grecs l’attribuèrent à Aphrodite, mais aussi de la danse, de la musique et de tous les autres plaisirs.
Hathor était une grande séductrice, comme le révélaient la grâce et la finesse de sa silhouette et de ses traits sous apparence humaine. Elle est avant tout une déesse de la fécondité et de la vie.
À partir du Nouvel Empire, elle devient la déesse de la naissance car elle préside au destin du nourrisson. Elle pouvait également se métamorphoser en la douce Bastet ou en la féroce Sekhmet.
Le culte d’Hathor à Dendérah
Hathor était particulièrement adorée à Dendérah où un sanctuaire lui était consacré dès l’Ancien Empire. Toutefois, le temple que nous connaissons actuellement fut érigé durant la période ptolémaïque.
Tout au long de l’année, de nombreuses fêtes étaient célébrées en son honneur. Mais la plus importante des fêtes est sûrement « la fête de la Bonne Réunion », qui se déroulait au mois d’Épiphi à Edfou.
La statue d’Hathor était embarquée sur la barque processionnelle et remontait le Nil jusqu’à Edfou où son mari l’attendait. Une fois réunis, on célébrait à nouveau le mariage entre les deux divinités.
La fête dans le calendrier religieux égyptien
Les Égyptiens de l’Antiquité célébraient des fêtes grandioses qui pouvaient durer plusieurs jours et étaient chômées. Elles étaient liées aux événements dynastiques, au calendrier agricole et aux diverses divinités locales ou nationales.
- Les événements dynastiques, comme le couronnement du pharaon ou le jubilé.
- Le calendrier agricole, notamment les crues, les semailles et les récoltes.
- Le cycle des saisons.
- Le culte des divinités locales ou nationales.
Les fêtes sont nombreuses, le calendrier ne comporte pas moins de 105 jours fériés dédiés à des divinités ou à des commémorations. D’après les inscriptions du temple funéraire de Ramsès III, à Medinet-Abou, les 1er, 2, 4, 6, 8, 15, 29 et 30 de chaque mois sont fériés.
Le calendrier agricole, le cycle des saisons, les événements dynastiques, le couronnement, le jubilé et la mort du pharaon donnent également lieu à des fêtes. Tout événement important est l’occasion de réjouissances.
La saison de la crue et le calendrier égyptien
Les Égyptiens adoptèrent le calendrier solaire après avoir abandonné le calendrier lunaire, sans doute vers le quatrième millénaire avant J.-C. L’année était divisée en trois saisons de quatre mois de trente jours.
| Saison | Signification | Période indiquée |
|---|---|---|
| Akhet | L’inondation | Du 16/07 au 14/11 |
| Péret | La sortie, la germination | Du 15/11 au 18/04 |
| Chémou | La chaleur, la saison des récoltes | Du 19/04 au 11/07 |
On ajoutait cinq jours supplémentaires à la fin de l’année pour aboutir à une année solaire de 365 jours. Chaque saison était elle-même divisée en quatre mois de 30 jours.
L’année commençait quand les Égyptiens voyaient réapparaître juste avant l’aube l’étoile Sirius après une période d’invisibilité de 70 jours. Ce phénomène annonçait l’inondation.
Sirius était nommée « l’Étoile du Chien » ou « l’Aboyeur » car elle annonçait l’inondation. On la représentait par une petite chienne, « Canicula » en latin, ce qui a donné « canicule » pour désigner les fortes chaleurs.
La fête de la Bonne Réunion se situait donc dans un calendrier où les phénomènes célestes, la montée du Nil, les saisons agricoles et les cérémonies religieuses étaient étroitement liés.
Les symboles de l’union d’Hathor et d’Horus
La rencontre des deux divinités représentait la réunion de forces complémentaires. Hathor était liée à la fécondité, à l’amour, à la musique et à la naissance, tandis qu’Horus incarnait la royauté et la protection du territoire.
Leur union était également associée à la réunification des Deux-Terres. Le fils Harsomtous portait d’ailleurs le nom de « Horus qui réunit les Deux-Terres ».
La fête ne constituait donc pas seulement une visite rituelle d’une statue divine. Elle mettait en scène la régénération de la nature, la continuité du pouvoir divin et la prospérité attendue de la crue du Nil.
Les documents conservés au temple d’Edfou
Les principaux documents décrivant cette fête se trouvent sur les murs du temple d’Edfou, dans la grande cour intérieure, au revers du grand pylône.
Les inscriptions du temple permettent de connaître le calendrier de la fête, le déplacement de la statue d’Hathor, les étapes du voyage, les cérémonies de réception, la procession et le séjour de la déesse auprès d’Horus.
Les représentations du temple donnent également une place importante aux barques processionnelles, aux prêtres, aux musiciens et au cortège qui accompagnait les images divines.

Une fête différente des autres célébrations égyptiennes
La fête de la Bonne Réunion ne doit pas être confondue avec la fête d’Opet, la Belle Fête de la Vallée, la fête de Bastet, la fête de Sokar ou les mystères d’Osiris.
La fête d’Opet était une fête annuelle célébrée à Thèbes pendant le deuxième mois de la saison d’Akhet, l’inondation du Nil. Elle se déroulait entre les temples de Karnak et de Louxor et concernait principalement Amon, Mout et Khonsou.
La Belle Fête de la Vallée se déroulait au lendemain de la nouvelle lune du dixième mois de l’année à Thèbes. Elle était consacrée à la régénération des morts et au déplacement des dieux vers la nécropole thébaine.
La fête de Sokar et les mystères d’Osiris se déroulaient pendant le mois de Khoiak, quatrième mois de l’inondation, au moment où celle-ci se retirait. Ces cérémonies avaient pour thème la mort et la résurrection de la nature, des humains et des dieux.
Réponse précise à la question
La fête de la Bonne Réunion avait lieu chaque année au mois d’Épiphi, dans la saison Chémou, et commençait à la nouvelle lune. Elle se déroulait principalement à Edfou, après le voyage d’Hathor depuis Dendérah, au moment de la crue du Nil.
Le voyage vers Edfou durait cinq jours, le séjour d’Hathor auprès d’Horus environ deux semaines et les festivités s’achevaient par le retour de la déesse à Dendérah.